213 [70 +143] dessins français du 19e siècle à la Fondation Custodia. Une autre façon de parcourir les régions de l’hexagone et de l’Italie

Le dessin. La relative simplicité de sa définition va de pair avec la complexité de son omniprésence. Instrument visuel et descriptif du pouvoir, il est tout autant le vecteur des émotions les plus fortes que celui des sensations les moins évidentes. Le paysage est, avec ou sans personnage, pénétré, ponctué de bâtiments ou de notations diverses, le point focal vers lequel faire glisser le regard durant ces quelques mois de frilosité climatique et sociale. Réchauffement des sens garanti.

par Alain Cardenas-Castro et Christophe Comentale

Les expositions de la Fondation Custodia sont accessibles du 8 octobre 2022 au 8 janvier 2023, de 12h à 18h, tous les jours sauf le lundi

Une scénographie discrète et raffinée, contribue, comme de coutume, à une mise en valeur des pièces présentées sous des montages de circonstance ou alternant avec des cadres d’époques différentes. Deux expositions temporaires assez complémentaires se partagent les deux niveaux du lieu. Un florilège de quelque 70 œuvres de Léon Bonvin (1834-1866) (ill.1) un peintre réaliste quasiment jamais présenté en France, permet un autre regard sur le 19e siècle : d’une part des bouquets de fleurs champêtres simplement disposés dans un verre, natures mortes de cuisine, de l’autre, surtout un ensemble d’une dizaine de paysages semi-urbains dont les tons sombres de la pierre noire et rehauts de craie blanche sur papier teinté traduisent des atmosphères contrastées captivantes (ill.2) et prises dans des halos de lumière qui drainent la même force d’attraction que certaines œuvres de Seurat ou de Richard Davies (1945-1991). Filiation implicite et subjective, mais force est de constater cet attrait magnétique de l’ombre et de la lumière. Cette autre approche, plus fantastique, comme embrumée, jouant des formes géométriques des constructions sur les densités mystérieuses de masses végétales laisse à cet artiste tout son mystère face à ces tranches de vie dont le spectateur est exclu.

C’est du florilège [143 pièces] de dessins français du 19e siècle qu’il sera davantage question ici.

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Propos de calligraphie contemporaine (2). Quelques réflexions automnales

par SUN Chengan[1]

Dans une précédente livraison (Sciences et art contemporain, 3 sept. 2022), introductive à la calligraphie contemporaine et à sa diversité, les calligraphies de trois calligraphes ayant répondu à l’appel du futur Corridor des écritures du Qinghai avaient été reproduites.

Pour mémoire, la récente annonce de la finalisation d’un Corridor des écritures dans la province chinoise du Qinghai, en fait, d’un musée constituant une collection de calligraphies tracées en Extrême-Orient et en Occident sur un texte bien précis, relance la question relative à l’importance de cette forme d’expression, dans les situations ordinaires de la vie quotidienne, comme pour les nombreuses approches, populaires ou élitistes, liées à différentes formes de création.

Ce deuxième volet permet de présenter les derniers calligraphes ayant remis une œuvre dans ce contexte particulier.

De la place de la calligraphie au 21e siècle, une notion différente en Chine ou en Occident

L’homme reste attaché à des valeurs justement traditionnelles et constituant la richesse de sa civilisation. Plus celle-ci est ancienne, plus l’approche en est riche et complexe. A contrario de civilisations plus récentes qui, d’une part ont une politique raisonnée de collecte d’œuvres représentatives d’autres zones culturelles du monde aboutissant à regrouper ces acquisitions dans des réserves appelées musées pour, de l’autre, faire la promotion de nouvelles formes de création ou jugées comme telles.

