Des Costumes espagnols d’Émile Gallois aux gouaches indigénistes de Juan Manuel Cardenas-Castro. L’histoire d’un album inachevé

par Alain Cardenas-Castro

Les aléas de la bibliophilie n’ont cessé de générer et de répandre des surprises au fil du temps, modulant les critères de rareté au gré des techniques, des esthétiques et des projets qui ont permis de laisser des œuvres toujours aussi séduisantes pour le plaisir des jeux et des regards. Certains de ces projets n’ont pu aboutir, le temps a eu raison de leur concrétisation. Ce recueil de planches permet de se pencher sur ces curiosa et d’en préciser d’autres.

L’époque actuelle, quelque peu insouciante et mouvante, malgré une volonté des structures globalisantes d’uniformiser les pratiques, permet encore aux artistes de se confronter à la conception de projets variés. Des projets artistiques, qui, parfois, ne trouvent pas d’issue ou bien n’aboutissent pas dans leur processus de fabrication.

Ces projets inachevés sont innombrables. On les retrouve dans tous les domaines que compte les réalisations humaines et à toutes les époques de l’Histoire. La construction inachevée de La Tour de Babel mentionnée dans la Genèse biblique en est un exemple mythique. Ce thème a inspiré de nombreux artistes tel que le peintre flamand, Pieter Brueghel l’Ancien (vers 1525-1569) (ill. 1). Parmi les œuvres d’art inachevées, le tableau Traité de Paris a été commencé par Benjamin West (1738-1820) au cours des années 1783 et 1784 sans avoir pu être terminée. Une partie de la composition est manquante car les membres de la délégation britannique ont refusé de poser suite à la défaite de leur pays, ne permettant pas à l’artiste de finir cette peinture d’histoire (ill. 2).


Ci-dessus, de gauche à droite. (ill. 1) Pieter Brueghel l’Ancien. La Tour de Babel (1563), huile sur toile, 114 x 155 cm, Kunsthistorisches Museum, Vienne ; (ill. 2) Benjamin West. Traité de Paris (1783-1784), huile sur toile, 72,3 x 92 cm, Winterthur Museum, Winterthur, Delaware


Certains de ces ouvrages inachevés restent méconnus mais ils peuvent parfois sortir de l’oubli. Il est même possible de reconstituer le projet d’une œuvre inaboutie à partir de traces éparses. C’est ainsi que l’occasion m’a été donnée de recomposer l’ensemble des étapes et de la trajectoire d’un projet éditorial inachevé mené par les peintres Juan Manuel Cardenas-Castro et Émile Gallois, celui de l’album illustré intitulé Au Pérou. A Paris, l’été de la Saint-Martin est propice aux promenades ensoleillées. Les derniers marchés d’occasion de la saison automnale animent encore la capitale. C’est en passant par l’un d’eux, non loin de la Cité des artistes de la rue Ordener, que me revenait en mémoire le nom d’Émile Gallois, l’auteur d’un album illustré intitulé Costumes espagnols découvert parmi d’autres articles hétéroclites proposés à la vente (ill. 3). Je me suis rappelé ce nom mentionné dans plusieurs lettres du fonds documentaire des archives Cardenas-Castro et ai constaté que les quarante reproductions en couleur de l’album (ill. 4 et 5) montraient des similitudes de formats avec plusieurs gouaches de Juan Manuel Cardenas-Castro (ill. 6). Après avoir fait l’acquisition de l’album, je décidais de pousser plus loin mes investigations sur son auteur, Émile Gallois, qui n’avait pas fait l’objet de recherches particulières lors de mon travail de thèse portant sur les Cardenas-Castro peintres et muséographes.


(ill. 3) Couverture de l’album d’Émile Gallois Costumes espagnols. French & European Publications, N. Y., U.S.A. 1939. 41 x 32,5 x 3 cm, illustration de couverture 23 x 16 cm, 40 planche 40 x 31 cm ; (ill. 3 bis) Projet de couverture pour l’album (non paru) Au Pérou de Juan Manuel Cardenas-Castro. Illustration de couverture, gouache, 19 x 13,5 cm



Ci-dessus, de gauche à droite. (ill. 4 et 5) Planches 1 et 2 des quarante planches de l’album Costumes espagnols d’Émile Gallois, 40 x 31 cm ; (ill. 6) Juan Manuel Cardenas-Castro. Sans titre (s d), gouache sur papier, 39 x 27,5 cm


