Le cheval en Chine

Propos introductifs

par Alain Cardenas-Castro

Comme c’est l’habitude depuis quelques années, la semaine asiatique se tient à Paris du 7 au 17 juin 2018.

Elle concerne, outre les salles de ventes et les musées Guimet et Cernuschi, dotés de fonds chinois, 20 prestigieuses galeries situées dans les 6e et 7e arrondissements de la capitale, dont la galerie Eric Pouillot. Pour la circonstance, son directeur met à l’honneur un florilège de pièces présentées ci-après. Ce texte est complété par une évocation historique du cheval.

Le thème est heureusement choisi, d’une part, il confère pouvoir et prestige au possesseur de ces montures au fil de l’Histoire, de l’autre, cet ongulé est l’un des douze signes propitiatoires du zodiaque chinois – il faudra attendre 2026 pour célébrer son année. Il n’en reste pas moins que toutes les années sont une bonne opportunité d’honorer ce conquérant autrefois adulé par les empereurs.

En écho à la présence de ces pièces d’exception, une sélection de quelques œuvres du peintre Wang Nong (1926 – 2006), élève de Xu Beihong. Comme son maître, Wang Nong a aussi aimé Paris où il a exposé voilà plusieurs décennies.

●  Du cheval de céramique : quelques jalons

par Eric Pouillot

Le cheval est un acteur essentiel de l’histoire de la Chine et l’art chinois a su générer de magnifiques représentations de l’animal. C’est à la fois à l’histoire militaire et à l’histoire sociale qu’il se réfère.

Sous la dynastie des Shang (1700-1200 avant J.C.), on le trouve attelé par deux ou quatre au moyen de joug de garrot pour tracter des chars de combat.


(pièce Han)


Dès le IVe siècle avant J.C., c’est, seul, libre de toute attache, qu’il se transforme en un redoutable guerrier capable de se frayer un chemin là où le char ne pénètre pas. Sous les Qin, comme l’atteste la fabuleuse armée en terre cuite de l’Empereur Qin Shihuangdi, comme cela est constaté dans la fosse n° 2, la proportion de la cavalerie est encore limitée avec 116 cavaliers pour 562 fantassins et 89 chars.

Ce n’est que sous les Han, notamment sous le règne de l’Empereur Wudi, (141-87 avant J.C.), qu’une politique volontariste est engagée. Des élevages sont développés à l’ouest et au nord-ouest, des pâturages créés, des centres de dressage organisés.

 


(des Wei du Nord aux Tang)


 

Sous les Tang (618-906), le mouvement s’amplifie et le cheval devient l’élément indispensable de l’expansion chinoise. Vers le milieu du VIIe s., les Tang disposent de 700 000 chevaux. Constitués à l’origine de poneys de Mongolie, ces élevages s’enrichissent de chevaux provenant de Kuchâ, de Samarcande, du Gandhâra, et même de pur-sang arabes. Les guerres avec le Tibet, la perte du Gansu freineront les ardeurs militaires chinoises et le rôle du cheval déclinera.

Cependant, son rôle d’apparat perdurera encore pendant longtemps. Apanage de la noblesse et des empereurs, élément de parade et de chasse, il constitue, en sculpture, l’objet de magnifiques représentations jusqu’à la fin des Tang.

Par la suite, malgré quelques spécimens remarquables de qualité, il tend à être considéré comme un animal strictement utilitaire, simple monture pour lancier ou cheval de bât.

Parallèlement à cette utilisation rurale du cheval, les milieux chargés de l’entretien des bêtes sont sensibles à la spécificité des ongulés.

Comme en écho à la présence de ces pièces d’exception, une sélection de quelques œuvres du peintre Wang Nong (1926- 2006), élève de Xu Beihong.


(pièces Tang)


 

 

●●   Wang Nong, élève de Xu Beihong et peintre des lieux retrouvés.

« 多才多艺,天生艺术家 » 徐悲鸿评王农

par Christophe Comentale et Alain Cardenas-Castro

Né dans la capitale provinciale du Liaoning, Wang Nong (1926-2013) part vivre à Taiwan en 1949, il s’y est installé depuis lors. A la fin des années 90, il acquiert cependant un atelier dans la ville de Suzhou.

Adepte de la peinture à l’encre au lavis, il ne cesse d’innover dans la façon de concevoir des sujets majeurs tels le cheval dont il a observé les mouvements, port de tête et aussi les environnements pris dans une abstraction qui permet de privilégier des moments dans la décision de se mouvoir ou de maîtriser une attente, un silence.

En parallèle à la représentation des chevaux, il aime aussi peindre le théâtre traditionnel chinois ou des épisodes de grands récits populaires, notamment le lettré Zhongkui auquel sa laideur empêche l’accès aux concours mandarinaux.

Son geste calligraphique enveloppe objets, gens et lettres avec ce même côté cursif, anguleux et enlevé qui confère à sa gestuelle une place unique.

Il est invité en juin 1985 par le Centre international d’art qui ouvre alors à Paris et se consacre à la peinture contemporaine. C’est sa première exposition en France. Une série de quelque 40 œuvres de grandes dimensions, 70 x 100 cm, montrent la force de ces tracés qui renvoient vers sa technique au lavis mêlant les tonalités les plus noires à des variantes allant presque au blanc laiteux. Il prendra, durant ce même séjour, le plaisir de l’initiation à la lithographie dans l’atelier Carmen Cassé, lieu où il rencontre des créateurs comme Corneille [pseudonyme de Guillaume Cornelis Beverloo (1922-2010)]. Il édite une lithographie, Souvenirs de batailles, pour laquelle il choisit le format raisin (56 x 65 cm). « Cette technique permet, une fois la pierre préparée, d’utiliser le crayon lithographique comme le pinceau, ce qui donne un geste calligraphique, léger ou soutenu » (Propos inédits, carnets, 1985).

J’ai eu le plaisir en 1997 d’être commissaire invité à son exposition du musée national d’histoire à Pékin. Il présente un ensemble de plus d’une centaine d’œuvres, des lavis présentant des chevaux : Souvenirs de batailles – qui est de la même veine que la lithographie, Le repos du soir, A l’ombre des arbres, Retour dans le froid, Retour au camp, Aube,…

Wang Nong, Sur la Route de la Soie (1984) Lavis, 70 x 100 cm

Bibliographie

  •  Wang Nong. Taipei : Diancang, 2013. 149 p. : ill.                                                     Répertoire des sceaux de Wang Nong les plus fréquemment utilisés sur les peintures au lavis. Biographie.
  • Comentale, Christophe, Catalogue de peintures de Wang Nung. Taipei : Musée national d’histoire, 1985. 92 p. : ill. en noir et en coul.

