À l’arrache, 6e édition. Historique et développements induits

par Christophe Comentale

Depuis plusieurs décennies, les montages de grands projets institutionnels peu participatifs — un temps tolérable — ne cessent de reprendre le dessus sur toute entreprise individuelle. Parfois, a contrario de ce schéma, des mélanges plus conviviaux font leur apparition… À l’arrache est l’un de ceux-là. Pourvu qu’il continue de cette façon vertueuse et solidaire…

Sérigraphie murale de la manifestation

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Dong Baichuan, artiste et chercheur, un parcours entre peinture et ethnographie

A propos de la soutenance de thèse du 17 décembre 2021 qui confère à ce créateur le titre de docteur du Muséum national d’Histoire naturelle, spécialité anthropologie culturelle.

董百川,艺术家和研究员,绘画与民族学之间的旅程。 关于2021年12月17日的论文答辩,授予这位创作者国家自然历史博物馆博士,专业文化人类学。

par Christophe Comentale et Marie Laureillard

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DERNIERE et FIN / Edwige Pluchard > Au musée chinois du quotidien

A la fin du mois de décembre 2021 aura disparu un musée d’où les souverains chinois sont évincés par la production des objets du quotidien, alors dignes d’un regard. Avec son attention à la Chine du quotidien, François Dautresme a montré qu’un objet populaire peut être beau quel que soit le matériau dans lequel il a été fabriqué.

par Alain Cardenas-Castro [1]

Résumé des épisodes de cette histoire à travers une galerie des portraits de ceux qui ont permis à ces pièces d’être conservées jusqu’en cette année 2021.

Ces pièces, Edwige Pluchard en a figé la présence avec une série d’œuvres réalisées récemment.

● Chronique d’une résurrection annoncée

François Dautresme

Comme l’a souligné Marie Laureillard dans un article récent, « François Dautresme (1925-2002) (ill.1) a très probablement hérité de son oncle Jacques Dautresme, capitaine au long cours, sa passion pour la Chine, où il entreprend dès les années 1960 — en 1963 — de collecter des milliers d’objets révélant l’ingéniosité créative du peuple chinois. Fondateur de la Compagnie française de l’Orient et de la Chine, en  homme d’affaires avisé, à la fois ethnologue et designer, il constitue au fil des ans une collection d’une dizaine de milliers d’objets fabriqués dans les matériaux les plus variés, allant des fibres textiles à la céramique, au bois et au métal (…). Dès son enfance, il est passionné par les objets et la nature », rappelle sa cousine Françoise. « Leur beauté secrète l’intéresse plus que l’abstraction et les livres. Or, les objets s’échangent. Il deviendra donc collectionneur et marchand, comme on l’était à l’époque des Routes de la soie. Mais les affaires restent l’instrument de sa passion, jamais sa vie. » Sensible à leur perfection technique, il tente de conférer une certaine cohérence à sa collection afin de mieux illustrer ce qu’il appelle « le système chinois », c’est-à-dire un réseau homogène d’objets usuels combinant les lois naturelles au génie humain. Mû par une curiosité insatiable, il recueille durant près de quarante ans ce patrimoine anonyme qu’il craignait de voir disparaître en parcourant inlassablement les campagnes, de la Mongolie intérieure aux régions méridionales, consignant soigneusement dans des cahiers qui forment un journal de bord unique la moindre acquisition ainsi que les contacts pris en amont. « J’aime me perdre. J’aime marcher. J’aime aller voir. J’aime entrer chez les gens. J’aime découvrir. », disait-il.

Ill. 1. François Dautresme parmi 5 ou 6 des 100 casiers d’exposition (ca 2000). Ces mêmes casiers ont été utilisés dans l’entrepôt de Saint-Denis comme, également,  lors de la vente Piasa.

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A propos de Failles [Sans titre], œuvre récente de Catherine Wintzenrieth

par Christophe Comentale et Alain Cardenas-Castro

Dans une vie antérieure, Catherine Wintzenrieth a dû être géologue ou stratigraphiste, à en juger par cet attrait dynamique qui la pousse à pénétrer dans un monde minéral à tout le moins secret et déroutant, tant la logique des strates produites par le temps et ses caprices saisonniers ou climatiques ont acquis ici une nouvelle dimension, celle de ce qui aurait pu se passer et passer inaperçu, si cette démiurge n’avait pas décidé de façon silencieuse et univoque, de transformer les matériaux d’une approche géologique classique en un réseau de verticales parasitées, percutées par les accidents qui se succèdent, venant à bout de duretés improbables et de vacuités qui renvoient à ces jeux de lettrés asiatiques pris entre plein et vide, ce que les Occidentaux, justement, appellent les pierres de lettré ou pierres bizarres en chinois.

