Portraits d’hier et de demain (6) « Les créatures entre ombre et lumière d’Alberto Quintanilla »

par Alain Cardenas-Castro

1934. Cusco ; 1961, Paris. Ces deux dates fonctionnent comme deux pôles complémentaires qui s’attirent et, à l’égal d’un aimant forment des zones de vide magnétique. Sa solide formation artistique et technique est double, d’abord un cursus aux Beaux-arts de Cusco et de Lima, puis de Paris et, par ailleurs, la fréquentation de l’Atelier 17 de William Hayter. Cet ensemble de passages dans des environnements bien différents, tous avec des pratiques distinctes, ont comme canalisé les pulsions et l’imaginaire narratif si facilement déconnecté du réel où il prend ses assises, des points de repère forts et comme des tranches de vie creusées sur l’instant ou, au contraire, des narrations qui vont s’en éloigner pour mener vers d’autres contextes. Et au quotidien, le jardin extraordinaire qui rassemble aussi touffu que ceux du Douanier Rousseau, une nature en phase avec les œuvres.

(ill. 1) Alberto Quintanilla dans son atelier robinsonnais, juin 2021.

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Juan Manuel Cardenas-Castro, pour un autre indigénisme

Dans le cadre des célébrations du bicentenaire de l’indépendance du Pérou, un cycle de conférences magistrales a lieu en juillet et août 2021. Ces interventions rendent un honneur bien mérité au peintre indigéniste Juan Manuel Cardenas-Castro (1891-1988).

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Le templier ou De la statuaire monumentale. À propos d’une nouvelle sculpture de Didier Scuderoni

par Alain Cardenas-Castro et Christophe Comentale

(ill. 1) Didier Scuderoni, Le Templier (détails) casque et écu (2021), résine.

C’est à la Couvertoirade, commune du Larzac, qu’est conservé l’unique château templier de France. A cette commune est associée la force mystérieuse du Moyen-Âge. La ville se dresse dans un paysage sévère, proche de Lodève. Un ensemble de maisons privées alterne avec des propriétés plus originales parfois converties en commerce d’artisanat. Il manquait à ce jour la mémoire d’un Templier, l’oubli est réparé. Féru de cette période et amateur de récits fantastiques, Didier Scuderoni termine une sculpture monumentale qui va changer le regard des centaines de milliers de visiteurs escaladant ces hauteurs architecturales et magiques. Portrait d’un chevalier retrouvé.

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A propos des publications des années 1970 en Chine

par Christophe Comentale

Il est, depuis une bonne vingtaine d’années, fréquent de souligner l’excellence de l’édition chinoise, un créneau chronologique en phase avec l’entrée de la Chine à l’Organisation mondiale du Commerce, en 2001. Moins citée, moins connue à l’étranger, une édition populaire florissante a existé dès que la République a remplacé l’Empire, durant les premières décennies du 20e siècle. Propos sur une esthétique de la reprise.

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MONSTERAS & DÉCOUPES

par Christophe Comentale

 Une fleur solitaire sur une tige haute. Quant à la couleur, d’un blanc-crème, elle vire à un jaune parcheminé et rend un liquide blanchâtre. Floraison puis épanouissement donc. et des feuilles, somptueuses, monstrueuses.

   


Ci-dessus, de gauche à droite. (ill. 1), Henri Matisse, Jazz (pages intérieures), Gouaches découpées et calligraphie, Paris : Tériade, 1947 ; (ill. 2) Composition, 1949, lithographie en coul., 21,5 x 26 cm. Couverture lithographique du catalogue d’exposition d’œuvres récentes de Matisse exécutées de 1947 à 1948. Paris :  musée national d’Art moderne de Paris, juin-sept. 1949


DÉPARTS

J’ai aimé le face à face avec les coloris des sérigraphies que Matisse a imprimées pour Jazz, pas les formes humaines, un peu trop simplifiées et assez dépersonnalisées car trop proches de découpes primordiales (ill.1 & 2) sans vraiment de cachet particulier – justement – pour les personnages, a contrario des formes végétales. Ce qui était, dans les faits, une façon plus habile de mettre en avant le sens et la force de ses couleurs.

