par Christophe Comentale et Alain Cardenas-Castro
Consulter son horoscope en Occident afin de voir si son signe va être favorable se fait en rapport avec le mois de naissance, en Asie sinisée, c’est avec l’année de naissance, en liaison avec le signe de l’animal qui correspond à cette année. De plus, comme les douze animaux du zodiaque chinois se succèdent chaque année au fil d’un cycle de douze ans constituant un cycle complet, on sait, l’âge de son interlocuteur. Vent d’est, vent d’ouest. Voir les animaux qui sont créés à partir de cette conception du monde est un autre axe qui intéresse également car il induit une esthétique complexe et évolutive. Regards sur deux pièces de collections privées.


De quelques notions d’astrologie chinoise
2024. Année du dragon. L’année lunaire va du 10 février 2024 au 28 janvier 2025. Chance et prospérité : le dragon est le signe le plus puissant, symbolisant le pouvoir, la force et l’énergie. C’est l’occasion de faire un grand bond en avant, d’être reconnu et de réussir.
Créature mythique dotée d’un pouvoir énorme, le dragon personnifie le pouvoir impérial. Il est, par conséquent, considéré comme l’incarnation du principe masculin, Yang, régnant d’une main ferme, subordonnant le monde à sa volonté. Sans entrer dans l’univers complexe de l’astronomie, l’élément natif du Dragon en cette année est la Terre [土], elle induit stabilité, fiabilité. La Terre nourrit le Bois, se remplit d’énergie, favorise une croissance rapide. Avec ce type de soutien, il est facile d’obtenir des résultats brillants dans tous les efforts fournis. Certes, la force majeure n’est pas à exclure. Dans les affaires, il y a lieu d’être optimiste : des projets prometteurs sont en route.
Une description postée sur un des multiples sites qui fleurissent à la veille de chaque année lunaire, faisant office de calendrier populaire, comme le fut en France l’almanach Vermot[1], apparu au XIXe siècle et tiré à un million d’exemplaires dans les années 1930. Il y a, lors du Nouvel an lunaire, à peu près l’équivalent avec les calendriers édités en milieu rural, ils rappellent aux agriculteurs les travaux à effectuer selon les saisons et sont également riches de conseils sur le quotidien. Les publications en ligne n’ont, cependant pas, tué ce type d’édition, elles en sont des succédanés rapides. On y explique comment susciter une atmosphère faste, en particulier pour cette année 2024. « Si le Dragon de Bois vert de l’année 2024 reste insatisfait, en tant que noble créature, il ne le montrera pas, mais cela n’aidera pas non plus. Il est dans votre intérêt de préparer une fête à la chinoise. Assurez-vous qu’il y a beaucoup de décorations rouges, tout d’abord, ce sont des lanternes. On pense que les lumières vives et les riches teintes sanglantes éloignent les mauvais esprits. Il devrait également y avoir beaucoup de fleurs en papier et des figurines du symbole 2024. Pour attirer la chance dans votre vie, exposez un mandarinier et des pots d’orchidées dans un endroit bien en vue. L’accompagnement sonore n’est pas moins important, rencontrez le Dragon de Bois avec de la musique forte, des sons de crackers… ». Le ton est donné ! Tous les douze ans, donc, le cycle est parcouru, cycle à l’issue duquel l’animal revient et pour lequel semblable atmosphère sera préparée …au fil des dynasties il en a longtemps été ainsi, et jusqu’à nos jours … 1952, 1964, 1976, 1988, 2000, 2012, 2024, …
1952. Année du Dragon d’Eau
Dans un de ces calendriers éphémères il est noté que « les personnes nées entre la date du 27 janvier 1952 et 13 février 1953 appartiennent au signe du Dragon de l’eau sur le calendrier lunaire. En l’année du dragon, ces personnes auront une forte personnalité magnétique, seront très énergiques, avec une vue inhabituelle du monde, l’amour d’être au cœur des choses, avec un bon sens de l’humour. Nous pouvons en toute sécurité les appeler « l’âme de la société ». Mais malgré tout ce contexte de charme, les relations avec les autres dans le Dragon de l’eau ajoutée ne sont pas très lisses, le protagoniste peut devenir l’objet d’envies et d’intrigues.
Excellente santé et énorme stock d’énergie vitale donnée par le Dragon pour les êtres concernés et qui se distinguent en cette année particulière de tous les autres. Ils sont nobles, généreux, comme il sied à un peuple fort, une forte volonté et déterminé » …
Du dragon et de son iconographie…
En parallèle aux mots sont apparues des images, celle du dragon en particulier. A cet animal mythique sont rattachées des légendes, histoires, anecdotes innombrables. L’une d’elles rappelle que le dragon a été surpris par l’homme à la trace de ses griffes laissées dans le sol. Depuis ce jour, craintif, il a disparu. Ce qui a suscité la curiosité constante des humains qui ont, depuis lors, voulu en matérialiser l’image. De même se sont posées des questions sur la naissance de cet animal mythique né d’un nuage, sur la durée de son existence, sur le fait qu’il y ait des dragons d’eau, de terre, de ciel, … Des peintres se sont spécialisés dans la description des dragons peints à l’encre, au lavis, gravés, sculptés aussi. Quelques références bibliographiques donnés ci-dessous seront un complément nécessaire à qui veut pénétrer dans ce monde particulier.


