A propos d’une installation de Catherine Pomper, Amerrir à l’orée de ses rêves

par Christophe Comentale et Frédéric Harranger

Dans le silence feutré et modulé de son atelier-jardin de Saint-Cyr l’École, Catherine Pomper livre de temps à autre à un public de collectionneurs et de curieux des images qui vont et viennent parmi des pans de son imaginaire. Ainsi en va-t-il de cette prestigieuse et éphémère installation, Amerrir à l’orée de ses rêves (ill.1, 2 et 3)

(ill. 1) Catherine Pomper. Amerrir à l’orée de ses rêves (vue d’ensemble)
(ill. 2) Catherine Pomper. Amerrir à l’orée de ses rêves (vue d’ensemble)
(ill. 3) Catherine Pomper. Amerrir à l’orée de ses rêves (détail)
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Daniel Nadaud me fait — parfois — penser à Odilon Redon

par Christophe Comentale

Au fil des très nombreuses manifestations et publications qui ont célébré l’activité créatrice de Daniel Nadaud, force était de lancer un écho, fût-il modeste, à ces actions multiples.

On note chez Redon (1840, Bordeaux -1916, Paris), un dépouillement, une constance, jugulée et maîtrisée, tandis que chez Daniel Nadaud (1942, Paris), des amoncellements confinent parfois à une absence de sens donnant à ses synthèses visuelles un poids particulier.

Daniel Nadaud, dessinateur, est aussi lithographe, écrivain, sculpteur, compositeur d’assemblages qui frisent des constellations cosmopolites et décalées. Il développe cette activité depuis les années 70.

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L’or, couleur de pouvoir et de raffinement dans l’art chinois contemporain

par Christophe Comentale  

Différents articles ont permis de rappeler que, contrairement à des idées reçues, la Chine a, très tôt, donné une importance particulière à l’or, couleur, symbole, matériau. Les fouilles archéologiques qui ont mis au jour des artefacts de différentes époques, comme sous les Zhou[1], ont révélé des pièces étonnantes tant par leur forme qu’en raison de leur conception esthétique ou de leur poids rituel.

« En dépit de la fascination que le métal jaune exerce et de l’impact de sa valeur, il reste confiné dans le secret des demeures impériales [2]». La provenance de ce métal est renseignée par différentes sources dont un dictionnaire rédigé au 3e siècle avant notre ère, Le Erya[3] (ill.1) où est consignée la présence de ce métal sous la dénomination d’or jaune (huangjin). Sous les Tang, des mines sont exploitées dans les provinces du Sichuan, Hunan, Anhui, Jiangxi, Yunnan, Guangdong, Shaanxi et Gansu.

(ill. 1) Le Erya
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Des pièces Est-Ouest dans un musée éphémère de l’estampe

A propos du Salon de l’estampe 2023.

par Alain Cardenas-Castro et Christophe Comentale

Cette 2e édition de Paris Print Fair a lieu du 23 au 26 mars 2023. Organisée par la Chambre Syndicale de l’Estampe, du Dessin et du Tableau (CSEDT), la manifestation réunit 20 exposants européens au sein du Réfectoire du Couvent des Cordeliers à Paris.

Comme le rappelle Christian Collin, président de la Chambre syndicale de l’estampe, du dessin et du tableau,

« La Paris Print Fair est un point de rencontre entre marchands, collectionneurs et institutions, où les exposants se veulent aussi bien vecteurs de connaissance qu’interprètes d’une histoire ».

Vingt exposants, membres associés de la Chambre Syndicale de l’Estampe, du Dessin et du Tableau (CSEDT), proposent une sélection d’estampes du XVe siècle à aujourd’hui.

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300 dessins exposés à la Fondation Custodia de fin février à mai-2023

Une fois de plus, ça marche, et même bien !

Deux expositions conjointes, parallèles, complémentaires et, pour autant bien différentes ont lieu du 25 février 2023 au 14 mai 2023.

