NOTULE. À propos de Géographie [ vs Globe ], un dessin d’Alain Cardenas-Castro sur papier chinois.

par Christophe Comentale

Dans le sillage d’expositions à venir dont une à la bibliothèque de Fels, établissement patrimonial sis à l’institut catholique de Paris en mai-juin prochains, Alain Cardenas-Castro a commencé une réflexion sur ce que peut être un document de type livre ou bien un manifeste à lecture encyclopédique en quelque sorte.

Une utilisation appropriée de papier chinois, le papier Xuan, au grammage extrêmement faible, moins de 10 grammes par mètre carré, permet de faire le point sur une odyssée que ce créateur poursuit depuis plusieurs décennies. Cette feuille provient d’un choix rare de papiers chinois, majoritairement en provenance de la province du Anhui. Malgré son demi-siècle d’existence, le matériau a conservé son élasticité : le plasticien a jugé opportun de laisser, sans les doubler, les six pliages qui se partagent cette surface digne des anciennes cartes où le manque de connaissance du monde devient une suite de contrées quasi magiques.

(ill.1) Alain Cardenas-Castro, Géographie (2020), papier chinois, feutre, crayon graphite, linogravure, acrylique, 78 x 70 cm © Jean-Christophe Domenech.

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Parution

Notre consœur, Sarah Wilson, professeur d’art moderne et contemporain au Courtauld Institute of art de Londres a eu la gentillesse de confier à notre attention cet article Mao, militancy and media: Daniel Dezeuze and China from scroll to (TV) screen, paru en ligne en novembre 2019 dans le recueil Art, Global Maoism and the Chinese Cultural Revolution.

Nos remerciements les plus vifs pour ce travail d’une sinophile expérimentée sur la Chine. Cette contribution nous renvoie à des analyses pertinentes sur le travail d’une avant-garde qui sait aller bien au-delà du réel comme au XVIIe siècle le jésuite Daniello Bartoli, dans le Della Cina (De la Chine) puis la vaste production d’écrits qui a suivi l’ouverture [toujours relative] du pays, notamment un Dalla Cina [Depuis la Chine] de la politicienne italienne Maria-Antonietta Macciocchi, visiteuse occasionnelle des communes populaires et autres lieux idoines pour que de nouveaux amis du pays puissent faire des rapports circonstanciés.

Ce travail nous fait remonter le temps. Notre consœur propose en effet en 2015, la candidature de Daniel Dezeuze, à la Triennale qui avait lieu au Musée provincial d’art de Guangdong à Canton. Rappelons que Daniel Dezeuze a été un des piliers du groupe Supports/Surfaces, actif durant les années 70 en France, il a permis à une bourgeoisie nantie et éclairée de soutenir le régime chinois alors reconnu par la France.

Bonne lecture à tous.

Un rappel : Sarah Wilson et Daniel Dezeuze sont invités au colloque sur le paysage qui se tiendra le 15 mai prochain au Musée chinois du quotidien de Lodève.

Alain Cardenas-Castro et Christophe Comentale

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Portraits d’hier et de demain (2) Juan Diego Vergara Ormeño, le plasticien péruvien

À propos de l’exposition Juan Diego Vergara « Le peintre voyageur et autres histoires ».

par Alain Cardenas-Castro et Christophe Comentale

L’art contemporain reste le creuset des expérimentations les plus surprenantes, parfois de celles qui n’iront pas au bout de processus esthétiques ou d’étoffement d’une idée, d’un thème. Le statut d’artiste continue d’être insaisissable, irrationnel presque, à l’aune des manifestations dont le format, le contraste ne sauraient se substituer à des regards extérieurs. C’est là où l’observation de l’historien de l’art rejoint la quête patiente de celui qui va être en recherche de soi, des autres… Portrait d’un artiste émergent et polymorphe.

Le carton d’invitation (ill.1et 2) de son exposition, de celle qui a eu lieu du 20 février au 1er mars dans les ateliers d’artistes de Belleville, est un autoportrait à mi-corps en veste tyrolienne et pochette. Tourné vers le public auquel est destinée cette information, il reste quelque peu mystérieux, tenant de la main gauche une carte d’identité quelque peu simplifiée où il est indiqué qu’il fait 1,85 m et est né le 7 septembre 1972. Ce jeune quinquagénaire, filiforme, accueille ainsi le visiteur en quelques formules qui résument son être, vie et œuvre, tandis qu’un sourire charmeur lui dévore le visage. Le tout sous un regard intense.

Un court texte, du peintre  voyageur (ill. 5) au peintre collectionneur (ill. 6) résume assez bien l’atmosphère de la galerie et le contexte de l’accrochage.

