OBJETS ET COLLECTIONS (3). Un vide-poche fin de siècle de Royal Dux

Cette rubrique est destinée à présenter des œuvres chinées, acquises, admirées ici et là. Une approche permettant de poser des jalons tant pour les œuvres connues ou pas, ou, plus exactement, qui ont eu à une période donnée, pu avoir une diffusion large, dans un contexte économique et social autre. Celui de l’Humanisme. Ce sera selon.

par Christophe Comentale.

L’objet du jour provient de la fabrique Royal Dux, fondée en 1853 dans le nord de la Bohême, à Duchov. Cette fabrique a connu bien des vicissitudes depuis 150 ans. Désormais dans l’actuelle Tchéquie, elle a d’abord été contrôlée par l’Allemagne puis par l’Union soviétique.   

(ill. 1) Vide-poche Royal Dux; Jeune paysanne (ca 1860), Céramique polychrome, H. 26 cm, larg. max. 16 cm, Ø. base 9 cm
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LA MANUFACTURE ROYAL DUX ET L’ANTIQUE

Une pièce antiquisante, Les deux enfants aux raisins

par Christophe Comentale

Fondée en 1853 en Autriche, dans le nord de la Bohême à Duchcov, – Dux en allemand – , cette manufacture a produit initialement des objets utilitaires. Elle fut rachetée par Eduard Eichler (1830-1887), un artiste juif reconnu, ce qui marqua le début de sa prospérité. Mais c’est à partir de 1898, à la suite de son installation à Berlin, que des œuvres de qualité remarquable furent produites. Parmi une imposante production, quelques réflexions sur une pièce fin de siècle, « Les deux enfants aux raisins ».

(ill. 1) Deux enfants à l’automne (ca 1890-1900), biscuit, 24,5 x 14,5 cm, H. max. 25 cm [Vanves 2022]
(ill. 2) Deux enfants à l’automne (détail). Sous la pièce, la marque triangulaire rose Royal Dux Bohemia.
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 L E   T H É

The world of tea, Musée du Vieux palais, Cité interdite, Pékin. Exposition, du 2 septembre au 30 novembre 2023

茶起源于中国,盛行于世界

主办单位:故宫博物院

Hall principal de la Porte du Midi et salles d’exposition Est et Ouest de la Tour de l’Aile de l’Oie Sauvage

故宫博物院午门正殿及东西雁翅楼展厅

Compte-rendu par Christophe Comentale (柯孟德) et Alain Cardenas-Castro (阿蘭)


Ci-dessus, de haut en bas et de gauche à droite. Christophe Comentale, Wang Xudong, Alain Cardenas-Castro au département des expositions du musée du Vieux Palais et différents pavillons de la Cité interdite


Cette manifestation exceptionnelle par sa scénographie tire parti de l’unicité du lieu et aussi d’un florilège de pièces archéologiques et patrimoniales choisies au sein des collections du Palais et de grands musées de la Chine ayant des pièces évocatrices du propos des organisateurs. Comme l’a rappelé le président de l’établissement, Monsieur Wang Xudong, rencontré en octobre dernier dans cet établissement dont il ne cesse de valoriser les actions envers les collections et le public, « Le thé est originaire de Chine et a affirmé une popularité unique dans le monde entier. Les différentes campagnes de rénovation du musée ont permis de davantage mettre en valeur ses collections uniques. Elles permettent de révéler au public chinois des trésors rarement montrés, quant au public étranger, il reste sous le charme de ce lieu de quelque 72 hectares ».

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Dunhuang. Une nouvelle approche à la création contemporaine : les maisons et objets d‘ameublement de Chen Xiangjing

陈向京敦煌设计师

par Christophe Comentale

Les grottes de différents sites, Mogao, Yulin, valent à Dunhuang un attrait constant, celui d’un public important. Il n’empêche qu’en ces lieux campés au beau milieu du désert, l’accueil est un point non négligeable pour les visiteurs de cette oasis.

Ci-dessus, de gauche à droite. (ill. 1 à 3) le designer Chen Xiangjing dans son atelier

Ci-dessus, de gauche à droite. (ill. 4 et 5)

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Concours du livre d’artiste d’Issy-les-Moulineaux, Stéphanie Ferrat lauréate 2023.

