OBJETS ET COLLECTIONS (4). Main d’enfant (1862), un moulage sur le vivant de Jean-Benjamin Stahl (1817-1893)

par Alain Cardenas-Castro

Jean-Benjamin Stahl est né en 1817 à Strasbourg. En 1843, à l’âge de 26 ans, il s’installe à Paris. Quelque temps après son arrivée, il est employé au Muséum d’Histoire Naturelle en tant que préparateur et assiste le mouleur Parfait Merlieux (1796-1865). La qualité de son travail lui vaut de devenir chef de l’atelier de moulage du Muséum en 1857, un poste qu’il occupera jusqu’à son départ à la retraite en 1890. Pendant 47 ans, Stahl réalise des moulages qui viennent enrichir les collections d’anthropologie, de zoologie, de paléontologie et de minéralogie. Malgré cette activité foisonnante de praticien, Stahl reste méconnu comme de nombreux autres auxilliaires scientifiques, employés de cette prestigieuse institution.

Stahl, qui maîtrise parfaitement la technique du moulage pour laquelle il se passionne, œuvre aussi bien sur le vivant que sur le non-vivant. Il s’ingénie à faire évoluer la technique du moulage en inventant de nouveaux procédés. En 1852, une des neuf médailles qu’il reçoit au cours de sa carrière est une distinction venant récompenser son travail innovant pour l’emploi du chlorure de zinc. Un produit qu’il décide d’utiliser vers 1850 lors de la reproduction de pièces anatomiques. Il met au point cette technique appliquée aux dissections en imbibant les préparations de ce composé chimique avant moulage.

En 1856, Le prince Napoléon Joseph Charles Paul Bonaparte (1822-1891), cousin germain de l’empereur Napoléon III, demande à Stahl de rejoindre la commission scientifique de l’expédition qu’il mène dans les mers du Nord avec la corvette à vapeur La Reine Hortense et l’aviso le Cocyte. Un voyage qui passe par l’Ecosse, l’Islande, l’Ile de Jean Mayen, le Groënland, les Îles Féroé et Shetland et les pays scandinaves. L’expédition comprend des peintres et des journalistes qui s’ajoutent à la commission scientifique dont il fait partie en tant que mouleur du Jardin des Plantes. Une commission scientifique comprenant des naturalistes, un hydrographe, un géologue et le photographe du Muséum Louis Rousseau[1] (1811-1874). Stahl écrit dans un texte de 1857 accompagnant l’inventaire de ses moulages réalisés pendant l’expédition :  » J’eus pour mission, dans le voyage des mers du Nord, de mouler les types de races ».

Durant le voyage, Stahl réalise des moulages, ils sont nombreux et de différents types : empreintes de pièces de musée, moulages d’animaux et moulages anthropologiques au sein des populations visitées. Tous les moulages de Stahl seront présentés lors de l’exposition organisée au Palais-Royal par le prince Napoléon suite à l’expédition. A partir de là, Stahl est promu chef de l’atelier de moulage du Muséum.

A une époque où se multiplient les exhibitions ethnographiques et se développe l’anthropologie physique, Stahl continue de mouler sur le vivant.


(ill. 1) Manuel, un des deux Botocudos avec Marie, moulés par Stahl et peints par Formant en 1845 au Jardin des Plantes (n° inv. MNHN.HA.1126). Le couple de Botocudos a été photographié par Eugène Thiesson en 1844.


Continuer la lecture

OBJETS ET COLLECTIONS (3). Un vide-poche fin de siècle de Royal Dux

Cette rubrique est destinée à présenter des œuvres chinées, acquises, admirées ici et là. Une approche permettant de poser des jalons tant pour les œuvres connues ou pas, ou, plus exactement, qui ont eu à une période donnée, pu avoir une diffusion large, dans un contexte économique et social autre. Celui de l’Humanisme. Ce sera selon.

par Christophe Comentale.

L’objet du jour provient de la fabrique Royal Dux, fondée en 1853 dans le nord de la Bohême, à Duchov. Cette fabrique a connu bien des vicissitudes depuis 150 ans. Désormais dans l’actuelle Tchéquie, elle a d’abord été contrôlée par l’Allemagne puis par l’Union soviétique.   

