En cours de parution, une monographie (ill.1) relative au peintre et dessinateur Zhang Hua (1898-1970) doit apporter et concentrer des éléments multiples sur l’œuvre peint de cet artiste talentueux. En marge de cette parution, la découverte d’un portrait de van Dongen cerne d’une attention différente l’œuvre de ce grand peintre moderne chinois.
Ci-dessus, de gauche à droite. (ill.1) Zhang Hua. Essai. Préface d’Emmanuel Lincot, parties liminaires et textes de Christophe Comentale. Paris : Ed. du Fenouil, 2024. 84 p. : ill. en coul. Bibliog ; (ill. 2) Zhang Hua, Portrait de van Dongen, s.d., huile et lavis sur papier, 32 x 22 cm (coll. privée. Paris) ; (ill.3) Kees van Dongen, Autoportrait, 1898, aquarelle sur papier, 36 x 26 cm. Œuvre proposée à la vente sur le site de mutualart.com
Akira Iumara, Toshi (Toshimi Ishii) et Sanzhar Zhubanov
Mairie du 8e arr., Paris. Compte-rendu d’exposition et nouveau florilège d’œuvres du sculpteur et peintre Sanzhar Zhubanov
De temps à autre, nos édiles savent cultiver les relations publiques, politiques au profit de la culture et de sa diversité incommensurable. Leurs liens avec des chercheurs de tous horizons ont permis, le temps de cette exposition originale de confronter trois artistes aux styles bien différents, deux créateurs japonais entre polychromie et cartoon et un troisième, kazakh, Sanzhar Zhubanov.
A l’initiative de Jeanne d’Hauterive, maire du 8e arrondissement et de son adjoint en charge de la culture, Jean-Pierre Hesse, une importante salle de la mairie, restructurée et modulable a accueilli les artistes invités.
Paul Richer (1849-1933). Tres in una [Idéal du nu féminin dans l’art selon les maîtres de la Renaissance, les Antiques, les Modernes] (1913), marbre blanc. Entrée de la salle des expositions, mairie du VIIIe arrondissement, Hotel Cail, Paris
Sculpteur curieux, parfois proche de l’artisan, car, comme lui, il fabrique ses propres outils, Dominique Babinet a conjugué l’enseignement, depuis 1982 au centre Albert Chanot à Clamart et la création, sa création personnelle. Elève de Robert Courtin, connu pour sa statuaire, notamment dans la cathédrale de Reims, Dominique Babinet est aussi inspiré par Rodin comme par Bourdelle.
Ci-dessus. Dominique Babinet, Sans titre (ca 2015), cire, H. 7 cm, larg. 5 cm ; Dominique Babinet, Sans titre (ca 2015), plâtre, H. 6 cm, larg. 6 cm, ép. 3 cm
Compte-rendu de mission en Chine – Pékin, Dunhuang, octobre 2023.
un cycle de missions centrées sur l’étude des peintures murales, les fresques de Dunhuang (ill. 1 à 3), vues dans une perspective comparatiste a permis une continuité de points de vue et d’observations menées dans un contexte plus large. Les contributeurs, français et chinois, ont développé des axes multiples (voir diaporama ill. 4 à 13).
Ci-dessus, de gauche à droite. (ill. 1 à 3) Parvis du musée du Centre de recherches et de protection du patrimoine de Dunhuang ; les grottes de Mogao ; une salle du musée.
Les grottes de différents sites, Mogao, Yulin, valent à Dunhuang un attrait constant, celui d’un public important. Il n’empêche qu’en ces lieux campés au beau milieu du désert, l’accueil est un point non négligeable pour les visiteurs de cette oasis.
