EXPOSITION – GALERIE YOUNIQUE, PARIS. FEVRIER-MARS 2026.
Compte-rendu par SUN Chengan
La Galerie Younique, ouverte en 2005 à Paris par Mathias Bloch, enchaîne à l’Est comme à l’Ouest des expositions de groupe et des événements individuels. Elle accueille les lavis, les collages et les documents photos d’Alain Cardenas-Castro. Un panorama entre naturalisme et ethnologie sublimée.
Galerie Younique. Paris. La galerie est ouverte durant les expositions du jeudi au samedi de 16h à 20h et sur RDV, 65 rue Pascal 75013 Paris +33 6 26 76 36 33
Galerie Younique. Lima
calle Tampumachay 15038 Lima (Pérou) +51 940 187 185
A PROPOS DE LA GALERIE YOUNIQUE
Comme le rappelle Mathias Bloch, « dans le néologisme Younique, il y a la fusion du “you”, l’individu, et de “unique”, l’unicité de l’art comme l’essence même de toute création artistique. C’est l’association de ces deux concepts qui génère le rapport unique à l’art que la galerie met en avant ; représentant des oeuvres fortes de la jeune création internationale et d’artistes reconnus, questionnant la perception de la réalité ». Spécialisée en art contemporain (peinture, photographie, sculpture, installation et vidéo), Younique crée un pont entre la France et l’Amérique Latine, valorisant l’art français à l’étranger et représentant l’art latino-américain en Europe.
En 2014 l’idée d’ouvrir un bureau-galerie à Lima (Pérou) a surgi et s’est concrétisée en 2020. Par ailleurs, ces dernières années, la galerie a multiplié les projets au Mexique. La Galerie Younique est, depuis 2013, membre du Comité Professionnel des Galeries d’Art.
DES ESPACES COMPLEMENTAIRES ET EN SUCCESSION
Coutumier des peintures mobiles, Alain Cardenas-Castro est tout autant demandeur d’espace, d’espace intégral, pour une mise en regard total auprès d’un public large épris d’une culture ludique, de grands monochromes, mais aussi d’espaces-compartiments, des assemblages. Ainsi se situe D’Est en Ouest, cet assemblage qui, de l’aveu de l’auteur est
« une composition réalisée à partir de deux couleurs, le rouge du fond et le blanc du dessin. Deux couleurs symboliques se rapportant à mes origines, française et péruvienne, et également un hommage à Juan Manuel Cardenas-Castro, mon père, qui me déconseillait d’utiliser le rouge éclatant — le vermillon — dans mes peintures. Jeux ludiques des formes et des contenus qui cheminent sur la surface murale. Ces quatre axes deviennent et composent alors une typologie et s’entremêlent pour former un paysage imaginaire et, à première vue, abstrait ».
Comme l’artiste l’expliquait dans une interview récente :
« [ce] travail se réfère aux signes et aux systèmes d’écritures, qu’ils soient pictographiques ou typographiques. Ces symboles et ces signes permettent des allers et retours sémantiques entre signifiants et signifiés. Parallèlement, le travail de muséographe mené au Musée de l’Homme, [l’] a amené, tout comme [s]on père Juan Manuel, à effectuer différentes missions et travaux correspondant à plusieurs métiers. D’abord celui de documentaliste, de muséographe dans le projet de rénovation du nouveau Musée de l’Homme, enfin comme initiateur de projets artistiques avec notamment en 2013-2014, Art in situ, projet artistique éphémère consistant en des interventions d’artistes plasticiens sur les murs du musée en chantier. [Il] étai[t] en quelque sorte maître d’œuvre et commissaire intervenant ».
DES POINTS ENTRE OUEST ET EST
Assemblage classificatoire, tel peut être défini la vaste œuvre d’Alain Cardenas-Castro. Selon les esthétiques qui vont se concentrer, se percuter et s’imposer, se figer, lors d’un regard rapide — un coup d’œil —, ou d’un glissement, prolongé, des yeux, vont naître, se manifester, des réactions, très contraires, voire contradictoires, face à ces quarante bribes de vie, quarante œuvres de 30 centimètres de hauteur sur 40 centimètres de largeur constituant un assemblage monumental de deux mètres trente sur un mètre cinquante, un tout cohérent et baroque, mystérieux, qui renvoie aux panoramiques si appréciés pour leur atmosphère édifiante et enveloppante. Ainsi, dans ce monde improbable, une section traite des formes animales microscopiques, de la croissance végétale et minérale qui suscitent parfois des foisonnements botaniques. Dans une deuxième section, ce qui serait classé dans un magasin ou une réserve, ce sont les pièces archéologiques. Des éléments épars issus des cultures de l’ancien Pérou. Au flux et à l’abondance d’abord perçus, fait suite un ordre, une mise en place stratégique qui synthétise un domicile de réflexion et de pratique artistique. Ainsi sont évoqués de grands thèmes fondamentaux : le plein et le vide (E8, E5, B4 A4), les associations minérales (B5–B6 ; B5–C5–B 6–C6 ; E3–E4, …) ou naturalistes, sublimées par des fleurs à la complexité épanouie (A1-A2 ; A4-A5), sans omettre la présence de la montagne qui se décline en pics et sommets (E3-E4). Les éléments archéologiques — Chine et Pérou sont fortement présents — rappellent qu’un créateur doit savoir s’y retrouver dans une abondance documentaire, quelles que soient son approche.