Wang Nong, Souvenirs de batailles (1985) Lavis, 70 x 100 cm

Wang Nong, Fuite (1985) Lavis, 100 x 70 cm

« 多才多艺,天生艺术家 » 徐悲鸿评王农

中新网沈阳8月11日电 (记者 朱明宇)“艺游丹青 心系故土”台湾画家王农捐赠作品展11日在辽宁省博物馆开幕,共展出104件王农书画作品。

王农1926年出生于辽宁沈阳,是台湾知名艺术家,2013年逝世。其一生精研传统水墨,涉足漫画、版画、蜡染等多个艺术领域,均取得了很大成就。他多年来致力于两岸文化交流,在海外大力弘扬中华文化,作品被海内外数十家文博、美术机构收藏。

11日上午,王农的女儿王蕾、女婿陈杭升以及社会各界80余人参加了开幕式。本次展出的104件王农作品中,64件被辽宁省博物馆收藏,40件被保利艺术博物馆收藏。

据主办方方面介绍,王农学画始于写实风格,在辽东学院美术系打下了素描和色彩画基础。其1940年考入北平艺专后,师从徐悲鸿、李可染、李苦禅、李桦、吴作人等大师,曾获台湾美展第一名,以及中山文艺创作奖和法国巴黎艺术家月刊评审肯定等荣誉。

王农对于辽宁有着特殊的感情,他曾表示,虽然不能回到家乡,但一定要将书画作品“落叶归根”。王农家人遵照其生前心愿,通过台湾薇阁文教公益基金会和辽宁省台湾事务办公室,将王农最具艺术代表性、系统性和完整性的书画作品捐赠给辽宁,使家乡父老从中体会到海峡两岸割不断的亲情。

2016年6月,王农80件作品正式入藏辽宁省博物馆,涵盖了王农涉猎的所有艺术类别和题材,展示了艺术家用生命铸就的画魂,以及对家乡魂牵梦绕的眷恋。

王农的家属表示,对举办本次专场展览表示感谢,使父亲夙愿以偿,也增进了两岸间的文化交流与合作,将继续为两岸交流贡献心力。

本次展览将持续至9月10日结束。(完)


 


 

Tous les douze ans, le calendrier lunaire chinois recommence un cycle. Pendant une année, un des douze animaux qui en fait l’originalité et la force, va rythmer les émotions et les actions des hommes. En cette année 2014, le septième du cycle, c’est le cheval. in : Propos, Christophe Comentale, inédit.

Table des matières

  • Introduction
  • Les sabots du cheval préhistorique
  • Chevaux de pierre et de bronze
  • De terre et de céramique, la splendeur de l’au-delà des Tang aux Song
  • Les coursiers de l’empereur et leurs palefreniers
  • Chevaux des mondes invisibles. Manuels de peinture Ming
  • Le cheval gravé, intercesseur des hommes aux dieux
  • Des peintres de chevaux, une continuation de la Chine impériale à la République : Han Gan, Xu Beihong, Wang Nong, Ye Xin…
  • Le septième animal du calendrier lunaire
  • Bibliographie succincte

 

Introduction

Grand mammifère herbivore, le cheval (Equus ferus caballus ou Equus caballus) est un ongulé qui appartient à l’une des sept espèces de la famille des équidés. Son évolution physique au cours des derniers 45 à 55 millions d’années a été remarquable : il a d’abord eu la taille d’un chien possédant plusieurs doigts ; sa taille ramassée et compacte lui vaut ensuite une importance unique en Mongolie ; les empereurs lui assignent un rang privilégié parmi les animaux de la Cour. Il est enfin présent parmi les fidèles qui lui vouent un culte d’intercesseur avec les dieux. De prestigieuses collections de peinture de chevaux se sont constituées au fil des dynasties et, encore au XXIe siècle, des artistes en renom lui consacrent leur talent. Plus largement, l’image du cheval, protecteur et porte-bonheur est partout lorsque le calendrier lunaire célèbre son année.

Les sabots du cheval préhistorique

En dépit d’une existence attestée à l’Éocène période qui s’étend il y a 55,8 ± 0,2 à 33,9 ± 0,1 millions d’années, il faut attendre la fin du Néolithique (12000 ~ 2000) pour avoir des données relatives à la domestication du cheval. Celles-ci se précisent au fil des fouilles archéologiques entreprises intensivement depuis une cinquantaine d’années. De même, les pièces excavées ont livré des témoignages exceptionnels sur toutes les périodes historiques qui constituent la richesse du sous-sol chinois et de ses rites funéraires. Il convient en effet de rappeler que l’archéologie chinoise permet une connaissance de l’au-delà et de sa complexité qui est un dialogue constant entre les hommes et les dieux.

Maxillaire supérieur de cheval à trois doigts (Eocène) L 48 cm (Musée de la région autonome de Mongolie intre)

Cavalier (Age du Bronze) Pétroglyphe, L. 46,5 cm, larg. 38,5 cm (Musée de la région autonome de Mongolie intre)

 

Traditionnellement, l’expression de la civilisation chinoise apparaît vraiment avec la présence des caractères. Les choses ont évolué de façon, là aussi quelque peu complexe, des protocaractères datant d’environ 3000 avant notre ère ont été trouvés lors de fouilles archéologiques, notamment dans la province du Shandong. Peinture et écriture chinoises partagent la même origine, les pictogrammes primitifs ayant été exécutés à partir d’images prises à la nature. Dans les inscriptions divinatoires sur carapaces de tortues de la dynastie des Shang (16e ~ 11e s. av. J.-C.), on peut trouver les caractères signifiant cheval et chariot. Il y a encore une sorte d’insigne clanique, que l’on trouve dans les textes gravés sur d’anciens bronzes chinois remontant à la dynastie des Zhou (11e ~ 3e s. av. J.-C.), qui représente un homme conduisant deux chevaux avec ses mains et qui semble garder un porc entre ses jambes écartées. Cette image est probablement l’origine du caractère chinois jia qui signifie famille ou maison). Quelle que soit la signification des inscriptions sur carapaces de tortues ou de cette insigne clanique, ces deux exemples suggèrent la domestication des chevaux sauvages.

Pictogrammes représentant le cheval


Seize variantes du caractère montrent le cheval plus ou moins stylisé, de façon longitudinale ; certains caractères sont plus concrets que d’autres où l’abstraction entre différentes parties montre une codification forte de chaque élément de ce tout. (in : Petit dictionnaire des inscriptions sur os…, op. cit.).


Une représentation aboutie et raffinée de dragon en jade, exécutée il y a quelque 5 000 ans, dans la région du cours supérieur de la rivière Xiliao montre que la partie antérieure de la tête du dragon présente les caractéristiques de celle d’un cheval, avec de longs yeux bridés vers le haut. La tradition a donné à ce type de pièce le nom de Dragon-Cheval de jade. Il existe un bon nombre de pièces excavées dans la province du Liaoning sur différents sites appartenant tous à la culture néolithique de Hongshan.

Ce type de pièce démontre que les ancêtres des nomades du Nord ont donné une importance particulière au Cheval en fusionnant son image avec celle du dragon dont la puissance dépasse l’humain.

Cheval-dragon (époque néolithique, culture de Hongshan) Jade, H. 26 cm, larg. De 2,3 à 2,9 cm (Musée de la région autonome de Mongolie intérieure)

Avec ses connotations de vitalité du yang et ses associations avec le soleil et le cheval-soleil, le cheval est devenu inévitablement un animal funéraire magique dans l’imaginaire populaire, une entité qui peut restituer la vie d’outre-tombe.

