Quentin Liu, mémorialiste de l’historiographie contemporaine

par Christophe Comentale

Quentin Liu et Wendy Wronski, Regards croisés, 2019, image numérique (2019), 刘险峰与刘文蒂 « 交叉点 »

Les confrontations Est-Ouest restent vecteur de surprises et de carrières qui se développent pratiquement à l’insu des créateurs eux-mêmes. Un regard à l’œuvre de Liu Xianfeng – Quentin Liu – en est une des illustrations actuelles : un parcours qui rappelle les amalgames structurants entre deux cultures, surtout lorsque celles-ci, assimilées, vécues au fil du temps et des événements qui passent, deviennent des marqueurs à valeur autre…

Quentin Liu [刘险峰] naît en 1978 dans la province méridionale du Hunan, aire géographique et politique située à plus de 1 300 km de Pékin au nord, à quelque 900 km de Shanghai à l’est et à 300 km de Canton au sud. Le Yangzijiang — le Fleuve Bleu — la traverse d’ouest en est.

Arrivé en France à l’âge de 24 ans, en 2002, après un cursus aux Beaux-arts et dans une école de photographie, il oriente sa création vers la peinture, médium qu’il juge le plus libre pour sa création artistique.

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A propos de l’exposition sur La peau de chagrin à la Maison de Balzac (Paris)

Rupert Shrive a exposé du 22 septembre au 30 octobre 2022 dans le savoureux dédale de ce lieu unique dédié à l’écrivain et devenu galerie hébergeant toiles et installations.

par Christophe Comentale et Alain Cardenas-Castro

 

Actualité littéraire et beaux-arts ou De la métamorphose

C’est un peu ce qui se passe avec cette courageuse demande faite par Yves Gagneux, directeur du lieu, à un artiste assez introduit dans un concept jet set de l’art contemporain. Comme il le rappelle lors d’un échange récent

« je ne monte pas une exposition dans ce lieu, je passe quasiment commande à un créateur pour qu’il travaille sur une œuvre de Balzac [1799-1850] qui lui a plu et qui permette de la sorte de montrer l’impact de l’écrivain et, surtout, donne envie de le lire. D’où ce travail réalisé sur la Peau de chagrin, œuvre datant de 1831 ».

C’est dit, l’art conduit à la littérature ! En tout cas, chapeau bas à ce courageux lettré.

Ainsi, dans ce contexte particulier, Rupert Shrive a exposé du 22 septembre au 30 octobre 2022 dans le savoureux dédale de ce lieu qui, en dépit d’une restructuration récente, notamment une entrée devenue bastion postmédiéval donnant sur le jardin transformé en aire de pique-nique, reste accueillant. Il est vrai que si la vigne avait été plantée sur ce versant ensoleillé, le Clos Raynouard aurait pu faire la nique au cépage montmartrois. Le lieu ne s’y prêtait pas, le calme doit régner… Par ailleurs, impossible de connaître précisément le coût de cette superbe réfection à la charge des Parisiens. Elle devrait, disent certains technocrates solidaires et vertueux, inciter à davantage lire Balzac ! Différents enseignants, interrogés sur ces corrélations sont d’un avis sensiblement autre.

(ill. 1) Rupert Shrive parcourant son installation, galerie Orel art, Paris, 2011

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Propos de calligraphie contemporaine (2). Quelques réflexions automnales

par SUN Chengan[1]

Dans une précédente livraison (Sciences et art contemporain, 3 sept. 2022), introductive à la calligraphie contemporaine et à sa diversité, les calligraphies de trois calligraphes ayant répondu à l’appel du futur Corridor des écritures du Qinghai avaient été reproduites.

Pour mémoire, la récente annonce de la finalisation d’un Corridor des écritures dans la province chinoise du Qinghai, en fait, d’un musée constituant une collection de calligraphies tracées en Extrême-Orient et en Occident sur un texte bien précis, relance la question relative à l’importance de cette forme d’expression, dans les situations ordinaires de la vie quotidienne, comme pour les nombreuses approches, populaires ou élitistes, liées à différentes formes de création.

Ce deuxième volet permet de présenter les derniers calligraphes ayant remis une œuvre dans ce contexte particulier.

