POUR UNE NOUVELLE FIGURATION LIBRE : GEORGES OUCHOT, SUIVEUR DE KEES VAN DONGEN

par Christophe Comentale

为了新的自由表现:
乔治·乌肖,凯斯·范·东根的追随者
作者:柯 孟德

            「……以现状呈现日常生活,在情节、现实与纪录片之间采取中间立场……」。
              阿尔贝托·莫拉维亚,《故事集》,米兰:邦皮亚尼出版社,1952年。

与上述新现实主义的定义相比,要对自由造型给予一个精确而略显详尽的定义并非易事,甚至几乎不可能。既然“不可能”不是法语中的概念,本研究便源于与作品的接触,这些作品是在巴黎艺术市场上发现的G. Ouchot的六件作品,其中一件已被博物馆收藏。至于其他作品,一位与画家关系密切的收藏家帮助我们更多地了解了这位仍不为人所熟知的艺术家。艺术史的一个作用在此情境下仍然是,这种超越时间的力量,或早或晚,会使那些在时间的流逝中似乎很快被遗忘的艺术家作品重新浮现。国际新现实主义还是自由造型?


Ci-dessus, de gauche à droite. G. Ouchot. (ill. 10), Trois personnages ; Piero della Francesca, La Flagellation du Christ (ca1445 – 1450), tempera sur bois de peuplier, 59 x 81,3 cm, Palais ducal d’Urbino, Italie


与历史相关的生平元素

 瓦韦尔是法国的一个市镇,位于加尔省的最南端,处于尼姆、蒙彼利埃和阿尔勒三座城市形成的三角中心。这座瓦韦尔市镇地理位置十分战略性,位于一个由池塘、盐沼及种植芦苇的平坦区域组成的核心地带,这一地区被称为“小卡马尔格”。该地属地中海气候,这片较为原始的景观由多条运河及其他小溪流排水。瓦韦尔市镇包含在卡马尔格地区内,卡马尔格是覆盖法国南部多个省份的草甸和池塘区域。市镇拥有丰富的自然遗产、受保护区域及具有生态、动物和植物科学价值的自然区。中世纪时,波斯基耶村——沃韦尔的旧名——围绕着俯瞰农田景观的城堡而聚集,而一个著名的圣地——圣母瓦尔韦尔教堂则是朝圣之路的一个驿站。乔治·乌肖特出身于一个酿酒家庭,因此从小就在一个乡村社区里生活。北边是葡萄园,南边是一片广阔的自然野地,边缘有池塘和芦苇荡,是真正的鸟类和野生动物保护区,尤其是牛和卡马尔格马,离典型的农业小镇村庄很近。十九世纪下半叶,葡萄种植带动了该地区的强劲发展。与这一新活动相伴的经济发展促使城市化进程,产生了高质量的建筑:例如开始建设市政厅,其华丽的立面象征着1860年村庄的美化,还有漂亮的资产阶级住宅、蒙特卡尔姆广场上的一座旧电影院和一座旧剧院,以及建于1898年的斗牛场,以前举行斗牛比赛和歌剧音乐会。此外,斗牛场入口处的两座雕像纪念了两位缪斯。从春季到秋季,村庄充满了斗牛放行的声音,无论在斗牛场还是街道上。该地区阳光充足,气候异常,夏季炎热干燥,冬季则较为温和。