Le site de Zhouyuan, situé dans la partie ouest de la plaine Guanzhong dans la province du Shaanxi, était autrefois la capitale des habitants des Zhou, avant que ceux-ci renversent la dynastie des Shang pour établir leur propre dynastie, soit la dynastie des Zhou. Zhouyuan était un lieu où se concentraient les tombeaux et les autels ancestraux. La manière dont les chevaux ont été enterrés dans une des fosses est une chose rare. Un groupe de chevaux mâles vivants a été jeté dans la fosse alors rapidement comblée de terre. Les fouilles archéologiques ont permis de voir la lutte des chevaux notamment aux traces de fractures à leurs pattes, causées par une lutte aveugle et vaine pour la survie. Ce sacrifice de 95 chevaux au total… Un tel sacrifice dénote une conception cruelle de la domination de l’homme sur le cheval. Durant ces périodes de raffinement extrême, des actes aussi extrêmes que les sacrifices humains sont constatés avec la présence des morts trouvés dans des tombes nobiliaires. Des simulacres de paille et de bois les remplacent qui font à leur tour place aux figurines de terre cuite et de céramique peinte. Cette conception du sacrifice total pour l’au-delà est dans la même veine avec cette fosse immense destinée au chevaux.

Chevaux de pierre et de bronze

Selon les Annales historiques (Shiji), le roi Xian de Qin a ordonné, au cours de la première année de son règne (384 av. J.-C.), que cesse la pratique de l’immolation d’êtres vivants pour les funérailles. Ce jalon brillant de l’histoire de la civilisation chinoise marque le début de l’utilisation de statues funéraires pour remplacer les êtres humains et les animaux. Une centaine d’années plus tard, les guerriers et les chevaux en terre cuite trouvés dans le tombeau de Shihuang des Qin, premier empereur d’une Chine unifiée, sont devenus un phénomène sans précédent dans l’histoire de la sculpture. Plusieurs milliers de chevaux en terre cuite au sein de l’armée majestueuse des guerriers en terre cuite, ce qui témoigne du changement de mentalité.

 



 

 

 

 


Chevaux et soldats (dyn. Qin). Terre cuite, pièces excavés dans la tombe de l’empereur Qin Shihuang


Grâce au progrès de l’humanité et de la civilisation humaine, et grâce également au travail anonyme d’esclaves, d’artisans encadrés par des spécialistes, un type de cheval rendu de façon raffinée fait son apparition ; ce type de pièce montre un choix esthétique digne d’entreprises de grande envergure, comme celle de cet empereur qui n’a eu de cesse durant sa vie de préparer son existence dans l’au-delà..

Lorsque le général et stratège Liu Bang (?-195 av. J.-C.) sort vainqueur de la guerre, il accepte le titre de premier empereur de la dynastie des Han et prend le nom de règne de Gaozu en 206 av. J.-C.  Ce régime féodal centralisé s’est consolidé jusqu’à la mort de Liu Che (157-87 av. J.-C.), l’empereur Wu de la dynastie des Han, dont le nom de règne était Wudi. Son règne correspond à une période de prospérité et d’espoirs.

C’est dans ce contexte historique que Zhang Qian (?- 114 av. J.-C.) s’embarque pour ses expéditions diplomatiques vers l’ouest. Comme le rappelle l’historien Sima Qian (145-87 av. J.-C.) dans ses Annales historiques, «les communications entre la Chine et les pays du Nord-Ouest ont commencé sous la dynastie des Han. C’est Zhang Qian qui a ouvert la route…permettant aux pays étrangers d’apprendre l’existence de la Chine ».

Les chevaux célestes

Cette route, connue sous le nom de route de la Soie, devient un axe important pour faciliter les échanges entre les Chinois et les tribus de cavaliers nomades. Ce changement s’est produit lorsque Zhang Qian, explorateur chinois de renom et son entourage ont pénétré dans les Contrées occidentales et trouvé le fabuleux cheval. Selon la prédiction de Zhouyi : « Le cheval céleste viendra du Nord-Ouest.» C’est pourquoi l’empereur Wudi veut posséder à tout prix ce fabuleux cheval de Dayuan qui « suait le sang ». L’empereur aimait les chevaux non seulement pour le plaisir et les loisirs, mais parce qu’il croyait que les chevaux raffinés constituaient un facteur crucial dans le résultat final d’une guerre.

L’appellation de Cheval céleste est un rappel à la place du Ciel qui dans l’imaginaire collectif de la dynastie des Han, était tout-puissant, omniscient et doté de la conscience et des sentiments humains. Lorsque Wudi a appelé « Chevaux célestes », les chevaux de Dayuan (Ferghana) nouvellement acquis, en fait, il conférait au cheval la volonté et la personnalité du Ciel. Ce nom pompeux assume la puissance divine et l’esprit d’exploration du dieu du Cheval céleste. De plus, le cheval céleste devient un thème esthétique dans l’art chinois.

La Chine antique, comme la Grèce ancienne, a été fascinée par le cheval. Dès la Dynastie des Shang (17e – 11e s. avant J.-C.), il accompagnera les souverains dans leurs palais funéraires. Il sera alors enterré en nombre pour former un cortège.

Sous les Zhou (Xème-IIIème siècle avant J.-C.), il apparaît en équipage attelé à des chars à deux roues. Harnaché souvent à l’aide d’ornements en métaux précieux, il ne reste pourtant figuré qu’exceptionnellement. Il faut attendre les Qin et les Han (- 221 ~ 220) pour le voir représenté de façon courante.

De terre et de céramique, la splendeur de l’au-delà des Tang aux Song

Dans la province du Gansu, un ensemble de 492 grottes ornées de fresques forment un ensemble temples bouddhistes près de Dunhuang. Dans ces grottes de Mogao, – grottes d’une hauteur inégalée – (莫高窟), la grotte n° 249 est remarquable par sa Chasse, peinte au plafond. Cette peinture est de facture réaliste. Le cheval est un thème fréquemment décrit dans la peinture de chevaux et de personnages. C’est sur fond blanc que l’on a peint le vert, le bleu, le marron et le noir. Les lignes et les couleurs ont été juxtaposées pour rendre les images de chasseurs, de chevaux, de montagnes, d’arbres et d’animaux. La  conception est romantique et l’ensemble de la peinture est imprégné de force et de vigueur.

La dynastie des Tang est très certainement l’époque la plus créative. C’est également une ère au cours de laquelle la peinture à thème de chevaux a connu l’apogée de sa gloire et de sa splendeur dans l’histoire des beaux-arts chinois. Avant les Tang, cette peinture n’était pas une branche de la peinture. Après les Tang, les peintures ont vénéré et fait revivre le style des Tang.