Comme l’a noté ce magicien,

« le papier découpé me permet de dessiner dans la couleur. Il s’agit pour moi d’une simplification. Au lieu de dessiner le contour et d’y installer la couleur – l’un modifiant l’autre -, je dessine directement dans la couleur, qui est d’autant plus mesurée qu’elle n’est pas composée. Cette simplification garantit une précision dans la réunion des deux moyens, qui ne font plus qu’un. » Henri Matisse, Ecrits et propos sur l’art.

 

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Graveurs sur bois français de la 1re moitié du XXe siècle

par Christophe Comentale

Le marché mixte de la place d’Aligre, un marché dont les étals sont aussi chargés de nourriture que d’accessoires, d’objets, de documents papier, est situé entre l’hôpital Saint Antoine et à dix minutes de la Bastille. L’abondance y est quotidienne. Les brocanteurs ne sont pas nombreux, au plus une petite dizaine, mais leur marchandise est souvent surprenante.

En particulier, les étals de livres sont impressionnants : sur des lits de camp militaires, des centaines de volumes sont souvent disposés dans le désordre le plus anarchique autant que les volumes peuvent être classés selon une méthode qui a l’intérêt d’en faciliter la consultation, par exemple en mettant sur la tranche les volumes classés par format les uns à côté des autres afin que, seuls, les dos apparaissent.

Je me suis retrouvé par hasard face à un mètre linéaire de volumes assez semblables les uns aux autres : une édition des œuvres complètes d’Anatole France (1844-1924) publiée de 1925 à 1935 chez l’éditeur Calmann Lévy. Cet ensemble de 25 volumes au format in-quarto  imprimé sur Vélin du Marais laisse apparaître par transparence un filigrane reprenant la signature de l’écrivain. Cet ensemble est paru lors de la disparition de l’homme de lettres fécond qu’a été Anatole France. Chacun des volumes, dorés sur tranche, était paré d’une reliure à coins bleu sombre, le dos orné de petits fers à caisson. Il existe une édition brochée, mais aussi de nombreux collectionneurs se sont attachés à rehausser tous les volumes de reliures diverses.

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De la musique andine autour des Cardenas-Castro. Le compositeur Roberto Ojeda Campana, le guitariste Osmán del Barco, la musique cuzquénienne génératrice de [Panoramas] (12)

par Alain Cardenas-Castro

Après avoir retrouvé dans le fonds d’archives de l’atelier de la rue Vineuse une cassette audio d’un enregistrement effectué en 1981 au Pérou, je me suis rappelé mon père, le peintre Juan Manuel Cardenas-Castro (1891-1988), me parlant de ses aptitudes à jouer de la guitare dans sa jeunesse. Il entonnait des vocalises tout en m’expliquant la rythmique de l’instrument et en évoquant ses souvenirs liés à cette musique andine particulière, le Huayno[1].

A partir de ce document sonore, il m’a paru important de regrouper les diverses pièces couvrant le domaine musical dans le fonds d’archives de l’atelier de Juan Manuel Cardenas-Castro : partitions musicales, courriers, photographies, etc. La plupart de ces pièces proviennent de l’échange épistolaire avec son ami de jeunesse à Cuzco, le musicien Roberto Ojeda Campana (1895-1983). Pour faire suite à cet inventaire non exhaustif, j’ai trouvé opportun de présenter ce corpus documentaire qui entre dans le cadre de ma recherche sur la lignée des Cardenas-Castro peintres et muséographes.

Dans un premier temps, en suivant la logique du plus grand nombre, j’ai décidé de présenter les documents relatifs au musicien Roberto Ojeda. Dans un deuxième temps, j’évoque la rencontre de José Félix Cardenas-Castro (1899-1975) avec le guitariste Osmán del Barco (1902-1966), à partir d’extraits tirés du livre d’Ernesto More, Huellas humanas. Et, dans un troisième temps, je retrace le projet photographique que j’ai réalisé lors de mon voyage au Pérou en 1988. Il témoigne de mon regard sur la culture musicale du Sud-andin venant confirmer, que, comme pour nombres d’artistes, l’élargissement du champ des investigations à des domaines autres, en l’occurrence, celui de la photographie documentaire, voire anthropologique, permet d’enrichir le travail de conception et les modes de productions plastiques.