Ci-dessus, de gauche à droite. (ill. 1 à 3) le designer Chen Xiangjing dans son atelier
La Maison de l’Amérique latine, à Paris, est un espace culturel qui a été fondé en 1946 à l’initiative du ministère français des Affaires étrangères. Sise à Paris, au 217 boulevard Saint-Germain, cette institution est destinée aux échanges culturels, économiques et diplomatiques entre la France et les pays d’Amérique latine, quelle que soit leur tendance politique. Avant 1965, la Maison de l’Amérique latine était située au 96 avenue d’Iéna, non loin de la Place de l’Etoile. En 1956, le peintre péruvien Juan Manuel Cardenas-Castro y présente ses peintures lors d’une exposition monographique intitulée » Juan-Cardenas-Castro-Kanchacc »…
La Maison de l’Amérique latine
Je rappellerai ici les origines de cette institution dont le point de départ est la volonté du gouvernement français — conscient du développement considérable pris par l’Amérique latine dans le monde après la guerre de 1940 — de chercher le moyen d’organiser des rapports plus suivis et plus amicaux entre le ministère des Affaires étrangères, les personnalités françaises intéressées par l’Amérique latine et les représentants en France des nations latino-américaines. Effectivement, c’est Monsieur Etienne Dennery (1903-1979), directeur des affaires d’Amérique au ministère des Affaires étrangères, qui prend l’initiative de réunir dans son cabinet, en 1946, quelques personnes connu pour leur attachement à l’Amérique latine ou leurs connaissances particulières de ses problèmes : M. Luiz Martins de Souza Dantas (1876-1954), ancien ambassadeur du Brésil ; M. Luiz Ulmann, son secrétaire ; Paul Rivet (1876-1958), le fondateur du Musée de l’Homme ; le professeur Raymond Ronze (1887-1966), spécialiste des civilisations de l’Amérique latine ; M. Robert de Billy (1894-1991), connaisseur et amateur de l’Amérique latine. Parmi ces personnalités, Luiz Ulmann, décide de modifier les statuts d’une association créée en 1944 — ayant pour objet la réunion des Brésiliens à Paris et l’accueil des membres du corps expéditionnaire militaire brésilien en France — pour l’étendre à tous les Latino-Américains. De cette façon, le désir du gouvernement français et l’initiative franco-brésilienne de Luiz Ulmann ont constitués la base fondatrice de la Maison de l’Amérique latine. Plus d’une vingtaine d’années plus tard, en 1965, l’immeuble de l’avenue d’Iéna est mis en vente et l’association n’a pas les moyens de l’acquérir. C’est le soutien du Général de Gaulle qui permet à la Maison de l’Amérique latine de s’installer dans les deux hôtels particuliers des 217, bld Saint-Germain et 1, rue Saint-Dominique et de poursuivre ses objectifs (ill 1). Ainsi, au fil des années, la Maison de l’Amérique latine accompli sa mission en suivant l’évolution générale des politiques française et latino-américaine avec une intense activité permettant les échanges et les rencontres, rencontres le plus souvent culturelles…
Qui est Max Aub ? Ecrivain, poète, artiste, scénariste ? Il s’est illustré dans tous ces domaines ! Mais il a dû endosser bien d’autres qualificatifs qui lui ont été assignés où qu’il s’est appropriés : Allemand, juif, Français, catholique, Espagnol, agnostique, Mexicain. Sa vie illustre tout ce que l’histoire de l’Europe du siècle dernier a pu avoir de tragique.
Petit fils de Max Aub (1828-1901) président réformateur de la communauté juive de Munich, neveu d’un écrivain, l’excentrique Ludwig Aub (1862-1926), Max Aub Mohrenwitz, dit Max Aub, est né le 2 juin 1903, à Paris où ses parents, Frédéric-Guillaume Aub (1877, Münich – 1951, Valence), négociant et Suzanne Mohrenwitz-Springer (1881, Paris – 1962, Valence), se sont mariés moins d’un an auparavant. Lorsque la guerre éclate, son père est en Espagne pour affaire. Déclaré persona non grata et classé comme dangereux, comme tous les Allemands de souche vivant en France, il fait venir sa famille à Valence en Espagne. Max devient espagnol en 1916. Baptisé, il poursuit néanmoins sa scolarité à l’Escuela moderna, une école fondée par le penseur anarchiste Francisco Ferrer, laïque, mixte, rationaliste, promouvant l’égalité sociale, l’autonomie et l’entraide.