Grâce à ses peintures sur le cheval, Li Gonglin, peintre de la dynastie des Song, a laissé beaucoup d’histoires. Une de ses œuvres, Cinq chevaux divins, représente les cinq coursiers présentés de front au spectateur. Ils ont une posture pacifique et tranquille. Ces cinq chevaux se tiennent tout simplement de manière élégante et détendue, comme si cela était le naturel d’un cheval raffiné. Quant aux cavaliers qui se tiennent près des chevaux, chacun est différent de l’autre, ce qui indique des nationalités, des caractères et des statuts sociaux différents. Leurs visages ne sont pas du tout impressionnants, puisqu’ils n’ont pas un regard perçant, ni n’expriment d’émotions excessives, d’ambitions ou de désirs. Ils semblent plutôt jouir d’une atmosphère pacifique et détendue.

Les coursiers de l’empereur et leurs palefreniers

Kangxi (1661-1722), empereur de la dynastie des Qing, avait des talents variés. Il admirait beaucoup la musique et la peinture des missionnaires occidentaux. Il leur demanda de servir la cour des Qing. Le jésuite Giuseppe Castiglione (1688-1766), peintre et architecte d’origine napolitaine, arrive à Beijing en 1715, à quelques années de la fin du long règne – 54 années – de Kangxi. Il devient peintre à la cour des Qing où il vivra pendant 51 ans. Il meurt à Beijing en 1766.

Le classique parmi les premières oeuvres de Castiglione, complétées en Chine, est le rouleau intitulé : Cent Chevaux. Cette peinture a été exécutée en 1728, alors que Castiglione avait quarante ans. On peut interpréter cette oeuvre comme un monde libre où la nature du cheval ressort complètement, et aussi comme un poème pastoral chinois idéalisé par un prêtre italien. Selon la manière de faire occidentale, avant de peindre l’oeuvre Cent Chevaux Castiglione avait réalisé une esquisse sur papier.

Giuseppe Castiglione (1688, Milan – 1766, Pékin) Cent chevaux (1728) Rouleau, couleurs sur soie, H 100 cm, L. 800 cm

Sur la soie, Castiglione a consacré toute son attention à rendre la perspective scientifique du paysage, ce qui donne à cette image un sens d’immensité. Les proportions des personnages et des chevaux dans la prairie sont très exactement reproduites. La posture de chacun des chevaux les différencie les uns des autres. Chacun  a été exécuté sous différents angles, dans une attitude caractéristique : gros plan, trois-quarts, de profil. Certains s’abreuvent, d’autres traversent la rivière. Certains autres se tiennent immobiles ou gambadent deux par deux dans l’air frais. D’autres encore broutent, font des cabrioles ou se roulent  par terre. La plupart sont en groupe, quelques autres sont solitaires. Ils ont tous l’air libre et détendus. Toute la précision du détail dans la nature montre les habiletés  poussées de dessinateur de Castiglione. Finalement, il a transposé les esquisses sur un rouleau de soie. Ce peintre révèle également sa connaissance des goûts des Chinois par son utilisation du gongbi traditionnel chinois (réalisme méticuleux et couleurs brillantes), par des formules techniques et par son rendu délibéré des effets d’ombre et de lumière. Ainsi, l’accent mis sur la robe des chevaux leur donne un aspect tridimensionnel. Sa façon de peindre garde toute sa fraîcheur originale. Son approche vérité méticuleuse constituait une approche sans précédent, quelque chose qui n’avait jamais été réalisée par les Chinois

Chevaux des mondes invisibles. Manuels de peinture Ming

L’impact du Classique des Monts et des mers山海經

Le Shanhaijing

Cette dernière source, antérieure aux encyclopédies citées, est un recueil de données géographiques et de légendes de l’antiquité chinoise composé entre les Royaumes combattants et les Han. Ses éditeurs principaux, Liu Xiang et son fils Liu Xin des Han occidentaux, l’attribuent à Yu le Grand ou à son assistant Bo Yi. C’est la source principale des mythes chinois anciens encore très populaires[1].

Parmi cet énorme bestiaire qui fait la part belle à des animaux à part entière ou partiellement humains tout comme des humains ayant certaines caractéristiques animales. Le Corpus contient notamment une sélection de tous les animaux assimilés à des poissons. La sélection ainsi constituée a été l’objet de différentes mises au point et corrections.

En raison de son caractère encyclopédique, et pour des raisons d’accessibilité aux sources, nous avons consulté le texte et les images du Shanhaijing à partir de ce Corpus des livres anciens et modernes[2].

Dans sa globalité, le Shanhaijing comprend 39 textes répartis en 18 fascicules, pour un total de 31 000 caractères. L’ensemble est divisé en quatre sections :

Le Livre des montagnes ou Livre des montagnes des cinq trésors五藏山經, en 5 fascicules, représente les deux tiers de l’ouvrage. Considéré comme la partie la plus ancienne, cette section contient le plus d’informations géographiques.

Le Livre des mers海經 en huit fascicules ;

Le Livre des vastes étendues sauvages大荒經 en quatre fascicules est considéré comme le plus fantaisiste ; il mentionne une soixantaine de contrées lointaines peuplées d’êtres fantastiques.

Le Livre des terres entre les mers海內經 en un fascicule.

Un nombre important de montagnes, plus de cinq cents, sont mentionnées, elles sont accompagnées de données relatives à leur position, altitude, accessibilité, forme, zones basses, superficie, et parfois végétation et enneigement. Il en va de même de l’intérêt porté à quelque trois cents cours d’eau, dont le régime, la proximité de sources aquifères naturelles (lacs, puits voisins,…) est également signalée. L’importance des ressources naturelles, animales, végétales ou minérales aussi, fait l’objet de notations fréquentes qui accompagnent les descriptions des êtres peuplant chaque zone sur les trois cents sites rencontrés. Ainsi est-il souvent fait mention de métal, de jade, de pierre ; le sol est également l’objet de toutes les attentions.

Manuels de peinture Ming

Du Manuel du studio du Grain de moutarde芥子園畫譜 au Studio des dix bambous十竹齋畫譜

La gravure en couleurs apparaît vers 1340, date de la plus ancienne pièce actuellemennt conservée, une impression en rouge et noir de la dynastie des Yuan. Cependant, la polychromie atteint tout son éclat sous les Ming, avec la série de gravures qui constituent un ensemble important, celui du « Studio des dix bambous ». Cet ensemble aujourd’hui extrêmement rare, dont il ne subsiste plus que quelques tirages dans des collections publiques ou privées, a fait l’objet de retirages nombreux et de publications variées.

L’ouvrage naît à l’initiative d’un lettré, Hu Zhengyan [胡正言], qui a pour nom personnel Ricong [日从]. Hu est originaire de Xining près de Huizhou. Il vit et séjourne à Nankin, où il possède une résidence, le studio des dix bambous. Hu passe et réussit les concours qui mènent au fonctionnariat. Après des fonctions au Secrétariat impérial, il renonce à sa carrière et mène une vie retirée, mais entreprend des activités toutes dédiées à l’art. Il collectionne livres anciens, antiquités, pierres aux formes étranges et fleurs.