Parler — dans ce contexte précis — de la création calligraphique en Chine exclue a priori d’autres formes artistiques comme la peinture, le dessin, … La calligraphie est et reste l’âme d’interrogations sur la place des signes, sur leur raison d’être et de subsister. A contrario d’un certain parallélisme occidental qui peut cultiver autant une discipline que son contraire et tout autant, mêler des approches pluridisciplinaires mettant tout autant en valeur le signe. Ainsi en va-t-il de ce signe écrit occidental devenu omniprésent mais qui peut être sacralisé autant dans un document publicitaire, religieux ou de toute autre nature. Cette évolution extrême n’est pas si surprenante dans la mesure où d’un couvercle de sarcophage (ill.1) inscrit de caractères en pâte de verre du 4e s. à la simple page de punition qui oblige un enfant à répéter plusieurs fois la même ligne, — souvent une page ! (ill.2) -—, les esthétiques sous-jacentes sont surprenantes. Alechinsky sait réduire ces approches en utilisant des signes calligraphiques (ill.3) devenus des éléments d’œuvres dont la raison d’être reste celle d’une recherche, toujours susceptible de changement.


Ci-dessus, de gauche à droite. (ill. 1) Couvercle de sarcophage (4e s av. JC), hiéroglyphes en pâte de verre, musée égyptien, Turin. (ill. 2) Papa veut que je sois poli, page de cahier, mai 1944, musée national de l’éducation, Rouen. (ill. 3) Alechinsky, Mise en train (1981), aquarelle sur papier du 18e s. MNAM Paris.


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Indigénisme et narration du quotidien. De Mario Urteaga (1875-1957) à Juan Manuel Cardenas-Castro (1891-1988)

par Alain Cardenas-Castro

Ce texte a fait l’objet d’une intervention lors du colloque qui s’est tenu à l’Université de Picardie Jules Verne dans le cadre de l’Université d’été des hispanistes d’Amiens, du 4 au 7 juillet 2022.

Les peintres péruviens Mario Urteaga (Cajamarca 1875 – Cajamarca 1957) et Juan Manuel Cardenas-Castro (Urubamba, 1891 – Paris, 1988) sont des créateurs dont les parcours respectifs ont été marqués par l’engagement, la curiosité et la pluridisciplinarité. Malgré des trajectoires différentes tout en suivant des domaines divers et variés comme le dessin de presse, l’anthropologie et la muséographie pour Cardenas-Castro ou l’enseignement, la politique et le négoce de bétail pour Urteaga, on perçoit dans l’œuvre de ces deux peintres autodidactes un fil conducteur commun : l’importance donnée à leur culture d’origine provinciale en témoins fidèles de la vie indigène. Ce profond attachement qui les relie à leur terre natale est visible dans leurs peintures, des paysages et des scènes décrivant le quotidien des habitants de la région de Cajamarca pour Urteaga et de la région de Cusco pour Cardenas-Castro.

Considérés aujourd’hui comme des représentants de la peinture indigéniste, Urteaga et Cardenas-Castro n’ont pourtant pas adhéré à ce mouvement de l’avant-garde artistique des années 1920 au Pérou. L’indigénisme, mouvement proposant un vaste programme culturel et politique centré sur les revendications autochtones. Toutefois, Urteaga commence à peindre en suivant cette thématique à partir de 1920 alors que l’on a connaissance du traitement de cette thématique par Cardenas-Castro au moins à partir de 1917.[1]


Ci-dessus, de gauche à droite. (ill. 1) Mario Urteaga entre 1911 et 1915 ; (ill. 2) Juan Manuel Cardenas-Castro dans les jardins du Trocadéro, à Paris, vers 1940. Archives Cardenas-Castro


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A propos du colloque international, « Images et représentations du Pérou en France – 1821-2021 » Musée d’Aquitaine, Bordeaux

par Alain Cardenas-Castro

Le Bicentenaire de l’indépendance du Pérou, 28 juillet 1821, voit la tenue d’un colloque international au Musée d’Aquitaine à Bordeaux. Compte-rendu des vingt-deux interventions.

