Véronique Durieux. LES DRAPS DE STELLA

par Christophe Comentale

Exposition au 36.6, 36 boulevard d’Ornano, Paris 18e du 19 au 23 mars 2026 de 17h à 21h, puis, au-delà de cette date, sur rendez-vous : revdurieux@gmail.com

Compte-rendu d’exposition

LE 36.6

Une nouvelle exposition de Véronique Durieux se tient au 36.6, dans sa galerie-atelier, un espace rythmique unique du boulevard d’Ornano. Un lieu chargé d’histoire[s] : celle du boulevard [souvenir forcé avec ce nom imposé par Napoléon III sur la présence de ce général d’Empire, Philippe Antoine], celle, aussi, de Laure Antonie Gargallo, devenue pour l’état civil épouse Germaine Pichot en 1905 [proche des peintres espagnols, tout proche modèle éphémère de Picasso, qu’elle délaisse pour le peintre Ramon Pichot] et tenancière de la toute proche Maison Rose : café au rez-de-chaussée de la maison, et atelier de Ramon Pichot au premier.

DE BEAUX DRAPS ET DES TOILES A LA HAUTEUR

Véronique Durieux, créatrice et plasticienne, peintre, lithographe et ingénieur-papier ou drap, livre son exposition peinture / sculpture / livres d’artiste, prise entre ces quarante jours de Carême [du 18 février au 2 avril].

L’espace déploie d’abord aux murs cinq pièces textiles réalisées à partir de draps anciens, brodés, qui, comme le souligne l’artiste, « appartenaient au trousseau d’une aïeule de ma cousine Stella. Ils sont de l’époque de mon arrière grand-mère Victoria. J’ai investi ces morceaux de drap, parvenus de la génération de Victoria jusqu’à moi, pour évoquer sa disparition. Cet évènement traumatique m’a atteinte profondément malgré le silence qui l’entourait. Il apparait de manière récurrente dans mon travail ». Véronique Durieux est souvent coutumière de cette approche au tissu, matériau exceptionnel devenu support-rebut sublimé. Des livres d’artiste ont été ainsi créés, travaillés comme objets uniques et précieux, livres-textile ou livres-papier :  Cortège, Job résiste, La reine jamais ne dira, Traces premières, Bris de traces, Après le tango, …

En regard de ces draps, regard direct, regard biaisé, « figurent le portrait au lavis de Victoria accompagné souvent du mien » précise Véronique Durieux. Autres éléments de ce bel accrochage, une série de tableaux aux formats imposants [60 F ou 130 x 97 cm], de grands tableaux peints à l’acrylique dans les années 2000, évoquant de manière non dite les camps.

« J’avais découvert, continue l’artiste, avec beaucoup d’émotion la peinture de Zoran Mušič (1909, Bukovica [Slovénie]-2005, Venise). Parmi ces tableaux, la série de peinture Femmes montagnes, qui modulent une envie d’abstraction presque lyrique, un dialogue muet entre peinture et calligraphie »  (…) « Je montre aussi au visiteur des pièces de mes deux dernières expositions, La traversée du désir en 2022, et Rêve debout en 2024. Une quête de lumière, d’amour, dans le rêve vient ainsi affirmer que la vie et qu’un certain bonheur demeurent néanmoins possibles ».

Prise entre optimisme et constatation d’un monde déchu, cette artiste-phénix renouvelle ses thèmes qu’elle travaille à bras le corps et l’esprit, insufflant à son œuvre en constant devenir une force et une attractivité étonnantes, un rythme où la gestuelle est calligraphique, livrée aux regards lors d’événements comme Tango scénique, que cette plasticienne danse avec Serge Dahan.

Outre les groupes de sculptures travaillés en creux et dont le rôle thérapeutique autant qu’esthétique est précisé par des mots peints en partie non visible a priori, une sélection de livres que l’artiste ne cesse d’éditer et de publier sur son parcours complète ce florilège.

Ce lieu remarquable va-t-il phagocyter progressivement tout le 36 boulevard d’Ornano ? Dans l’immédiat, un accueil in situ jusqu’au 23 mars, puis sur rendez-vous … Un tel lieu se mérite, attention à ne pas laisser passer les bonnes dates.

Véronique Durieux dans sa galerie-atelier, le 36.6
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