 Émile Gallois, peintre de paysages et « spécialiste de l’histoire du costume »

Émile Gallois (1882, Ligny en Barrois – 1965, Clichy la Garenne), peintre, dessinateur, illustrateur et décorateur est apparenté au mouvement du Néo-impressionnisme. De cet artiste dont l’œuvre est quelque peu, oublié, il reste l’approche très sensible d’un travail de concepteur de créations autres. Né dans une petite ville du département de la Meuse en région Lorraine, il montre un talent qui le fait participer à différentes expositions, notamment le Salon de Nancy en 1920 avec deux peintures à l’huile L’église Saint rémy à Reims et Vieille femme dans le Cantal. Il expose régulièrement au Salon des Indépendants et présente ainsi en 1924 Le Nuage et Le cyprès de la Turbie. Gallois expose à maintes reprises ses paysages méditerranéens et de Nouvelle-Aquitaine, ses vues urbaines et ses cathédrales à Paris et à l’étranger (ill. 7 et 8).

Émile Gallois est agréé en 1935 peintres de l’Air et de l’Espace[1]. Cela paraît étonnant car les œuvres connus de l’artiste ne traitent aucunement de l’aéronautique ni de l’espace. Mais, d’évidence, il est certain qu’il est spécialisé dans la représentation des costumes vus autant dans une approche rétrospective et historique que contemporaine, dans différents pays : Espagne, Portugal, Cameroun, France, Suisse, … Quelques rappels bibliographiques témoignent de son attrait et de son talent pour la description minutieuse des vêtements et des parures du monde :

  • Le Costume en Espagne et au Portugal / Émile Gallois. – Paris : Henri Laurens, [s.d.]
  • Vêtements et parures du Cameroun français / Jean-Paul Lebeuf ; Préf. de René Maran ; Planches en couleurs de Émile Gallois / Paris : Éditions Arc-en-Ciel, impr. 1946.
  • Le Costume en France 1, Des Mérovingiens à François 1er / Paris : H. Laurens, s.d.
  • Le Costume en France 2, De François 1er à 1900 / Paris : H. Laurens, s.d.
  • Le Costume en France de François Ier à 1900… / Émile Gallois / Paris : H. Laurens, 1953.
  • Provinces françaises : costumes décoratifs / Émile Gallois ; préface de Maurice Genevoix / Paris : Éditions Art et architecture, [1936].
  • Costumes de L’Union française / É mile Gallois ; préface de Marcel Griaule / Paris : Éditions Arc-en-Ciel, [1946].
  • Costumes japonais et indonésiens : quarante-huit planches en couleurs / Émile Gallois / Paris : H. Laurens, [1955].
  • Coiffes de France / É mile Gallois / Paris : H. Laurens, [1962].
  • Voyage en Suisse / [aquarelles et dessins de] É. Gallois / [S.l.] [s.n.] 1890-1891.

Ci-dessus, de gauche à droite. (ill. 7) Émile Gallois. Chargement de bateaux à vapeur sur la Seine, Notre Dame au loin (début XXe), huile sur carton, 24 x 35 cm ; (ill. 8) Émile Gallois. Le port de La Rochelle (début XXe), huile sur toile 92 x 60 cm


Cette entreprise n’a pas, pour autant, été consensuelle, le milieu de la recherche, notamment en la personne de Louis-Charles Damais (Paris, 1911 – Jakarta, 1966), érudit philologue à l’oreille absolue parlant plus d’une quinzaine de langues, spécialiste de la civilisation indonésienne, a soulevé différentes critiques sur certains aspects de l’album d’Émile Gallois Costumes japonais et indonésiens lors de sa parution :

 » On ne peut qu’applaudir à l’initiative du spécialiste de l’histoire du costume qu’est M. Emile Gallois, d’avoir consacré un ouvrage à des costumes orientaux. […] Ce qui frappe tout d’abord dans cet album, c’est sa belle présentation : les planches de M. Gallois ont été reproduites au pochoir par M. Henri Hus, ainsi qu’une note en avertit le lecteur, et le résultat est un véritable régal pour l’œil. Il n’existait pas jusqu’ici à notre connaissance de reproductions en couleurs de costumes indonésiens d’une telle qualité.

