Les peintures, livres d’artiste,  installations de papier de Yuan Chin-taa

Au musée Marcel Sahut de Volvic.

Du 29 septembre au 3 novembre 2017 a lieu le deuxième volet de l’exposition itinérante qui, du Salon international du livre d’artiste Pages en mai s’achève dans la région Auvergne avant de se poursuivre en novembre et décembre prochains au centre multiculturel de Lodève, OMDP.

Le musée Sahut continue de faire confiance à l’art pour rendre plus curieux  tout un chacun, comme ne cesse de le répéter le maire Homand Hamoumou qui a permis depuis plusieurs années une restauration de ce bâtiment du XVIIIe siècle afin de l’adapter aux normes du siècle. Une exposition de printemps  et une d’automne, chacune présentant plusieurs sujets monographiques. Ainsi, seront présentées les œuvres de créateurs de trois pays asiatiques : le Japon, la Chine et Taiwan.

● A l’initiative de sa responsable, Chloé Raymond, une trentaine de gravures sur bois en couleurs japonaises du monde flottant provenant des collections acquises par le fondateur du musée sont regroupées dans une salle. Les pièces ont fait l’objet d’une présentation soignée qui donne un bon panorama de ce type d’œuvres.

● Un don d’une quarantaine de gravures de Nouvel an 年画et de petites gravures propitiatoires de type zhima 纸马 (cheval de papier) provenant de la collection Dautresme a été fait tout récemment grâce à la générosité de Madame Françoise Dautresme. Elles éclairent d’une part sur des thématiques des années 60-70, sont souvent identifiées au bas des œuvres pr un bandeau imprimé donnant les noms des artistes qui ont œuvré sur ordre des autorités politico-culturelles afin de donner un aspect plus riant à l’année qui commence dans le gris et la froidure. Quant aux petits formats de type cheval de papier, elles ont été acquises à une période voisine et montrent combien le syncrétisme chinois peuple son univers de divinités nombreuses, présentes dans les lieux ruraux et urbains aussi. Ainsi, forêts et chemins, fleuves, maison aussi, sont protégés par ces êtres silencieux et souvent imprimés sur un papier de bien mauvaise qualité avec une encre inadaptée qui les rend inégalement lisibles.

Placées souvent à l’extérieur de la maison, les conditions climatiques (pluie, neige, grêle, soleil intense ,…) et les écarts thermiques extrêmes doivent au bout de quelques mois les faire remplacer par d’autres fraîchement imprimées. Leur rareté les rend objet de conservation et de recherche spécifiques.

Les œuvres de Yuan Chin-taa 袁金塔的作品

2017 est l’année Yuan Chin-ta en France.

Invité d’honneur au salon international du livre d’artiste Pages, ce plasticien présente, au fil des lieux qu’il investit un florilège d’œuvre de plus en plus important : peintures de scènes de temple ou de lieux taiwanais, de livres d’artiste, des œuvres sur papier dont les installations sont l’aboutissement. Près de 400 m2 lui sont dévolus à Volvic, 900 au centre multiculturel de Lodève. Cette imposante présence est due au soutien de la direction du musée privé Changliu présent sur les deux sites de Taoyuan et Taipei. Son directeur, Monsieur Huang Cheng-chi 黄承志 et sa directrice-adjointe, Madame 张玉晴 ont, en parallèle à cette mise en place inauguré un musée Yuan Chin-taa 袁金塔美术馆sur le site de Taiyuan le 21 septembre dernier.

Une importante délégation taiwanaise était présente à Volvic lors de l’inauguration de l’exposition : Madame Huang Shi-tchi 黄士奇ainsi que des collectionneurs et mécènes, Messieurs Pan Hanzhao 潘汉照et Yang Du杨渡。

Repères biographiques

Né en 1949 dans la ville côtière de Zhanghua  à Taiwan  Yuan Chin-taa est diplômé en 1975 de l’Université normale de Taiwan, Dpt des Beaux-arts, il est Major de sa promotion. Il obtient, par ailleurs, un Master, spécialité Beaux-arts, à la City University de New York. Il mène une activité de créateur en parallèle à une carrière d’enseignant au Département des Beaux-arts de l’Université normale de Taiwan dont il aura la direction.

Il peint jusqu’aux années 90  au lavis des paysages traditionnels de Taiwan, puis des scènes de village, de rue (1990-2000). Des créatures nées de la mythologie locale montrent son intérêt pour l’art populaire

Il réalise aussi des œuvres sur panneaux de céramique (années 90-95) propices à la critique sociale sur la corruption des magistrats.

Au début des années 2000 des livres-objets en céramique forment des installations polychromes qui rappellent l’impact de la civilisation chinoise traditionnelle.

Les livres d’artiste en papier, des carnets-accordéons, apparaissent vers 2010, ils deviendront des installations énormes en papier que Yuan produit lui-même. Fabriqués à partir de matériaux de rebut (chiffons, papiers de différentes sortes), les papiers sont calibrés à la forme, il sont passés dans des moules afin de devenir des parties de grandes installations (Protection), ou se transforment en gaufrages répétés sur les différentes parties des œuvres ainsi nées. Ils sont parfois aussi découpés, teints, peints, voire brûlés. Les sujets sont des grands classiques chinois, le Classique des monts et des mers, le Classique du thé, le traité de plantes médicinales,… qu’il revoit d’un oeil critique et plein d’une sensualité bordée d’humour.

La cinquantaine d’œuvres exposées comprend des œuvres de la période taiwanaise, des rouleaux horizontaux et verticaux montrant des objets de la société de consommation (lunettes,  chaises,…) et des morceaux du corps humain : pied, sein, sexe…  Rien n’est épargné au visiteur, lui aussi consommateur, d’où aussi ce long rouleau de dix mètres qui représente des personnages en tenues racoleuses face à des urinoirs. En dépit de la polychromie – ou à cause d’elle – une ambiguité flagrante fait se poser les questions les plus diverses sur ces personnages visibles de ta taille aux pieds. Yuan Chin-taa est un observateur qui montre une évolution sociale de façon directe et personnelle. C’est un peu ce qui a valu Protection, vaste installation comprenant un lit de paille de riz (remplacé en l’occurrence par de la paille de blé) de 180 sur 90 cm.

Chacun est parsemé de cactées en papier mâché créées par le plasticien et gravées de caractères, parfois des descriptions des cactées, parfois de motifs à demi disparus. Une chaise, celle d’un paysan qui sera là pour se reposer un moment, va de pair avec une scène de soleil intense projetée sur l’ensemble du mur qui est derrière. Les cactées ont, dans ce contexte médicinal particulier de la tradition, un rôle curatif intense. De la même veine, les panneaux représentant la pharmacopée chinoise, où animaux hippocampe, tortue marine, …) sont utilisés de pair avec des végétaux très divers (racine de gingembre, lys,…).

La leçon est reprise avec les livres d’artistes, uniques ou imprimés à deux exemplaires et aussi selon des dimensions différentes.

Inauguration du 2e volet de l’itinérance de l’exposition rétrospective Yuan Chin-taa, musée Sahut – Volvic                                                                © Chloë Raymond

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