Propos de calligraphie contemporaine. Quelques réflexions estivales

par SUN Chengan[1]

La récente annonce de la finalisation d’un Corridor des écritures dans la province chinoise du Qinghai, en fait, d’un musée constituant une collection de calligraphies tracées en Extrême-Orient et en Occident, relance la question relative à l’importance de cette forme d’expression, dans les situations ordinaires de la vie quotidienne, comme pour les nombreuses approches, populaires ou élitistes, liées à différentes formes de création.

Depuis les années 1530, l’imprimerie a, en Occident, acquis une toute puissance normalisatrice qui commence à reléguer la présence de la graphie manuscrite vers d’autres secteurs. Le Songe de Poliphile (ill.) est un des chefs d’œuvre en la matière[2]. Quant à la graphie manuscrite, elle rassemble implicitement et fort heureusement tout ce qui permet d’utiliser la graphie manuscrite et de la faire perdurer ! En parallèle aux recherches sur l’art de la typographie qui naît et se développe au fil de l’inventivité des typographes et imprimeurs, ces derniers donnant naissance à des polices de caractères nés de l’observation des tracés des lettres, les calligraphes continuent de mener une vie pleine et, pour certains, remplie des honneurs que leur confère leur réputation. Il n’empêche que, malgré la beauté des calligraphies occidentales, en ce 21e siècle de la diversité, le livre d’artiste occidental est, avec l’art de rue, amateur de graffiti et autres signes, la forme artistique qui fait la part belle à la lettre. La Chine continue, quant à elle, à privilégier les caractères tracés sur un bandeau, une feuille, selon des critères souvent encore plus formels. Il existe cependant une école de calligraphes sinisés qui ont changé les formats pour les rendre plus adaptés à une création plus personnelle.

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Calligraphies, chinoise et occidentale. Une originale rencontre entre Est et Ouest avec l’ouverture en 2023 d’un lieu culturel dans la province du Qinghai (Chine)

Appel à candidature pour la création d’une calligraphie originale.

par Yang Ermin[1]

La modernisation et l’automatisation de la société entreprise en Chine depuis plusieurs décennies se fait en tenant compte de l’immense population qui doit vivre et gagner sa vie, d’où, souvent, une redondance des tâches ! Il est vrai, cependant, que dans le même temps, cette virtualisation des tâches est extrême et s’avère tout aussi cruelle qu’en Occident, sauf pour les heureux bénéficiaires de ces mannes financières et de pouvoir induites ainsi.

Cela dit, les plateaux du Qinghai sont modérément atteints par certains processus, et surtout, la création reste encore un champ privilégié, encouragé par des acteurs sociaux qui craignent des excès de cette virtualisation sociale.

Ainsi, une lettre d’invitation m’est parvenue récemment. Voici le contenu traduit et adapté en français. Le texte en chinois est donné ensuite pour celles et ceux qui souhaitent s’y référer.

Un point important : si vous souhaitez candidater, faites-le, mais votre démarche sera totalement individuelle et responsable, je ne serai pas en mesure d’aider qui que ce soit. La Chine, ça se mérite ! Si vous n’êtes pas encore découragé, alors, lancez-vous !

 

Lettre d’invitation

Cher Monsieur,

En raison de votre grand prestige et de votre grande influence dans les milieux culturels et artistiques, nous serions honorés de recevoir un de vos trésors calligraphiques à l’encre, malgré votre emploi du temps chargé, et de prêter attention et de soutenir cette activité de bien-être public à grande échelle.

Pour le début de l’année prochaine Nous prévoyons de construire un lieu culturel, le « Pavillon des textes et lettres » le long du fleuve Jaune dans le comté autonome de Xunhua Sala, situé dans la province du Qinghai[2].

(ill. 1) Le poète Aldinfu Yiren

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Salon du livre d’artiste de Nevers

Compte rendu

par Marie-Paule Peronnet (*)

Pour ce premier Salon qui s’est déroulé les 2 et 3 juillet 2022, 39 participants étaient attendus dans les salles d’expositions du Palais Ducal (ill. 1), lieu historique de Nevers.

Comme le rappelle Marc Vernier (ill. 2), commissaire du Salon, « l’un des buts de ce salon consacré au livre d’artiste était de mettre en présence des graveurs, relieurs, peintres, calligraphes, illustrateurs. Une association très active dans le Nivernais, le Salon des Dames, de même qu’un partenariat avec la Médiathèque Jean Jaurès de Nevers, le soutien de la municipalité et de la revue Art et Métiers du Livre ont aidé à la préparation de ce salon. Cet événement pluridisciplinaire veut privilégier les rencontres du public avec les artistes et les artisans du livre et ainsi favoriser la découverte de leurs savoir-faire ».

Une conférence de Christophe Comentale a, dans une perspective chronologique et thématique, abordé la diversité des définitions possibles du livre de création Est-Ouest : « De la bibliophilie normée au manuscrit d’artiste ».