On ne peut par contre s’empêcher d’être fort déçu de ce que l’auteur se soit contenté, pour commenter ses planches de costumes, de légendes aussi squelettiques que celles que l’on trouve dans la Préface car, si les quelques détails qui y sont donnés ne sont pas faux en eux-mêmes, ils risquent cependant, par leur insuffisance, de mettre le lecteur non averti sur une fausse piste […] On regrettera enfin que l’auteur ne dise rien des sources qu’il a eues à disposition pour préparer ses planches, car elles fourniraient peut-être une raison pour certaines des anomalies que nous avons relevées plus haut et celles que nous allons constater présentement « [2]

Un tel jugement n’est pas particulièrement surprenant, l’attrait de cette opération éditoriale met l’accent sur l’importance descriptive des œuvres ainsi rendues. Un aspect primordial — outre la précision documentaire et descriptive de cette livraison — est la perfection de la technicité employée, le pochoir.

Amateur chevronné des ressources du multiple, notamment du pochoir, et des transgressions possibles qui en subliment l’utilisation, Pierre Alechinsky — lors d’un entretien avec Céline Chicha, bibliothécaire à la Bibliothèque nationale de France — décrit comme suit les applications au pochoir d’Henri Hus : “De l’aquarelle appliquée au pochoir par un certain Monsieur Hus, du côté de la rue Daguerre. Monsieur Hus avait appris son métier à Bruxelles auprès de son père, un premier Hus d’avant 1914, qui rehaussait par milliers des cartes postales imprimées en phototypie. Monsieur Hus travaillait à façon, sur la table de sa cuisine, et servait le champagne à la signature d’un bon à tirer”. Cette remarque renvoie à un autre article dans lequel il s’avère que durant les années 2000, un des tout derniers ateliers spécialisés dans la production de pochoirs, les éditions de l’Ibis, était également sis dans ce même 14e arrondissement.

Cette technique a permis jusqu’aux décennies passées de reproduire un nombre important de documents divers, les demandes d’ouvrages étant de l’ordre de 700 à 900 exemplaires. La situation a bien changé : on note aujourd’hui une demande autre, celle des créateurs, notamment des graveurs qui voient avec le pochoir un moyen de rehausser les estampes, ou de leur apporter le complément, le raffinement autre qui va rajouter encore un caractère original à l’œuvre produite : pour les livres d’artistes, le tirage est faible, de 15 à 40 exemplaires ou un total légèrement supérieur parfois. Le fait que, surtout des jeunes s’intéressent aux possibilités de cette technique pour créer une technique mixte avec leur discipline, montre bien qu’elle est davantage considérée comme une peinture appliquée comme telle sur la feuille avec un matériau de peintre que comme une technique proche de celle de l’estampe dont la logique est autre.

Monsieur et Madame Lichaa ne souhaitent pas cependant que les demandes soient trop fortes, les temps d’exécution sont longs, et, en dépit de l’aide que leur apporte une jeune collègue, trois personnes ne peuvent que faire face à une demande très finie. Leur atelier est situé dans une petite rue du 14e arrondissement, la rue des Termopyles, au n° 57. La maison a été fondée en 1868. Elle fut dirigée ensuite par Jean Saudé qui y établit les éditions de l’Ibis ; après avoir été au 22 de la rue Buffon, puis rue du Louvre, et, depuis la fin des années 50 à son actuel emplacement. Différents propriétaires se sont succédé dans ces lieux[3].

Ce type d’atelier a subi les conséquences du fort virage vers une édition numérique, des structures associatives, souvent éphémères, naissent et produisent à leur tour des réalisations bibliophiliques assez confidentielles… Qui conservent cependant tout le panache de telles réalisations…

En leur temps, les éditions qui ont permis à Émile Gallois de réaliser ses corpus à contenu sociologique autant qu’ethnographique ont trouvé preneurs dans les grandes bibliothèques de recherche d’institutions importantes, dont le Musée de l’Homme.

