Dix mille ans de voyages gustatifs. La culture culinaire de la Chine vue du Néolithique au numérique. Du 11 septembre au 10 novembre 2026 au Centre Culturel de Chine à Paris.
par Christophe Comentale
Le prestigieux hôtel particulier de Montesquiou restauré tout récemment accueille une exposition relative à la nourriture, à l’art du bien manger, et à l’esthétique de l’art culinaire. Une trentaine d’objets d’art, patrimoniaux et utilitaires, se partagent les quatre sections, Art de la cuisine, Ustensiles précieux, Art du banquet – Banquet et rencontres lettrées. Textes classiques, concepts philosophiques, sagesse politique et pensées scientifiques issus de pratiques culinaires multiples ont influencé le cours du développement de la civilisation chinoise. Une gageure très difficile à relever dans la complexité des aires culturelles de la Chine, si vastes, et, avec elles, les goûts induits par cette richesse et cette diversité entre le boire et le manger.
Cette exposition grand public fait le point sur les besoins culturels d’un public cultivé, voire érudit, et le plaisir de se délasser face à une table bien garnie.
Les enfants ne sont pas oubliés. Ils ont un espace qui leur est réservé avec les restitutions de réalité augmentées.

Sous l’égide du musée national de Chine à Pékin, et avec la collaboration de Madame Zhu Xiaoyun, directrice du centre et anciennement en poste dans ce musée, il était normal que l’exposition soit une réussite malgré les difficultés inhérentes à une telle organisation.
En effet, d’une part les différentes périodes chronologiques sont bien ciblées, d’autre part, les matériaux qui font la richesse de l’archéologie funéraire et du somptuaire en Chine sont tout à fait représentés.
Par ailleurs, la scénographie, discrète, est d’une efficacité et d’un raffinement qui siéent à l’élégance du lieu, l’étage, noble d’un hôtel particulier du XIXe siècle, dans lequel est dressée une table de festin. Il n’empêche que ce festin est typiquement chinois et a su rassembler toutes sortes de victuailles : viandes, poisson, légumes. On notera que la table est parée de façon harmonieuse, équilibrée, sachant jouer avec les volumes et avec les couleurs. Les restaurateurs qui ont créé ces produits ont fait ainsi œuvre de création, à l’égal d’une installation des plus contemporaines d’artistes.

Pièces d’orfèvrerie Tang
Des copies d’une grande qualité pour les bronzes des dynasties anciennes (Shang, Royaumes combattants, Han, Tang, Ming, Qing, …) à la patine complexe, permettent la présence de quelques pièces patrimoniales. Parmi ces bronzes somptueux, un récipient rituel funéraire zun en forme de rhinocéros à motifs de nuages, utilisé lors des cérémonies religieuses et funéraires contenant les boissons offertes aux ancêtres et aux divinités lors des rites accomplis par les élites. Les récipients funéraires en terre cuite à motifs peints montrent la richesse et la variété des formes bien avant notre ère. Des formes qui sont liées à des modes de cuisson, de la vapeur, un feu vif ou un feu doux… Cette approche aux pièces anciennes laisse à cette belle manifestation tout son intérêt archéologique et esthétique.

La visite est complétée dans une deuxième salle par la présentation de pièces en métaux précieux, l’or et l’argent, ainsi que le jade, pierre, bienveillante et propitiatoire. Enfin, cette pénétration immersive et multi-sensorielle — notamment olfactive — s’effectue sous différents angles — présence des ingrédients, florilège d’ustensiles, diversité des techniques, face à face avec une esthétique et des rites aussi surprenants pour apprécier la riche histoire de la cuisine chinoise et comprendre la quête éternelle et les aspirations communes de l’humanité vers une vie meilleure. Un joli cadre, une atmosphère enjouée, une mise en appétit inévitable…