En sa demeure « poussaient plus de dix sortes de bambous, et, de l’aube au soir, il s’occupait d’antiquités », note Li Kegong dans une préface du « manuel des papiers à lettre du studio des dix bambous ». Hu a entretenu d’excellents rapports, très amicaux avec artistes et hommes de lettres de son temps : Wu Bin [吴彬], Wen Chenheng [文辰亨], Yang Wencong [杨文骢], Mi Wanzhong [米万重], Gao Yang [高阳],… Visiteurs assidus du studio de Hu, ils ont été des aides enthousiastes à son entreprise.

Hu , outre ses talents de calligraphe et de peintre, va être un excellent imprimeur, lorsqu’il se livre à la réalisation et au tirage des deux séries de gravures sur bois qui constituent le « Shizhuzhai shuhuapu » [是竹斋书画谱] (le Manuel de peinture et de calligraphie du studio des dix bambous), dont le titre abrégé de « studio des dix bambous », en fait le nom de l’atelier de Hu, est plus connu des amateurs.

L’on sait, d’après les textes contenus dans les parties liminaires, que ce travail est commencé avant 1619, et achevé entre l’automne et l’hiver 1627. En 1633 est rédigée une introduction.

Un deuxième ouvrage réalisé par Hu est le « Shizhuzhai jianpu » [十竹斋笺谱](manuel des papiers à lettre du studio des dix bambous), commencé au plus tôt en 1645, soit en la deuxième année de règne de l’empereur Shunzi des Qing.

Un écart de 26 ans sépare le début de la réalisation de la première oeuvre de celui de la deuxième. Cette dernière correspond à l’effondrement de la dynastie Qing.

Hu Zhengyan s’entoure d’ouvriers expérimentés. Huizhou, d’où est originaire Hu est déjà sous les Song un centre éditorial et de fabrication du livre important, il est encore notable sous les Ming. Qian Yong [钱咏], dans son « Lüyuan conghua » [履园丛话] déclare qu’ « en tous lieux il y a eu des graveurs. Cependant, ceux de Ninguo, Huizhou, Suzhou étaient les meilleurs et les plus spécialisés ». Sous les Ming, durant les règnes des empereurs Wanli et Tianqi, Huizhou est l’un des endroits où les graveurs sont les plus indépendants, ils choisissent pour beaucoup d’aller travailler à Nankin. Hu peut s’entourer de graveurs réputés pour réaliser les planches de ses ouvrages, en raison de ses possibilités financières, mais aussi de sa réputation.

Il est dit dans le « Menwai oulu » [门外偶录] qu’il y avait souvent dans le studio de Hu « plus de dix graveurs » que ce dernier » ne considérait pas seulement comme tels […] mais aussi à l’égal de chercheurs de poésie du matin au soir, tous des hommes pour lesquels dix ans valaient un jour ».

Cette collaboration étroite entre un mécène, esthète et des graveurs suppose l’instauration de rapports particuliers : en général, les peintres ne cherchaient pas à comprendre le système de travail des graveurs, les deux corporations restant relativement isolées. Hu comprend la nécessité de pouvoir compter totalement sur les différents membres d’une équipe.

La première oeuvre, le « Manuel de peinture et de calligraphie » se compose de 8 traités ou livres : livre des peintures et calligraphies ; livre des encres ; livre des fruits ; livre des oiseaux ; livre des orchidées ; livre des bambous ; livre des pruniers; livre des pierres.

Chacun comprend 40 illustrations : une planche est en regard du texte. Les illustrations sont des oeuvres de Hu Zhengyan, mais aussi celles d’autres peintres de l’époque : Wu Bin [吴彬] , Wu Shiguan [吴士冠] , Ni Ying [倪英], Wei Zhiki [魏之克], Mi Wanzhong [米万重], Wen Chenheng [文辰亨], et également d’artistes des dynasties passées : Zhao Mengfu [赵孟俯], Tang Yan [唐寅], Shen Zhou [沈周], Wen Huiming [文徽明], Lu Zhi [陆治], Chen Daoxia [陈道夏].

En annexe des parties réservées aux livres des orchidées et des bambous, l’on trouve la « façon d’amener la main », c’est-à-dire un guide pour les apprentis-peintres qui peuvent se familiariser progressivement avec la technique qui les orientera vers la créativité.

L’orchidée est ainsi décomposée feuille à feuille, tandis que noeud, section, feuilles permettent de reconstituer peu à peu le bambou.

Ces différentes approches vers la connaissance d’un végétal confèrent à l’ouvrage une valeur didactique propre à tout manuel d’apprentissage.

Cette réalisation annonce déjà ce que sera le « Jieziyuan huapu » [芥子园画谱] (Manuel de peintures du jardin du grain de moutarde) qui paraît sous la dynastie Qing.

« Shizhuzhai jianpu » [十竹斋笺谱](Manuel des papiers à lettre du studio des dix bambous).

Cet ouvrage constitue une suite à celui relatif aux calligraphies et peintures. Il comprend 289 illustrations. Chaque juan se subdivise en différentes catégories. Le contenu est relatif aux vases rituels antiques, aux pièces réalisées dans des matériaux divers, plus ou moins précieux : céramique, pains d’encre, jade,…, peintures de paysages, poésies, personnages ayant vécu dans l’antiquité. Des anecdotes historiques, d’où les personnages sont absents, rappellent au moyen de quelques objets, un épisode particulier. Le sens de l’histoire, vu symboliquement, se double d’un aspect décoratif qui donne sa spécificité à l’ouvrage. Ces motifs ont fait l’objet de nombreux retirages sur différents papiers jusqu’à l’époque actuelle.

Dans son introduction au volume, Li Kegong [李克恭] déclare très précisément que si l’on considère l’histoire de l’impression de ces papiers à lettre, « sous la dynastie des Ming, avant les règnes de Jiaqing et Longqing (de 1522 à 1572), la gravure de telles oeuvres était courante ; depuis le milieu du règne de Wanli (soit vers 1595), les gravures réalisées étaient encore belles, mais moins en vogue ; durant la période tardive (de 1595 à 1619), l’on constate une intensité qui augmente encore de 1621 à 1644 ».

Lors de leur parution, ces ouvrages publiés en le studio de Hu ont rencontré un accueil enthousiaste du public cultivé et étudiant. Les lettrés, soucieux de raffinement, de singularité le jugeant vulgaire. Le « Menwaiyülu » précise que « la vente avait lieu massivement du nord au sud du fleuve bleu […]. Tout un chacun se pressait pour ces achats ».

Cette production coïncide avec une époque de prospérité commerciale, ou pour le moins correspond à un besoin du lectorat. De même, la maison Wu Mianxue [吴勉学]à Xin’an procédait à l’impression de livres de médecine qui firent sa fortune.

Après ces parutions, d’autres rééditions ont lieu, jusqu’au 19e siècle, par exemple en 1879, durant la 5e année de règne de l’empereur Guangxu.

             


Chevaux (dyn Qing), Le manuel du Jardin du Grain de Moutarde. Ce traité rassemble des modèles de peintures célèbres repris en gravure sur bois.


L’impression de la gravure en couleurs à l’eau

Plusieurs techniques coexistent actuellement pour le tirage des oeuvres polychromes.

