DOUBLE PARUTION

La peinture chinoise, le taoïsme, deux grands thèmes chers à la plume du peintre et homme de lettres Fan Zeng. Des textes et thèmes qu’il développe depuis longtemps, notamment dans 中国画法研究 (Étude de la peinture chinoise) et 老庄心解 (Comprendre Laozi et Zhuangzi). 

par SUN Chengan

vol. 1 & 2

FAN Zeng, Etudes sur la peinture chinoise, traduction de Wang Wenli, direction scientifique de Ch. Comentale. Paris : Naima, 2026. 213 p. ill en coul. Bibliog. pp. 18-19.

FAN Zeng, Une exégèse du cœur sur Laozi et Zhuangzi ; postface par Ch. Comentale. Paris : Naima, 2026. 245 p. ill. en coul. Bibliog p. 241


Études sur la peinture chinoise – 中国画学研究

FAN Zeeng, Etudes sur la peinture chinoise, Naima, 2026

Le livre est essentiellement une réflexion philosophique sur ce qui constitue la spécificité de la peinture chinoise, plutôt qu’un manuel technique. L’idée centrale de Fan Zeng est que la peinture chinoise ne peut pas être comprise séparément de la pensée chinoise, en particulier du taoïsme, du bouddhisme et du confucianisme. La peinture ne consiste donc pas simplement à reproduire correctement le visible : elle doit manifester une compréhension de la relation entre l’homme, la nature et le cosmos. Dans son vocabulaire, le principe fondamental est celui de l’unité du Ciel et de l’homme (天人合一). 

Il accorde une place centrale à la notion traditionnelle de 气韵生动 (qiyun shengdong), généralement traduite par « résonance spirituelle » ou « animation par le souffle et le rythme ». Le peintre véritable ne copie donc pas simplement les formes : il cherche à saisir le souffle vital qui les anime.

Fan Zeng dédicaçant un livre

Une autre idée importante est la complémentarité du plein et du vide, du trait et du blanc, du visible et de l’invisible. C’est pourquoi Fan Zeng rapproche constamment peinture, calligraphie et philosophie : le geste du pinceau doit être à la fois maîtrise technique et expression d’un état intérieur. Cette conception prolonge directement ses réflexions antérieures, où il fait de Laozi et de Zhuangzi de véritables penseurs de la peinture. 

En résumé : le livre cherche à répondre à la question « pourquoi la peinture chinoise est-elle autre chose qu’une représentation de la réalité ? » La réponse de Fan Zeng est : parce qu’elle est une forme de connaissance et de participation au réel, fondée sur le souffle, le rythme, le vide, la nature et l’état spirituel du peintre.

Exégèse du cœur sur Laozi et Zhuangzi – 老庄心解

FAN Zeng, Exégèse du cœur sur Laozi et Zhuangzi, Naima, 2026

Ici, Fan Zeng ne fait pas vraiment de la philosophie universitaire au sens strict. Il pratique plutôt une lecture personnelle et méditative des textes de Laozi et de Zhuangzi, en les faisant dialoguer avec l’art, la littérature et sa propre expérience de peintre.

Pour Laozi, les thèmes privilégiés sont Dao, ziran (« ce qui est ainsi de soi-même », généralement traduit par « nature »), le wuwei (« non-agir »), le retour à la simplicité et à l’harmonie des contraires. Fan Zeng insiste notamment sur l’idée que la véritable action ne procède pas de la volonté de domination mais d’une conformité au mouvement naturel des choses. 

Pour Zhuangzi, le centre de gravité se déplace vers la libération intérieure : dépasser les distinctions rigides entre vrai et faux, utile et inutile, vie et mort, moi et monde. Fan Zeng s’intéresse beaucoup au célèbre thème du rêve du papillon, à la relativité des points de vue, à la mort et à ce qu’il appelle la « vie spirituelle » de Zhuangzi. Il développe également la notion de 无待 (wudai), l’état de celui qui n’est plus dépendant de conditions extérieures pour être libre. 

Fan Zeng, calligraphie

Il y a enfin un lien très fort avec sa conception de l’art : le peintre doit atteindre une forme de liberté intérieure qui lui permette de ne plus peindre mécaniquement. La spontanéité du trait devient ainsi une sorte d’équivalent artistique du wuwei taoïste.

Ce qui me paraît particulièrement intéressant chez Fan Zeng, c’est donc que ces deux livres doivent probablement être lus ensemble : pour lui, la théorie de la peinture chinoise découle en grande partie d’une certaine conception taoïste de l’existence. Sa peinture de Laozi et Zhuangzi n’est pas seulement une illustration de philosophes anciens ; elle cherche à faire passer dans le geste pictural leur manière de concevoir le rapport entre l’homme et le monde.

À noter que cette orientation est très ancienne chez Fan Zeng : son 老庄心解, publié initialement en 2005, comportait déjà des chapitres sur « 道法自然 », la libération de l’esprit du peintre, la relation du calligraphe à la nature, puis, pour Zhuangzi, sur la vie et la mort, le 无待, le 齐一, le « sans différence » et le chaos.

FAN Zeng

 

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