Une fois de plus, ça marche, et même bien !
Deux expositions conjointes, parallèles, complémentaires et, pour autant bien différentes ont lieu du 25 février 2023 au 14 mai 2023.
Et surtout, surtout, une sélection d’œuvres alliant le détail sublimé à des scènes plus totales de paysages. Et enfin, en rejoignant l’aube du XXe siècle, des éléments décoratifs exceptionnels qui permettent une superbe plongée dans l’inutilité et la saveur de la perfection…
par Alain Cardenas-Castro et Chirstophe Comentale
● Quelques mots sur Ger Luijten
Qu’il nous soit permis, avant de présenter succinctement ces deux événements, de rappeler la disparition le 19 décembre 2022 du directeur de l’institution, Ger Luijten présent depuis 2010 dans cet établissement muséal. Grâce à une politique d’expositions et d’acquisitions menée avec goût, discernement et une infatigable curiosité, Ger Luijten a su conforter la réputation de la fondation d’origine néerlandaise, établissement des plus importants dans le domaine du dessin, de l’estampe ou des lettres et autographes d’artistes, toutes époques confondues. Il a surtout su faire connaître cette magnifique institution à un public plus étendu et à conjuguer érudition et diffusion des connaissances.
Né en 1956, Ger Luijten est d’abord professeur de dessin. À 23 ans, il décide d’entreprendre des études d’histoire de l’art. Sa précédente expérience professionnelle lui permet d’appréhender très concrètement la matière des œuvres. Il devient conservateur du musée Boijmans Van Beuningen de Rotterdam entre 1987 et 1990, il rédige son premier catalogue d’exposition : From Pisanello to Cézanne (1990). Il entre ensuite au Rijksmuseum d’Amsterdam comme conservateur du département des arts graphiques avant d’en prendre la direction en 2001. Au nombre de ses plus importantes réalisations, Dawn of the Golden Age : Northern Netherlandish Art, 1580-1620 (1993-1994), sur lequel il a intensément travaillé, et le très original Mirror of Everyday Life : Genre Prints in the Netherlands 1550-1700, conçu avec Eddy de Jongh (1997). La longue fermeture de l’établissement pour travaux et l’envie de travailler dans un contexte différent lui ouvrent les portes d’une voie nouvelle. C’est ainsi que Ger Luijten succède le 1er juin 2010 à Mària van Berge-Gerbaud, lorsque cette dernière prend sa retraite de la Fondation Custodia. Il est, parallèlement, depuis le début de sa carrière, en charge de la série des Hollstein – incontournables catalogues raisonnés des gravures hollandaises et flamandes –. Ger Luijten a aussi été membre du conseil d’administration du RKD à La Haye, de la Vereniging Rembrandt et de plusieurs revues scientifiques, se vouant à ses diverses missions avec l’enthousiasme qui le caractérisait. Doté d’un merveilleux charisme, orateur exceptionnel et plein d’humour, chaleureux et généreux, Ger Luijten a marqué de son empreinte ce lieu de mémoire et de culture.
●● Collection du Rijksmuseum, Amsterdam.
Créer. Dessiner pour les arts décoratifs 1500-1900
Comment sublimer le détail ? Comment accorder aux éléments les plus disparates qui forment le confort et l’élégance d’un lieu une importance forte, celle d’une vie plaisante ?
Cette exposition propose au public de découvrir un nouvel aspect des fonctions du dessin et de son rôle central dans le processus de création d’une œuvre d’art. Près de 200 dessins d’arts décoratifs du XVIe au XIXe siècle issus des collections du Rijksmuseum sont présentés pour la première fois au public français. Les dessins ornaient les demeures des dignitaires ou les édifices religieux. Ils sont aujourd’hui le témoignage du mode de vie en Europe, entre la Renaissance et l’orée du XXe siècle. Interrogés sur leur relation avec les œuvres d’art qu’ils représentent, ils sont un élément clé de leur conception, de leur fabrication ou encore de leur commercialisation. Ils sont classés en douze chapitres thématiques, l’exposition permettant ainsi d’admirer des feuilles d’artistes tels que celles d’Erasmus Quellinus I (1584-1640), Baldassare Franceschini (1611-1690), Daniel Marot (1661-1752), Gilles-Marie Oppenord (1672-1742), Luigi Valadier (1726-1785), Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc (1814-1879) ou encore René Lalique (1860-1945).
●●● Collection des musées royaux des Beaux-arts de Belgique. Cabinet de dessins néerlandais.
LE XVIIIe SIÈCLE
Le « Cabinet » que la Fondation Custodia ouvre au printemps 2023 à Paris, à travers un choix de 80 dessins, a été constitué durant plusieurs générations par la famille De Grez dans la ville de Breda, située dans l’actuelle province de Noord-Brabant (Pays-Bas). La totalité de la collection fut léguée à l’État belge en 1911 et les œuvres déposées aux Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles.
Quantité de feuilles du XVIIIe siècle étaient des études préparatoires à des tableaux. Mais d’autres étaient des dessins achevés et vendus comme des œuvres en soi, bien que sur papier. Ils présupposaient un public de collectionneurs qui conservaient les feuilles dans des cartons à dessin et des albums et les regardaient et les admiraient entre connaisseurs ou en famille. Le phénomène s’est largement répandu tout au long du siècle et les artistes ont capitalisé sur ce marché en produisant des dessins d’un fini parfait qui étaient appréciés des collectionneurs avertis.
Les œuvres de l’exposition permettent de mieux comprendre et d’appréhender l’art du dessin à l’époque au cours de laquelle le commerce, la science et la culture connaissent un développement sans précédent aux Pays-Bas. Alors que la mode au début du siècle était aux scènes historiques et mythologiques, le goût du public évolue et tend à favoriser les représentations d’un « monde idéal », avant de s’orienter vers plus de réalisme avec une production davantage axée sur les paysages, les vues de villes, et les scènes d’intérieur. Les dessinateurs à ce moment-là n’hésitent pas à s’inspirer des maîtres anciens du XVIIe siècle.
Un florilège coup de cœur est joint à cette courte présentation, il est le reflet d’un choix d’œuvres prises le jour de l’inauguration. Détails et époques sont ainsi rassemblés, ils conservent ainsi une force particulière et une surprenante présence face au temps qui passe. Le choc des images, le poids d’une esthétique bien particulière s’avèrent toujours aussi puissants. Les deux catalogues édités pour accompagner ces synthèses visuelles se prêtent à une consultation autant qu’à une lecture sectorielle ou limitée à quelques pièces comme autant à une étude plus professionnelle : étudiants, marchands et collectionneurs y trouveront tout autant leur compte.









Bibliographie (catalogues des expositions)
- Cabinet des plus merveilleux dessins. Dessins néerlandais du XVIIIe siècle issus des collections des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. Gand / Bruxelles. Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, 2019, Éd. Snoeck. 223 p. : env. 135 ill. en coul., relié. 29,00 €
- Process, design drawings from the Rijksmuseum, 1500–1900. Rotterdam : nai010 publishers, 2022. 400 p. : env. 350 ill. en coul., broché. 49.00 €