Compte-rendu.

par Marie-Paule Peronnet (*)

Depuis six ans, cette manifestation met l’accent sur la pluralité du type de création à la fois récent et historique que constitue le livre d’artiste. Apparu en Occident vers le 19e siècle selon certains, en Chine sous la dynastie des Song (10e-12e siècles) pour d’autres, il a déjà fait l’objet de nombreuses recherches et attentions qui ont abouti à la constitution de collections très diverses. A ce jour, 1000 titres étoffent le fonds de la médiathèque d’Issy.

A Marion Nino, Directrice des Médiathèques d’Issy-les-Moulineaux, le mot du début : « Ce sont les mains qui font, qui vont en silence, et le livre est né ». Ces mots de Stéphanie Ferrat, lauréate du prix du livre d’Artiste de la Ville d’Issy-les-Moulineaux, nous rappellent l’ampleur de l’univers dans lequel se déploie un livre d’artiste : œuvre complète, à la fois plastique, organique et poétique, il trouve une place naturelle dans l’espérance un peu folle des bibliothèques de rassembler dans leurs murs savoirs et artistes. Cette année encore, la Médiathèque centre-ville se réjouit de contribuer modestement par ce concours à valoriser l’extrême diversité et richesse des créateurs de livres d’artistes.

Un règlement publié très en amont permet notamment aux créateurs intéressés de préparer un livre récent et inédit, pour la circonstance. Les lauréats des années précédentes ne peuvent à nouveau candidater.

Comme chaque année, un jury très à l’écoute de la diversité de ce que peut être un livre d’artiste, s’est rassemblé afin de décerner le prix au lauréat. Sa composition est donnée ci-après :

Candice Attard, directrice des affaires culturelles à la mairie d’Issy-les-Moulineaux, Gwenael Beuchet, chargé de conservation au Musée de la carte à jouer d’Issy-les-Moulineaux, Alain Cardenas-Castro, enseignant, artiste et médiateur scientifique et culturel au Muséum national d’Histoire naturelle, Christophe Comentale, auteur, conservateur en chef honoraire au Museum national d’Histoire naturelle, Laetitia Cuisinier, chargée de programmation culturelle, Frédéric Harranger (**), Virgile Legrand, galeriste et éditeur, Marie Minssieux-Chamonard, conservatrice en chef à la Bibliothèque nationale de France, responsable des collections XXe-XXIe siècles, réserve des livres rares, Marion Nino, conservatrice en chef, directrice des médiathèques de la ville d’Issy-les-Moulineaux, Jean-Marc Thommen, artiste et directeur de l’école d’art « Les Arcades », Hélène Valotteau, conservatrice en chef, responsable du pôle jeunesse et patrimoine à l’Heure Joyeuse, Médiathèque Françoise Sagan.

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A propos d’un dialogue écriture-dessin-jardin

par Christophe Comentale

Alain Amariglio, Des plantes et des hommes, texte d’Alain Amariglio ; préf. de Gilles Clément, dessins originaux d’Alain Cardenas-Castro. Paris : Editions du Canoë, 2023. 304 p. 22 dessins.

Ci-dessus, de gauche à droite. (ill. 2 et 3) Alain Cardenas-Castro. Silva et Camelia sinensis, 2 des 22 illustrations de l’ouvrage Des plantes et des hommes d’Alain Amariglio. Crayon, feutre, tampon typographique sur papier, 21 x 13 cm

Trois personnalités assez complémentaires pour un ouvrage entre esthétique et fiction. Depuis plus de 30 ans au Musée de l’Homme, département du Muséum national d’Histoire naturelle, Alain Cardenas-Castro (1961, Paris) mène conjointement une activité de médiateur, d’enseignant et de chercheur. Cet artiste spécialisé dans l’art et les techniques de la fresque est un habitué des ensembles végétaux et floraux à l’intersection du réel et de l’imaginaire (ill. 1). Créateur de livres d’artiste, graveur et dessinateur, ses compositions puisent à la diversité des matériaux aux échelles larges. Pour cette commande des éditions du Canoë, il a créé une série de 22 dessins (ill 2 et 3) devenus depuis lors un ensemble de grands formats dont cet artiste est coutumier au fil de ses œuvres.

