Dominique Babinet, in memoriam

Sculpteur curieux, parfois proche de l’artisan, car, comme lui, il fabrique ses propres outils, Dominique Babinet a conjugué l’enseignement, depuis 1982 au centre Albert Chanot à Clamart et la création, sa création personnelle. Elève de Robert Courtin, connu pour sa statuaire, notamment dans la cathédrale de Reims, Dominique Babinet est aussi inspiré par Rodin comme par Bourdelle.

Ci-dessus. Dominique Babinet, Sans titre (ca 2015), cire, H. 7 cm, larg. 5 cm ; Dominique Babinet, Sans titre (ca 2015), plâtre, H. 6 cm, larg. 6 cm, ép. 3 cm

Continuer la lecture

Images et représentations du Pérou en France (1821-2021)

par Alain Cardenas-Castro

J’ai, voilà une année, éprouvé la nécessité de faire le point sur le colloque international, « Images et représentations du Pérou en France – 1821-2021 » qui s’est tenu au Musée d’Aquitaine sis à Bordeaux le vendredi 12 et le samedi 13 novembre 2021 (voir le blog Sciences et art contemporain, en date du 30 avril 2022). Il fait suite à la commémoration du Bicentenaire de l’indépendance du Pérou, un acte important qui remonte au 28 juillet 1821. La manifestation est due à l’initiative de Madame Isabelle Tauzin-Castellanos qui avait rassemblé vingt-deux intervenants. Cette collègue, universitaire, coordinatrice du colloque, est professeur de l’Université Bordeaux Montaigne et membre honoraire de l’Institut Universitaire de France. Une publication fait le point sur cet événement important pour les chercheurs et amateurs de l’art et de la civilisation péruvienne.

Images et représentations du Pérou en France – 1821-2021, sous la dir. d’Isabelle Tauzin-Castellanos, Mónica Cárdenas Moreno, Maylis Santa-Cruz.

Bordeaux : Presses Universitaires Indianocéaniques, 2022, 406 p., 15 x 22 cm
ISBN : 978-2-38444-006-1
Prix public : 16 euros

Continuer la lecture

Concours du livre d’artiste d’Issy-les-Moulineaux, Stéphanie Ferrat lauréate 2023.

Compte-rendu.

par Marie-Paule Peronnet (*)

Depuis six ans, cette manifestation met l’accent sur la pluralité du type de création à la fois récent et historique que constitue le livre d’artiste. Apparu en Occident vers le 19e siècle selon certains, en Chine sous la dynastie des Song (10e-12e siècles) pour d’autres, il a déjà fait l’objet de nombreuses recherches et attentions qui ont abouti à la constitution de collections très diverses. A ce jour, 1000 titres étoffent le fonds de la médiathèque d’Issy.

A Marion Nino, Directrice des Médiathèques d’Issy-les-Moulineaux, le mot du début : « Ce sont les mains qui font, qui vont en silence, et le livre est né ». Ces mots de Stéphanie Ferrat, lauréate du prix du livre d’Artiste de la Ville d’Issy-les-Moulineaux, nous rappellent l’ampleur de l’univers dans lequel se déploie un livre d’artiste : œuvre complète, à la fois plastique, organique et poétique, il trouve une place naturelle dans l’espérance un peu folle des bibliothèques de rassembler dans leurs murs savoirs et artistes. Cette année encore, la Médiathèque centre-ville se réjouit de contribuer modestement par ce concours à valoriser l’extrême diversité et richesse des créateurs de livres d’artistes.

Un règlement publié très en amont permet notamment aux créateurs intéressés de préparer un livre récent et inédit, pour la circonstance. Les lauréats des années précédentes ne peuvent à nouveau candidater.

Comme chaque année, un jury très à l’écoute de la diversité de ce que peut être un livre d’artiste, s’est rassemblé afin de décerner le prix au lauréat. Sa composition est donnée ci-après :

Candice Attard, directrice des affaires culturelles à la mairie d’Issy-les-Moulineaux, Gwenael Beuchet, chargé de conservation au Musée de la carte à jouer d’Issy-les-Moulineaux, Alain Cardenas-Castro, enseignant, artiste et médiateur scientifique et culturel au Muséum national d’Histoire naturelle, Christophe Comentale, auteur, conservateur en chef honoraire au Museum national d’Histoire naturelle, Laetitia Cuisinier, chargée de programmation culturelle, Frédéric Harranger (**), Virgile Legrand, galeriste et éditeur, Marie Minssieux-Chamonard, conservatrice en chef à la Bibliothèque nationale de France, responsable des collections XXe-XXIe siècles, réserve des livres rares, Marion Nino, conservatrice en chef, directrice des médiathèques de la ville d’Issy-les-Moulineaux, Jean-Marc Thommen, artiste et directeur de l’école d’art « Les Arcades », Hélène Valotteau, conservatrice en chef, responsable du pôle jeunesse et patrimoine à l’Heure Joyeuse, Médiathèque Françoise Sagan.