 

(ill. 1) Le salon du livre d’artiste et du livre-objet dans les salles d’expositions du Palais Ducal de Nevers

(ill. 2) Intervention de Marc Vernier à la Médiathèque Jean Jaurès de Nevers

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Une revue singulière Le bois gravé. A l’honneur dans le n° 32 Médéric Bottin, « l’homme qui sait faire vibrer le bois »

La dématérialisation des données savamment entreprise par nos édiles depuis plusieurs décennies présente un avantage : nous pourrons aller partout les mains vides ou ne plus aller nulle part si l’on continue ainsi, — tout étant virtuel — cela dit, la situation ne devrait que compliquer davantage le regard sur les œuvres originales si l’on se range à cette étrange attitude qui oublie à la base de tout cela le goût, l’envie, le plaisir…

En marge à ces nouveaux standards découlant de nouvelles modélisations socioéconomiques, d’autres continuent de faire leurs preuves, et, de cette attitude hédoniste naissent encore et toujours des œuvres qui disent le plaisir des choses et de la vie !

(ill. 1) Médéric Bottin à la fondation Taylor, juin 2022 (cl. ChC)

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Les coquelicots noirs ou « Lines written », livre d’artiste de Motoko Tachikawa

par Christophe Comentale

Lines written, texte de Philip Parfitt, interventions de Motoko Tachikawa. Paris : chez l’autrice, 2022. Carnet-accordéon à 14 plis. Couverture originale en lavis de la plasticienne, impression sérigraphique pour les pages intérieures. 30 ex. num. & signés.

Lines written, texte de Philip Parfitt, interventions de Motoko Tachikawa. Page de couverture.

Botaniste en constante transition entre réel et fiction, celle de ces végétaux qui deviennent des gestes et ébauches calligraphiques, Motoko Tachikawa a livré depuis plusieurs décennies une série de carnets-accordéons constituant une flore unique, celle qui rassemble les envies et parcours de cette femme peintre, graveuse et performeuse.

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Régis Sénèque : Exposition Passé vivant

par Clara Ruestchmann et Christophe Comentale

 

Rencontre entre un créateur et des architectes humanistes le temps d’une exposition.

Régis Sénèque (1970, Paris), plasticien, fresquiste et photographe investit au 8 bis rue d’Annam, l’atelier Martel, un collectif d’architectes engagé dans le soutien à la création artistique et œuvrant pour une architecture transversale, associant pratique architecturale située et réflexive et expressions culturelles contemporaines dans une démarche interdisciplinaire.

Exposition du 9 juin au 2 septembre 2022. Contact Presse : Clara Ruestchmann c.ruestchmann@ateliermartel.com  /  06 13 01 66 41 – 09 63 20 87 57. Visites organisées sur réservation.

 

Ce créateur livre un fonds photographique familial de quelque 40 photos, un parcours souvenir et sublimé assez voisin des voyages de Ségalen, entre intériorité et réel. Sensibilité des vues, Concentration intérieure dans les dessins et performances :

« Comment prendre conscience de la loyauté invisible qui nous lie à nos aïeux et au passé ? Comment rediriger notre attention pour, hier comme aujourd’hui, mettre l’humain en lumière ? Par une intervention in situ de grande ampleur jouant avec l’espace et l’architecture, et par un ensemble de dessins, d’archives photographiques et de matières dialoguant avec la structure de l’agence, l’exposition propose une mise en lumière par le frottement de la craie grasse dorée. Elle transforme la structure interne de l’agence en un tissu doré porteur de mots et de témoignages lointains. Les œuvres disposées sur ce tissu réactivent notre mémoire collective coloniale, la mettent en lumière, et avec elle ses fantômes, ses absent·es et ses invisibles ; réactivant ainsi les images sensibles d’un réel disparu ». Régis Sénèque

Régis Sénèque. Passé vivant 01 : A la mémoire (2022), photographie d’archive, détail (arrière grand-mère de l’artiste) © Michel Martzloff

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De la sculpture contemporaine : à propos de « Vertèbre T1 », nouvelle œuvre de Didier Scuderoni

par Alain cardenas-Castro

De l’infiniment petit au démesuré, le challenge est relevé par des artistes chercheurs désireux de pénétrer les formes les plus abstraites afin de leur insuffler une vie autre. Le rapport entre art et science trouve tout son impact en un siècle qui hésite entre la magie du virtuel et la sensualité de l’œuvre présente et source de patrimoine tangible. Portrait d’un sculpteur hédoniste.


(Ill. 1 et 2). Ci-dessus, de gauche à droite. Didier Scuderoni, Buste (2019) et Buste II (2019), résine synthétique, pigment acrylique, laiton, 60 x 56 x 36 cm. © Didier Scuderoni



(Ill. 3). Ci-dessus. Didier Scuderoni. Lierre de lettres (2013), résine synthétique, pigment acrylique, laiton, 150 x 56 x 36 cm. © Didier Scuderoni


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A propos de « LACAN l’Occidenté, accidenté d’être à l’Ouest ? » de Nathalie Moshnyager

Les Editions des crépuscules & la librairie des Presses Universitaires de France vous invitent à la présentation du livre de

Nathalie Moshnyager, Lacan l’Occidenté, accidenté d’être à l’Ouest ?