(ill. 1) Vide-poche Royal Dux; Jeune paysanne (ca 1860), Céramique polychrome, H. 26 cm, larg. max. 16 cm, Ø. base 9 cm
Continuer la lecture

LA MANUFACTURE ROYAL DUX ET L’ANTIQUE

Une pièce antiquisante, Les deux enfants aux raisins

par Christophe Comentale

Fondée en 1853 en Autriche, dans le nord de la Bohême à Duchcov, – Dux en allemand – , cette manufacture a produit initialement des objets utilitaires. Elle fut rachetée par Eduard Eichler (1830-1887), un artiste juif reconnu, ce qui marqua le début de sa prospérité. Mais c’est à partir de 1898, à la suite de son installation à Berlin, que des œuvres de qualité remarquable furent produites. Parmi une imposante production, quelques réflexions sur une pièce fin de siècle, « Les deux enfants aux raisins ».

(ill. 1) Deux enfants à l’automne (ca 1890-1900), biscuit, 24,5 x 14,5 cm, H. max. 25 cm [Vanves 2022]
(ill. 2) Deux enfants à l’automne (détail). Sous la pièce, la marque triangulaire rose Royal Dux Bohemia.
Continuer la lecture

OBJETS ET COLLECTIONS (2). Le début du déluge, une gravure en taille douce de Johan ou Jan Sadeler (1550-1600)

Cette nouvelle rubrique est destinée à présenter des œuvres chinées, acquises, admirées ici et là. Cette approche permet de poser des jalons tant pour les œuvres connues ou pas, plus exactement, qui ont eu à une période donnée, pu avoir une diffusion large, dans un contexte économique et social autre. Celui de l’Humanisme. Ce sera selon.

par Alain Cardenas-Castro.

Un nom sur un visage. Célébré en son temps, Jan Sadeler est un brillant graveur d’interprétation et un remarquable technicien.

1 – Ci-dessus. Portrait de Johan Sadeler (1550-1600) gravé par Conraed Waumans. Le texte gravé sous ce portrait à mi-buste, rappelle les talents du personnage décrit et la célébrité acquise avec ses travaux. Le portrait gravé par Conraed Waumans, un frontispice, est tiré du volume Image de divers hommes d’esprit sublime, qui par leur art et science devraient vivre éternellement et desquels la louange et renommée faict estonner le monde, Anvers : J. Meyssens, 1649.


Continuer la lecture

L’année du dragon. Du dragon à la chimère. A propos de deux pièces patrimoniales

par Christophe Comentale et Alain Cardenas-Castro

Consulter son horoscope en Occident afin de voir si son signe va être favorable se fait en rapport avec le mois de naissance, en Asie sinisée, c’est avec l’année de naissance, en liaison avec le signe de l’animal qui correspond à cette année. De plus, comme les douze animaux du zodiaque chinois se succèdent chaque année au fil d’un cycle de douze ans constituant un cycle complet, on sait, l’âge de son interlocuteur. Vent d’est, vent d’ouest. Voir les animaux qui sont créés à partir de cette conception du monde est un autre axe qui intéresse également car il induit une esthétique complexe et évolutive. Regards sur deux pièces de collections privées.

Continuer la lecture

OBJETS ET COLLECTIONS (1)

文物与收藏品1

2024, fin de l’année du lapin et début de l’année du dragon est une année favorable à la mise en ligne de la rubrique Objets et collections. Des objets acquis ou regardés, devenus des marqueurs d’un plaisir éphémère ou stabilisé dans la continuité du gardiennage affectif, scientifique, passionnel, … que constitue une collection.

2024年是兔年的结束,也是龙年的开始。今年是出版“文物和收藏”部分的好年头。在本节中,介绍了获得或观看的作品,这些作品已成为情感、科学、热情关注等连续性中短暂或稳定快乐的标志。各种和各个时代的原始遗产的集合。

À propos de quatre œuvres urbaines

关于四件描绘城市景观的作品

par Christophe Comentale

Les visites aléatoires aux marchés d’ancien et d’occasion continuent de réserver des surprises. Les jeux de la découverte au fil du hasard s’avèrent parfois intéressants. Ainsi en va-t-il de quatre œuvres, très différentes au niveau des localisation, technique utilisée et format. Elles ont en commun d’avoir été réalisées entre la fin du XIXe siècle et les année 20 du suivant.