自由写实艺术家乔治·乌肖特从小就热爱艺术。由于环境的朴素;中学毕业后,这位年轻人去了蒙彼利埃美术学院学习,他选择了绘画系,一开始他在这个系里勤奋学习,沉浸于精细的临摹乐趣中,但很快,他宁可偶尔去乡间漫步,也不愿过于频繁地上课,因为他喜欢沉浸在周围的自然环境中。他似乎曾经在瓦韦尔特的家庭住宅中有过一段时间的工作室,即使没有任何这段时期的遗迹留存下来。前面提到的六件G. 乌肖特(约1960-2020)的作品,都描绘了人物处于夏日场景中,从这些男女穿着轻便的服饰可以看出这一点。自从这次首次发现以来,共发现约三十件作品——总共31件,其中两件是半身肖像复制品(图1和图2),都是古典风格,描绘了17至18世纪服饰的女性。这两件作品充分展示了艺术家的训练和审美。其中一件(图2),题为《草帽》(79 x 54.6厘米)——尽管帽子其实不是草编的,更像是毡帽——通常被认为是苏珊娜·弗尔芒特的肖像。这是弗拉芒画家彼得·保罗·鲁本斯的作品,他的画风粗犷,归于巴洛克流派。此作品创作于1622至1625年之间。它很可能描绘的是苏珊娜·伦登特的肖像,她是海伦·弗尔芒特(1599-1643)的姐妹,后者是安特卫普一家挂毯和丝绸商人的女儿。那么为什么要选择苏珊娜·弗尔芒特,而不是通常是这位艺术家的贵族和君主客户呢?这只是一个关于家庭和友谊的故事。在Ouchot的作品中,表现的乐趣不仅仅是简单的复制,还体现在这顶帽子的再现上,它遮住了年轻女性的脸,是这幅肖像中最引人注目的元素。帽子的选择也是一位巴洛克绘画天才的选择,他对光影效果的掌握无人能及。由于模特被认为应置于户外,鲁本斯将直接的阳光照在苏珊的胸部,与帽檐在她脸上投下的细腻阴影并置。几个世纪以来,其他画家也致力于重新创作这件作品。……第二幅(图1),识别起来不那么直接,它的风格接近让-马克·纳蒂耶(1685-1766)。让-马克·纳蒂耶是肖像画家马尔克·纳蒂耶和微型画家玛丽·库尔图瓦的儿子,也是画家让-巴蒂斯特·纳蒂耶的兄弟。让-马克·纳蒂耶天赋早熟,15岁时就获得了学院的绘画一等奖。著名画家和装饰艺术家朱夫纳是他的教父,为他在罗马法国学院申请了一个空缺位置,但这位年轻的获奖者更愿意留在巴黎,并利用他获得的许可,为让·巴蒂斯特·鲁本斯画廊绘制作品以便刻版,这些作品是为玛丽·德·美第奇所定制的。路易十四在看到他的一些素描时预测了他的名声,并对他说:“继续努力,纳蒂耶,你将成为一位伟大的人。”经历了一些法律上的挫折后,纳蒂耶开始专注于肖像画,并迅速在这一领域获得了极高声誉。1746年3月26日,他被任命为教授。通过将现实主义与幻想相结合,在作品中加入神话人物,他从1737年到1763年间在各个沙龙展出作品,如今被认为是18世纪最伟大的肖像画家之一。让-马克·纳蒂耶(Jean-Marc Nattier)以他的名字命名了一种蓝色——纳蒂耶蓝,这种蓝介于王蓝和海军蓝之间。从这两个例子来看,可以确定乔治·乌肖(Georges Ouchot)既喜欢练习绘画,也喜欢向那些对法国肖像艺术产生过深远影响、并在他的艺术训练和审美上具有重要影响的画家致敬。这位肖像画家——因为这里讨论的确实是一位非常出色的肖像画家——乐于诠释那些作品背后微妙而复杂的平衡,这些作品突出展现了描绘的女性形象的直接冲击力。他们强烈的存在感,有时带有些许硬朗的特征,以及场所既奢华又略显喧闹的环境,这些细节都赋予了这种风格独特的个性。一位在另一位收藏家处邂逅的香港收藏家表示——在希望保持匿名的前提下——很高兴能够将这种风格引入亚洲,这种风格受到开放且有文化素养的阶层的喜爱,“这一阶层在这方面与懂得保持自由和开放的中国新文人风潮相契合”。这一系列作品已被一位外国收藏家收藏。八幅作品有签名,使用毛笔和丙烯绘制。带日期的作品创作于2011年至2012年之间。其余作品很可能是同期创作的。几乎所有作品都描绘了女性,通常以2至5人的小组呈现,场景在自然环境与住宅环境之间切换,或室内或室外(插图8,9,10,12, 14)。


Ci-dessus, de gauche à droite. G. Ouchot (ill. 25) et (ill. 24)


