MAÏTE CAUMARTIN, LIEUX ET GENS DE CALME

Une récente redécouverte d’œuvres presque disparues

par Christophe Comentale

Texte complet en français, résumé en chinois.

马伊特·科马尔坦,宁静的地方与人们。

最近重新发现了几乎消失的作品。

柯孟德署

一件作品的生命经历了各种不同的欲望和技法。从19世纪末以来,一波接一波令人印象深刻的美学运动中,各种实验不断刷新看似简单的主题,每个主题都根据创作者内在的欲望和感受被诠释。因此,无论是未来主义者还是野兽派的色彩爆炸,所产生的多彩效果不断影响着创作的动作,提升作品,使其充满叙事力量和艺术家意图传达的强烈情感。某种偶然的救赎。

如果欧洲机构在管理已故艺术家留下的图像资料方面仍然缓慢而谨慎,私人机构则不然,比如协会、基金会和文化中心,这些机构已经建立了初步的基金,用来丰富特定主题。这位色彩艺术家已经进入了一些知名的收藏…

(法文全文,中文文章摘要)

到目前为止,还没有关于Maïté Caumartin的详尽传记,只知道她可能出生在50年代,当时居住在巴黎地区,她在那里展览作品,并参与由评审团主持的艺术委员会,如Fresnes沙龙。至于她的教育背景,她在美术学院学习,也许是在巴黎,或者可能是自学成才,这些都是根据一些同行的说法,他们记得她是一个开朗的人。目前,需要进行档案研究工作,以便更多地了解这位女画家。从一批在一家旧货商搬迁清理物品时挖掘出的油画作品来看,这些画作,无论是画在画布上还是纸上,都保存完好。可以看出她掌握了多种绘画技法,特别是在油画技法方面,无论是在画布上还是纸上。同样,这位调色师的方法体现了她在文化机构的技术工作坊里的培训。至于所处理的主题,她非常重视人物、风景和静物。艺术家传达的是印象、观察的片刻和情感,这些都反映在她的作品中,让颜色成为有意义的斑点。

         La vie d’une œuvre passe par les envies et les techniques les plus diverses. Avec la succession impressionnante des mouvements esthétiques qui se sont enchaînés depuis la fin du 19e siècle, les expérimentations ont   renouvelé des thèmes a priori simples, mais chacun traduit selon les volontés et sensations sous-jacentes des créateurs. Ainsi, lorsque la couleur éclate avec les futuristes ou les fauves, la polychromie alors induite ne cesse de tarauder le geste, de le sublimer afin de lui donner toute la force narrative et l’intensité qui se propagent à travers la force tendue de l’artiste. Quelques mots sur une possible et fortuite rédemption.

Pas de biographie exhaustive de Maïté Caumartin à ce jour si ce n’est qu’elle serait née durant les années 50 vivant alors en région parisienne où elle expose et participe à des commissions artistiques présidées par des jurys comme celui du Salon de Fresnes. Quant à sa formation, elle étudie aux Beaux-arts, peut-être de Paris, ou bien serait autodidacte., selon les propos de certains de ses confrères qui ont le souvenir d’une personne enjouée. En l’état, un travail de recherches en archives s’impose afin d’en savoir davantage sur cette femme peintre. Au vu de ce modeste ensemble de peintures à l’huile présentées sur l’étal d’un brocanteur de la place d’Aligre, exhumées à l’issue d’une campagne de débarras de biens qu’un brocanteur déménageait, ces œuvres peintes sur toile ou sur papier sont en excellent état de conservation. On constate une maîtrise de techniques picturales diverses, en particulier celle de la technique de l’huile sur toile et sur papier. De même, l’approche de cette coloriste sous-tend une formation dans les ateliers techniques des institutions culturelles.

Quant aux sujets traités, ils accordent une place importante au personnage, au paysage et à la nature morte. L’artiste transcrit des impressions, des moments d’une observation et d’émotions qui se répercutent sur ces sujets où la couleur devient tache signifiante.

Ludwig Dettmann, Les géomètres (1913), hôtel de ville de Kiel
Mario Sironi, Le opere e i giorni (1933), tempera sur toile, 199 x 241 cm, Rome
Maïté Caumartin, Les ouvriers (daté 1990), huile sur papier, 24,5 x 32 cm

LE TRAVAIL ET LES JOURS / LES CORPS PRESQUE TRACES

A travers une œuvre datée 1990, Les ouvriers, emblématique de l’intérêt porté à l’activité humaine, la force tranquille des personnages campés ici et là renvoie, outre la présence de sujets comme cernés à la Rouault, à ces jalons iconographiques antérieurs et puissants, que sont Ludwig Dettmann (1865, Adelly-1944, Berlin), peintre allemand, un des fondateurs de la Sécession berlinoise, coutumier de sujets et peintures murales à nouveau devenus l’objet de regards intéressés et vifs depuis une décennie. Des œuvres dans le sillage des compositions de Mario Sironi (1885, Sassari-1961, Milan), dont la force des fresques entre antiquité romaine et puissance italienne des années 20 s’est à nouveau imposée après un purgatoire de plusieurs décennies. Comme chez ses grands aînés, Maïté Caumartin aime structurer ses œuvres, leur confier la radicalité forte qui impose un espace autre dans lequel la symbiose s’effectue sans même y penser. Quant à l’environnement, au microcosme ainsi créés, ils s’imbriquent parfaitement dans l’imaginaire du passant. 