Continuer la lecture

A propos d’un dialogue écriture-dessin-jardin

par Christophe Comentale

Alain Amariglio, Des plantes et des hommes, texte d’Alain Amariglio ; préf. de Gilles Clément, dessins originaux d’Alain Cardenas-Castro. Paris : Editions du Canoë, 2023. 304 p. 22 dessins.

Ci-dessus, de gauche à droite. (ill. 2 et 3) Alain Cardenas-Castro. Silva et Camelia sinensis, 2 des 22 illustrations de l’ouvrage Des plantes et des hommes d’Alain Amariglio. Crayon, feutre, tampon typographique sur papier, 21 x 13 cm

Trois personnalités assez complémentaires pour un ouvrage entre esthétique et fiction. Depuis plus de 30 ans au Musée de l’Homme, département du Muséum national d’Histoire naturelle, Alain Cardenas-Castro (1961, Paris) mène conjointement une activité de médiateur, d’enseignant et de chercheur. Cet artiste spécialisé dans l’art et les techniques de la fresque est un habitué des ensembles végétaux et floraux à l’intersection du réel et de l’imaginaire (ill. 1). Créateur de livres d’artiste, graveur et dessinateur, ses compositions puisent à la diversité des matériaux aux échelles larges. Pour cette commande des éditions du Canoë, il a créé une série de 22 dessins (ill 2 et 3) devenus depuis lors un ensemble de grands formats dont cet artiste est coutumier au fil de ses œuvres.

Le préfacier, jardinier, paysagiste, botaniste, entomologiste, biologiste et écrivain, Gilles Clément (1943, Argenton-sur-Creuse (Indre), prône des jardins devenus jardins naturels et pouvant se « redessiner » au long de la succession des saisons et des années.

Ces deux scientifiques adeptes d’une carrière reflétant une diversité forte, encadrent avec subtilité les récits d’Alain Amariglio (1965, Nancy), ingénieur puis entrepreneur et enseignant. Ces écrits multiples sont autant dans des prolongements autobiographiques que versant dans des contes autres. Des plantes et des hommes (ill. 4) se présente comme une promenade botanique qui, de chapitre en chapitre, prend pour point de départ et comme objet d’étude une plante (connue ou rare, contemporaine ou disparue…), qui permettra d’éclairer l’Histoire de l’humanité, par des voies mythologiques, économiques, politiques, littéraires… Ce panorama d’une érudition ludique est à l’égal d’un essai à mettre entre toutes les mains curieuses.

Ci-dessus, de gauche à droite. (ill. 1) Alain Cardenas-Castro. Une dédicace sur la page de titre de l’ouvrage Des plantes et des hommes d’Alain Amariglio (ill. 4)

Sanzhar est un artiste plasticien kazakh 

par Alain Cardenas-Castro et Christophe Comentale

« Sanzhar est un artiste plasticien kazakh ». Ainsi commence la fiche biographique traduite en français sur cet artiste plasticien. On apprend aussi assez vite que son travail apporte autant d’attention à la gravure sur pierre qu’aux graphiques stellaires. Est-il pour autant archéologue ? Rêve-t-il de maçonner l’univers ? C’est, en tout cas un devin. Sa pratique de la contemplation intérieure y fait songer, ses images étant tracées en une suite de points. Des points perçus comme les marqueurs initiaux de l’espace et du temps. Il semble que ce sportif soit en phase avec l’univers qui le borde, le protège et l’entoure. Le corps, l’âme, l’univers, autant de pôles antithétiques mais complémentaires aussi.