风景草图插图3,4)、静物(插图14)、公园一角(插图28),这些元素一方面赋予这些面对面相遇以不同的冲击力,这些面孔总的来说相当不讨喜,但却散发出一种艺术家精彩呈现的浅薄生物般的兽性。可以说,这是对富裕阶层的一种戈雅式改编。几乎无法遏制的兽性透过眼神流露出一种强烈的观望态度。唯有两件不同风格的作品逃脱了这种感觉——两件作品现已入私人收藏——它们呈现了一位男性——艺术家?在其中一件作品中,他被描绘成夏日里坐在公园中,被熟悉的动物环绕(插图9),有猫和马;在另一件作品中,他似乎难以抑制与伴侣的接近和手部互动,她几乎和他一样穿得很少。

除了两幅经典肖像研究之外,这些作品整体上展现出对多彩色调的明显喜爱,这种喜爱通过浓密厚重的笔触表现出来,乍一看可能显得夸张。这促使我们谈论自由表现主义,这一艺术流派在1980年代初被认为是一种独立流派,它出现在严肃、极简和观念艺术的背景下。在法国,这包括 Robert Combas、Hervé 和 Richard di Rosa、Rémi Blanchard、François Boisrond、Louis Jammes、Catherine Viollet、Pascal Le Gras、Olivier Costa、Kosta Kulundzik、Bernard Buffet、Louis Cane 等艺术家.,他们是一个异质化的艺术家群体,倡导形式上的自由,从而使那些可能被视为过度的表现都具有各自独特的特性和原创性。仿佛是对被认为学术化、官方化的艺术的一种反应,在不同国家里,年轻艺术家们以零散但反复出现的方式,提出了一种具象且色彩丰富的绘画。这是——回过头来看,应该被视为一种艺术,它借鉴了许多被视为边缘的趋势,或依托于各种美学,就像德国的新表现主义者或新野兽派、意大利的跨前卫运动、美国Julian Schnabel的糟糕绘画(Bad Painting)、以及法国的自由写实主义一样。这种趋势忽视了共同规则、激进的论述或宣言,而是在更广泛的特质中占有一席之地,它涵盖了艺术家和历史运动的历程,旨在挪用那些原本被边缘化的趋势,例如立体主义综合了非洲和大洋洲的艺术元素,从原始艺术到儿童画作和疯人艺术,从波普艺术到广告和漫画。

被艺术史学家归类为自由造型派的艺术家们,通过他们的作品,获得了“自由”,去“表现”各种形式的艺术,而不受文化类型或地理来源的限制,也不对高文化与低文化之间的价值进行等级划分。他们的作品时而适用于美术与应用艺术、原始艺术与成熟艺术、西方艺术与非西方艺术。对于亚洲而言,有曾广智(Tseng Kwong Chi, 1950年,香港-1990年,纽约)和杨佴旻(Yang Ermin, 1971年,河北)。由Olivier Allemane和Anne van der Linden创办的杂志《Freak Wave》杂志巨浪(第4期于2013年出版),不隶属于任何特定流派,在各期杂志中汇聚了对强烈多彩色彩和厚重质感等多种艺术手法充满热爱的读者。


Ci-dessus, de gauche à droite. G. Ouchot. (ill. 23) et (ill. 2) Le chapeau de paille



伴侣——普遍幸福的载体

正如任何稍微深入的研究所证实的那样,所有运动都是如此:从较为低调、隐藏甚至边缘的出现开始,这种运动会导向——或被导向——一种声誉的提升,从而事实上一旦晚期创作者被迫进入学术化,他们就只能成为在主题模仿上出色的工匠,而无法在天赋可能通过先驱者的笔触或铅笔创造出的深层原创性上有所贡献。然而,偶然的相遇、对档案资料的意外查阅,仍会使那些铁定会被彻底淘汰的作品再次出现,尤其是在创作者去世后,如果其家庭环境高效地管理善后、旨在清理门户。这种隐性的网络仍在运作,从焚毁场到私人收藏,仅一步之遥!

