De PArC 2022 à Younique

par Alain Cardenas-Castro

Quarante-cinq galeries au neuvième PArC. Une seule galerie française orientée Pérou et échanges Est-Ouest donne le ton d’une meilleure visibilité sur la création contemporaine qui rassemble tendances hispanisantes et pluriethniques.

La neuvième édition de PArC, Peru Arte Contemporáneo, a eu lieu du 20 au 24 avril 2022. Intégrée à l’univers Pinta — nom donné à cette plateforme englobant Pinta Miami et Baphoto pour regrouper ses événements afin de renforcer son objectif d’expansion de l’art latino-américain depuis plus de 15 ans —, Pinta PArC sera bientôt rejoint par Pinta Sud au Paraguay et Pinta Basel en Suisse. La foire d’art internationale la plus remarquable du Pérou s’est caractérisée par un programme expérimental ambitieux. Pinta PArC qui se positionne parmi les plateformes d’échange culturel les plus pertinentes du moment s’est tenue durant une semaine à la Casa Prado au cœur du quartier de Miraflores à Lima.

PArC 2022, neuvième édition dynamique sous le signe du renouveau

Pinta PArC 2022 a présenté dans sa « Section principale » la participation de 45 galeries de niveaux national et international. On a pu constater que deux sections s’y sont ajoutées. L’une : « Solo Project », mis en place par le commissaire Oscar Roldán Alzate[1] a permis l’exposition de six artistes représentés par leurs galeries respectives. Cette formule a été l’occasion de mettre en lumière la production d’artistes contemporains de manière à ce que les visiteurs puissent s’identifier à leur travail de manière plus profonde et plus personnelle. L’autre, la section « Next », a été portée par Florencia Portocarrero[2] pour présenter six galeries émergentes d’importance sur la scène contemporaine. Cette mise en avant de la jeune création a démontré la volonté de rendre visible le travail d’artistes jeunes et/ou émergents tout en dynamisant ces scènes contemporaines d’Amérique latine dans lesquelles s’inscrit la production artistique exposée. Ces scènes urbaines sont issues de villes comme Buenos Aires, Cholula, Cuzco, Lima, Rosario, Quito et Santiago.

Cette année, Pinta PArC a également présenté le programme « Media Point », coordonné par Verónica Santalla, où l’on a pu assister à des programmes in situ et virtuels tels qu’une diversité d’entretiens avec des artistes, des galeristes et des collectionneurs, un cycle de Masterclasses et des vidéos Open File au cours desquels les artistes ont partagé le processus de réalisation de leurs œuvres. En outre, le programme « Auditorium » a été réalisé par le prestigieux commissaire Miguel López[3] en établissant un format international comprenant des rencontres et des débats sur les dynamiques évolutives relatives aux productions artistiques, curatoriales, de recherches et éditoriales, ainsi que la formation de diverses collections d’art contemporain en Amérique latine au cours des dernières années.

Conformément à l’engagement culturel de Pinta PArC, les institutions artistiques les plus importantes de la capitale péruvienne ont proposé des expositions spécifiques pour l’occasion. De cette manière, le circuit culturel proposé à travers la ville de Lima a offert aux visiteurs une expérience urbi et orbi la plus complète avec les institutions participantes : l’Institut culturel péruvien américain (ICPNA), le Musée d’art de Lima (MALI), le Musée d’art contemporain (MAC), le Musée Mario Testino (MATE), le Musée Pedro de Osma, le Musée Larco et le Musée Amano (le Musée du textile précolombien).

Younique « de l’abstraction à la figuration » entre liberté et légèreté

La galerie Younique basée à Paris et à Lima est la seule galerie exposante à PArC qui propose une orientation biculturelle entre la France et le Pérou. Elle a été créée par Mathias Bloch, à Paris, en 2005, suivant une ligne conductrice mettant en avant la représentation d’oeuvres fortes de la jeune création internationale et d’artistes reconnus questionnant la perception de la réalité. Spécialisée en art contemporain (peinture, photographie, sculpture, installation et vidéo), la galerie Younique a sut créer un pont entre la France et l’Amérique latine, d’une part, en valorisant l’art français à l’étranger et, d’autre part, en représentant l’art latino-américain en Europe. La galerie Younique a également multiplié les projets au Mexique. Sa dernière participation à la foire Zona Maco 2022 en février dernier, à México, lui a permis de présenter les artistes Alfredo Alcalde, Priscilla Beccari, Caroline Ebin. On notera que la Galerie Younique est membre du Comité Professionnel des Galeries d’Art depuis 2013.