Le Musée d’ethnographie du Trocadéro, lieu de rencontre entre artistes et scientifiques

Les Archives du musée d’ethnographie du Trocadéro et du Musée de l’Homme conservent plusieurs documents relatifs à Émile Gallois. On le retrouve en tant que « travailleur bénévole au Musée d’Ethnographie du Trocadéro entre les années 1931 et 1936 »[4]. Effectivement, Émile Gallois travaille au musée d’ethnographie alors en cours de rénovation pour devenir le futur Musée de l’Homme. Une période pendant laquelle les activités des personnels de ce musée qui se métamorphose[5] sont diverses et variées. Les bénévoles s’ajoutent au personnel rémunéré du musée. A partir de 1930, un rapport hebdomadaire a lieu tous les samedis, à 9 h, l’ensemble du personnel est tenu d’y assister pour y discuter des différentes questions intéressant le musée[6]. C’est lors de ces réunions ou bien au cours d’autres activités menées au musée d’Ethnographie du Trocadéro qu’Émile Gallois rencontre Juan Manuel Cardenas-Castro qui a intégré depuis 1928 l’équipe dirigée par Paul Rivet et Georges-Henri Rivière.

Un exemple de ses activités : il met au net les croquis scientifiques de l’ethnologue Jean-Paul Lebeuf[7] (1907-1994) réalisés lors d’une mission effectuée au Nord-Cameroun en 1936[8] (ill. 9).


(ill. 9). Émile Gallois. Dessin scientifique (ca 1936).


Sur l’autre rive de la Seine, le Musée du Quai-Branly Jacques Chirac conserve dans sa base de données des collections plusieurs documents relatifs à Émile Gallois. La majorité de ces documents sont des gouaches appartenant à des séries thématiques, reproduites et éditées sous la forme d’album identiques à celui des Costumes espagnols (ill. 10).

En effet, Gallois a représenté plusieurs des objets nord-amérindiens issus des fonds les plus anciens présents dans les collections du musée du quai Branly – Jacques Chirac provenant des collections de la Bibliothèque historique de Versailles et de la Bibliothèque nationale. S’y ajoute des pièces provenant d’autres collections. De même, une planche[9] — la représentation de deux massues guyanaises, dont l’une est proche d’un objet conservé aux musées d’Angers (inv. 2005.0.96) — comportant un numéro, semblant correspondre à un projet éditorial non identifié à ce jour.

D’un projet éditorial inachevé des peintres Juan Manuel Cardenas-Castro et Émile Gallois. L’album illustré Au Pérou.

En consultant les archives Cardenas-Castro, j’ai pu retrouver plusieurs lettres relatives au projet éditorial initié par Juan Manuel Cardenas-Castro et Émile Gallois en 1937. Je livre ci-après quatre lettres d’une correspondance entre les différents acteurs du projet d’édition de l’album « Au Pérou ». L’éditeur, V. S. Crespin, représentant des éditions « French European Publication, Inc., New-York » accompagné de M. Moranci et les personnalités influentes accompagnant l’entreprise auxquels s’adressent les deux peintres : l’homme politique, homme d’affaires et philanthrope péruvien Rafael Larco Herrera[10] ; le Président de la république du Pérou Oscar R. Benavides[11].

Les courriers issus des archives Cardenas-Castro relatifs au projet éditorial de l’album Au Pérou.

Ces lettres sont rédigées en français ou en espagnol suivant les correspondants[12].

  • Lettre 1 [pièces 1a et 1b]. La traduction en français de la version en espagnol est donnée ci-dessous. Pour mémoire, il existe dans les archives Cardenas-Castro une copie de cette version dactylographiée [pièce 1a] [numérotée 1b dans les pièces jointes ci-après].

Lettre de Juan Manuel Cardenas-Castro, 18 rue Vineuse, Paris 16 et Émile Gallois, 11 rue Chateaubriand, Paris 8, à Excelentisimo Sr Présidente, Paris le 22 octobre 1937.

Lette adressée au Président de la république du Pérou, [Oscar R. Benavides (1876-1945)] par l’intermédiaire de M. Rafael Larco Herrera (1872-1956) mécène péruvien, informant de la prochaine publication d’un album en couleurs dédié aux coutumes des indiens du Pérou représentant le péruanisme en Europe. L’œuvre sera éditée par la « French European Publication » à New-York et M. Moranci à Paris. Sa diffusion dans le monde entier présentera un grand intérêt pour le pays. Le Dr Rivet, Directeur du Musée de l’Homme, accepte que l’ouvrage lui soit dédicacé et M. Raoul d’Harcourt[13], connu pour être l’auteur de nombreux ouvrages sur l’art péruvien, aura le plaisir d’en être le préfacier. L’album comporte 40 pages. Le coût de l’édition est estimé autour de 100 000 fr pour une quantité de 1 000 exemplaires. La lettre se termine par la demande de prise en charge d’un nombre indéterminé d’exemplaires.