La façon la plus traditionnelle, en usage depuis des siècles est la suivante :

L’artiste compose un dessin original en polychrome qu’il soumet ensuite pour décomposition des couleurs. Suivant le nombre des couleurs, tons sélectionnés, il sera procédé sur papier transparent à la réélaboration de ces différentes parties. Le papier est collé sur le bois qui va être gravé.

Cependant, la gravure ne se fait pas d’une pièce, mais en autant de morceaux qu’il y a de pièces de bois de différentes couleurs.

Une fois le travail de gravure accompli, l’on détermine l’importance du tirage à réaliser et l’on prépare à cet effet un paquet de feuilles en papier fin, « xuanzhi », amoureux d’eau.

Pour un bon tirage, il faut disposer d’un plan horizontal, en général rectangulaire, percé en son milieu d’une fente.

Sur la partie gauche de la table, l’on fixe la planche, ou la partie de la planche à imprimer. La pièce de bois est fixée par une substance collante. Autour de cette pièce de bois, à portée de main, les soucoupes contenant les pigments colorés dilués dans l’eau, les pinceaux pour leur application sur la pièce de bois, et la brosse qui sera destinée à donner une pression sur le papier.

Les feuilles sont en général un nombre voisin d’une centaine, calées et disposées en un paquet fixé sur la partie droite de la table.

Après l’encrage de la pièce de bois, elles sont appliquées sur celle-ci, et, à l’aide d’une brosse plate et assez dure, sont imprimées, puis glissées dans la fente, où elles pendent jusqu’à la fin de l’opération, qui sera recommencée pour chaque couleur L’atmosphère humide est, en général, plus favorable à l’impression.

Une des particularités de l’estampe en couleurs réside en le fait qu’elle doit conserver l’esprit de la peinture originale : l’importance du tracé du pinceau, de l’encre, les endroits en aplat léger ou épais, autant de particularités que l’on doit retrouver lors de l’impression.

Dès la dynastie des Ming, ces différents critères font l’objet de toute l’attention des exécutants. La dextérité est un facteur important de réussite dans ce travail. Des notes du « Menwaioulu » [门外偶录] précisent que dans le studio des dix bambous :

« les dix doigts de la main constituent les meilleurs instruments : la pression de la partie charnue du doigt, conjuguée à celle de l’ongle, à l’importance particulière du pouce, tout concourt pour que le début de cette opération repose sur le toucher, qui confère sa perfection à l’impression ».

L’influence de ces estampes s’est fait sentir à l’étranger, notamment au Japon, où les estampes dites du « monde flottant » s’inspirent de cette méthode d’impression.

En Chine même, le « Manuel de peinture du jardin du grain de moutarde » compilé par Wang Gai [王概] sous les Qing, imite le processus de réalisation du studio des dix bambous. Processus élargi aux recueils d’estampes impériaux, et à la production d’estampe de Nouvel an, qui utilisent cette technique de séparation des planches et des couleurs.

Des peintres de chevaux : Han Gan, Xu Beihong, Wang Nong…

Xu Beirong est le peintre chinois le plus connu ayant excellé à peindre le cheval, au siècle dernier. Il avait étudié la peinture au Japon et en France. Dès son enfance, il aimait peindre. Les chevaux de grande classe ont constitué le thème qu’il a préféré sa vie durant. Les chevaux au galop, peints par Xu Beihong, ont l’air vivants, mais leur raffinement et leur élégance vont bien au-delà des caractéristiques des vrais chevaux. Aux yeux des Chinois, « ces chevaux au galop ne sont pas des chevaux sauvages. Ils ont une nature de dragon et d’humain. Ils courent et se ruent, libres de toute contrainte. Ils sont une image sortie tout droit de l’imaginaire. C’est un symbole synthétique, un symbole de liberté, d’élévation, un symbole de la nation chinoise sur le point de relever la tête. »

Le cheval, un animal hors du commun pour des personnages hors du commun

Quelques peintres lettrés ont laissé des scènes anthologiques qui ont une autonomie descriptive et la force d’un style sachant devenir un épisode fort qui sait mettre autant en valeur la mémoire d’un moment tout comme la séduction du détail et de l’ensemble restent une composition unique. La favorite impériale, Yang Yuhuan ((楊玉環) connue sous son titre de Guifei (718-756), concubine de l’empereur Xuanzong des Tang est souvent représentée dans l’intimité de ses préparatifs ou au cours de ses pérégrinations… La scène présentant la favorite impériale montant à cheval ; elle est remise en tribut au Kahan hun en 33 av. n. ère. Elle quitte la civilisation pour aller rejoindre une région barbare. Il existe dans différentes collections privées et publiques, on en dénombre une dizaine de versions. Le pommelage fondu de la robe du cheval, patient, attentif, est une sorte de rappel au statut particulier de cet animal de cour.

Qian Xuan 錢選; (1235 ~ 1300) Yang Guifei montant à cheval. Peinture sur soie, H.  53,6 x 102,4 cm. Washington, Freer gallery of art / [元] 钱选贵妃上马图

Xuanzong a accordé une place importante au cheval. Une source rappelle que l’empereur s’étant rendu pour le solstice d’hiver de 725 faire un sacrifice solennel au mont Taishan, il charge l’année suivante trois peintres de représenter en détail ce voyage célébré sous le nom de pont d’or. Chen Hong陈闳 fait le portrait de l’empereur et de son cheval blanc Nuit lumineuse. C’est Wei Wutian qui peint le cheval, et Wu Daozi le paysage.

Sous l’occupation mongole, les tenants du pouvoir s’efforcent de s’adapter aux mœurs chinoises, d’avoir à la cour de bons peintres, qui sont un élément de raffinement important. Ainsi en va-t-il avec le travail demandé à Zhao Mengfu et Qian Xuan.

Zhao Mengfu, apparenté à la maison impériale, entre en qualité de ministre et peintre au service de l’empereur mongol. Il peint nombre de chevaux et son aura le place juste après Han Gan pour la représentation de ces animaux..

L’histoire de la peinture chinoise sur le thème du cheval est l’histoire de la civilisation chinoise, une histoire qui nous révèle que les Chinois sont amicaux envers la nature, les êtres humains et les chevaux, mais qu’ils leur sont aussi parfois hostiles. L’esprit de cette peinture reflète également les regrets, les joies et les espoirs de la nation chinoise au cours du dernier millénaire.

 Le cheval gravé, intercesseur des hommes aux dieux

La facilité d’exécution de la gravure sur bois permet des tirages en nombre élevé, parfois plusieurs dizaines de milliers d’unités, tirées sur une même matrice ou sur des matrices identiques. Les gravures exposées en tous lieux doivent être remplacées par d’autres – en général en début d’année – faites à l’imitation des anciennes. Copie à l’identique ou nouveau modèle sont exécutés de la même manière :

Une ébauche à l’encre ou un calque sur un papier très mince. Le dessin est ensuite décalqué sur une planche plate, que l’on grave au burin en suivant les contours du dessin. La taille ainsi pratiquée laisse apparaître un contour en lignes noires. Le tirage s’effectue en nombre, à l’aide d’une table à impression dotée d’une fente

Les rajouts de couleurs sont effectués avec un gros pinceau, humecté de matières colorantes. La définition des couleurs distingue entre les tons durs (noir, violet, rouge) et tendres (jaune, vert, « rouge pêcher ou rose).