Un voyage vers la Chine des temps anciens, d’où Lacan serait lacanien d’avoir fait de la théorie psychanalytique une véritable clinique de l’écriture psychique. Introduction de Jean-Jacques MOSCOVITZ

La présentation aura lieu le mercredi 1er Juin à partir de 18 h 30, 60 rue Monsieur le Prince, 75006 PARIS. Contact : jeanmichelgentizon@gmail.com

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Xiao Qian (1910-1999) : « L’homme qui aimait les chiens ». « Ai gou zhe », nouvelle.

Laurent Long (traducteur)

De fait, le pékinois qui s’était couché bien à l’aise sur ses genoux était une franche horreur. Hirsute et mal peigné, sans parler de ses yeux parfaitement idiots, ce qu’il avait de plus horripilant était son museau aplati, cette large gueule aux babines retroussées. Depuis son arrivée à la maison, je n’y avais plus même prêté attention ; encore moins l’avais-je caressé. Seulement, je lui avais donné un coup de poing quand je l’avais surpris à fourrer la langue dans le panier de courses que venait de rapporter la mère Zhou.

« Arrête ! On n’a pas un chien pour le battre ! »

L’ami des chiens, qui l’avait amené là, prit feu. Il se précipita pour serrer cette affreuse petite bestiole sur son cœur, la flattant, la caressant de la main, comme si l’animal sortait d’une terrible humiliation.

« J’adore les chiens ! » se justifia-t-il. Il se mit à raconter comment il avait eu un chien tout noir de poil dans sa maison natale du Henan, il y avait dix ans de cela. « Souvent, ses yeux brillaient la nuit » poursuivit-il. Le jour, l’animal dormait sous la carriole à mule. Lui donnait-on des coups de pied qu’il ne bougeait pas plus qu’une nouille. Mais c’est la nuit qu’il en imposait.

« Pfft ! D’un bond, il était sur la crête du mur. »

Nous levâmes tout à coup la tête ; le pékinois sur le cœur de l’ami des chiens en poussa deux jappements, comme pour faire l’enfant gâté.

« Un soir, on a perdu le chien noir. » Le cynophile ajouta : « Certain qu’un salopard de voisin avait fait un mauvais coup ; ils crevaient tous d’envie que j’aie un si beau chien. »

(A ce moment de l’histoire, nous avions tous regagné la maison ; l’ami des chiens nous avait suivis.)

« Et après ?  coupa la mère Zhou

– Il a bien fallu le chercher ! » Il expliqua comment on avait pensé à tous les moyens. A la fin, un soir — non, en pleine nuit — il rêva qu’il entendait des cris plaintifs et comme un bruit de griffes à la porte de la rue. Il jeta un vêtement sur ses épaules et se leva. De fait, une chose hirsute aux yeux brillants se précipita vers lui.

Il en était là de son récit quand on entendit un bruit de griffes à l’extérieur du mur écran[1] de la cour. Ce grattement fut suivi d’un chien de ferme se faufilant en frétillant de la queue. Il avait tout l’air d’un chien errant en quête de nourriture.

C’est alors que la face de cet amoureux des chiens révéla sa fureur. Il posa tout doucement son pékinois à terre et se dirigea à pas feutrés vers l’arrière de la porte écran. Personne n’avait deviné qu’il y avait disposé des munitions à portée de main : des pierres aux arrêtes bien tranchantes.

D’une main assurée, il se saisit d’une poignée de cailloux et passa le seuil.

Pauvre chien errant ! Il se mettait à flairer d’agréables fumets, la mauvaise conscience dans les regards qu’il jetait de tous côtés. Juste au moment où il longeait le mur, un premier caillou siffla vers lui, le manquant. Il fit demi-tour et détala la queue basse.

Comment notre ami des chiens l’aurait-il laissé échapper à si bon compte ? Encore plus cruel, un deuxième caillou suivit le premier : cette fois, il avait dû atteindre la patte arrière du chien. On n’entendit qu’un hurlement aigu, il disparut par la porte écran, aboyant dans sa fuite. Il semblait crier grâce tout en appelant à l’aide.

Octobre 1936.

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Cinq artistes français : des reflets de l’art contemporain

L’importante exposition estivale du centre culturel de Chenghua est intrigante à plus d’un titre, d’une part, elle va mettre en parallèle la création taiwanaise et internationale, de l’autre, elle va mettre en présence des artistes très différents.

Pour ce qui a trait aux 5 artistes français résidant dans l’hexagone, deux femmes et trois hommes, la sélection permet d’appréhender diversité géographique, Alain Cardenas-Castro est Parisien, deux autres, Viola Corp et Marc Brunier-Mestas, vivent à Riom dans le centre de la France, deux autres enfin sont dans le sud du pays, Irène Faivre et Christian Cerisola sont proches de Montpellier.

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