De la place de la calligraphie au 21e siècle, une notion différente en Chine ou en Occident

L’homme reste attaché à des valeurs justement traditionnelles et constituant la richesse de sa civilisation. Plus celle-ci est ancienne, plus l’approche en est riche et complexe. A contrario de civilisations plus récentes qui, d’une part ont une politique raisonnée de collecte d’œuvres représentatives d’autres zones culturelles du monde aboutissant à regrouper ces acquisitions dans des réserves appelées musées pour, de l’autre, faire la promotion de nouvelles formes de création ou jugées comme telles.

Parler — dans ce contexte précis — de la création calligraphique en Chine exclue a priori d’autres formes artistiques comme la peinture, le dessin, … La calligraphie est et reste l’âme d’interrogations sur la place des signes, sur leur raison d’être et de subsister. A contrario d’un certain parallélisme occidental qui peut cultiver autant une discipline que son contraire et tout autant, mêler des approches pluridisciplinaires mettant tout autant en valeur le signe. Ainsi en va-t-il de ce signe écrit occidental devenu omniprésent mais qui peut être sacralisé autant dans un document publicitaire, religieux ou de toute autre nature. Cette évolution extrême n’est pas si surprenante dans la mesure où d’un couvercle de sarcophage (ill.1) inscrit de caractères en pâte de verre du 4e s. à la simple page de punition qui oblige un enfant à répéter plusieurs fois la même ligne, — souvent une page ! (ill.2) -—, les esthétiques sous-jacentes sont surprenantes. Alechinsky sait réduire ces approches en utilisant des signes calligraphiques (ill.3) devenus des éléments d’œuvres dont la raison d’être reste celle d’une recherche, toujours susceptible de changement.


Ci-dessus, de gauche à droite. (ill. 1) Couvercle de sarcophage (4e s av. JC), hiéroglyphes en pâte de verre, musée égyptien, Turin. (ill. 2) Papa veut que je sois poli, page de cahier, mai 1944, musée national de l’éducation, Rouen. (ill. 3) Alechinsky, Mise en train (1981), aquarelle sur papier du 18e s. MNAM Paris.


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Propos de calligraphie contemporaine. Quelques réflexions estivales

par SUN Chengan[1]

La récente annonce de la finalisation d’un Corridor des écritures dans la province chinoise du Qinghai, en fait, d’un musée constituant une collection de calligraphies tracées en Extrême-Orient et en Occident, relance la question relative à l’importance de cette forme d’expression, dans les situations ordinaires de la vie quotidienne, comme pour les nombreuses approches, populaires ou élitistes, liées à différentes formes de création.

Depuis les années 1530, l’imprimerie a, en Occident, acquis une toute puissance normalisatrice qui commence à reléguer la présence de la graphie manuscrite vers d’autres secteurs. Le Songe de Poliphile (ill.) est un des chefs d’œuvre en la matière[2]. Quant à la graphie manuscrite, elle rassemble implicitement et fort heureusement tout ce qui permet d’utiliser la graphie manuscrite et de la faire perdurer ! En parallèle aux recherches sur l’art de la typographie qui naît et se développe au fil de l’inventivité des typographes et imprimeurs, ces derniers donnant naissance à des polices de caractères nés de l’observation des tracés des lettres, les calligraphes continuent de mener une vie pleine et, pour certains, remplie des honneurs que leur confère leur réputation. Il n’empêche que, malgré la beauté des calligraphies occidentales, en ce 21e siècle de la diversité, le livre d’artiste occidental est, avec l’art de rue, amateur de graffiti et autres signes, la forme artistique qui fait la part belle à la lettre. La Chine continue, quant à elle, à privilégier les caractères tracés sur un bandeau, une feuille, selon des critères souvent encore plus formels. Il existe cependant une école de calligraphes sinisés qui ont changé les formats pour les rendre plus adaptés à une création plus personnelle.

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Salon du livre d’artiste de Nevers

Compte rendu

par Marie-Paule Peronnet (*)

Pour ce premier Salon qui s’est déroulé les 2 et 3 juillet 2022, 39 participants étaient attendus dans les salles d’expositions du Palais Ducal (ill. 1), lieu historique de Nevers.