 因此,精确分析显示,这套由6件作品组成的系列呈现出一种演变,这种演变在很大程度上受到了自由具象艺术的影响,但也受到由国际新现实主义构成的子类别的影响,这一趋势与世界劳动组织所宣示的主导地位相伴随。在这种背景下,紧随波德莱尔的人工天堂而来的,是那些引发储藏文化产品令人遗憾趋势的避税天堂,这些文化产品有时仅限于存在于能够为其后人主义主人带来具体幸福的电子文件中。国际新现实主义从一开始就与另一种重新定义世界边界的方式紧密相连!尤其重要的是,它将能够涵盖身体的所有方面,这一概念经历了最偏激的偏差,从不宽容宗教的禁令到已数字化的艺术虚拟性,这是一种对既个体化又实际上不存在的作品进行条件化的另类方式。阅读这些作品时,人们会对人类的表现产生积极的印象,无论面对的是女性还是男性,无论是在群体中、情侣之间,还是独自一人,目光都是期待的,但这种期待带着满足感,几乎是圆满的。这也是对某种生活乐趣的反映。

特权阶层的场所

这一系列作品的精致背景反映了艺术家在研究经典作品,尤其是临摹时的乐趣。从优雅的动作和勾勒出的动作中可以看出这种细致关注,例如,一个男人拿起他伴侣的衣物的动作,便是一种具有凝聚力的手势。这个动作让人联想到在《算命女》中类似的动作,并通过相近的多色调加以强化。通过这个例子,我们更容易理解,作品中人物所活动的场所是特权阶层常去的地方,可以从炎热天气下他们穿着的轻松服装看出这一点。            以下是一些例子:一个公园(图23,24)、一个游泳池边缘(图4)、一个花园或一片风景(图25)、一个面向海边的室内空间……季节明显是夏季,叶子茂密,花朵盛开(康乃馨、鸢尾花和一年生花卉)。对构图的精心处理通过一两个细节体现,使场景更具吸引力:花束或花卉区域(图14,16)。当下的愉悦感显而易见,散发出与夏日炎热相呼应的感官享受。笔触的厚重处理适度、可控,能够在某些表面让光线自然流动,或在其他地方使光线更集中。动作的力度足以让艺术家表达瞬间的强烈或宁静。这种可能被指责的不明确性丝毫不影响这些场景所散发的力量,这些场景的结构让人想起那些以室内或花园描写而著称、充满愉悦感的古典世纪作品。这赋予这种自由绘画一种完全的创作自由。这也赋予了这位艺术家类似基斯·范·东根或他同时代其他艺术家的独特力量。

参考文  / Eléments bibliographiques

Jean-Luc Chalumeau, – La nouvelle figuration : une histoire de 1953 à nos jours : figuration narrative, jeune peinture, figuration critique. Paris : Éd. Cercle d’Art, 2003. 222 p.

Michel Ragon, Cinquante ans d’art vivant : chronique vécue de la peinture et de la sculpture, 1950-2000 : abstraction, informel, tachisme, cobra, art brut, nouvelle figuration, nouveau réalisme, lettrisme, École de New York, École de Londres, pop art, op art, cinétisme, etc. Paris : Fayard, 2001. 509 p.

Sarah Wilson, Figurations ± 68 : le monde visuel de la French theory. Dijon : les Presses du réel, 2018. 287 p.

Cesare Zavattini, Une idée du Néoréalisme, revue Positif, 2013

            « … PRESENTER LE QUOTIDIEN EN L’ETAT, EN ADOPTANT UNE POSITION                 MOYENNE ENTRE SCENARIO, REALITE ET DOCUMENTAIRE … ».

                       Alberto Moravia, I Racconti, Milan : Bompiani, 1952.

Contrairement à cette définition du néoréalisme mise en exergue ci-dessus, donner une définition précise et quelque peu exhaustive de la figuration libre est chose peu aisée, voire impossible. L’impossible n’étant pas français, la présente étude est née d’une rencontre avec des œuvres, des œuvres trouvées sur le marché de l’art parisien, six œuvres de G. Ouchot, dont une a déjà rejoint un musée. Quant aux autres, un collectionneur proche du peintre a permis d’en savoir davantage sur cet artiste encore méconnu. Un des rôles de l’histoire de l’art est et reste, en l’occurrence, cette force intemporelle qui aboutit, tôt ou tard, à exhumer les œuvres d’artistes dont la production semble bien vite oubliée face au temps qui passe. Néoréalisme international ou Figuration libre ?