* Roi-Cheval

La coutume d’offrir des sacrifices au Roi-Cheval remonte à la dynastie des Zhou (11e s.-256 av. J. C.) et s’est transmise au fil des générations. Le 23e jour du 6e mois lunaire, les éleveurs de chevaux et conducteurs de chars se rassemblaient afin de célébrer sa naissance.

Les anciens Pékinois lui offraient un mouton au prétexte qu’il ne mangeait pas de porc, car il était musulman.

Le Roi-Cheval avait quatre bras et trois yeux. Tout cuirassé, il était aussi robuste et héroïque qu’un général. Aussi, ce jour, militaires, soldats comme officiers, prenaient également part aux cérémonies.

Boeuf et cheval sont des animaux importants pour l’agriculture et la nourriture. Des gravures de protection sont réalisées à leur intention, car elles assurent ainsi la prospérité des paysans.

Il existe aussi un dieu des étables qui est l’esprit protecteur des animaux domestiques, les gravures étaient collées au nouvel an, afin de les protéger des épidémies.

* cheval de la Fortune

ou cheval de papier : zhima 纸马 ou jiama ou shenma ou shenma

zaoma : ce type de gravure sur bois est ainsi appelé zhima, cheval de papier, shenma, cheval divin. Ce type d’estampe était déjà connu sous les Song. Le dieu du foyer est souvent représenté sur sa monture, d’où cette appellation. Il peut aussi être assis seul ou avec sa compagne ; présents dans les maisons les plus ordinaires, il est collé dans les échoppes des artisans et les boutiques des commerçants. Un troisième personnage se joint parfois au binôme : le roi est assis entre son épouse et sa concubine. Chez certaines minorités ethniques, il est debout, à ses côtés se tiennent ses deux assistants.

Cheval carapaçonné (années 80, 20e s.) Gravure sur bois, 16 x 13 cm) Baoshan (Yunnan) (coll. ChC, mission 1996)

Cheval carapaçonné (années 80, 20e s.) Gravure sur bois, 16 x 13 cm) Baoshan (Yunnan), (coll. ChC, mission 1996)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les peintres de chevaux, une continuation de la Chine impériale à la République :
Han Gan, Xu Beihong, Wang Nong, Ye Xin…

Han Gan (706 ~ 783)

Han Gan, Palefrenier menant deux chevaux, encre et couleurs légères sur soie, 27,5 x 34,1 cm, feuille d’album, inscription de l’empereur Song Huizong datée 1107, sceaux de Huizong et d’empereurs ultérieurs. (Musée national du Palais, Taipei).

La biographie de Han Gan est mal connue. Originaire de la province du Henan ou du Shanxi, il vient très tôt habiter la capitale Changan, comme petit commis chez un marchand de vins. Son talent est alors remarqué par l’illustre poète et peintre Wang Wei et vers 750, le jeune Han est convoqué à la cour où l’empereur Xuanzong, l’invite à se mettre à l’école de Chen Hong (peintre) VIIIe  siècle, grand peintre de chevaux appointé par la cour.

Dans cette cour dont le faste marque le zénith de la dynastie Tang, Han Gan s’impose d’emblée par un style puissamment original. Quand l’empereur lui donne à peindre ses chevaux favoris Fleur grise de jade et Blancheur illuminant la nuit et d’autres, il attend du jeune peintre des images conformes à la tradition, mais Han Gan travaille dans un autre esprit: «je ne prends pour seuls maîtres, que les chevaux des écuries impériales» dit-il au souverain. L’empereur trouve la réponse insolite. Han Gan entend donner à l’observation de la nature le pas sur les stylisations archaïques.

Giuseppe Castiglione

Giuseppe Castiglione (1688, Milan – 1766, Pékin) est un frère jésuite italien, missionnaire en Chine et peintre à la cour impériale. Il fut l’un des artistes préférés des empereurs de la dynastie Qing. En 1716 il prend le nom chinois de Lang Shining, 郎世寧, « Homme des mers occidentales ».


Giuseppe Castiglione (Lang Shiying), Les Zunghor offrent un cheval en tribut (1748). Rouleau horizontal, encre sur papier, 41 x 150 cm. (Musée de l’Homme, Dpt d’ethnologie, Paris, inv. X.AS. 91.1)


 

Giuseppe Castiglione (Lang Shiying), Ayusi brandissant sa lance anéantit les rebelles (1755). Rouleau horizontal, encre et couleurs sur papier. 27,1 x 104,4 cm. Musée national du palais, Taipei.

Xu Beihong

Xu Beihong, Cheval (1940), Gravure sur bois en couleurs, 29,6 x 36 cm (coll. privée)

Xu Beihong, Tai Xide, cavalier héroïque (1950) Huile sur toile, 88 x 63 cm (Musée mémorial Xu Beihong, Beijing)

Walasse Ting (Ding Xiongquan) 丁雄全 Femmes et cheval (1981), Lithographie en couleurs, 45 x 59 cm (coll. privée).

 

Ye Xin, œuvres au lavis sur papier

Chen Chao-pao, Le général Guangong (1989) Lithographie rehaussée au lavis, 58 x 44 cm Epreuve d’essai (coll. ChC)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le septième animal du calendrier lunaire

Le Cheval est le septième Animal dans l’ordre d’arrivée qui apparaît dans le zodiaque chinois, lié au calendrier lunaire chinois.

Le « Cheval » est décrit comme étant libre, créatif, émancipé. On dit du Cheval qu’il s’entend bien avec le « Tigre » et le « Chien », et très mal avec le « Rat ».

Le Cheval est souvent à l’avant de la scène et aspire souvent à vivre dans de grands espaces. Le Cheval est intelligent et est bricoleur. Il est agile de ses doigts et rend bien des services et il est assez désintéressé par l’argent qui n’est pas un moteur pour le faire avancer.

Le Cheval est responsable de sa famille quand il en a fondé une, il s’exprime souvent pour défendre la cause des faibles. Il a de l’humour. Le Cheval traitera de façon loyale ses amis en les protégeant et en étant généreux avec eux.

Ce portrait résume non pas les caractéristiques personnelles mais les tendances du Cheval en général, il existe donc des différences énormes entre personnes nées dans une année du Cheval selon l’Elément/agent de la naissance d’un Cheval.

Les Chevaux ont un agent stable commun, identifié par le FEU, par contre, leur agent annuel, lui varie selon leur année de naissance, c’est ce qui détermine si un Cheval est agent/élément annuel : Métal, Eau, Bois, Feu ou Terre.

Pour savoir à quel agent/élément annuel, un Cheval est identifié, il suffit de savoir que c’est le dernier chiffre d’une année de naissance qui le détermine :

0 et 1 = MÉTAL

2 et 3 = EAU

4 et 5 = BOIS

6 et 7 = FEU

8 et 9 = TERRE

Wang Nong, élève de Xu Beihong et peintre des lieux retrouvés,

« 多才多艺,天生艺术家 » 徐悲鸿评王农

Né dans la capitale provinciale du Liaoning, Wang Nong (1926-2013) part vivre à Taiwan en 1949, il s’y est installé depuis lors. Il a cependant un atelier dans la ville de Suzhou.

