« Uluru », ou quand la création artistique sublime l’ethnologie

par Alain Cardenas-Castro, Christophe Comentale et Frédéric Harranger

Werner Lambersy, Uluru, ce que me dit le didjeridoo, poème de W. Lambersy, 7 héliogravures originales de Jacqueline Ricard. Paris : La cour pavée, 2005. [36] p.
tirage par l’artiste sur papier Lana 300 g, typographie gravée dans le cuivre et tirée sur presse taille-douce.

Justification de l’édition : 36 ex. sig. et num. dont 20 ex. courants
étui toilé, 17cm x 28 cm
10 ex. de tête comprenant le livre et la suite des 7 gravures num.et sig. coffret toilé, 30 x 36 cm

Quelques éléments de localisation

Si l’on évoque avec un géologue ou avec un géographe le nom d’Uluru – qui traduit les mots « protection », « long sommeil » ou « périple -, la chance d’entendre des descriptions assez semblables à celle-ci se fera jour : Uluru, aussi connu sous le nom d’Ayers Rock, est un inselberg, terme qui désigne un relief isolé dominant significativement une plaine. Cet imposant relief rocheux, escarpé, en grès, est situé dans le Territoire du Nord, au centre de l’île principale de l’Australie. Il s’élève à 348 mètres au-dessus de la plaine. C’est un lieu sacré pour les peuples aborigènes Pitjantjatjara et Yankunytjatjara, à la base duquel ces derniers pratiquent parfois des rituels et réalisent des peintures rupestres d’une grande importance culturelle. Ceci combiné à ses singularités géologiques et hydrologiques, ainsi qu’aux remarquables teintes qu’il peut prendre, en particulier au coucher du soleil, en a fait un des emblèmes de l’Australie, depuis sa découverte par les Occidentaux en 1873.

La culture des Aborigènes d’Australie attribue à certains lieux des pouvoirs ou une symbolique particulière, dans cette logique, elle a conçu une géographie sacrée. Selon leur tradition, les êtres du « Temps du rêve » ont façonné les formes du monde. Uluru est l’une d’entre elles. Le rocher est un des points du chemin parcouru par les ancêtres au temps du rêve, période de la formation du monde

Il existe différentes interprétations, dont celle de Robert Layton, données par les étrangers aux histoires ancestrales aborigènes concernant l’origine d’Uluru, de ses failles et de ses fissures. Il aurait été bâti au Temps du rêve (Tjukurpa). Son isolement dans la plaine et la violence des orages que sa masse attire en font un lieu de référence mythique. Une de ces interprétations avance que :

« Uluru (Ayers Rock) fut érigé au cours de la période de création par deux garçons qui jouaient dans la boue après la pluie. Lorsqu’ils eurent fini de jouer, ils voyagèrent en direction du sud vers Wiputa. Se battant l’un contre l’autre, ils se dirigèrent vers le mont tabulaire Conner, au sommet duquel leur corps sont préservés sous forme de rochers. »

Robert Layton, Uluru: An Aboriginal History of Ayers Rock. Canberra : Aboriginal Studies Press, 1989 

Uluru et les créateurs

Werner Lambersy, homme de lettres et poète (Anvers, 1941), vit à Paris depuis 1982, il poursuit dans sa poésie une méditation ininterrompue sur le dépassement de soi dans l’amour et l’écriture, où rites et incantations sont des thèmes récurrents. Son poème Uluru : ce que me dit le Didjeridoo mène sur la « Montagne sainte et ronde comme l’œil du soleil au milieu du désert », vénérée par les aborigènes d’Australie. Trait d’union entre les âges, Uluru relie l’homme au mystère même de l’univers : « Ecoute ce que disent / Les talons rythmés de tes frères et sœurs dans la chaîne des genèses » Le texte imprimé à l’encre rouge et la silhouette d’Uluru sur le coffret évoquent les couleurs chaudes du lieu. Mais le rocher flamboyant rêvé par le poète prend vie, en noir et blanc au cœur des héliogravures au grain de Jacqueline Ricard. Créatrice des Editions La Cour pavée, Jacqueline Ricard conçoit la mise en page de ses livres. Pour la réalisation de ses gravures, elle utilise différentes techniques pour traduire la Nature dans son élément naturel, intouchée par la main de l’Homme. Ce livre fait partie des dix exemplaires de tête, augmentés d’une suite de sept gravures au format 34/18 cm

Le didjeridoo, un instrument de musique entre le cor des Alpes et le tongqin tibétain

Le didjeridoo, aussi ortographié didjéridoo ou didgeridoo (prononcé : /di.dʒe.ʁi.du/) est un instrument de musique à vent de la famille des cuivres, bien qu’il soit en bois. L’ancienneté du didgeridoo est attestée par des peintures rupestres aborigènes datant de plusieurs milliers d’années. Il était à l’origine utilisé par les Aborigènes du nord de l’Australie, où se trouvaient le bois et les termites nécessaires à sa fabrication (les Aborigènes ne disposant pas d’outils, ils se servaient de branches d’eucalyptus creusées et évidées par ces insectes). On le trouve désormais sur l’ensemble du territoire australien : il est enseigné dans les écoles, on en joue lors des cérémonies officielles et il est utilisé dans les musiques populaires, la musique classique et la musique méditative. C’est une trompe en bois, lointaine cousine du cor des Alpes ou du tongqin (1) [筒钦 ou tube du respect] tibétain.

(1) d’autres appellations sont données à cet instrument, notamment celle de grande corne en cuivre [筒钦又称“莽筒”、“铜冬”、“铜洞”、“大铜角”等。藏语“筒钦”为大号的意思].

Le mot est d’origine onomatopéique, inventé par les colons occidentaux à partir du son de cet instrument. Les Aborigènes le nomment différemment en fonction de leur ethnie. Parmi la cinquantaine de noms, les plus courants sont : yidakimooloodjubiniganbaggamalag, mago, maluk, virago, yiraki, etc.

Comme le précise, dans une note récente, le musicien et compositeur Frédéric Harranger,

« contrairement au cor des Alpes et aux trompes tibétaines le jeu des lèvres est plus relâché sur le didgeridoo. On ne met pas de pression afin de produire un bourdon. L’embouchure large permet aisément la production de ce bourdon. Tout le jeu de l’instrument consiste à articuler autour ce bourdon un peu comme avec la guimbarde. On peut ainsi dire que c’est un instrument à vent rythmique car il y a beaucoup d’accents qui constituent une pulsation. Il peut aussi être accompagné par le joueur de petits bâtons qui marquent le tempo ».

 Ci-dessus. Didgeridoo (coll. F. Harranger)

  • longueur : 140 cm
  • diamètre de l’embouchure en cire d’abeille : 3 cm
  • tonalité : C 2 (Do 2 en français, le 2 correspond à la hauteur de la note sur le clavier piano, soit le deuxième Do en partant des graves, le Do 1 étant le plus graves des Do)
  • matière : eucalyptus australien, intérieur naturellement creusé par les termites
  • finition et motifs traditionnels réalisés par un artiste aborigène au début des années 2000
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