DES ELEMENTS BIOGRAPHIQUES LIES A L’HISTOIRE

Vauvert est une commune française située dans l’extrémité Sud du département du Gard, au centre d’un triangle formé par les villes de Nîmes, Montpellier et Arles. Cette commune de Vauvert occupe une situation stratégique au cœur même d’une zone d’étangs, de marais salants et d’espaces plats plantés de roseaux, appelée la Petite Camargue. Ses habitants se nomment les Vauverdois et les Vauverdoises. Exposée à un climat méditerranéen, cette étendue de paysage plutôt sauvages est drainée par divers canaux et autres petits cours d’eau. Incluse dans la Camargue, une zone de prairies et d’étangs qui couvre plusieurs départements du sud de la France, la commune possède un patrimoine naturel remarquable, des espaces protégés et des zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique.

 Au Moyen Âge, le village de Posquières – l’ancien nom de Vauvert – était regroupé autour de son château dominant un panorama de cultures, tandis qu’un sanctuaire remarquable, celui de l’église de Notre-Dame de Valvert est une étape pour le chemin de Saint-Jacques de Compostelle.

Originaire d’une famille de viticulteurs, Georges Ouchot a ainsi, depuis l’enfance, vécu dans un territoire communal et rural. Au nord, la vigne, au sud une immense nature sauvage bordée d’étangs et d’étendues de roseaux, une véritable réserve naturelle d’oiseaux et d’animaux sauvages, en particulier des taureaux et des chevaux camarguais, non loin de hameaux, typiques des bourgs agricoles du siècle dernier, la seconde moitié du XIXe siècle connaît un fort développement lié à la viticulture. Le développement économique qui va de pair avec cette activité nouvelle permet une urbanisation qui donne naissance à des bâtiments de qualité : ainsi est entreprise la construction de l’hôtel-de-ville avec sa riche façade qui évoque l’embellissement du village en 1860, de belles demeures bourgeoises, un ancien cinéma et un ancien théâtre sur la place Montcalm, des arènes dont la construction remonte à 1898 et où avaient lieu des courses de taureaux et aussi des concerts lyriques. D’ailleurs, deux statues à l’entrée des arènes rappelaient les deux muses.

Dès le printemps et jusqu’à l’automne, le village résonne du bruit des lâchers de taureaux camarguais dans l’arène ou dans les rues. Région à fort ensoleillement, climat est exceptionnel, d’une chaleur forte et sèche l’été, plus douce en hiver.

Signature de l’artiste portée à l’acrylique au coin inférieur droit de Quatre femmes, 2012, 94 x 65 cm. Coll. SCA

UN ARTISTE DE LA FIGURATION LIBRE

Georges Ouchot aime, dès son jeune âge, l’art. en raison de la modestie de l’environnement ; après des études secondaires, le jeune homme va aller faire des études aux Beaux-Arts de Montpellier, il choisit le département de peinture, un département qu’il fréquente d’abord avec assiduité, s’adonnant au plaisir savant de la copie, mais, bien vite, préférant à une fréquentation trop régulière les errances dans la campagne où il aime s’imprégner de l’environnement. Il semble avoir eu, quelque temps un atelier à Vauvert, dans la maison familiale, même si aucune trace de cette période ne subsiste.

Les six œuvres de G. Ouchot (ca 1960-2020), précédemment citées, représentent, toutes, des personnages dans un contexte estival si l’on en juge aux tenues légères que ces femmes et ces hommes portent.

Depuis cette première découverte, un fonds d’une trentaine d’œuvres – 31 au total, dont deux sont des copies de portraits à mi-corps (ill.1 et 2), classiques, représentant des femmes en costume des 17e et 18e siècles.

Ces deux œuvres en disent long sur la formation et le goût de l’artiste.