Et surtout, surtout, une sélection d’œuvres alliant le détail sublimé à des scènes plus totales de paysages. Et enfin, en rejoignant l’aube du XXe siècle, des éléments décoratifs exceptionnels qui permettent une superbe plongée dans l’inutilité et la saveur de la perfection…

par Alain Cardenas-Castro et Chirstophe Comentale

● Quelques mots sur Ger Luijten

Qu’il nous soit permis, avant de présenter succinctement ces deux événements, de rappeler la disparition le 19 décembre 2022 du directeur de l’institution, Ger Luijten présent depuis 2010 dans cet établissement muséal. Grâce à une politique d’expositions et d’acquisitions menée avec goût, discernement et une infatigable curiosité, Ger Luijten a su conforter la réputation de la fondation d’origine néerlandaise, établissement des plus importants dans le domaine du dessin, de l’estampe ou des lettres et autographes d’artistes, toutes époques confondues. Il a surtout su faire connaître cette magnifique institution à un public plus étendu et à conjuguer érudition et diffusion des connaissances.

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La série des fonds or. A propos d’un récent paysage de Fan Yifu

par Christophe Comentale

Le courant néolettré, revigoré depuis trois bonnes décennies, ne cesse de faire découvrir des pratiques reflétant une créativité surprenante. Les différentes périodes historiques ont privilégié des supports extrêmement divers et utilisé des matériaux des plus surprenants. Ainsi en est-il allé de la soie et de l’or, matières des plus précieuses qui ont produit des fleurons uniques de la civilisation chinoise.

Dès les Shang, la métallurgie de l’or fait naître des pièces d’orfèvrerie étonnantes, somptueuses sous celle des Han, délicates et naturalistes sous les Tang, délirantes et parfois inconséquentes sous les Qing, tandis que la soie tissée de façon subtile est affectée au vêtement, aux tentures ou devient le support d’œuvres précieuses. Avec sa récente série de paysages paradisiaques, Fan Yifu remet au goût du jour le raffinement qui préside à toute création. L’une d’entre elles est présentée ci-après.

(ill. 4) Fan Yifu. Ciel haut sur vol d’oiseaux (2022), encre sur carton or, 45, 5 x 50 cm (coll. privée) 天高任鳥飛

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A propos d’un motif de saule bleu sur faïence anglaise, un plat à décor de paysage chinois, une chinoiserie de la toute fin du 19e s.

par Christophe Comentale

Un ami, créateur, collectionneur et curieux de tout, m’a présenté un plat (ill.1) chiné en province. Ce qui l’a attiré, c’est, bien sûr, d’une part, le paysage dont la composition renvoie assez justement pour l’imaginaire occidental, au thème du paysage classique montrant un équilibre entre plein et vide grâce à la présence de mont(agne) et de plan d’eau, lieu au sein duquel l’homme voit son échelle proportionnée à celle de la Nature, microcosme dans un macrocosme qui le pousse à une certaine modestie. Il a, d’autre part, été impressionné par l’imposante restauration du plat, dont le fond est parcouru d’énormes agrafes, quasiment invisibles sur la surface historiée, à l’exception de quelques éclats, probablement apparus lors de la chute de la pièce.

 

Un peu d’histoire sur l’origine et de la fortune d’un motif végétal, le saule bleu (ill.2)

Le motif du saule est familier en de nombreuses contrées car l’arbre croît sur le bord de tous les cours d’eau ou des lieux humides, en Asie comme en Europe ou en Amérique. Outre cette considération, son ombre permet aux uns et aux autres de se protéger du soleil sous ses branches, ou, aussi, de trouver une certaine intimité…

Ce plat, anglais, pose, implicitement, la question de l’original et de la copie. Si, en Chine, la copie est, parmi les six principes qui régissent la peinture, celui qui s’avère le meilleur moyen de devenir progressivement, autonome, a contrario de l’occident qui voit là un manque d’originalité, il n’en demeure pas moins que ce thème a eu et conserve encore une fortune édifiante.

La question de la datation reste la première chose à évoquer et à résoudre. Une importante littérature, de première main ou constituée de données trouvées sur des sites anglo-américains, montre qu’une ferveur importante reste constante autour de ce type précis de pièce, par ailleurs l’objet de rééditions actuelles. La pièce est aussi destinée à un usage quotidien.