Adepte de la peinture à l’encre au lavis, il ne cesse d’innover dans la façon de concevoir des sujets majeurs tels le cheval dont il a observé les mouvements, port de tête et aussi les environnements pris dans une abstraction qui permet de privilégier des moments dans la décision de se mouvoir ou de maîtriser une attente, un silence.

En parallèle à la représentation des chevaux, il aime aussi peindre le théâtre traditionnel chinois ou des épisodes de grands récits populaires.

Son geste calligraphique enveloppe objets, gens et lettres avec ce même côté cursif et enlevé qui confère à sa gestuelle une place unique.

Il est invité en juin 1985 par le Centre international d’art qui ouvre alors à Paris et se consacre à la peinture contemporaine. C’est sa première exposition en France. Une série de quelque 40 œuvres de grandes dimensions, 70 x 100 cm, montrent la force de ces tracés qui renvoient vers sa technique Il prendra durant ce même séjour, le plaisir de l’initiation à la lithographie dans l’atelier Carmen Cassé, lieu où il rencontre des créateurs comme Corneille. Il édite une lithographie, Souvenirs de batailles, pour laquelle il choisit le format raisin (56 x 65 cm). « Cette technique permet, une fois la pierre préparée, d’utiliser le crayon lithographique comme le pinceau, ce qui donne un geste calligraphique, léger ou soutenu » (Propos inédits, carnets, 1985).

J’ai eu le plaisir en 1997 d’être commissaire invité à son exposition du musée national d’histoire à Pékin. Il présente un ensemble de plus d’une centaine d’œuvres, des lavis présentant des chevaux : Souvenirs de batailles – qui est de la même veine que la lithographie, Le repos du soir, A l’ombre des arbres, Retour dans le froid, Retour au camp, Aube,…

Bibliographie

Comentale, Christophe, Catalogue de peintures de Wang Nung. Taipei : Musée national d’histoire, 1985. 92 p. : ill. en noir et en coul

中新网沈阳8月11日电 (记者 朱明宇)“艺游丹青 心系故土”台湾画家王农捐赠作品展11日在辽宁省博物馆开幕,共展出104件王农书画作品。

王农1926年出生于辽宁沈阳,是台湾知名艺术家,2013年逝世。其一生精研传统水墨,涉足漫画、版画、蜡染等多个艺术领域,均取得了很大成就。他多年来致力于两岸文化交流,在海外大力弘扬中华文化,作品被海内外数十家文博、美术机构收藏。

11日上午,王农的女儿王蕾、女婿陈杭升以及社会各界80余人参加了开幕式。本次展出的104件王农作品中,64件被辽宁省博物馆收藏,40件被保利艺术博物馆收藏。

据主办方方面介绍,王农学画始于写实风格,在辽东学院美术系打下了素描和色彩画基础。其1940年考入北平艺专后,师从徐悲鸿、李可染、李苦禅、李桦、吴作人等大师,曾获台湾美展第一名,以及中山文艺创作奖和法国巴黎艺术家月刊评审肯定等荣誉。

王农对于辽宁有着特殊的感情,他曾表示,虽然不能回到家乡,但一定要将书画作品“落叶归根”。王农家人遵照其生前心愿,通过台湾薇阁文教公益基金会和辽宁省台湾事务办公室,将王农最具艺术代表性、系统性和完整性的书画作品捐赠给辽宁,使家乡父老从中体会到海峡两岸割不断的亲情。

2016年6月,王农80件作品正式入藏辽宁省博物馆,涵盖了王农涉猎的所有艺术类别和题材,展示了艺术家用生命铸就的画魂,以及对家乡魂牵梦绕的眷恋。

王农的家属表示,对举办本次专场展览表示感谢,使父亲夙愿以偿,也增进了两岸间的文化交流与合作,将继续为两岸交流贡献心力。

本次展览将持续至9月10日结束。(完)

参考书目

王农 台北 : 典藏, 2013. 149页

Carnet à couverture propitiatoire (195 ca) Quadrichromie, 19 x 10,5 cm Beijing (coll. privée)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chu Weibo, Quand le cheval est là, bonheur et richesse y sont aussi (2002) Sérigraphie en couleurs, 37,5 x 53 cm Le cavalier traverse l’espace sous la clarté dégagée par cinq lampions ; sur chacun est tracé le caractère bonheur ; des deux côtés de l’œuvre, des textes rappelant que bonheur et richesse doivent être présents durant cette année.

 

[1] A titre historique, rappelons que Lu Xun a évoqué dans Achang et le Shanhaijing le plaisir que lui en procura la lecture dans son enfance.

[2] Différents auteurs chinois (Ma Changyi, pp. 9 sq) et occidentaux (Mathieu, vol 1, pp.CXIII sq, Fracasso, pp. XX sq…) ont repris l’historique des sources du Shanhaijing.

 

Bibliographie succincte

  • Chang Renxia, Le développement et la plénitude de l’art des briques et pierres estampées de la dynastie des Han (Handai huaxiangshi yu huaxiangzhuan yishu de fazhan yi chengjiu). Shanghai : Renmin meishu chubanshe, 1988. 22-198-89 p. : ill. (Peinture ; 18). 常任俠 漢代畫像石與畫像磚藝術的發展與成就
  • Comentale, Christophe, Les jades néolithiques chinois : essai de typologie Beijing : ACEA, 2011. 41 p.
  • Comentale, Christophe, Cent ans d’art chinois, 1909 – 2009. Paris : Ed de la différence. 398 p. : ill. Bibliog. Index.
  • Comentale, Christophe, Les images porte-bonheur populaires chinoises Paris : éd. You-feng, 2004. 226 p. ill. en noir et en coul.
  • [Exposition. Le cheval chinois. Cité interdite. Beijing. 1997] Heanvenly horses. Hong Kong : Hermès, 1997.239 p. : ill. en coul.
  • Wang Benxing, Petit dictionnaire des inscriptions sur os et carapaces de tortue (Jiaguwen xiaozidian). Beijing : Wenwu, 2006. 257 p. 王本兴 甲骨文小字典
  • Gouraud, Jean-Louis Le cheval : Le bestiaire divin, Lausanne : Favre, 2000, 192 p.
  • Manuel du Jardin du grain de moutarde, édition complète (Jieziyuan huapu daquan).Taibei : Wenwu tushu, 1978. 1066- 420-24 p. : ill. en noir
  • Ma, Chang Yi, Anciennes éditions illustrées du « Classique des Monts et des mers » (Guben shanhaijing tushuo.). Tai’anshi : Shandong huabao chubanshe, 2001. 647 p. : ill. 馬倡儀 古本山海經圖說
  • Werner Speiser, Chine, esprit et société. Ed. Albin Michel, 1960. 235 p. : ill. Bibliog. Index. (L’art dans le monde ; civilisations non européennes).

 

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