L’une (ill.2), a pour titre Le Chapeau de paille (79 x 54,6 cm) — bien que le chapeau ne soit pas en paille mais plutôt en feutre. —, souvent considéré comme le portrait de Suzanne Fourment, est un tableau de Pierre Paul Rubens, peintre flamand au style dru et apparenté au courant baroque. L’oeuvre est réalisée entre 1622 et 1625. Elle représente probablement du portrait de Suzanne Lundent, la sœur d’Hélène Fourment, (1599-1643), fille d’un marchand de tapisseries et de soieries d’Anvers. Pourquoi choisir Suzanne Fourment alors qu’aristocrates et monarques constituent la clientèle habituelle de l’artiste ? C’est tout simplement une histoire de famille et d’amitié. Plus qu’une simple copie, le plaisir de la représentation chez Ouchot se retrouve avec la reprise de ce chapeau qui ombrage le visage de la jeune femme et constitue l’élément le plus marquant de ce portrait. Le choix du chapeau est aussi celui d’un génie de la peinture baroque qui maîtrise comme personne les effets d’ombre et de lumière. Le modèle étant censé être placé en extérieur, Rubens juxtapose la lumière solaire directe qui éclaire fortement la poitrine de Suzanne et l’ombre délicate produite sur son visage par les rebords du chapeau. D’autres peintres se sont appliqués à la reprise de cette œuvre aux siècles suivants. … 

La seconde (ill.1), moins immédiatement identifiable, est dans le style de Jean-Marc Nattier (1685-1766). Fils du portraitiste Marc Nattier et de la miniaturiste Marie Courtois, et frère du peintre Jean-Baptiste Nattier, Jean-Marc Nattier, talent précoce, remporte à quinze ans le premier prix de dessin de l’Académie. Jouvenet,  peintre et décorateur de renom, son parrain, sollicite pour lui une place vacante à l’Académie de France à Rome, mais le jeune lauréat préfère rester à Paris et user de la permission qu’il avait obtenue de dessiner, pour les faire graver, les tableaux de la galerie de Rubens au Luxembourg commandés par Marie de Médicis. La célébrité lui fut prédite par Louis XIV, qui lui dit, en voyant quelques-uns de ses dessins : « Continuez, Nattier, et vous deviendrez un grand homme ». À la suite de déconvenues juridiques, Nattier se met à peindre plus particulièrement des portraits, et se fait promptement une grande réputation en ce genre. Le 26 mars 1746, il est nommé professeur. Mélangeant réalisme et fantaisies en insérant des personnages mythologiques dans ses œuvres, il expose aux différents salons de 1737 à 1763 et figure aujourd’hui comme l’un des plus grands portraitistes du XVIIIe siècle. Jean-Marc Nattier a donné son nom à une nuance de bleu dite bleu Nattier, qui est intermédiaire entre le bleu roi et le bleu marine.

Au vu de ces deux exemples, il est certain que Georges Ouchot s’est plu à autant s’exercer qu’à rendre hommage à des peintres qui ont marqué l’art du portrait en France et aussi, qui ont été des maîtres influents sur sa formation et son esthétique. Ce portraitiste, car c’est bien d’un portraitiste de très bon niveau qu’il est question ici, s’est plu à interpréter l’équilibre fragile et complexe qui a sous-tendu la réalisation de ces œuvres qui privilégient l’impact direct des femmes ici décrites. Leur forte présence, leurs traits parfois durs, le contexte à la fois luxueux mais aussi un peu tapageur des lieux, ce sont autant de détails qui donnent à ce style toute son originalité. Un collectionneur hongkongais croisé chez un collectionneur a dit – tout en voulant rester anonyme – son plaisir de pouvoir introduire ce style en Asie, un style qui plaît à une classe ouverte et cultivée, « une classe qui rejoint en cela le courant néolettré chinois qui sait rester libre et ouvert ».

Cet ensemble a été acquis par un collectionneur étranger. Huit sont signées, le tracé est fait au pinceau, à l’acrylique. Les œuvres datées ont été peintes entre 2011 et 2012. Pour les autres, il s’agit très probablement d’un ensemble d’œuvres de la même époque. La quasi-totalité des œuvres représente des femmes, peintes par groupes de 2 à 5 dans des environnements extérieur et intérieur entre nature et cadre résidentiel. Des ébauches de paysage (ill. 24), des natures mortes (ill. 10), un coin de parc (ill. 23), autant d’éléments qui d’une part donnent un impact différent à ces rencontres frontales aux visages somme toute assez ingrats mais dont se dégage une bestialité de créatures superficielles que l’artiste rend avec brio. En quelque sorte, une adaptation à la Goya d’une classe nantie. Une bestialité à peine contenue diffuse des regards dans un attentisme fort. Seules, deux œuvres aux registres différents échappent à cette sensation, – deux œuvres désormais dans des collections privées, – elles mettent en présence un homme – l’artiste ? Sur une œuvre, il est représenté assis, dans un parc, en période estivale, entouré d’animaux familiers (ill. ), chat et cheval, sur l’autre, il semble avoir du mal à contenir un rapprochement et un jeu de mains avec sa partenaire, presque aussi peu vêtue que lui.