Ci-dessus. Henri Matisse, Le rideau jaune (1914-1915), peinture à l’huile, collection privée ; Maïté Caumartin, Nu féminin, huile sur papier, 28 x 20 cm, coll. privée ; H. Matisse, Odalisque au tambourin (1926), peinture à l’huile, 71 × 53 cm. Coll. part. N-Y.



Ci-dessus. Van Dongen, 896e nuit, gravure sur bois ; Maïté Caumartin, Musiciennes, huile sur papier, 34 x 24 cm, coll. privée


Chaque œuvre se compose d’os et de chair, un complément harmonieux, un tout total. Cette ossature, a priori, est complétée par la densité charnue de la couleur, complément nécessaire ou plus frontal lorsque la couleur est appliquée à l’égal d’une tache, d’une ligne, d’un point, en quelque sorte d’une ponctuation visuelle qui induit un parcours au sein de l’œuvre. Alors, l’équilibre implicite entre plein et vide est atteint.

Le rapprochement avec des modèles tacites pour des artistes qui se cherchent renvoie à des créateurs comme Henri Matisse, Pierre Bonnard, voire autant Michel Debiève (1931, Maubeuge-2021, Nantes). Ces rapprochements ne sont pas figés, mais très variables selon les périodes de création et les centres d’intérêt et d’assimilation de chacun de ces peintres-archétypes.

Alors, pour Maïté Caumartin, le personnage, élément fondamental pris dans un décor fait de points et de taches, de plein et de vide, est lié à une liberté de dessin rendue à travers des couleurs fortes comme chez Van Dongen. Il s’y ajoute une approche assez figurative mais simplifiée en une synthèse a priori, présente dans la peinture moderne, notamment chez Modigliani et Picasso, eux-mêmes ayant puisé aux thèmes de l’odalisque, restituant au sujet de la femme assise, corps offert au regard, un élément de décor puissant.

Dans les tableaux de Maïté Caumartin réapparus récemment et provenant d’une vente fatale, la couleur passe avant le dessin. Ainsi, le rouge du vêtement, le turquoise du fond, le brun du corps, le bleu du ciel ou du mur, les fleurs rouges, sont autant des couleurs qui construisent l’image. Le dessin vient ensuite, souvent sous forme de traits noirs ou bleus très rapides. Le travail sur les couleurs primaires ou secondaires confère à ces tranches de vie un classicisme, un équilibre à l’œuvre. C’est précisément ce qui permet de rapprocher ces œuvres de celles de Matisse dans sa période fauve ou de Van Dongen, davantage que de la création à partir d’influences ingresques ou du romantisme de Delacroix.

LA NATURE MORTE. AVEC OU SANS FLEURS

Thème quasiment intemporel, celui de la nature morte s’accommode de la présence environnante et souvent paradisiaque de végétaux, d’objets parfois rares, insolites ou du quotidien, parfois en phase, souvent hétéroclites, selon les périodes et les artistes envisagés. Aux natures mortes des siècles passés, source de paraître social, de raffinement, de jeu aussi, la nature morte peut encore réserver des surprises au regard. Après les natures mortes déstructurées des cubistes qui ont introduit une esthétique décomplexée parfois devenue incongrue comme le rappelle Giorgio de Chirico dans ses écrits, les œuvres sont alors des jeux intellectuels dans le prolongement des « amusements » et de l’humour décalé, parfois spirituel, de surréalistes nantis et capricieux…

Une tendance autre est largement apparue avec les années 50-60 chez des artistes comme Jean Hélion (1904, Couterne-1987, Paris). Ce dernier se met à peindre d’après nature et se consacre à une œuvre figurative inspirée des scènes de la vie quotidienne. Il n’abandonnera plus l’art figuratif, allant même, dans les années 1950, jusqu’à l’extrême, voire au grotesque. Il peint des natures mortes dans lesquelles il intègre des objets de la vie ordinaire — en particulier des citrouilles, des chapeaux melon et des parapluies. Il passe, plus tard, à un compromis avec une peinture intégrant des taches colorées. Autre approche avec les monotypes à l’huile de Michel Debiève qui varient selon ses périodes de création, sachant autant mêler des éléments rustiques à des rebuts postcubistes. Yang Ermin, produit des natures mortes pleines d’une élégance et d’un raffinement qui oscillent entre réel et vraisemblable.

Maïté Caumartin laisse, quant à elle, des tranches de vie mêlant un peu tous ces éléments sublimés dans une polychromie qui joue d’un équilibre entre les variantes d’une couleur dominante, – le bleu – et les taches ou la coulure de couleurs primaires : l’intensité du rouge ressort ainsi sur un jaune lessivé et pâli.

Au fil de ce premier texte-redécouverte, la palette chromatique et thématique de cette artiste confrontée aux œuvres de plusieurs générations d’artistes, apparaît large et pleine d’une énergie pour donner du monde des séquences ouvertes et le reflet de moments choisis.


Ci-dessus. Michel Debiève. Nature morte, monotype à l’huile, 18 x 16,3 cm ; Maïté Caumartin. Nature morte (sd), huile sur toile, 40 x 40 cm ; YANG Ermin. La lumière de l’aube (2001), lavis sur papier, 50 x 116 cm ; YANG Ermin. Vase aux fleurs rouges (2001), lavis, 69 x 68 cm ; Hélion. Suite vaniteuse à l’atelier (1982), acrylique sur toile,162 x 114 cm


ELEMENTS BIBLIOGRAPHIQUES

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