Ce plat est, ainsi, lié à la connaissance de Extrême-Orient qui commence, pour la partie sud de l’Europe, au 14e siècle avec la présence des ordres mendiants envoyés en mission pour voir comment mettre en place le salut des âmes là-bas. Les choses continuent avec la présence des Polo en Chine. Marco (1254, Venise – 1324, Venise), parti à l’âge de 17 ans avec son père, Niccolò, et son oncle Matteo pour l’Asie. Marco est le plus connu, notamment par son œuvre parue sous différents titres, Le Million, Le Devisement du monde ou Le Livre des merveilles. En dépit d’éléments étranges, le monde décrit est aussi repoussant qu’admirable. Il sollicite l’imaginaire des destinataires et de la classe dirigeante qui constituent un lectorat en quête de nouveaux marchés. Les prospections continuent, toute l’Europe souhaitant tirer parti des richesses de ce monde inconnu. Les routes maritimes sont l’objet d’enjeux qui se concrétisent au fil du temps par la diplomatie et les canons. Les armateurs, les commerçants, les missionnaires parviennent en Chine par différentes routes maritimes. Les Anglais y débarquent au tout début du 17e siècle, avec la création de la Compagnie britannique des Indes orientales — d’abord anglaise, sous le nom de East India Company, EIC, puis britannique sous le nom de British East India Company, BEIC — le 31 décembre 1600 par une charte royale de la reine Élisabeth Ire d’Angleterre, conférant pour 20 ans le monopole du commerce dans l’océan Indien à la souveraine.

Les Anglais montrent leur sens fort du commerce au niveau international avec la fondation de cette première des compagnies européennes fondées au 18e siècle pour conquérir « les Indes » et dominer les flux commerciaux avec l’Asie. Elle se trouve d’emblée en concurrence avec la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, et prend l’avantage sur la Compagnie française des Indes orientales qu’elle conduit à la ruine en conquérant toutes ses possessions en Inde, tout en survivant à une grave crise financière. Elle marque profondément la création du futur Empire britannique.

La compagnie devient l’entreprise commerciale la plus puissante de son époque et acquiert des fonctions militaires et administratives régaliennes dans l’administration de l’immense territoire indien. Heurtée de plein fouet par l’évolution économique et politique du 19e siècle, elle décline progressivement, puis disparaît en 1858 après la révolte des cipayes, soulèvement populaire qui a lieu en 1857 contre la Compagnie anglaise des Indes orientales. Cette action forte d’opposition est également appelée première guerre d’indépendance indienne ou rébellion indienne de 1857.

Depuis ses quartiers généraux de Londres, l’influence de la Compagnie s’est étendue à tous les continents : elle a, entre autres, présidé à la création des Indes britanniques et du Raj, fondé Hong Kong et Singapour, répandu la culture du thé en Inde et l’usage de l’opium en Chine, retenu Napoléon captif à Sainte-Hélène, et s’est trouvée directement impliquée dans la Boston Tea Party qui servit de déclenchement à la guerre d’indépendance des États-Unis.

Comme cela est fatal, les conquérants deviennent, selon leurs motivations personnelles, des spécialistes du pays, dans différents secteurs : beaux-arts, arts décoratifs, connaissance des matériaux, … Ainsi en va-t-il de l’engouement que suscite la céramique chinoise auprès de toute l’Europe nantie et cultivée, au fil des exportations de pièces en différents pays, dont l’Angleterre. A une clientèle avisée sont présentés des modèles d’exportation puis des pièces fabriquées dans les différentes manufactures qui récupèrent in situ les informations, les procédés de création, et font des recueils de motifs en bleu et blanc dont l’effet ornemental est immédiat.

Dans le dernier quart du 18ème siècle, le marché des pièces céramiques de type bleu et blanc se développe alors que les pièces ont été vues sur les tables à manger de la classe la plus riche ; ce marché a commencé à apparaître dans les maisons des marchands et des banquiers. Il n’est donc plus réservé aux occasions spéciales mais utilisé pour une production moins chère, apparue dans les commerces. Les potiers peuvent fabriquer davantage de pièces pour un coût moindre en utilisant le processus de transfert innovant.

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Jean-Marc Scanreigh, Actualités

Le point sur 40 ans de création

Exposition à la galerie Actualités,

15, rue Gay-Lussac, Paris 5e.

Du 22 novembre au 23 décembre 2022.