  • Lettre 2 [pièces 2a et 2b]. Sont présentés en pièces jointes la version en espagnol et sa traduction en français.

Lettre de Rafael Larco Herrera adressée à Juan Manuel Cardenas-Castro, Paris, France. Lima, le 8 novembre 1937.

Rafael Larco Herrera accuse réception de la lettre de Juan Manuel Cardenas-Castro du 22 octobre 1937 [lettre 1] et lui indique qu’il a personnellement remis à son attention au Pavillon de la presse de l’exposition internationale le numéro spécial que « La Crónica » a publié dans le cadre de la célébration de ses noces d’argent. Rafael Larco Herrera lui demande également son avis sur l’ouvrage Cuzco historico[14]. Il regrette de ne pas avoir connu son engagement avec M. Gallois au sujet des gravures et espère que la publication ne lui causera pas d’ennui. Larco Hererra réitère ses excuses à Cardenas-Castro pour les critiques qu’il s’est permis de lui faire à propos de ses aquarelles. Il précise qu’il a lu sa lettre adressée au Président de la République au sujet de la publication [de l’album Au Pérou]. Il lui paraît indispensable d’envoyer des détails supplémentaires afin que Monsieur le Président se charge complétement de l’ouvrage qui suscitera à Paris de l’intérêt et de la curiosité. Larco Hererra remercie Cardenas-Castro de vouloir lui offrir une œuvre mais lui demande de ne pas insister. Il lui réitère sa vive reconnaissance et son désir de lui être utile au Pérou.

  • Lettre 3 recto et verso.

Lettre de V. S. Crespin, 28, rue Bonaparte, Paris VIe, représentant de « French European Publication, Inc., New-York » adressée à M. Rafael Larco Herrera, Directeur du journal « La Crónica » à Lima (Pérou) le 8 décembre 1937.

V. S. Crespin adresse la copie d’une lettre qu’il a adressée au Président de la république du Pérou. Il adresse également une lettre de MM. Gallois et Cardenas (probablement la lettre n° 1) en demandant à Larco Herrera de faire tout son possible pour que l’ouvrage [Au Pérou] soit publié.

  • Lettre 4 recto et verso.

Lettre de V. S. Crespin, 28, rue Bonaparte, Paris VIe, représentant de « French European Publication, Inc., New-York » adressée à M. Rafael Larco Herrera, Directeur du journal « La Crónica » à Lima (Pérou) le 8 décembre 1937 ou 1938.

V. S. Crespin accuse réception de la lettre de Rafael Larco Herrera demandant des précisions sur l’ouvrage « Au Pérou » constitué de 40 planches en couleurs. En pièce jointe de la lettre suivent les détails des conditions d’édition de l’album (la pièce jointe est manquante dans le corpus documentaire des archives Cardenas-Castro). Crespin indique que le Docteur Paul Rivet a accepté que l’ouvrage lui soit dédié et que Monsieur Valcárcel[15] a pris connaissance de l’ouvrage avant de rentrer au Pérou. Crespin ajoute que l’influence de Larco Herrera sera décisive dans l’aboutissement de la publication de l’ouvrage. Crespin en vue de la réponse de Larco Hererra contenant l’acceptation du Président de la république précise que seul l’éditeur en assurerait la publication. Il poursuit en transmettant les remerciements de Juan Manuel Cardenas-Castro qui a bien reçu le deuxième exemplaire de son ouvrage Cuzco historico ainsi que le numéro spécial de La Crónica.

Un postscriptum, accompagné d’une annotation manuscrite [à supprimer S. V. P.], indique : « Il nous est agréable de vous faire connaître que Monsieur CRESPIN est de descendance espagnole et depuis de longues années sujet américain ».

Ces quatre lettres sont le seul existant relatif au projet éditorial de l’album Au Pérou dans les archives Cardenas-Castro. Malgré un sujet opportun accompagné d’acteurs influents, cette correspondance sans suite laisse penser que le projet initié par Juan Manuel Cardenas-Castro et Émile Gallois n’a pas été mené à son terme. Il est possible que d’autres axes de financement aient été choisis pour diverses raisons culturelles et, ou, politiques, laissant le projet en suspens.