ŒUVRE PROTOTYPE
Synthèse d’un travail et de plusieurs décennies de recherches, la peinture murale d’Alain Cardenas-Castro se développe, tentaculaire, au Pérou, en Chine ou en France. Comme pour tout assemblage, elle peut se démultiplier en un nombre infini de panneaux, des panneaux de tailles diverses, adaptables à l’architecture comme à toute composition à fresque. Un nouvel universalisme, victorieux et ouvert est face à nous, élément d’un paradis à découvrir lors des prochaines expositions qui auront lieu en France, en Chine et au Pérou.


Ci-dessus, de gauche à droite. Mochica 1 (2026), carte postale ancienne (tirage argentique), crayon graphite et acrylique sur papier Xuan ; Puma à plume (2026), carte postale ancienne (tirage argentique), estampage et acrylique sur papier Xuan
DU COLLAGE AUTRE
Certes, la vogue des collages a eu plusieurs périodes fastes, depuis les balbutiements qui ont accompagné l’invention du papier et les nécessités faites obligations, de changer les formats, les formes, les approches des objets de la vie sociale, comme les livres et documents où l’esthétique l’a disputé à l’utilitaire. Pour Alain Cardenas-Castro le collage est utilisé pour fixer ses assemblages de petit format mêlant photographies, cartes postales, dessins et peintures. Les cartes postales collectées sont toutes anciennes et sont pour beaucoup des tirages argentiques réalisés au début du XXe s. (Mochica 1, Cible, Kero, Selva largo), les thématiques, parfois issues du monde des musées, sont ethnographiques. Les liens récurrents avec l’univers familial que l’on retrouve détaillés dans le travail de thèse de l’artiste (voir en bibliographie) sont visibles dans l’évocation de l’atelier du père — le peintre indigéniste péruvien Juan Manuel Cardenas-Castro — dessiné en blanc sur fond brun (Mochica 1 et Puma à plume).



Ci-dessus, de gauche à droite. Cible (2024), carte postale ancienne (tirage argentique) et dessin sur papier Xuan, 23 x 30,5 ; Kero (2024), carte postale ancienne (tirage argentique) et dessin sur papier Xuan, 30 x 24 cm ; Selva largo (2024), carte postale ancienne (tirage argentique) et dessin sur papier chinois, 25,5 x 37 cm.
Fort de sa double approche de chercheur et de plasticien, Alain Cardenas-Castro se plaît à sublimer les témoignages nés de son imaginaire par un bestiaire et une flore qu’il a faits sien en leur adjoignant des pièces qui mêlent un tracé graphique, calligraphique, même avec des cartes-photos, dont la rareté est reprise pour un but autre, celui de mettre en relief les éléments d’une esthétique particulière chère à l’artiste…
2026 et 2027 semblent d’ores et déjà des années fastes pour ce créateur, à Paris comme à Lima où les projets s’enchaînent…
Eléments bibliographiques
- Alain Cardenas-Castro. De la série. Narration centre et périphérie. Propos doublés. Paris : Ed. du Fenouil, 2024
- SUN Chengan. Monumentalités et assemblages dans l’œuvre d’Alain Cardenas-Castro. In : S&AC, 19 décembre 2024
- Alain Cardenas-Castro. Le puma à plume et autres motifs précolombiens. Des dessins scientifiques retrouvés dans l’atelier de Juan Manuel Cardenas-Castro : l’art de l’Ancien Pérou enseigné par l’image. In : S&AC, 28 février 2023.
- Marie-Paule Peronnet. Œuvres magiques et polychromes d’Alain Cardenas-Castro. Papiers, livres d’artiste, sculptures et autres supports. In : S&AC, octobre 2020.
- Alain Cardenas-Castro, Peintures murales : de la diversité des approches Est – Ouest In : S&AC, août 2017.
- Christophe Comentale, D’Est en Ouest. Un assemblage d’Alain Cardenas-castro. Aussi un livre de bibliophilie et d’artiste. In : S&AC, 13 janvier 2026
- Alain Cardenas-Castro : Création artistique et données ethno-anthropologiques péruviennes. 1915-2015 : une lignée de peintres muséographes, les Cardenas-Castro, thèse en sciences et technologies des arts, spécialité arts plastiques et photographie, Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis : 2021. 1292 p.
- Alain Cardenas-Castro. D’Est en Ouest. Paris : Ed. du Fenouil, 2026. 27 ex. dont 5 ex. de tête contenant une œuvre originale.