Il n’empêche que le dragon ressemble beaucoup à d’autres animaux mythologiques auxquels il est parfois assimilé. Que son corps soit protégé par des écailles ou que celles-ci soient devenues ornement plus discret, que l’animal ait un corps sinueux de rampant, soit griffu, doté de cornes, d’une queue, ce sont autant de détails qui le font assimiler au serpent, au lézard et également à la chimère, aussi, peu visible que peut l’être le dragon. Parmi cette énumération de rampants, dans le zodiaque chinois, juste après le signe du dragon vient le serpent, souvent appelé petit dragon, en raison de son aspect sinueux et rampant.



… à l’iconographie de la chimère
Il en va de la chimère comme du dragon, impossible de la capturer, de la cerner trop précisément. Des colloques internationaux récurrents se plaisent à traiter de l’iconographie de cet animal aussi charmant que propitiatoire. Les choses changent entre l’appréciation que l’on en a en Orient, en Occident et ailleurs.
La petite céramique que nous présentons dénote et reflète un savoir-faire confirmé, elle se rattache à la tradition des sculptures propitiatoires chinoises traitées en trois couleurs, registre polychrome fréquent, le vert, le jaune et l’ocre, en particulier sous la dynastie des Tang (618-907), en raison de la relative facilité à avoir à disposition ces pigments. Ici, des rehauts de rouge indiquent et traduisent une présence plus humanisée.
La chimère la plus classique dans l’iconographie chinoise est le qilin[麒麟], créature à tête extraordinaire assez similaire à celles des dragons, en dépit de variantes constatées au fill des dynasties, s’y ajoutent une ou deux cornes, un corps de cerf ou de cheval, la queue d’un bœuf et les écailles de la carpe. Ces éléments disparates se trouvent dans le Zuo Zhuan, un ancien récit historique chinois datant du Ve siècle avant J.-C.. Le nom lui-même est une combinaison des deux caractères Qi ou Qi (mâle) et Lin (femelle), et Qi Lin est la désignation de l’espèce entière. La femelle Lin est souvent représentée comme n’ayant pas de cornes.
Un dernier conseil, édicté par Univers de Chine « Pour la protection de l’entrée principale, placez un pendant de statues de Qilin sur le seuil de votre maison, juste devant la porte d’entrée ou de votre lieu de travail, une de chaque côté de la porte. Vous pouvez les placer sur le sol ou les élever à un niveau supérieur, et il est préférable de les placer directement en direction de l’escalier, de l’ascenseur ou de l’escalator, ce qui symbolise ainsi un mouvement ascensionnel. On pense que cela protège le propriétaire de toute énergie négative et que cela bloque les personnes et les événements nuisibles ».
[1] L’Almanach Vermot est une publication périodique annuelle fondée par Joseph Vermot (1828-1893), originaire du Doubs, publiée pour la première fois le 1er janvier 1886. En tant qu’almanach, il est conçu pour être lu au rythme d’une page par jour. Celles-ci contiennent des informations pratiques, des blagues et des calembours, des illustrations et divers autres éléments rassemblés pêle-mêle. Depuis sa fondation, il a gardé la même couverture rouge qui le caractérise.

Eléments bibliographiques
- Jean-Pierre Diény, Le symbolisme du dragon dans la Chine antique. Paris : IHEC, 1987. 277 p. (Bibliothèque de l’IHEN, XXVII).
- Marcel Granet, Danses et légendes de la Chine ancienne, 2e édition, Paris, Presses Universitaires de France, 1959. 2 vol.
- Ma Changyi, Guben Shanhaijing tushuo (Anciennes éditions illustrées commentées du Classique des Eaux et des Monts). Jinan : Shandong huabao chubanshe, 2002. 647 p. : ill. Bibliog. 馬昌儀著《古本山海經圖說》,濟南市 山東畫報出版社,2002.
- Mathieu, Rémi, Démons et merveilles dans la littérature chinoise des Six Dynasties : le fantastique et l’anecdotique dans le Soushen ji de Gan Bao / Rémi Mathieu / Paris : You-Feng , 2000.
- Sun Chengan, Le dragon chinois, existant, doutes et symboles. Paris : les éditions du fenouil, 1912 (2024). 92 p. ill. Bibliog. [Les exemplaires disponibles sont diffusés par la rédaction sur demande]
- Jean-Paul Tiberi, Les grandes heures de l’Almanach Vermot : L’histoire au quotidien 1908-1917, Issy-les-Moulineaux : Vents d’Ouest, 1998. N. p.[ca 380 p.]. Fac-simile d’un choix de pages de l’Almanach Vermot