Passée cette identification à un rattachement illusoire, avec, cependant, de l’aveu même de l’artiste, un besoin de concret, lié à « une formation de mosaïste et un travail autour du papier, du bois, du marbre, de l’ardoise et du métal », ces failles sont pénétrées d’une vacuité inquiétante, non pas en raison des hauteurs à pic qui ont, chacune, une ligne de crête, une existence ou apparition latérale, large ou ténue, ne prenant de véritable dimension que grâce aux jeux subtiles de cette graveuse qui dit de son approche, « mon travail est principalement de forme abstraite (…). Je me suis consacrée depuis plusieurs années à la gravure. J’ai étudié les différentes techniques de l’estampe. J’associe diverses pratiques, ce qui me permet d’affiner mes recherches autour de la matière et de la lumière. Pour certaines, les matrices se superposent à des tirages et font intégralement partie de la gravure ».

Les matériaux les plus divers, carton, papier fin, japon ou chine, voire les matrices, tous ces éléments sont quasiment sublimés pour prendre la dimension d’un relief, celui d’un canyon, d’un haut relief devenu estampage ou découvert au sein d’un monde impossible.

Comme dans une certaine esthétique, le vraisemblable se substitue au réel, au vrai, il continue de tisser l’activisme d’un récit. Temps fort, temps passé ou impossible, peu importe, le voyage dans le temps conserve tout son attrait pour les explorateurs que nous devenons durant un clin d’œil ou une visite exploratoire.

Catherine Wintzenrieth est invitée à la 20e biennale internationale de la gravure de Sarcelles qui a lieu du 27 novembre au 12 décembre 2021.

 

 

Du bon usage de l’appui à la recherche

A propos de la thèse d’Alain Cardenas-Castro,

Création artistique et données ethno-anthropologiques péruviennes. 1915-2015 : une lignée de peintres muséographes, les Cardenas-Castro.

Afin de donner davantage d’informations sur la soutenance de thèse en esthétique, sciences et technologies des arts, spécialité arts plastiques et photographie, passée et obtenue avec succès à l’université de Paris 8 Vincennes-Saint Denis d’Alain Cardenas-Castro en date du 23 novembre 2021, un florilège d’œuvres et de documents administratifs sont rassemblés du 20 novembre au 10 décembre 2021 à la bibliothèque Yvonne Oddon sise au musée de l’Homme (Paris).

par Christophe Comentale

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A propos de l’ « Inferno dei viventi  » [l’Enfer des vivants], livre en plis et séquences, d’Alice Amoroso

par Alain Cardenas-Castro et Christophe Comentale

« L’enfer des vivants n’est pas quelque chose qui sera ; s’il y en a un, c’est celui qui est déjà là, l’enfer que nous habitons tous les jours, que nous formons en étant ensemble. Il y a deux façons de ne pas en souffrir. La première s’avère facile à beaucoup : accepter l’enfer et en faire partie au point de ne plus le revoir. La seconde est risquée et exige une attention et un apprentissage continus : chercher et savoir reconnaître qui et quoi, au milieu de l’enfer, n’est pas un enfer, et ainsi, le faire durer, et lui donner de l’espace. » [Trad. en français de cet extrait par ChC].

Cette citation des Città invisibili d’Italo Calvino (1923, Cuba – 1985, Sienne) vaut un livre d’Alice Amoroso (2001, Paris) tout en plis sur fond de personnages à la fois splendides et tragiques comme on les voit dans la chapelle Sixtine, des corps entre l’horrible et le merveilleux. «Chacun — dit cette graveuse — peut manipuler l’objet à son gré et trouver le chemin qu’il préfère pour passer d’une image à l’autre (…). Un spectateur distrait, passif ne verra que l’enfer des vivants ».

