par Christophe Comentale
Une acquisition récente, celle d’un encrier en grès de forme octogonale, une pièce produite dans un atelier breton vers les années 1920, remet au goût du jour l’influence esthétique et culturelle de cette région.
砂岩墨水瓶,大约一百年前,即1920年左右,在一个著名作坊制作的。
在布列塔尼的坎佩尔市,陶艺家儒勒·韦尔林格接手了一家制造陶瓷制品的工厂。正是在这个地方,他希望彻底革新坎佩尔的生产。他随后开始制作装饰性的石器,这些石器受到奢侈客户群的欢迎。他将成为坎佩尔陶瓷最引人注目的创作之一的创始人:高温艺术石器“奥黛塔”。
[abstract en chinois et article en français]


Ci-dessus, de gauche à droite. (ill. 1 et 2) Encrier octogonal à godet et couvercle, atelier Odetta (ca 1920), grès, long. max. 9 cm, h. max. 5 cm
Une histoire de l’objet et du goût
Esthétique, utilité, témoignage historique ou sociologique ? La question n’est pas vraiment de mise mais il est certain que les encriers anciens sont des objets de collection variés, fabriqués en matériaux souvent nobles et représentant différentes époques et styles, leur présence est forte dans les collections rassemblant des pièces allant du 18e à la fin du 19e siècle. Différents matériaux sont utilisés pour leur fabrication : les encriers anciens peuvent être en différentes matières où la rareté le dispute à l’originalité : bronze, marbre, porcelaine, faïence, cristal ou opaline, les pièces sont souvent ornées de décorations ciselées, dorées ou patinées. Certains modèles comportaient des godets supplémentaires pour le talc ou le sable fin, des supports destinés à la plume ou la bougie, et même des sets de voyage hermétiques. Les styles varient du Rocaille, Louis XV, Empire, Napoléon III à l’Art Nouveau et Art déco. Souvent complémentaires, d’autres accessoires, porte-plumes, tampons-buvards, écritoires et humecteur de timbres complètent ces collections. Outre leur valeur décorative et de collection, certains encriers anciens peuvent encore être utilisés pour l’écriture à la plume ou au pinceau, avec des encres modernes adaptées. Ils représentent également un intérêt historique et esthétique, témoignant des rapports entre le tracé des caractères, les styles d’écritures et les styles de fabrication maintenant entrés dans l’histoire des sciences et des arts appliqués.
Encrier à huit côtés
Cet encrier octogonal, en grès, a été fabriqué dans un atelier célèbre il y a plus de cent ans, vers 1920. Il provient de l’atelier de céramique Odetta, établi dans la ville de Quimper, en Bretagne, comme cela est indiqué sur le fond des pièces (ill.2). A Quimper, Jules Verlingue, céramiste, a repris la manufacture HB, après avoir dirigé la faïencerie la Madeleine à Boulogne-sur-Mer et travaillé dans divers centres de production céramique comme Gien, Digoin ou Longchamp. Il souhaite renouveler radicalement la production quimpéroise, se lance alors dans la fabrication de grès décorés qui ont les faveurs d’une clientèle de luxe. Issu d’une longue lignée de faïenciers, Bernard Jules Verlingue intègre les faïenceries de Quimper en tant que directeur technique. C’est en 1990 qu’il crée le musée de la Faïence de Quimper et c’est à ce titre qu’il a publié et participé à la rédaction de nombreux ouvrages et catalogues. Parallèlement il est depuis 1990 expert spécialisé à l’UFE [Union française des experts en objets d’art] en faïence de Quimper près l’Hôtel des ventes de Brest.
Il va être à l’origine de l’une des créations les plus marquantes des céramiques de Quimper : Les grès d’art de grand feu « Odetta ».
C’est dans l’anse de Toulven, sur les berges d’un cours d’eau, l’Odet, que l’argile est puisée. Ce lieu donnera dès 1922 le nom à la marque « Odetta », c’est-à-dire « originaire de l’Odet ».