Après un passage par l’Institut General et Technique Luis Vives, il commence à travailler avec son père en tant que représentant de commerce, mais sa vocation est autre. Au hasard d’une tournée, il rencontre Jules Romains qui le met en contact avec le milieu littéraire madrilène. Il n’a que 20 ans. Ses poèmes sont lus à l’Ateneo de Madrid et il participe aux tertulia du café Regina avec les poètes Salinas, Garcia Lorca, Manuel Azana et bien d’autres. Il rencontre aussi Rafael Alberti, Jorge Guillen, Luis Bunuel, Salvador Dali. « Dans le petit cénacle, écrit en 1959, dans les Lettres nouvelles, l’hispaniste Claude Couffon, il représentait l’humour, la fantaisie, le goût du théâtre, l’esprit d’entreprise.». Il commence à voyager hors d’Espagne en Allemagne, en Russie, en France où, toujours grâce à Romains, il entre en contact avec les gens de la Nouvelle Revue Française : dix belles années à se pénétrer de culture européenne d’avant-garde.
Après le déclenchement de la guerre civile, il rejoint l’Alliance des écrivains antifascistes pour la défense de la culture et devient attaché culturel à l’ambassade d’Espagne à Paris. C’est là qu’avec son compatriote Josep Renau, il passe commande à Pablo Picasso d’une peinture pour le pavillon de la jeune république espagnole de l’Exposition universelle de 1937. Le sujet sera, comme on le sait, le bombardement de Guernica par les avions de la Légion Condor et des fascistes italiens. En 1938, il écrit le scénario de Sierra de Teruel, basé sur le livre L’Espoir de Malraux. Le film, réalisé par l’écrivain et aventurier français, est interdit par Franco. Le gouvernement français fait de même, et enferme aussi dans des camps de concentration les Républicains venus chercher refuge sur son territoire. Un document de la Sureté nationale daté du 27 mars 1940 signale ainsi Max Aub : « israëlite allemand, naturalisé espagnol par les autorités républicaines pendant la guerre civile qui serait un communiste très dangereux ». Il est d’abord interné au camp de concentration du Vernet, en Ariège, puis à Djelfa, en Algérie. Grâce aux efforts du gouvernement mexicain, il est finalement libéré en 1942. Le Mexique devient son nouveau pays d’adoption. La guerre d’Espagne et l’expérience des camps seront le principal terreau de son œuvre littéraire : Le labyrinthe magique, Manuscrit Corbeau, Journal de Djelfa…
A Mexico, il devient professeur à l’institut cinématographique. Il écrit une cinquantaine de scénarios pour le cinéma dont celui de Los Olvidados de Luis Buňuel. Il poursuit son travail d’écriture et signe des romans, des nouvelles, des essais, des critiques littéraires L’œuvre d’Aub prend alors deux directions principales, différentes mais bien sûr très liées entre elles et à ce qu’il a vécu. D’une part, il se fait le témoin et l’historien de la montée du fascisme, de la guerre d’Espagne et de l’exil ; d’autre part il propose une œuvre à la fois grinçante et ironique, inventive et ludique (dont le classique de l’humour noir Crimes exemplaires partiellement traduit en français dès 1959 par Nora Mitrani) qui aurait peut-être pris plus de place dans sa production sans la guerre.
