UNE COUPE A DRAGON OR DE LA MANUFACTURE ROSENTHAL

par Jacques Clerc-Renaud

[Texte intégral en français – résumé en chinois. 法语全文 – 中文摘要].

罗森塔尔工厂是一家家族企业,由菲利普·罗森塔尔(Philipp Rosenthal,1855-1937)于1879年创立。公司最初位于韦尔(西法利亚),后来迁至巴伐利亚的塞尔布,在埃克尔斯洛伊特城堡建立并工业化了绘画车间。1897年,罗森塔尔公司在克罗纳赫创立了Bauer, Rosenthal & Cie公司。其产品取得了巨大成功,尤其是在新艺术时期。历代都有杰出的合作成果。例如德国设计师汉斯·希夫纳(Hans Schiffner,1876-1965)的重要存在。从1920年代开始,艺术装饰时期的标志性时期,罗森塔尔工厂正处于创新过程中,从传统风格转向现代艺术创作。希夫纳在1927年至1934年间负责公司的艺术部门,他创作了这次合作中最具代表性的装饰:“罗森塔尔红”(亦称“明龙”),约于1922年创作。

Selon les époques de sa production, la manufacture Rosenthal opère des virages esthétiques parfois surprenants. Ainsi en va-t-il de cette coupe née des contrastes de l’imaginaire antique et néo-classique dans le sillage d’une symbolique extrême-orientale. Cette découverte récente sur le marché parisien relance l’intérêt pour une période et une manufacture avides d‘héroïsme.

Une manufacture de l’excellence

La manufacture Rosenthal, entreprise familiale, est fondée en 1879 par Philipp Rosenthal (1855-1937). La société, d’abord implantée à Werl (Westphalie), est ensuite établie à Selb en Bavière dans le château d’Erkersreuth où est développé et industrialisé l’atelier de peinture. En 1897, la manufacture Rosenthal devient la firme Bauer, Rosenthal & Cie à Kronach. La production rencontre un vif succès, principalement pendant la période Art nouveau.

Des collaborations brillantes se sont succédé au fil du temps. Ainsi en va-t-il de la présence marquée du designer allemand Hans Schiffner (1876-1965). Dès les années 1920, période emblématique de l’Art Déco, la manufacture Rosenthal est alors en pleine innovation, passant des styles traditionnels à des créations modernes et artistiques. Schiffner, qui dirige le département artistique de la maison entre 1927 et 1934, est l’auteur du décor le plus iconique de cette collaboration : le « Rosenthal Rot » (également appelé « Ming Dragon »), créé vers 1922.

Une porcelaine fine, peinte, est ornée d’un décor qui se caractérise par la représentation d’un motif de dragon Ming stylisé, en or sur fond mat corail, entouré de vagues ou de nuages. Les pièces qui constituent cet important modèle sont nombreuses : vases, boîtes, plats, coupelles, compotiers ; elles comportent des bordures et détails en or brillant. Le thème choisi s’inspire directement d’un des multiples motifs de dragons impériaux de la dynastie chinoise des Ming (1368-1644). Cet animal fantastique propitiatoire est symbole de puissance, de sagesse, de protection et de prospérité. Le motif est adapté au goût européen de l’époque, sa stylisation, très géométrique joue du contraste brillant / mat, typique de l’Art Déco. Cette traduction de motif exotique est à mettre en lien avec le goût des chinoiseries qui traduisent la fascination de l’Europe pour la Chine.

La coupe sur pied appartient à cette série. L’extérieur, blanc, est rehaussé d’une bordure dorée ; l’intérieur présente deux dragons or, entrelacés, sur fond rouge corail mat. Ils sont entourés de vagues stylisées. Le pied est orné d’une frise en haut-relief doré représentant des fruits (grappes de raisin, baies, feuilles), directement inspirée de la corne d’abondance antique, symbole occidental de richesse et de fertilité. Cette association fusionne influences asiatiques — dragon impérial — et européennes — éléments provenant de la corne d’abondance gréco-romaine —, renforçant le thème de luxe et de prospérité.

La marque au revers confirme l’authenticité de la pièce : couronne Rosenthal, « Entwurf von Ph. Rosenthal », « Dec. i/ Rosenthal R.° » (abréviation de « Décor Rosenthal Rot ») et parfois la mention du jubilé 1929. Ces pièces, rares et recherchées, témoignent du savoir-faire artisanal de la manufacture Rosenthal et de l’esprit cosmopolite de l’Art Déco.

Parler de Meissen permet de compléter l’approche sinophile de l’Allemagne au regard de la production céramique évoquée ci-avant avec la manufacture Rosenthal.

Avant Rosenthal était Meissen

La porcelaine de Meissen, première manufacture européenne de porcelaine dure, est créée en 1710 par Frédéric-Auguste Ier de Saxe, dit Auguste le Fort [August der Starke] (1670, Dresde-1733, Varsovie), prince de la maison de Wettin, fils de l’électeur Jean-Georges III de Saxe et d’Anne-Sophie de Danemark. Il succède comme prince-électeur de Saxe en 1694 ; élu roi de Pologne et grand-duc de Lituanie, sous le nom d’Auguste II, il règne sur les deux pays en union personnelle de 1697 à 1706 et à nouveau de 1709 jusqu’à sa mort. C’est sous son règne que le secret de la porcelaine dure est découvert par l’alchimiste Johann Friedrich Böttger, qu’il avait fait enfermer. L’électeur établit une manufacture à Meissen, qui fait la renommée de la porcelaine de Saxe.

Cette manufacture est née de l’admiration pour les trésors blancs chinois, comme l’on surnomme les porcelaines dites blancs de Chine. Au début, Meissen imite fidèlement les techniques et formes asiatiques. Puis, entre 1720 et 1750, le style évolue vers un exotisme vu comme « chinoiserie », un type de pièces qui inventent et redimensionnent une Chine imaginaire avec des motifs exotiques. Dans les années 1730-1740, Meissen crée ses propres modèles, comme le célèbre motif « Blue Onion », né d’une interprétation européenne. Enfin, dans les années 1920, la manufacture réaffirme cet héritage asiatique, avec notamment la reprise du motif de dragon qui s’inspire des multiples modèles figurant dans les pièces d’archives Ming, revendiquant ainsi une tradition où l’influence chinoise, transformée par le génie européen, est devenue intemporelle.

Eléments bibliographiques

Rosenthal et Meissen

  • CARMEL-ARTHUR, Judith. Rosenthal ceramics : themes in company and product identity reconfiguration. Thèse de doctorat. Kingston upon Thames : Kingston University, 2007, 256 p. 
  • DELDICQUE, Mathieu (dir.). Porcelaines de Meissen et de Chantilly : la fabrique de l’extravagance. Paris : Monelle-Hayot, 2020. 264 p. ISBN 979-10-96561-25-4.
  • LOESCH, Anette ; HENNIG, Wolfgang W. Rosenthal-Porzellan vom Jugendstil zur Studiolinie. Dresden : Staatliche Kunstsammlungen, 1991. (Catalogue d’exposition).
  • STRUSS, Dieter. Rosenthal : service, figures, objets d’art et de décoration. Augsbourg : Battenberg, 1995, 160 p. : ill. 
  • NIECOL, Emmy. Rosenthal Kunst- und Zierporzellan 1897-1945 : Gesamtausgabe Bände I à V. Wolnzach : Medienhaus Kastner AG, [s.d.]. 5 vol.
  • WERNER, Petra. Rosenthal : ein Mythos. Selb : Porzellanikon, 2018, 151 p. (Schriften und Kataloge des Porzellanikons ; Bd. 123).
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