Ceci étant, il est intéressant de poursuivre l’entreprise aujourd’hui (ill. 3 bis), et cela pour plusieurs raisons. D’abord, parce qu’il réactive un projet comportant toujours un intérêt plastique et une importance scientifique considérables, tant pour la France que pour le Pérou. Ensuite parce qu’il se situe dans la continuité du travail de revalorisation de l’œuvre de Juan Manuel Cardenas-Castro. Enfin, la remise en place de cette œuvre oubliée dans l’histoire de l’art du Pérou est aussi une saine entreprise nécessaire au réajustement d’un panorama général à compléter.

 

[1] Le titre de peintre de l’Air et de l’Espace, plus connu sous le titre de peintre de l’Air, est accordé par le ministre français des Armées aux artistes consacrant leur talent à l’aéronautique et à l’espace. Les artistes pouvant obtenir ce titre peuvent être peintres, illustrateurs, dessinateurs, graveurs, sculpteurs ou encore photographes d’art. Leur statut est encadré par le décret n°81-304 du 2 avril 1981 modifié, relatif au titre de peintre des Armées, et l’arrêté du 29 avril 1981 modifié, relatif aux conditions d’attributions du titre de peintre des armées.

[2] Damais Louis-Charles. Emile Gallois : Costumes japonais et indonésiens. In: Bulletin de l’Ecole française d’Extrême-Orient.

[3] Christophe Comentale, Le pochoir, une œuvre entre unique et multiple, in : Art et métiers du livre, 2000 (220), pp. : 46-49, ill. en coul.

[4] Archives du Musée d’Ethnographie du Trocadéro et du Musée de l’Homme, Cote : 2 AM 1 K41b, 1931-1936, 8 documents. Gallois, Émile (1882-1965).

[5] Voir la thèse de doctorat en ethnologie de Fabrice Grognet, Le concept de musée. La patrimonialisation de la culture des « autres ». D’une rive à l’autre, du Trocadéro à Branly : histoire de métamorphoses, EHESS, 2009.

[6] Voir la Chronologie du Musée d’ethnographie du Trocadéro établie par Christine Laurière et Carine Peltier-Caroff à la date du 31 octobre 1930. In Berose Encyclopédie internationale des histoires de l’anthropologie.

[7] Lebeuf Jean-Paul. Ethnologue. – Archéologue. – Docteur ès lettres, diplômé de langue amharique de l’École nationale des langues orientales vivantes (Source DataBNF).

[8] Lebeuf Jean-Paul. Jeux éphémères. In: Journal des africanistes, 1991, tome 61, fascicule 1. pp. 139-144.

[9] Sans titre, Émile Gallois (1882 – 1965) ; Années 1930 – 1950, gouache sur papier, 46 x 36 cm, non exposé, n° inv. : 70.2021.48.1. Musée du quai Branly – Jacques Chirac.

[10] Teófilo Rafael Andrés Wenceslao Larco Herrera (Lima, Pérou, 22 juillet 1872 – 14 mars 1956) est un homme politique, homme d’affaires et philanthrope péruvien. Il a été premier vice-président du Pérou pendant le premier gouvernement de Manuel Prado (1939-1945) ainsi que ministre des Relations extérieures et ministre par intérim des Finances et du Commerce, au sein du cabinet dirigé par David Samanez Ocampo (1931). La même année, il acquiert la société d’édition du journal La Crónica et du magazine Variedades. Il a été président du conseil d’administration de La Crónica pendant environ 30 ans. À partir de la collection privée d’art précolombien péruvien qu’il possédait, son fils, Rafael Larco Hoyle, a fondé le musée archéologique Rafael Larco Herrera (musée Larco) à Lima, en l’honneur de son père.

[11] Óscar Raimundino Benavides Larrea (Lima, 15 mars 1876 – Lima, Pérou, 2 juillet 1945) est un militaire et homme d’État péruvien. Il a été président de la République de 1933 à 1939, après l’assassinat du général Luis Miguel Sánchez Cerro, chef du gouvernement militaire issu de la révolution de 1930.

[12] Les chercheurs désireux de reprendre in extenso ou partiellement ces documents manuscrits originaux sont priés de s’adresser à l’auteur de l’article en remplissant le formulaire en bas de la page Accueil de notre blog Sciences & art contemporain.