Plaque commémorative au 3 cité de Trévise à Paris, où naquit Max Aub en 1903. CC/Mu
J’ai, voilà une année, éprouvé la nécessité de faire le point sur le colloque international, « Images et représentations du Pérou en France – 1821-2021 » qui s’est tenu au Musée d’Aquitaine sis à Bordeaux le vendredi 12 et le samedi 13 novembre 2021 (voir le blog Sciences et art contemporain, en date du 30 avril 2022). Il fait suite à la commémoration du Bicentenaire de l’indépendance du Pérou, un acte important qui remonte au 28 juillet 1821. La manifestation est due à l’initiative de Madame Isabelle Tauzin-Castellanos qui avait rassemblé vingt-deux intervenants. Cette collègue, universitaire, coordinatrice du colloque, est professeur de l’Université Bordeaux Montaigne et membre honoraire de l’Institut Universitaire de France. Une publication fait le point sur cet événement important pour les chercheurs et amateurs de l’art et de la civilisation péruvienne.
« Sanzhar est un artiste plasticien kazakh ». Ainsi commence la fiche biographique traduite en français sur cet artiste plasticien. On apprend aussi assez vite que son travail apporte autant d’attention à la gravure sur pierre qu’aux graphiques stellaires. Est-il pour autant archéologue ? Rêve-t-il de maçonner l’univers ? C’est, en tout cas un devin. Sa pratique de la contemplation intérieure y fait songer, ses images étant tracées en une suite de points. Des points perçus comme les marqueurs initiaux de l’espace et du temps. Il semble que ce sportif soit en phase avec l’univers qui le borde, le protège et l’entoure. Le corps, l’âme, l’univers, autant de pôles antithétiques mais complémentaires aussi.
Sanzhar Zhubanov est né en 1967 à Almaty (Алматы), ancienne capitale du Kazakhstan de 1929 à 1997, ville située au centre de l’Eurasie, dans la partie sud-est de la république du Kazakhstan, au nord de la chaîne de montagne des Tianshan ou Monts célestes si denses en légendes de toutes sortes, en tout cas, lieux où les divinités diverses aiment à se réunir. Almaty [la ville des pommes] est entourée de forêts ou croît ce fruit, le Malus sieversii, en cohabitation avec d’autres espèces de pommes sauvages.
(ill. 1) Sanzhar Zhubanov devant ses peintures et une de ses installations de pierres gravées, 2023Continuer la lecture →
Les addictions sont toujours les mêmes, entre ceux qui matent et ceux qui exhibent, ça se rejoint assez bien, et surtout, le jeu dure, ne cesse de se développer, de s’intensifier pour mourir puis renaître ici et là. Les graines parfois déposées, malencontreusement ou à dessein, vont s’incruster et ça repartira, autrement, mais toujours entre sadisme et masochisme, toujours vers deux pôles concomitants, complémentaires, à l’égal du yin et du yang.
Entre le souvenir d’une visite au Rijksmuseum et quelques regards sondés, scandés lors de parcours urbains, voire intraurbains récents, les éléments du réel se sont mis en place quasiment tout seuls…
Comme de coutume, entre une installation suscitée sur une durée éphémère dans un lieu idoine et la disposition de type scénographique d’une œuvre, dans un contexte privé, les éléments de coordination, d’union, sont à peu près constants. De là naît un parcours nécessaire, fût-il invisible.
Des expressions éclatées
Ainsi Johan Gregor van der Schardt, s’est déchargé de son envie d’exister in perpetuum, en laissant sa trace à Nuremberg où il évolue entre 1530 et 1581, faisant son travail de sculpteur pour le compte du monarque, alors Maximilien II. Apparemment consciencieux, il trouve le temps de nourrir son ego avec un Autoportrait (ill.1) exécuté vers 1573, rendu à la moitié de la grandeur réelle. Cette terre cuite peinte donne un reflet assez banal de soi, mais qui dénote aussi une sûreté de son propos. Tout comme une patience dans les équipages impériaux et aussi une condition physique qui semblent le faire largement s’isoler dans des pensées plus intimes si l’on en juge à la direction portée vers une zone de retrait au social…