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De l’esthétisme et de la sensualité de Sanyu : à propos d’une huile sur toile aux onze pivoines blanches

par Christophe Comentale

(ill. 0) – Pivoines blanches au vase jaune  [白牡丹及嫩黄瓶] (ca 1950), huile sur toile, 52 x 82, 5 cm. Coll. privée

Sanyu (Chang Yü 常玉) (1901, Nanchong – 1966, Pantin) naît dans la province du Sichuan au sein d’une famille possédant l’une des plus grandes usines de tissage de soie du Sichuan, la Dehe Silk Factory, que dirigeait son frère aîné, Chang Junmin. Le jeune garçon commence à étudier la calligraphie avec Zhao Xi (1877– 1938), il a alors douze ans. En 1919, il passe un an au Japon où il approfondit l’aspect technique de cet art, puis il s’installe à Paris deux ans après et résidera dans la capitale française jusqu’à son décès.

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Portraits d’hier et de demain (6) « Les créatures entre ombre et lumière d’Alberto Quintanilla »

par Alain Cardenas-Castro

1934. Cusco ; 1961, Paris. Ces deux dates fonctionnent comme deux pôles complémentaires qui s’attirent et, à l’égal d’un aimant forment des zones de vide magnétique. Sa solide formation artistique et technique est double, d’abord un cursus aux Beaux-arts de Cusco et de Lima, puis de Paris et, par ailleurs, la fréquentation de l’Atelier 17 de William Hayter. Cet ensemble de passages dans des environnements bien différents, tous avec des pratiques distinctes, ont comme canalisé les pulsions et l’imaginaire narratif si facilement déconnecté du réel où il prend ses assises, des points de repère forts et comme des tranches de vie creusées sur l’instant ou, au contraire, des narrations qui vont s’en éloigner pour mener vers d’autres contextes. Et au quotidien, le jardin extraordinaire qui rassemble aussi touffu que ceux du Douanier Rousseau, une nature en phase avec les œuvres.

(ill. 1) Alberto Quintanilla dans son atelier robinsonnais, juin 2021.

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Le templier ou De la statuaire monumentale. À propos d’une nouvelle sculpture de Didier Scuderoni

par Alain Cardenas-Castro et Christophe Comentale

(ill. 1) Didier Scuderoni, Le Templier (détails) casque et écu (2021), résine.

C’est à la Couvertoirade, commune du Larzac, qu’est conservé l’unique château templier de France. A cette commune est associée la force mystérieuse du Moyen-Âge. La ville se dresse dans un paysage sévère, proche de Lodève. Un ensemble de maisons privées alterne avec des propriétés plus originales parfois converties en commerce d’artisanat. Il manquait à ce jour la mémoire d’un Templier, l’oubli est réparé. Féru de cette période et amateur de récits fantastiques, Didier Scuderoni termine une sculpture monumentale qui va changer le regard des centaines de milliers de visiteurs escaladant ces hauteurs architecturales et magiques. Portrait d’un chevalier retrouvé.

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MONSTERAS & DÉCOUPES

par Christophe Comentale

 Une fleur solitaire sur une tige haute. Quant à la couleur, d’un blanc-crème, elle vire à un jaune parcheminé et rend un liquide blanchâtre. Floraison puis épanouissement donc. et des feuilles, somptueuses, monstrueuses.

   


Ci-dessus, de gauche à droite. (ill. 1), Henri Matisse, Jazz (pages intérieures), Gouaches découpées et calligraphie, Paris : Tériade, 1947 ; (ill. 2) Composition, 1949, lithographie en coul., 21,5 x 26 cm. Couverture lithographique du catalogue d’exposition d’œuvres récentes de Matisse exécutées de 1947 à 1948. Paris :  musée national d’Art moderne de Paris, juin-sept. 1949


DÉPARTS

J’ai aimé le face à face avec les coloris des sérigraphies que Matisse a imprimées pour Jazz, pas les formes humaines, un peu trop simplifiées et assez dépersonnalisées car trop proches de découpes primordiales (ill.1 & 2) sans vraiment de cachet particulier – justement – pour les personnages, a contrario des formes végétales. Ce qui était, dans les faits, une façon plus habile de mettre en avant le sens et la force de ses couleurs.

Comme l’a noté ce magicien,

« le papier découpé me permet de dessiner dans la couleur. Il s’agit pour moi d’une simplification. Au lieu de dessiner le contour et d’y installer la couleur – l’un modifiant l’autre -, je dessine directement dans la couleur, qui est d’autant plus mesurée qu’elle n’est pas composée. Cette simplification garantit une précision dans la réunion des deux moyens, qui ne font plus qu’un. » Henri Matisse, Ecrits et propos sur l’art.

 

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