Du mardi au samedi, de 14h à 19h.

Compte-rendu essentiel, par Alain Cardenas-Castro et Christophe Comentale

Jean-Marc Scanreigh dérange, heureusement pour nous ! Sa polychromie éclatée, obsessionnelle, truculente fait a priori la part des choses entre vide et plein.

Comme l’écrivait Christophe Comentale dans un article destiné à la revue AML en septembre 2006,

« une formation sans lien a priori vers une carrière originale ou durable, voilà pourquoi depuis plus de trente ans, Jean-Marc Scanreigh poursuit avec un appétit et une soif insatiables un œuvre centré avec autant d’attention sur les dessins, les livres d’artiste que sur les huiles et estampes. Cet ensemble fourmillant est l’un des résultats tangibles de l’attention portée à tout ce qui va devenir réel : son réel ! ».

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Quentin Liu, mémorialiste de l’historiographie contemporaine

par Christophe Comentale

Quentin Liu et Wendy Wronski, Regards croisés, 2019, image numérique (2019), 刘险峰与刘文蒂 « 交叉点 »

Les confrontations Est-Ouest restent vecteur de surprises et de carrières qui se développent pratiquement à l’insu des créateurs eux-mêmes. Un regard à l’œuvre de Liu Xianfeng – Quentin Liu – en est une des illustrations actuelles : un parcours qui rappelle les amalgames structurants entre deux cultures, surtout lorsque celles-ci, assimilées, vécues au fil du temps et des événements qui passent, deviennent des marqueurs à valeur autre…

Quentin Liu [刘险峰] naît en 1978 dans la province méridionale du Hunan, aire géographique et politique située à plus de 1 300 km de Pékin au nord, à quelque 900 km de Shanghai à l’est et à 300 km de Canton au sud. Le Yangzijiang — le Fleuve Bleu — la traverse d’ouest en est.

Arrivé en France à l’âge de 24 ans, en 2002, après un cursus aux Beaux-arts et dans une école de photographie, il oriente sa création vers la peinture, médium qu’il juge le plus libre pour sa création artistique.

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Des Costumes espagnols d’Émile Gallois aux gouaches indigénistes de Juan Manuel Cardenas-Castro. L’histoire d’un album inachevé

par Alain Cardenas-Castro

Les aléas de la bibliophilie n’ont cessé de générer et de répandre des surprises au fil du temps, modulant les critères de rareté au gré des techniques, des esthétiques et des projets qui ont permis de laisser des œuvres toujours aussi séduisantes pour le plaisir des jeux et des regards. Certains de ces projets n’ont pu aboutir, le temps a eu raison de leur concrétisation. Ce recueil de planches permet de se pencher sur ces curiosa et d’en préciser d’autres.

L’époque actuelle, quelque peu insouciante et mouvante, malgré une volonté des structures globalisantes d’uniformiser les pratiques, permet encore aux artistes de se confronter à la conception de projets variés. Des projets artistiques, qui, parfois, ne trouvent pas d’issue ou bien n’aboutissent pas dans leur processus de fabrication.

Ces projets inachevés sont innombrables. On les retrouve dans tous les domaines que compte les réalisations humaines et à toutes les époques de l’Histoire. La construction inachevée de La Tour de Babel mentionnée dans la Genèse biblique en est un exemple mythique. Ce thème a inspiré de nombreux artistes tel que le peintre flamand, Pieter Brueghel l’Ancien (vers 1525-1569) (ill. 1). Parmi les œuvres d’art inachevées, le tableau Traité de Paris a été commencé par Benjamin West (1738-1820) au cours des années 1783 et 1784 sans avoir pu être terminée. Une partie de la composition est manquante car les membres de la délégation britannique ont refusé de poser suite à la défaite de leur pays, ne permettant pas à l’artiste de finir cette peinture d’histoire (ill. 2).


Ci-dessus, de gauche à droite. (ill. 1) Pieter Brueghel l’Ancien. La Tour de Babel (1563), huile sur toile, 114 x 155 cm, Kunsthistorisches Museum, Vienne ; (ill. 2) Benjamin West. Traité de Paris (1783-1784), huile sur toile, 72,3 x 92 cm, Winterthur Museum, Winterthur, Delaware


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