Comme le rappelle Marc Vernier (ill. 2), commissaire du Salon, « l’un des buts de ce salon consacré au livre d’artiste était de mettre en présence des graveurs, relieurs, peintres, calligraphes, illustrateurs. Une association très active dans le Nivernais, le Salon des Dames, de même qu’un partenariat avec la Médiathèque Jean Jaurès de Nevers, le soutien de la municipalité et de la revue Art et Métiers du Livre ont aidé à la préparation de ce salon. Cet événement pluridisciplinaire veut privilégier les rencontres du public avec les artistes et les artisans du livre et ainsi favoriser la découverte de leurs savoir-faire ».

Une conférence de Christophe Comentale a, dans une perspective chronologique et thématique, abordé la diversité des définitions possibles du livre de création Est-Ouest : « De la bibliophilie normée au manuscrit d’artiste ».

 

(ill. 1) Le salon du livre d’artiste et du livre-objet dans les salles d’expositions du Palais Ducal de Nevers

(ill. 2) Intervention de Marc Vernier à la Médiathèque Jean Jaurès de Nevers

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Une revue singulière Le bois gravé. A l’honneur dans le n° 32 Médéric Bottin, « l’homme qui sait faire vibrer le bois »

La dématérialisation des données savamment entreprise par nos édiles depuis plusieurs décennies présente un avantage : nous pourrons aller partout les mains vides ou ne plus aller nulle part si l’on continue ainsi, — tout étant virtuel — cela dit, la situation ne devrait que compliquer davantage le regard sur les œuvres originales si l’on se range à cette étrange attitude qui oublie à la base de tout cela le goût, l’envie, le plaisir…

En marge à ces nouveaux standards découlant de nouvelles modélisations socioéconomiques, d’autres continuent de faire leurs preuves, et, de cette attitude hédoniste naissent encore et toujours des œuvres qui disent le plaisir des choses et de la vie !

(ill. 1) Médéric Bottin à la fondation Taylor, juin 2022 (cl. ChC)

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Les coquelicots noirs ou « Lines written », livre d’artiste de Motoko Tachikawa

par Christophe Comentale

Lines written, texte de Philip Parfitt, interventions de Motoko Tachikawa. Paris : chez l’autrice, 2022. Carnet-accordéon à 14 plis. Couverture originale en lavis de la plasticienne, impression sérigraphique pour les pages intérieures. 30 ex. num. & signés.

Lines written, texte de Philip Parfitt, interventions de Motoko Tachikawa. Page de couverture.

Botaniste en constante transition entre réel et fiction, celle de ces végétaux qui deviennent des gestes et ébauches calligraphiques, Motoko Tachikawa a livré depuis plusieurs décennies une série de carnets-accordéons constituant une flore unique, celle qui rassemble les envies et parcours de cette femme peintre, graveuse et performeuse.

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Régis Sénèque : Exposition Passé vivant

par Clara Ruestchmann et Christophe Comentale

 

Rencontre entre un créateur et des architectes humanistes le temps d’une exposition.

Régis Sénèque (1970, Paris), plasticien, fresquiste et photographe investit au 8 bis rue d’Annam, l’atelier Martel, un collectif d’architectes engagé dans le soutien à la création artistique et œuvrant pour une architecture transversale, associant pratique architecturale située et réflexive et expressions culturelles contemporaines dans une démarche interdisciplinaire.

Exposition du 9 juin au 2 septembre 2022. Contact Presse : Clara Ruestchmann c.ruestchmann@ateliermartel.com  /  06 13 01 66 41 – 09 63 20 87 57. Visites organisées sur réservation.