L’originalité de la production Odetta réside, outre la création de formes nouvelles, dans la technique de décoration employée. Traditionnellement, la décoration de la faïence quimpéroise s’effectue par la pose de couleurs céramiques, à la touche, sur émail cru ou sur biscuit.
Pour le grès, il s’agit d’un procédé de cloisonné, cher à Longwy. Le contour du décor est tracé au manganèse, oxyde réfractaire. Les réserves, ainsi tracées au pinceau à main levée ou selon les pointillés laissés par le poncif, sont remplies par des émaux posés à la goutte avec un pinceau en poils d’oreille de bœuf.
Les émaux, pour bien adhérer au support, contiennent une décoction de fucus, algue dont le littoral regorge. C’est grâce à l’emploi d’émaux, en substitution aux couleurs, que la palette chromatique trouve toute sa puissance. Ainsi pour le grès, il en va de même que pour la faïence de Quimper, connue dans le monde entier pour la vivacité de ses tons.
De la diversité des productions
Chaque pièce, notamment chaque vase, comporte en principe (car les exceptions ne sont pas rares), deux numéros. Le premier, généralement composé de trois chiffres, désigne la forme. Le second, de quatre chiffres, repère le décor (ill.2).
Il n’y a pas d’unicité d’inspiration dans le décor des grès HB. Cela reflète d’ailleurs parfaitement l’esprit de l’Art déco, dont les sources d’inspiration, plurielles, puisent leur inspiration autant à des éléments antiques stylisés qu’à des éléments archéologiques médiévaux ou très stylisés, gagnés par une géométrisation large des formes. Cette quête s’accompagne cependant, mais toujours d’une recherche de rigueur, une rigueur qui convient parfaitement à la matière du grès.
Les pièces sont ornées de motifs géométriques ou d’un décor thématique. C’est le cas des pièces produites en Bretagne ou évoquant cette région, sa faune, sa flore et ses hommes mais il ne s’enferme pas dans le régionalisme. …
L’harmonie des grès Odetta, au-delà du décor, tient à la richesse de la gamme des émaux. Brillants ou mats, selon l’effet recherché …Un camaïeu d’ocre et un bleu ayant la profondeur de celui de Sèvres sont particulièrement remarquables. Utilisé en couches plus ou moins épaisses, l’émail autorise des effets moirés, que des peintres expérimentés sauront rendre à la perfection.
La réalisation des décors demande à la fois expérience, dextérité et sens esthétique. Les artistes donnent leur instruction aux peintres mais ne réalisent pas eux-mêmes le travail. Compte tenu des qualités requises, quelques personnes seulement se verront confier l’exécution des pièces importantes. Chacune apposant un signe distinctif sur le fond du vase, il apparait que trois peintres seulement sont, au fil des années, les talentueux auteurs de la plupart des grandes pièces.
La majorité des petits vases et une bonne moitié des pièces importantes sont restées anonymes et, faute d’archives, la plupart le demeureront. On ne peut que regretter l’excès de modestie de leurs créateurs, et le peu de cas que l’on faisait alors de leur talent.
Restent ceux dont la signature sur le fond des vases est dans les catalogues de la Grande Maison éclaire un peu l’histoire, ils ont pour nom Chanteau, Fouillen, Brisson Garin, Beauclair, Renaud ou Rol… »
Eléments bibliographiques
- Bernard Jules Verlingue et Jacques Glérant. Quimper : les Amis du Musée de la Faïence, 1999.
- Bernard Jules Verlingue, Odetta les grès d’art de Quimper, avec la collaboration de Philippe Théallet, photographies de Jean-Noël Vinter. Quimper : les Amis du Musée de la Faïence, 2011. Catalogue de l’exposition de 2007.
- François Fichet de Clairfontaine (Dir.) Ateliers de potiers médiévaux en Bretagne. Paris : Ed. de la MSH, 2022.