A l’initiative de Madame Isabelle Tauzin-Castellanos[1], professeur de l’Université Bordeaux Montaigne et membre honoraire de l’Institut Universitaire de France, le colloque international, Images et représentations du Pérou en France – 1821-2021 a eu lieu au Musée d’Aquitaine, à Bordeaux. Le colloque s’est déroulé au cours de deux journées, le vendredi 12 et le samedi 13 novembre 2021, au cours desquelles les thématiques abordées — faisant écho aux célébrations du Bicentenaire de l’indépendance du Pérou déclarée le 28 juillet 1821 — ont exploré les deux siècles d’histoire politique et sociale, culturelle et artistique à partir d’images populaires, de peintures, de photographies, de films, de lettres, de multiples témoignages recueillis à partir des premières décennies de l’Indépendance du Pérou.

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Dong Baichuan, artiste et chercheur, un parcours entre peinture et ethnographie

A propos de la soutenance de thèse du 17 décembre 2021 qui confère à ce créateur le titre de docteur du Muséum national d’Histoire naturelle, spécialité anthropologie culturelle.

董百川,艺术家和研究员,绘画与民族学之间的旅程。 关于2021年12月17日的论文答辩,授予这位创作者国家自然历史博物馆博士,专业文化人类学。

par Christophe Comentale

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DERNIERE et FIN / Edwige Pluchard > Au musée chinois du quotidien

A la fin du mois de décembre 2021 aura disparu un musée d’où les souverains chinois sont évincés par la production des objets du quotidien, alors dignes d’un regard. Avec son attention à la Chine du quotidien, François Dautresme a montré qu’un objet populaire peut être beau quel que soit le matériau dans lequel il a été fabriqué.

par Alain Cardenas-Castro [1]

Résumé des épisodes de cette histoire à travers une galerie des portraits de ceux qui ont permis à ces pièces d’être conservées jusqu’en cette année 2021.

Ces pièces, Edwige Pluchard en a figé la présence avec une série d’œuvres réalisées récemment.

● Chronique d’une résurrection annoncée

François Dautresme

Comme l’a souligné Marie Laureillard dans un article récent, « François Dautresme (1925-2002) (ill.1) a très probablement hérité de son oncle Jacques Dautresme, capitaine au long cours, sa passion pour la Chine, où il entreprend dès les années 1960 — en 1963 — de collecter des milliers d’objets révélant l’ingéniosité créative du peuple chinois. Fondateur de la Compagnie française de l’Orient et de la Chine, en  homme d’affaires avisé, à la fois ethnologue et designer, il constitue au fil des ans une collection d’une dizaine de milliers d’objets fabriqués dans les matériaux les plus variés, allant des fibres textiles à la céramique, au bois et au métal (…). Dès son enfance, il est passionné par les objets et la nature », rappelle sa cousine Françoise. « Leur beauté secrète l’intéresse plus que l’abstraction et les livres. Or, les objets s’échangent. Il deviendra donc collectionneur et marchand, comme on l’était à l’époque des Routes de la soie. Mais les affaires restent l’instrument de sa passion, jamais sa vie. » Sensible à leur perfection technique, il tente de conférer une certaine cohérence à sa collection afin de mieux illustrer ce qu’il appelle « le système chinois », c’est-à-dire un réseau homogène d’objets usuels combinant les lois naturelles au génie humain. Mû par une curiosité insatiable, il recueille durant près de quarante ans ce patrimoine anonyme qu’il craignait de voir disparaître en parcourant inlassablement les campagnes, de la Mongolie intérieure aux régions méridionales, consignant soigneusement dans des cahiers qui forment un journal de bord unique la moindre acquisition ainsi que les contacts pris en amont. « J’aime me perdre. J’aime marcher. J’aime aller voir. J’aime entrer chez les gens. J’aime découvrir. », disait-il.

Ill. 1. François Dautresme parmi 5 ou 6 des 100 casiers d’exposition (ca 2000). Ces mêmes casiers ont été utilisés dans l’entrepôt de Saint-Denis comme, également,  lors de la vente Piasa.