[13] Raoul d’Harcourt (1878-1970) est un ethnologue et collectionneur d’art ancien péruvien qui rencontre Paul Rivet en 1921, il s’occupera de réorganiser et de développer la Société des Américanistes jusqu’en 1962. In: Journal de la Société des Américanistes. Tome 58, 1969. pp. 259-263. Il prétera des objets de sa collection de textiles et de céramiques de l’Ancien Pérou pour l’exposition Art Américain-Latin en 1924. Exposition, à laquelle participe le frère de Juan Manuel Cardenas-Castro, le peintre José Félix Cardenas-Castro. In Alain Cardenas-Castro : Création artistique et données ethno-anthropologiques péruviennes. 1915-2015 : une lignée de peintres muséographes, les Cardenas-Castro, p. 40.

[14] Cusco histórico, l’ouvrage de Rafael Larco Hererra paru en 1934, est une ode à Cusco et une étude historique de la ville par le Dr Luis E. Valcárcel. Il est composé de deux essais sur le paysage et l’Indien, s’y ajoute quelques notes par M. Carlos Rios Pagaza et les photographies de Martin Chambi (1891-1973) et de Juan Manuel Figueroa Aznar (1878-1951).

[15] Luis Eduardo Valcárcel (1891-1987) est un historien et anthropologue péruvien. Il a été l’un des protagonistes du courant indigéniste péruvien. Ses deux principaux axes de recherches ont été la revalorisation de la civilisation inca et la revendication de la culture andine.

 

Eléments de bibliographie

Généralités techniques et rétrospectives

  • André Béguin, Dictionnaire technique, Bruxelles : chez l’auteur (2 rue Danville, Paris 14e), 1977. 3 vol. 510 p.
  • Christophe Comentale, Le pochoir, une œuvre entre unique et multiple, in : Art et métiers du livre, 2000 (220), pp. : 46-49, ill. en coul.
  • L’enluminure au pochoir : un art méconnu in : Nouvelles de l’Estampe, 1975 (21), pp. 9-15 : ill.
  • Estampes et gravures de la Chine ancienne : interprétation au pochoir. Paris : Findakli, 1985. [15] f. de pl.
  • New York. 1988-1989. Pochoir by painters : an exhibition of books, folios, prints and ephemera, 1919-1938, from the collection of Charles Rahn Fry ; catalogue by Carl Little. New York : Metropolitan museum of art, 1988. 16 p.

Émile Gallois, pour une bibliophilie de terrain

  • Jean Saudé, Traité d’enluminure d’art au pochoir, précédé de notes par MM. Antoine Bourdelle, Lucien Descaves et Sem. Paris : éd. de l’Ibis, 1925. XXV-79 p. : fig., pl. et couv. en coul.
  • Louis-Charles Damais. Émile Gallois : Costumes japonais et indonésiens. In: Bulletin de l’École française d’Extrême-Orient. (tome 49, n°2, 1959. pp. 732-737).
  • Émile Gallois, Costumes japonais et indonésiens, Paris : H. Laurens, s. d. [1957], [8] pp. et [48] pl. en coul. en portefeuille.
  • Ladislas Harcos. Peintres et graveurs lorrains 1833-1980, Éditeur Harcos, 1991, 160 p.
  • Émile Gallois. Costumes espagnols, Préface de Jacques Soustelle, sous-directeur du Musée de l’Homme, 40 planches en couleur, Enluminures d’art des Ateliers Renson fils, Paris Xe. Tirage 1 000 ex., French & European Publications, N. Y., U.S.A. 1939.
  • Alain Cardenas-Castro. Création artistique et données ethno-anthropologiques péruviennes. 1915-2015 : une lignée de peintres muséographes, les Cardenas-Castro, thèse en sciences et technologies des arts, spécialité arts plastiques et photographie, Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis : 2021.
  • Jean-Paul Lebeuf. Jeux éphémères. In: Journal des africanistes, 1991, tome 61, fascicule 1.
  • Valcárcel. Rafael Larco H. Cusco histórico. [Cusco, por Luis E. Valcárcel, 1934. Escena y actor esencial, el paisaje y el indio, por Carlos Ríos Pagaza.], Casa editora « La Crónica » y « Variedades », Lima 1934, 336 p.
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