(ill. 1) De gauche à droite. Juan Manuel Cardenas-Castro et Roberto Ojeda, Cuzco, mai 1981. Visuel, Thérèse Cardenas-Castro

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Harold Halfon, approches créatives pour un nouveau lieu

par Christophe Comentale

Bâtie sur un des gisements de gypse de la butte de Beauregard, La Maison, lieu culturel Est-Ouest ouvre ses portes le 10 avril 2021 pour accueillir l’exposition d’un florilège d’œuvres de Pierre-Yves Coustère (1938-2017).

La reprise d’un lieu unique

Dans ce contexte de préfiguration, la directrice du lieu, Ma Li Dautresme redonne un dynamisme autre à cette demeure de l’Est parisien sise dans le quartier de la Mouzaïa. Un des éléments de cet ensemble composé essentiellement de maisons de ville construites en briques le long de voies de 3 mètres de large. Leur unité architecturale résulte de l’application de traités de 1889 entre la Ville de Paris et les lotisseurs privés. Les façades, à l’origine en briques apparentes, ont, pour la plupart, été recouvertes d’un enduit. La Maison se distingue par ses ferronneries géométriques et un imposant bosquet de Pseudosasa Japonica, une espèce de bambou très dense, résistant au froid comme au soleil, ses chaumes droits attirent les quelques mésanges qui peuplent les buttes voisines.

« J’ai grandi dans ce lieu de mémoire où les meubles chinois étaient très présents, souvenirs de l’activité de ma mère et de mon oncle » rappelle Ma Li Dautresme, architecte d’intérieur et directrice artistique aux éditions du Fenouil dont elle dirige deux collections, Réceptions et Images. « J’ai toujours été à mi-chemin entre deux cultures, celles de la Chine et aussi bien de la France. C’est ce qui a orienté mon choix pour des manifestations entre Est et Ouest. J’ai aussi voulu laisser de jeunes créateurs insuffler des touches autres dans cet environnement fortement structuré. C’est Harold Halfon qui va présenter lustres et sièges ».

Harold Halfon et Ma Li Dautresme dans la Maison, lieu culturel Est-Ouest

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Des statues de culte domestique chinoises

par Christophe Comentale

La récente publication d’un ouvrage sur les statues de culte chinoises permet un regard autre sur un sujet délicat et encore confidentiel. Eléments de réflexion après lecture.

Alain Arrault, A History of Cultic Images in China. The Domestic Statuary of Hunan ; trad. de Lina Verchery. EFEO / Chinese University of Hong Kong Press, 2020. 188 p. : ill. (coll. Coéditions ; 19). Bibliog. Index.

Pourquoi les négociateurs de l’art en Occident n’ont-ils toujours pas pu introduire le concept si flou et paradoxal d’arts premiers en Asie ? Une des causes en est et reste le manque de stock de pièces ethnologiques, locales, populaires, devenues disponibles dans un contexte particulier… Ce qui renvoie, en quelque sorte, à la conquête occidentale du monde au XVIIIe siècle. Sans refaire l’histoire, a contrario des stocks de pièces africaines qui ont abouti à la création du musée de l’Homme, un des départements du Muséum, très peu d’exemples chinois y sont conservés pour ce qui a trait à la statuaire, les pièces provenant de ces régions étant souvent encore protégées ou exilées au fin fond de réserves excentrées quand elles n’ont pas rejoint celles du Musée du Quai Branly – Jacques Chirac… Pour Lyon, au musée des Confluences, les pièces de la collection De Groot, à Lodève, quelques pièces provenant de la collection Dautresme et parfois, la volonté de collectionneurs désireux de léguer des souvenirs de missions en Chine, souvent du sud et des provinces côtières ou insulaires (Fujian, Taiwan,…).

Il en va tout autrement du splendide travail de terrain et d’enquête dû à un chercheur sinisant, Alain Arrault. Ce travail, auquel a participé Lina Verchery, se situe dans la lignée de recherches entreprises notamment par Kristofer Schipper et Patrice Fava. Cette approche permet, d’une certaine façon, de comprendre pourquoi ces œuvres restent aussi rares que mystérieuses. C’est aussi une façon très frontale de rappeler les différences qui subsistent dans les présences de l’homme au monde.

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