Sanzhar Zhubanov est né en 1967 à Almaty (Алматы), ancienne capitale du Kazakhstan de 1929 à 1997, ville située au centre de l’Eurasie, dans la partie sud-est de la république du Kazakhstan, au nord de la chaîne de montagne des Tianshan ou Monts célestes si denses en légendes de toutes sortes, en tout cas, lieux où les divinités diverses aiment à se réunir. Almaty [la ville des pommes] est entourée de forêts ou croît ce fruit, le Malus sieversii, en cohabitation avec d’autres espèces de pommes sauvages.

(ill. 1) Sanzhar Zhubanov devant ses peintures et une de ses installations de pierres gravées, 2023
Continuer la lecture

Des pièces Est-Ouest dans un musée éphémère de l’estampe

A propos du Salon de l’estampe 2023.

par Alain Cardenas-Castro et Christophe Comentale

Cette 2e édition de Paris Print Fair a lieu du 23 au 26 mars 2023. Organisée par la Chambre Syndicale de l’Estampe, du Dessin et du Tableau (CSEDT), la manifestation réunit 20 exposants européens au sein du Réfectoire du Couvent des Cordeliers à Paris.

Comme le rappelle Christian Collin, président de la Chambre syndicale de l’estampe, du dessin et du tableau,

« La Paris Print Fair est un point de rencontre entre marchands, collectionneurs et institutions, où les exposants se veulent aussi bien vecteurs de connaissance qu’interprètes d’une histoire ».

Vingt exposants, membres associés de la Chambre Syndicale de l’Estampe, du Dessin et du Tableau (CSEDT), proposent une sélection d’estampes du XVe siècle à aujourd’hui.

Continuer la lecture

A propos d’une « saison culturelle » à l’IMA

par Alain Cardenas-Castro & Christophe Comentale

Ce vaste bâtiment parsemé d’essais architecturaux postorientalistes dresse sa dizaine de niveaux face à la Seine. Il semble toujours aussi tassé, ce qui se confirme dans les étages qui n’ont pas la hauteur si décontractée des bâtiments haussmanniens. C’est beau quand même, ça appelle la mélancolie d’une autre époque ! Le café du rdc est assez décontracté, l’accueil chaleureux, l’humain fait le reste. Somme toute, l’endroit reste un bastion entre élégance et marginalité parisienne.

 

L’exposition Habibi, les révolutions de l’amour

La manifestation, coordonnée par Elodie Bouffard, responsable des expositions, Khalid Abdel-Hadi, directeur éditorial de My Kali magazine et Nada Majdoub, commissaire associée, se tient du 27 septembre 2022 au 19 février 2023.

Comme l’indique un compte-rendu synthétique et bref,

« Poursuivant la mise en valeur par l’IMA des 1001 facettes de la culture arabe et de sa créativité, Habibi, les révolutions de l’amour, présente, déployées sur 750 m2, des œuvres récentes autour des identités LGBTQIA+. Autant de nouveaux regards, exprimant avec force les interrogations sociales, personnelles et esthétiques qui traversent la création contemporaine. À l’attention des visiteurs : l’accès à certaines œuvres présentées lors de cette exposition est réservé aux seules personnes majeures. Comment les identités sexuelles et de genre sont-elles représentées dans la création contemporaine ? Comment circulent-elles ? Quelles stratégies esthétiques déploient-elles pour décrire et confronter les sociétés ? Photographie, peinture, vidéo, performance, littérature, animation…: la parole aux artistes, et à leur récit singulier qui dessine leurs doutes et leurs fragilités ».

Certes, on voit des hommes dénudés, quelques femmes aussi, des transgenres, etc., d’autres qui prennent la pause (pose) à la façon des Odalisques de Matisse et autres œuvres orientalistes, etc. Quelques photos prises sur place donnent le ton, pas vraiment de scènes torrides… (ill.4 à 9).

Continuer la lecture

A propos de l’exposition sur La peau de chagrin à la Maison de Balzac (Paris)

Rupert Shrive a exposé du 22 septembre au 30 octobre 2022 dans le savoureux dédale de ce lieu unique dédié à l’écrivain et devenu galerie hébergeant toiles et installations.

par Christophe Comentale et Alain Cardenas-Castro

 

Actualité littéraire et beaux-arts ou De la métamorphose

C’est un peu ce qui se passe avec cette courageuse demande faite par Yves Gagneux, directeur du lieu, à un artiste assez introduit dans un concept jet set de l’art contemporain. Comme il le rappelle lors d’un échange récent

« je ne monte pas une exposition dans ce lieu, je passe quasiment commande à un créateur pour qu’il travaille sur une œuvre de Balzac [1799-1850] qui lui a plu et qui permette de la sorte de montrer l’impact de l’écrivain et, surtout, donne envie de le lire. D’où ce travail réalisé sur la Peau de chagrin, œuvre datant de 1831 ».