Pour PArC 2022 la directrice artistique de Younique, Marisa Sanabria, a proposé la thématique efficace « de l’abstraction à la figuration » en faisant cohabiter neuf artistes répartis dans l’espace de manière magistrale. Comme à son habitude pour les accrochages dans sa galerie parisienne, la scénographie est impeccable, elle permet d’apprécier les œuvres choisies avec discernement parmi une diversité plastique bienvenue : Georges Rousse est à l’honneur parmi les artistes émergents belge, Priscilla Beccari, français, Jean-Charles Bureau, Alain Cardenas-Castro, Marius Pons de Vincent, marocain, Driss Aroussi et péruviens Daniel Barclay, Majo Guerrero et Evelyn Merino-Reyna. On a pu constater ainsi comme l’a voulu Mathias Bloch que « Dans ce groupe d’univers singuliers règne un sentiment de liberté et de légèreté ».

Ci-dessus, au centre, une vue générale du stand de la galerie Younique à la foire internationale PArC, à Lima, avec autour les œuvres des neuf artistes participants de la galerie. En partant du coin supérieur gauche et suivant le sens horaire : Driss Aroussi (MA), Georges Rousse (FR), Jean-Charles Bureau (FR) Alain Cardenas-Castro (FR) Marius Pons de Vincent (FR) Priscilla Beccari (BE), Evelyn Merino-Reyna (PE) Majo Guerrero (PE/CR), Daniel Barclay (PE)

Le dynamisme de la galerie Younique menée par Mathias Bloch reflète la tendance de PArC, cette foire internationale péruvienne qui malgré les aléas des années passées revient en force en proposant des formats innovants en dialogue avec le monde de l’art latino-américain et au-delà.

[1] Óscar RoldánAlzate (1975) dirige le Museo Universidad de Antioquia – MUUA, en Colombie, depuis 2019. Il a enseigné à la faculté des arts de l’université d’Antioquia et a fait partie du groupe de recherche en théorie et histoire de l’art en Colombie. Entre 2008 et 2014, il a été conservateur en chef du Musée d’art moderne de Medellín et a ensuite rejoint le département du développement culturel de l’Université de Antioquia. Depuis 2002, il développe ses activités de recherches culturelles et curatoriales. Il a également été co-commissaire du 43e Salon National des Artistes de Colombie. Par ailleurs, en tant qu’artiste indépendant, Roldán-Alzate a réalisé de multiples expositions individuelles et collectives au niveau national et international.

[2] Florencia Portocarrero (Lima, 1981) écrit, donne des conférences, enseigne et organise des expositions et des programmes publics. Ses recherches portent sur la manière de réécrire l’histoire de l’art dans une perspective féministe, sur les régimes de subjectivation dans le contexte de la mondialisation néolibérale et sur la remise en question des formes hégémoniques de connaissance. Entre 2008 et 2010, elle a suivi un master d’études théoriques de la psychanalyse à l’Université catholique pontificale du Pérou. PDe 2012 à 2013, elle a participé au programme curatorial du « De Appel Arts Centre » à Amsterdam et en 2015, elle a terminé un deuxième MA en théorie de l’art contemporain à l’Université Goldsmiths de Londres. Elle écrit régulièrement dans des revues spécialisées telles que Atlántica Journal, Artishock et Terremoto. En 2017/2018, elle a reçu la bourse Curating Connections attribuée par le programme DAAD Artists-in-Berlin et la KfW Stiftung. À Lima, elle travaille comme conservatrice pour le programme public de Proyecto AMIL et elle est cofondatrice de Bisagra.

[3] Miguel A. López (Lima, 1983) est écrivain, chercheur et commissaire d’exposition spécialisé dans l’art contemporain. Sa pratique porte principalement sur les projets collectifs, l’art expérimental, l’art féministe, et les thématiques traitant du genre et de la sexualité à travers les processus de mémoire politique. López est l’auteur de nombreuses publications sur l’art contemporain péruvien et latino-américain. Depuis 2007, il est membre fondateur des Red Conceptualismos del Sur, un programme international qui explore les possibilités autres d’écrire, d’archiver, d’exposer et d’historiser les pratiques artistiques et politiques qui se sont produites en Amérique latine depuis les années 1960. Il est actuellement codirecteur et conservateur en chef de TEOR/éTica, une association privée à but non lucratif qui fonctionne comme un programme de recherche et de diffusion des pratiques artistiques contemporaines en Amérique centrale et dans les Caraïbes. En 2016, il a reçu le Vision Curatorial Award de l’ICI – Independent Curators International.

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