A l’exception des deux études de portraits classiques, l’ensemble de ces pièces montre un plaisir évident de la polychromie, un plaisir qui se traduit par une touche dense et épaisse, qui peut sembler, au premier regard, comme exagérée. C’est ce qui nous pousse à parler de figuration libre, ce courant d’artistes considéré comme tel au début des années 1980, un courant apparu dans un contexte d’art sérieux, minimaliste et conceptuel, tels, pour la France, Robert Combas, Hervé et Richard di Rosa, Rémi Blanchard, François Boisrond, Louis Jammes, Catherine Viollet, Pascal Le Gras, Olivier Costa, Kosta Kulundzik, Bernard Buffet, Louis Cane, …un ensemble hétéroclite d’artistes prônant une liberté formelle qui donne à ce qui pourrait être considéré comme un excès, une spécificité et une originalité propres à chacun.

Comme en réaction à un art jugé académique, officiel, dans différents pays, de jeunes artistes proposent, de façon isolée, mais récurrente, une peinture figurative et colorée. Il s’agit – avec le recul ce qu’il convient de considérer comme un art prenant appui sur nombre de tendances vues comme marginales ou qui s’appuient sur des esthétiques aussi diverses que le sont celles des Néo-expressionnistes ou Nouveaux Fauves en Allemagne, Trans-avantgarde en Italie, Bad Painting aux États-Unis avec Julian Schnabel, et sur la Figuration libre en France. Cette tendance, oublieuse de règles communes, de traités ou manifestes radicaux, s’inscrit dans une spécificité plus large, qui englobe le parcours d’artistes et de mouvements historiques partants pour s’approprier des tendances a priori marginalisées, comme le cubisme qui synthétise des éléments de l’art africain et océanien, de l’art brut aux dessins d’enfants et à l’art des fous, du pop art à la publicité et à la bande dessinée. Les artistes de la figuration libre, ainsi classés par les historiens de l’art ont, à travers leurs œuvres, pris la « liberté » de faire « figurer » toutes formes d’art sans frontière de genre culturel ni d’origine géographique, sans hiérarchie de valeurs entre haute et sous-culture. Leurs œuvres convient tour à tour, les beaux-arts et les arts appliqués, l’art brut et l’art cultivé, l’art occidental et non occidental. Pour l’Asie, Tseng Kwong Chi (Ceng Guangzhi) 曾廣智. (1950, Hong Kong-1990 New York), Yang Ermin 杨佴旻  (1971, Hebei). La revue Freak wave (le n° 4 paraît en 2013) fondée par Olivier Allemane et Anne van der Linden, qui ne s’affilie à aucun courant particulier, regroupe dans ses différents numéros, des amoureux d’une polychromie intense, d’une pâte épaisse parmi tant d’autres approches.

LE COUPLE, VECTEUR DE BONHEUR UNIVERSEL

Comme cela se confirme dans toute étude quelque peu nourrie, il en va de tout mouvement de la même manière, d’une apparition plus ou moins modeste, cachée, voire marginale, ce mouvement s’oriente – est orienté – vers une montée en notoriété condamnant de facto à un académisme forcé les créateurs tardifs à n’être plus que des artisans brillants dans la copie thématique mais non dans l’originalité profonde de ce que le talent aurait pu générer sous le pinceau ou le crayon des précurseurs. Il n’empêche que le hasard des rencontres, la consultation inopinée de fonds documentaires, continuent de faire resurgir des œuvres irrémédiablement vouées à une élimination assez totale lorsqu’une disparition – celle d’un créateur – est gérée avec efficacité par un environnement familial désireux de faire place nette. Le réseau implicite continue de fonctionner, et, de l’incinérateur aux collections privées, il n’y a qu’un pas !