参观旧作和二手作品的市场继续带来惊喜。这些访问就像一场游戏,通过机会发现游戏。这些发现有时会很有趣。本文介绍的四部作品就是这种情况,它们在地点、使用的技术和格式方面都是截然不同的作品。它们的共同点是它们是在 19 世纪末和次年 1920 年代之间制造的。

Continuer la lecture

 L E   T H É

The world of tea, Musée du Vieux palais, Cité interdite, Pékin. Exposition, du 2 septembre au 30 novembre 2023

茶起源于中国,盛行于世界

主办单位:故宫博物院

Hall principal de la Porte du Midi et salles d’exposition Est et Ouest de la Tour de l’Aile de l’Oie Sauvage

故宫博物院午门正殿及东西雁翅楼展厅

Compte-rendu par Christophe Comentale (柯孟德) et Alain Cardenas-Castro (阿蘭)


Ci-dessus, de haut en bas et de gauche à droite. Christophe Comentale, Wang Xudong, Alain Cardenas-Castro au département des expositions du musée du Vieux Palais et différents pavillons de la Cité interdite


Cette manifestation exceptionnelle par sa scénographie tire parti de l’unicité du lieu et aussi d’un florilège de pièces archéologiques et patrimoniales choisies au sein des collections du Palais et de grands musées de la Chine ayant des pièces évocatrices du propos des organisateurs. Comme l’a rappelé le président de l’établissement, Monsieur Wang Xudong, rencontré en octobre dernier dans cet établissement dont il ne cesse de valoriser les actions envers les collections et le public, « Le thé est originaire de Chine et a affirmé une popularité unique dans le monde entier. Les différentes campagnes de rénovation du musée ont permis de davantage mettre en valeur ses collections uniques. Elles permettent de révéler au public chinois des trésors rarement montrés, quant au public étranger, il reste sous le charme de ce lieu de quelque 72 hectares ».

Continuer la lecture

Dominique Babinet, in memoriam

Sculpteur curieux, parfois proche de l’artisan, car, comme lui, il fabrique ses propres outils, Dominique Babinet a conjugué l’enseignement, depuis 1982 au centre Albert Chanot à Clamart et la création, sa création personnelle. Elève de Robert Courtin, connu pour sa statuaire, notamment dans la cathédrale de Reims, Dominique Babinet est aussi inspiré par Rodin comme par Bourdelle.

Ci-dessus. Dominique Babinet, Sans titre (ca 2015), cire, H. 7 cm, larg. 5 cm ; Dominique Babinet, Sans titre (ca 2015), plâtre, H. 6 cm, larg. 6 cm, ép. 3 cm

Continuer la lecture

Dunhuang : regards Est-Ouest, compte-rendu de mission

par Alain Cardenas-Castro et Christophe Comentale

Compte-rendu de mission en Chine – Pékin, Dunhuang, octobre 2023.

un cycle de missions centrées sur l’étude des peintures murales, les fresques de Dunhuang (ill. 1 à 3), vues dans une perspective comparatiste a permis une continuité de points de vue et d’observations menées dans un contexte plus large. Les contributeurs, français et chinois, ont développé des axes multiples (voir diaporama ill. 4 à 13).

Ci-dessus, de gauche à droite. (ill. 1 à 3) Parvis du musée du Centre de recherches et de protection du patrimoine de Dunhuang ; les grottes de Mogao ; une salle du musée.

Continuer la lecture

Sylvie Vervaet, quand la permanence des images mène aux collections. Parcours d’une marchande d’art / érudite

par Alain Cardenas-Castro et Christophe Comentale

Art et négoce, les alternances des images, celles que l’on crée, celles que l’on voit, que l’on revoit et que l’on identifie, entre imaginaire et histoire de la culture. Portrait d’une créatrice et marchande d’art découvreuse de talents et de pièces patrimoniales, de Picasso à Zhang Hua.


 Ci-dessus. Sylvie Vervaet, photographies récentes (Sylvie Vervaet dans son loft-galerie ; le stand au Salon international du livre rare et des arts graphiques du Grand Palais éphémère, session 2022 ; Sylvie Vervaet présentant un panneau du 16e siècle, Saint Joseph et l’enfant Jésus).


Continuer la lecture