C’est dit, l’art conduit à la littérature ! En tout cas, chapeau bas à ce courageux lettré.

Ainsi, dans ce contexte particulier, Rupert Shrive a exposé du 22 septembre au 30 octobre 2022 dans le savoureux dédale de ce lieu qui, en dépit d’une restructuration récente, notamment une entrée devenue bastion postmédiéval donnant sur le jardin transformé en aire de pique-nique, reste accueillant. Il est vrai que si la vigne avait été plantée sur ce versant ensoleillé, le Clos Raynouard aurait pu faire la nique au cépage montmartrois. Le lieu ne s’y prêtait pas, le calme doit régner… Par ailleurs, impossible de connaître précisément le coût de cette superbe réfection à la charge des Parisiens. Elle devrait, disent certains technocrates solidaires et vertueux, inciter à davantage lire Balzac ! Différents enseignants, interrogés sur ces corrélations sont d’un avis sensiblement autre.

(ill. 1) Rupert Shrive parcourant son installation, galerie Orel art, Paris, 2011

Continuer la lecture

213 [70 +143] dessins français du 19e siècle à la Fondation Custodia. Une autre façon de parcourir les régions de l’hexagone et de l’Italie

Le dessin. La relative simplicité de sa définition va de pair avec la complexité de son omniprésence. Instrument visuel et descriptif du pouvoir, il est tout autant le vecteur des émotions les plus fortes que celui des sensations les moins évidentes. Le paysage est, avec ou sans personnage, pénétré, ponctué de bâtiments ou de notations diverses, le point focal vers lequel faire glisser le regard durant ces quelques mois de frilosité climatique et sociale. Réchauffement des sens garanti.

par Alain Cardenas-Castro et Christophe Comentale

Les expositions de la Fondation Custodia sont accessibles du 8 octobre 2022 au 8 janvier 2023, de 12h à 18h, tous les jours sauf le lundi

Une scénographie discrète et raffinée, contribue, comme de coutume, à une mise en valeur des pièces présentées sous des montages de circonstance ou alternant avec des cadres d’époques différentes. Deux expositions temporaires assez complémentaires se partagent les deux niveaux du lieu. Un florilège de quelque 70 œuvres de Léon Bonvin (1834-1866) (ill.1) un peintre réaliste quasiment jamais présenté en France, permet un autre regard sur le 19e siècle : d’une part des bouquets de fleurs champêtres simplement disposés dans un verre, natures mortes de cuisine, de l’autre, surtout un ensemble d’une dizaine de paysages semi-urbains dont les tons sombres de la pierre noire et rehauts de craie blanche sur papier teinté traduisent des atmosphères contrastées captivantes (ill.2) et prises dans des halos de lumière qui drainent la même force d’attraction que certaines œuvres de Seurat ou de Richard Davies (1945-1991). Filiation implicite et subjective, mais force est de constater cet attrait magnétique de l’ombre et de la lumière. Cette autre approche, plus fantastique, comme embrumée, jouant des formes géométriques des constructions sur les densités mystérieuses de masses végétales laisse à cet artiste tout son mystère face à ces tranches de vie dont le spectateur est exclu.

C’est du florilège [143 pièces] de dessins français du 19e siècle qu’il sera davantage question ici.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Continuer la lecture

Guy Girard, Onze chasses aux dragons des nuées et des temples. Compte-rendu en passant

par Christophe Comentale

L’exposition qui a lieu à la galerie [cogestion municipale-privée] de la rue des rosiers à Saint Ouen en septembre 2022 regroupe les œuvres de deux plasticiens, Thierry Pertuisot et Guy Girard. Si le premier « offre des visions tantôt kaléidoscopiques tantôt cloisonnées d’un univers foisonnant : minéral, végétal, aquatique », c’est du deuxième qu’il sera question ici et de sa vision particulière d’une Chine repoussante et magnétique.

« Ce n’est pas aux beaux-arts que l’on apprend à peindre, c’est lorsqu’on en sort que les choses changent ». Guy Girard, Propos de pas de porte, inédit.

(ill. 1)

Continuer la lecture