Ainsi, une analyse précise et préliminaire révèle que cet ensemble de 6 œuvres est marqué par une évolution qui doit beaucoup à la Figuration libre, mais à la sous-rubrique constituée par le Néoréalisme international, une tendance va de pair avec la prédominance affichée par l’Organisation Mondiale du Travail. Dans ce sillage, aux paradis artificiels de Baudelaire font suite les paradis fiscaux qui ont généré cette fâcheuse tendance à thésauriser le produit culturel qui serait, parfois, restreint à une existence ce fichier informatique pouvant faire le bonheur tangible de son propriétaire posthumaniste.

Le Néoréalisme international est, d’emblée, lié à une autre façon de redéfinir les limites du monde ! Et surtout, il sera possible d’y inclure tous les aspects du corps, concept qui subit toutes les dérives les plus sectaires, des interdits de religions intolérantes à la virtualité de l’art devenu numérique, un mode autre de conditionnement à des oeuvres aussi individuelles qu’inexistantes. Ce qui s’avère évident à la lecture de ces œuvres, c’est qu’elles sont un constat positif sur les représentations humaines, que l’on soit face à des femmes ou à des hommes, en groupe, en couple, ou isolé, le regard attentiste, mais de cet attentisme satisfait, presque comblé. C’est aussi le reflet d’une certaine joie de vivre.

LES LIEUX D’UNE CLASSE PRIVILEGIEE

Le contexte raffiné de cette série renvoie au plaisir de l’artiste à l’étude des œuvres classiques, notamment à la copie. On retrouve cette attention avec l’élégance des gestes et des mouvements esquissés, comme cela se voit avec le geste fédérateur de l’homme qui prend en main le vêtement de sa partenaire. Une action qui renvoie à un geste assez similaire, accentué par une polychromie voisine dans La diseuse de bonne aventure. A l’aune de cet exemple, on comprend mieux que les lieux où évoluent les personnages sont ceux fréquentés par une classe privilégiée si l’on en juge à la décontraction des vêtements portés par ce temps chaud : un parc (ill 23,24), un rebord de piscine (ill.4), un jardin ou un pan de paysage (ill.25), un intérieur donnant sur un bord de mer… La saison est ostensiblement celle de l’été, les feuillages sont denses, les fleurs en pleine floraison (œillets, iris et fleurs annuelles). Le soin apporté à la composition est rendu par un ou deux détails qui donnent un intérêt marqué à la scène : des bouquets ou des aires de fleurs (ill.14, 16). Le plaisir du moment est évident, il suinte une sensualité en phase avec la chaleur de la saison.

Le traitement dense de la touche est mesuré, contrôlé, sachant laisser glisser la lumière sur certaines surfaces ou la rendre plus concentrée sur d’autres. La force du geste suffit à l’artiste pour traduire l’intensité ou le calme d’un moment. Cette absence de précision qui pourrait lui être reprochée ne nuit aucunement à la force émanant de ces scènes, des scènes structurées rappelant ces siècles classiques très explicites pour les descriptions d’intérieurs ou de jardins source de plaisir. Ce qui donne à cette figuration libre une liberté qui est et reste celle de la création la plus totale. Ce qui donne à cet artiste la force de créateurs comme Kees Van Dongen ou à d’autres de ses contemporains une puissance unique.

Eléments bibliographiques

  • Jean-Luc Chalumeau, – La nouvelle figuration : une histoire de 1953 à nos jours : figuration narrative, jeune peinture, figuration critique. Paris : Éd. Cercle d’Art, 2003. 222 p.
  • Michel Ragon, Cinquante ans d’art vivant : chronique vécue de la peinture et de la sculpture, 1950-2000 : abstraction, informel, tachisme, cobra, art brut, nouvelle figuration, nouveau réalisme, lettrisme, École de New York, École de Londres, pop art, op art, cinétisme, etc. Paris : Fayard, 2001. 509 p.
  • Sarah Wilson, Figurations ± 68 : le monde visuel de la French theory. Dijon : les Presses du réel, 2018. 287 p.
  • Cesare Zavattini, Une idée du Néoréalisme, revue Positif, 2013
  • G. Ouchot, Archives privées
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