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Du bon usage de l’appui à la recherche

A propos de la thèse d’Alain Cardenas-Castro,

Création artistique et données ethno-anthropologiques péruviennes. 1915-2015 : une lignée de peintres muséographes, les Cardenas-Castro.

Afin de donner davantage d’informations sur la soutenance de thèse en esthétique, sciences et technologies des arts, spécialité arts plastiques et photographie, passée et obtenue avec succès à l’université de Paris 8 Vincennes-Saint Denis d’Alain Cardenas-Castro en date du 23 novembre 2021, un florilège d’œuvres et de documents administratifs sont rassemblés du 20 novembre au 10 décembre 2021 à la bibliothèque Yvonne Oddon sise au musée de l’Homme (Paris).

par Christophe Comentale

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De l’esthétisme et de la sensualité de Sanyu : à propos d’une huile sur toile aux onze pivoines blanches

par Christophe Comentale

(ill. 0) – Pivoines blanches au vase jaune  [白牡丹及嫩黄瓶] (ca 1950), huile sur toile, 52 x 82, 5 cm. Coll. privée

Sanyu (Chang Yü 常玉) (1901, Nanchong – 1966, Pantin) naît dans la province du Sichuan au sein d’une famille possédant l’une des plus grandes usines de tissage de soie du Sichuan, la Dehe Silk Factory, que dirigeait son frère aîné, Chang Junmin. Le jeune garçon commence à étudier la calligraphie avec Zhao Xi (1877– 1938), il a alors douze ans. En 1919, il passe un an au Japon où il approfondit l’aspect technique de cet art, puis il s’installe à Paris deux ans après et résidera dans la capitale française jusqu’à son décès.

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Des statues de culte domestique chinoises

par Christophe Comentale

La récente publication d’un ouvrage sur les statues de culte chinoises permet un regard autre sur un sujet délicat et encore confidentiel. Eléments de réflexion après lecture.

Alain Arrault, A History of Cultic Images in China. The Domestic Statuary of Hunan ; trad. de Lina Verchery. EFEO / Chinese University of Hong Kong Press, 2020. 188 p. : ill. (coll. Coéditions ; 19). Bibliog. Index.

Pourquoi les négociateurs de l’art en Occident n’ont-ils toujours pas pu introduire le concept si flou et paradoxal d’arts premiers en Asie ? Une des causes en est et reste le manque de stock de pièces ethnologiques, locales, populaires, devenues disponibles dans un contexte particulier… Ce qui renvoie, en quelque sorte, à la conquête occidentale du monde au XVIIIe siècle. Sans refaire l’histoire, a contrario des stocks de pièces africaines qui ont abouti à la création du musée de l’Homme, un des départements du Muséum, très peu d’exemples chinois y sont conservés pour ce qui a trait à la statuaire, les pièces provenant de ces régions étant souvent encore protégées ou exilées au fin fond de réserves excentrées quand elles n’ont pas rejoint celles du Musée du Quai Branly – Jacques Chirac… Pour Lyon, au musée des Confluences, les pièces de la collection De Groot, à Lodève, quelques pièces provenant de la collection Dautresme et parfois, la volonté de collectionneurs désireux de léguer des souvenirs de missions en Chine, souvent du sud et des provinces côtières ou insulaires (Fujian, Taiwan,…).

Il en va tout autrement du splendide travail de terrain et d’enquête dû à un chercheur sinisant, Alain Arrault. Ce travail, auquel a participé Lina Verchery, se situe dans la lignée de recherches entreprises notamment par Kristofer Schipper et Patrice Fava. Cette approche permet, d’une certaine façon, de comprendre pourquoi ces œuvres restent aussi rares que mystérieuses. C’est aussi une façon très frontale de rappeler les différences qui subsistent dans les présences de l’homme au monde.

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