Le préfacier, jardinier, paysagiste, botaniste, entomologiste, biologiste et écrivain, Gilles Clément (1943, Argenton-sur-Creuse (Indre), prône des jardins devenus jardins naturels et pouvant se « redessiner » au long de la succession des saisons et des années.

Ces deux scientifiques adeptes d’une carrière reflétant une diversité forte, encadrent avec subtilité les récits d’Alain Amariglio (1965, Nancy), ingénieur puis entrepreneur et enseignant. Ces écrits multiples sont autant dans des prolongements autobiographiques que versant dans des contes autres. Des plantes et des hommes (ill. 4) se présente comme une promenade botanique qui, de chapitre en chapitre, prend pour point de départ et comme objet d’étude une plante (connue ou rare, contemporaine ou disparue…), qui permettra d’éclairer l’Histoire de l’humanité, par des voies mythologiques, économiques, politiques, littéraires… Ce panorama d’une érudition ludique est à l’égal d’un essai à mettre entre toutes les mains curieuses.

Ci-dessus, de gauche à droite. (ill. 1) Alain Cardenas-Castro. Une dédicace sur la page de titre de l’ouvrage Des plantes et des hommes d’Alain Amariglio (ill. 4)

L’or, couleur de pouvoir et de raffinement dans l’art chinois contemporain

par Christophe Comentale  

Différents articles ont permis de rappeler que, contrairement à des idées reçues, la Chine a, très tôt, donné une importance particulière à l’or, couleur, symbole, matériau. Les fouilles archéologiques qui ont mis au jour des artefacts de différentes époques, comme sous les Zhou[1], ont révélé des pièces étonnantes tant par leur forme qu’en raison de leur conception esthétique ou de leur poids rituel.

« En dépit de la fascination que le métal jaune exerce et de l’impact de sa valeur, il reste confiné dans le secret des demeures impériales [2]». La provenance de ce métal est renseignée par différentes sources dont un dictionnaire rédigé au 3e siècle avant notre ère, Le Erya[3] (ill.1) où est consignée la présence de ce métal sous la dénomination d’or jaune (huangjin). Sous les Tang, des mines sont exploitées dans les provinces du Sichuan, Hunan, Anhui, Jiangxi, Yunnan, Guangdong, Shaanxi et Gansu.

(ill. 1) Le Erya
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300 dessins exposés à la Fondation Custodia de fin février à mai-2023

Une fois de plus, ça marche, et même bien !

Deux expositions conjointes, parallèles, complémentaires et, pour autant bien différentes ont lieu du 25 février 2023 au 14 mai 2023.

Et surtout, surtout, une sélection d’œuvres alliant le détail sublimé à des scènes plus totales de paysages. Et enfin, en rejoignant l’aube du XXe siècle, des éléments décoratifs exceptionnels qui permettent une superbe plongée dans l’inutilité et la saveur de la perfection…

par Alain Cardenas-Castro et Chirstophe Comentale

● Quelques mots sur Ger Luijten

Qu’il nous soit permis, avant de présenter succinctement ces deux événements, de rappeler la disparition le 19 décembre 2022 du directeur de l’institution, Ger Luijten présent depuis 2010 dans cet établissement muséal. Grâce à une politique d’expositions et d’acquisitions menée avec goût, discernement et une infatigable curiosité, Ger Luijten a su conforter la réputation de la fondation d’origine néerlandaise, établissement des plus importants dans le domaine du dessin, de l’estampe ou des lettres et autographes d’artistes, toutes époques confondues. Il a surtout su faire connaître cette magnifique institution à un public plus étendu et à conjuguer érudition et diffusion des connaissances.