 

Ce créateur livre un fonds photographique familial de quelque 40 photos, un parcours souvenir et sublimé assez voisin des voyages de Ségalen, entre intériorité et réel. Sensibilité des vues, Concentration intérieure dans les dessins et performances :

« Comment prendre conscience de la loyauté invisible qui nous lie à nos aïeux et au passé ? Comment rediriger notre attention pour, hier comme aujourd’hui, mettre l’humain en lumière ? Par une intervention in situ de grande ampleur jouant avec l’espace et l’architecture, et par un ensemble de dessins, d’archives photographiques et de matières dialoguant avec la structure de l’agence, l’exposition propose une mise en lumière par le frottement de la craie grasse dorée. Elle transforme la structure interne de l’agence en un tissu doré porteur de mots et de témoignages lointains. Les œuvres disposées sur ce tissu réactivent notre mémoire collective coloniale, la mettent en lumière, et avec elle ses fantômes, ses absent·es et ses invisibles ; réactivant ainsi les images sensibles d’un réel disparu ». Régis Sénèque

Régis Sénèque. Passé vivant 01 : A la mémoire (2022), photographie d’archive, détail (arrière grand-mère de l’artiste) © Michel Martzloff

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A propos du … Lauréat du Concours 2022 du livre d’artiste de la ville d’Issy-les-Moulineaux, « Ombre et lumière du tarot. Chronique d’un monde disparu ».

par Frédéric Harranger et Christophe Comentale

Parallèlement à la numérisation sociale, vaste processus technico-politique qui permet d’ores et déjà de simplifier de façon harmonieuse — le plus souvent — et autoritaire — aussi — les transactions du quotidien, le goût et les envies continuent d’induire une production artistique dont le livre d’artiste est un des indices forts. Cette présence de documents de tous types, réalisés en tous formats et selon les techniques les plus libres continue de donner à la création toutes ses facettes possibles.

 

Forte d’un fonds de près d’un millier de livres d’artistes qui sont un florilège d’œuvres allant des années 60 du 20e siècle à nos jours, et afin d’assurer une continuité à la présence de ce type de document dans les collections de la médiathèque, une acquisition de livre d’artiste peut être faite par le biais d’un concours annuel comprenant un appel à candidatures. Au lauréat sélectionné est attribué un prix de 1000 euros, l’œuvre entrant alors dans les fonds de la médiathèque et faisant l’objet d’une présentation particulière lors du Salon du livre qui se tient en la commune d’Issy-les-Moulineaux le 11 juin.

Le jury réuni cette année était composé de professionnels du livre et de la lecture, Mesdames Hélène Valloteau conservateur en chef à la bibliothèque Francoise Sagan (Paris), Madame Candice Attard, directrice des affaires culturelles, Laetitia Cuisinier, chargée de programmation à la ville d’Issy-les-Moulineaux, Monsieur Jean-Marc Thommen, directeur des Arcades, l’école d’art de la ville d’Issy-les-Moulineaux, Denis Butaye, directeur du musée de la carte à jouer, Gwenael Beuchet, chargé de conservation au musée de la carte à jouer, Philippe Colomb, directeur adjoint de la médiathèque d’Issy-les-Moulineaux, Virgile Legrand, éditeur, Frédéric Harranger, en charge des fonds de livres d’artistes à la médiathèque d’Issy-les-Moulineaux et Christophe Comentale, Conservateur en chef honoraire et Directeur scientifique au Musée de l’Homme – MNHN, collaborateur à la revue Art & métiers du livre, s’est réuni afin de procéder à la sélection de l’œuvre retenue.

Sept livres sont parvenus à la médiathèque :

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De la sculpture contemporaine : à propos de « Vertèbre T1 », nouvelle œuvre de Didier Scuderoni

par Alain cardenas-Castro

De l’infiniment petit au démesuré, le challenge est relevé par des artistes chercheurs désireux de pénétrer les formes les plus abstraites afin de leur insuffler une vie autre. Le rapport entre art et science trouve tout son impact en un siècle qui hésite entre la magie du virtuel et la sensualité de l’œuvre présente et source de patrimoine tangible. Portrait d’un sculpteur hédoniste.


(Ill. 1 et 2). Ci-dessus, de gauche à droite. Didier Scuderoni, Buste (2019) et Buste II (2019), résine synthétique, pigment acrylique, laiton, 60 x 56 x 36 cm. © Didier Scuderoni



(Ill. 3). Ci-dessus. Didier Scuderoni. Lierre de lettres (2013), résine synthétique, pigment acrylique, laiton, 150 x 56 x 36 cm. © Didier Scuderoni


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