Sculpteur curieux, parfois proche de l’artisan, car, comme lui, il fabrique ses propres outils, Dominique Babinet a conjugué l’enseignement, depuis 1982 au centre Albert Chanot à Clamart et la création, sa création personnelle. Elève de Robert Courtin, connu pour sa statuaire, notamment dans la cathédrale de Reims, Dominique Babinet est aussi inspiré par Rodin comme par Bourdelle.


Ci-dessus. Dominique Babinet, Sans titre (ca 2015), cire, H. 7 cm, larg. 5 cm ; Dominique Babinet, Sans titre (ca 2015), plâtre, H. 6 cm, larg. 6 cm, ép. 3 cm
D’un milieu cultivé, Dominique Babinet observe, écoute, la proximité d’un oncle graveur, d’un frère architecte, d’un père ingénieur, et par sa mère des célèbres parfumeurs du Second Empire, Roget et Gallet, autant de façons d’exercer une curiosité face au monde. Concret et aimant le faire, il entre rue du Cherche-Midi dans l’atelier de Robert Courtin, loin de l’atmosphère de l’École des Beaux-Arts, pour apprendre le dessin dans la proximité de Germaine Richier. Sa première exposition a lieu à Malmö en Suède, en 1962. Les expériences plastiques de Dominique Babinet passent autant par les jeux imposés au fer comme au bois ou au plâtre, tandis qu’il se voue principalement à des travaux monumentaux, Atlantes (1992, Paris, 34 Avenue Matignon), Le Navigateur Alain Colas, (2004, Clamecy) de 2,20 de haut mais grave des médailles. Parmi ses réalisations multiples, il dote Château-Chinon de sculptures-boîte aux lettres, et d’autres villes, de fontaines. Il travaille par adjonction dans des œuvres comme Autoportrait, (2010) et dessin en 2011. Il a disparu récemment dans un silence qui demande quelques images, dont des pièces inédites encore disponibles sur les lieux…
Comme le rappelle Jean-Jacques Fernier, Conservateur du musée Gustave Courbet, dans un article récent
« Parodie de l’Histoire, c’est à Meudon, là où Auguste Rodin a terminé sa vie que Dominique Babinet [1931 à Vaudry (14) – 2022] épanouit la sienne, dans un environnement champêtre, encombrant sa maison de ses œuvres, et transformant son jardin en un vaste atelier de plein air où sculptures et végétation s’envahissent mutuellement.
Enfant d’avant-guerre, adolescent rêveur, c’est à Saint-Germain des Prés, dans les premières années cinquante, qu’il découvre, comme toute sa génération, que la vie sera ce qu’on en veut faire, dans les délices de la renaissance d’un monde où tout est à réinventer en marge d’une éducation familiale très ouverte, une famille chrétienne aisée, onze enfants qui ont la magnifique colonnade du Louvre comme référence, parce qu’ils habitent en face d’elle ».
La parole à Jean-Jacques Ferrier encore, parmi ses travaux importants
« les plus représentatifs sont peut-être la fontaine qui décore le centre d’une place publique à Bonneuil-en-France, dans laquelle des enfants moulés dans la résine s’ébattent dans un jeu d’eau et de matières d’un tendre romantisme ; ou celle de l’ilot Drouot, d’un géométrisme imposant sur la façade d’angle, dont les volutes d’eau s’épanouissent vers un bassin où baignent des roches aux volumes récupérés (je devrais dire qui s’épanouissaient en 1980, car la compagnie des commissaires-priseurs, soucieuse d’économie, a depuis longtemps coupé le robinet et masqué la sculpture par une immense bâche) ».
Bibliographie
- Décès du sculpteur Dominique Babinet à l’âge de 90 ans In : La Gazette Drouot, 18 mai 2022
- Jean-Jacques Fernier, Dominique Babinet Version en ligne : http://perso.numericable.fr/babinetdom/