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Le puma à plume et autres motifs précolombiens. Des dessins scientifiques retrouvés dans l’atelier de Juan Manuel Cardenas-Castro : l’art de l’Ancien Pérou enseigné par l’image

par Alain Cardenas-Castro

« C’est dans les paradoxes du travail artistique que se révèlent quelques-unes des mutations les plus significatives du travail et des systèmes d’emploi modernes.[1]». Il en va ainsi du travail créatif qui peut se penser autour des notions d’originalité, d’innovation et d’inégalité, à l’aune de la vie de nombreux artistes, qui, pour subvenir aux besoins de leur quotidien sont obligés d’avoir d’autres activités annexes. Tel a été le cas pour plusieurs artistes péruviens dont Elena Izcue et les frères Cardenas-Castro.

Pour mémoire, les frères Cardenas-Castro, après avoir entamé une carrière de peintres au Pérou, ont effectué leur voyage en Europe au début de la troisième décennie du XXe siècle. Juan Manuel Cardenas-Castro arrive à Paris en 1920 précédant son frère José Félix, qui, lui, arrive à Madrid l’année suivante[2]. Ils se retrouvent ensemble à Paris dans l’effervescence du Montparnasse des années dites « folles », poursuivant chacun leur œuvre tout en effectuant d’autres activités afin de pallier aux aléas financiers.

De la diffusion de contenu scientifique. Les esquisses et dessins de Juan Manuel Cardenas-Castro

Dans le corpus des œuvres dessinées du peintre péruvien Juan Manuel Cardenas-Castro, il existe quelques dessins de type scientifique[3] (ill. 1 à 15). Retrouvé dans son atelier parisien, ces dessins ont été réalisés durant la période pendant laquelle Juan Manuel Cardenas-Castro a travaillé au Musée d’Ethnographie du Trocadéro et au Musée de l’Homme — une période allant de 1928 jusqu’aux années 1950. Ces dessins témoignent de son activité de muséographe exercée pour des institutions notoires au sein du monde scientifique, activité qu’il a menée parallèlement au développement de son œuvre personnelle.


Ci-dessus, de gauche à droite et de haut en bas. (ill. 1 à 15) Le corpus des dessins scientifiques du fonds Cardenas-Castro réalisés par Juan Manuel Cardenas-Castro


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A propos d’une « saison culturelle » à l’IMA

par Alain Cardenas-Castro & Christophe Comentale

Ce vaste bâtiment parsemé d’essais architecturaux postorientalistes dresse sa dizaine de niveaux face à la Seine. Il semble toujours aussi tassé, ce qui se confirme dans les étages qui n’ont pas la hauteur si décontractée des bâtiments haussmanniens. C’est beau quand même, ça appelle la mélancolie d’une autre époque ! Le café du rdc est assez décontracté, l’accueil chaleureux, l’humain fait le reste. Somme toute, l’endroit reste un bastion entre élégance et marginalité parisienne.

 

L’exposition Habibi, les révolutions de l’amour

La manifestation, coordonnée par Elodie Bouffard, responsable des expositions, Khalid Abdel-Hadi, directeur éditorial de My Kali magazine et Nada Majdoub, commissaire associée, se tient du 27 septembre 2022 au 19 février 2023.

Comme l’indique un compte-rendu synthétique et bref,

« Poursuivant la mise en valeur par l’IMA des 1001 facettes de la culture arabe et de sa créativité, Habibi, les révolutions de l’amour, présente, déployées sur 750 m2, des œuvres récentes autour des identités LGBTQIA+. Autant de nouveaux regards, exprimant avec force les interrogations sociales, personnelles et esthétiques qui traversent la création contemporaine. À l’attention des visiteurs : l’accès à certaines œuvres présentées lors de cette exposition est réservé aux seules personnes majeures. Comment les identités sexuelles et de genre sont-elles représentées dans la création contemporaine ? Comment circulent-elles ? Quelles stratégies esthétiques déploient-elles pour décrire et confronter les sociétés ? Photographie, peinture, vidéo, performance, littérature, animation…: la parole aux artistes, et à leur récit singulier qui dessine leurs doutes et leurs fragilités ».

Certes, on voit des hommes dénudés, quelques femmes aussi, des transgenres, etc., d’autres qui prennent la pause (pose) à la façon des Odalisques de Matisse et autres œuvres orientalistes, etc. Quelques photos prises sur place donnent le ton, pas vraiment de scènes torrides… (ill.4 à 9).

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