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1001 façons de voir le monde à travers le dragon du Musée de l’Homme.

par Alain Cardenas-Castro

(ill. 1) Le Musée de L’Homme et le parvis des droits de l’Homme, Paris (2020) © Jean-Christophe Domenech – MNHN

Inauguré en 1938, le Musée de l’Homme a fermé ses portes en 2009 pour une rénovation qui a durée six ans. C’est aujourd’hui une institution muséale incontournable à Paris (ill. 1). Revendiquant les héritages successifs des deux musées qui l’ont précédé, le musée d’Ethnographie du Trocadéro et le Musée de l’Homme, ce nouveau musée permet de comprendre les caractéristiques et les spécificités de l’Être humain, sur un parcours permanent d’exposition, la Galerie de l’Homme.

C’est une Galerie qui répond, selon trois parties successives, aux trois questions : Que sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? L’Être humain est ainsi défini dans une première partie décrivant, tour à tour, son corps, sa pensée, les liens qu’il crée en intégrant un groupe et son langage. Une deuxième partie est consacrée aux origines de l’Humanité depuis la Préhistoire. Elle se termine par une troisième et dernière partie qui vient clore le parcours d’exposition en évoquant la globalisation de notre monde contemporain.

Un des premiers agencements muséographiques à découvrir en entrant dans la Galerie de l’Homme est une vitrine murale qui vient reposer sur le mur orienté au nord de l’aile Passy du Palais de Chaillot. Cette vitrine de grandes dimensions, intitulée « 1001 façons de penser le monde » (ill. 3) est le dispositif qui définit l’Homme de manière la plus sensible, dans ce musée de sciences et de société qui lui est dédié. Par ailleurs, pour élaborer la disposition de son contenu composé d’une cinquantaine d’objets, la scénographe s’est inspiré des cabinets de curiosités[1] qui apparaissent en Europe dès la Renaissance. De cette vitrine emblématique de la Galerie de l’Homme, un des objets les plus curieux et remarquable est certainement le dragon sculpté par l’artiste taiwanais Liu Po-Chun (Liu Bocun) (ill. 2).

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À propos de quatre dessins inédits : Juan Manuel Cardenas-Castro, illustrateur (10)

par Alain Cardenas-Castro

En parallèle à l’établissement d’un catalogue raisonné qui approchera si possible de l’exhaustivité, je présente ci-après le résultat de recherches relatives à différents dessins, des pièces mineures, exécutées par Juan Manuel Cardenas-Castro durant la fin des années 1960. Cet aspect de l’œuvre de Juan Manuel Cardenas-Castro nécessite encore des recherches multiples menées dans le cadre de missions et diplômes divers tel que je le vois parfois avec les cours donnés ici et là ou durant des conférences.

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Les trois expositions de printemps de la fondation Custodia : un florilège de dessins italiens, la présence de deux graveurs contemporains.

par Alain Cardenas-Castro et Christophe Comentale

Dans un article publié en 2017 sur la diversité des pièces acquises par Frits Lugt au fil du temps, des fonds qui constituent le patrimoine de la fondation Custodia sise dans deux hôtels particuliers, les hôtels Turgot et Lévis-Mirepoix, Christophe Comentale a eu le plaisir de voir de plus près ce cadre recréé comme une peinture du Siècle d’Or et — c’est là une de ses originalités fortes — meublé, décoré de façon quotidienne, mais un quotidien destiné à des chercheurs, à des curieux, à des personnes intéressées, certes par les dessins flamands, néerlandais ou français, mais autant par l’art grec ou romain, les miniatures indiennes ou les porcelaines chinoises…

Lors de la réunion de presse durant laquelle Geer Luijten reçoit des correspondants de divers médias, tout en écoutant le maître des lieux faire le point sur les nouvelles acquisitions et également sur les expositions, nous avons le plaisir de laisser vaguer le regard sur les pièces qui confèrent son charme à ce vaste lieu de curiosités Est et Ouest.

Du 15 février au 10 mai 2020, Heures d’ouverture : tous les jours sauf le lundi, de 12h à 18h. Fondation Custodia / Collection Frits Lugt, 121 rue de Lille – 75007 Paris
Tél : +33 (0)1 47 05 75 19 coll.lugt@fondationcustodia.fr 

      

   


Ci-dessus, trois porcelaines chinoises, dites d’exportation, de type bleu et blanc (fin dyn. Ming, fin XVIe s.). Deux bols (cat. p. 38, inv. 6660 & p. 63-64, inv. 6967) et un plat (cat. p.26, inv. 7248) à motifs propitiatoires, au centre le caractère en graphie cursive de la longévité entouré de branches de bambou et de prunus. Sur le pourtour, deux trigrammes symbolisant  l’eau et du feu (yin et yang), des motifs de chauves-souris, de nuages et de grues.


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D’une série de trois gravures de Nouvel an de Marion Tournebise

par Christophe Comentale

Dans ses écrits, notamment avec la vaste somme que constitue l’Introduction du christianisme en Chine, le père jésuite Matteo Ricci (1552 – 1610), premier sinologue et géopoliticien occidental, note durant ses années au service du monarque chinois Wanli (1563 – 1620), que le pays reste à la fois horrible et merveilleux, sachant rester mystérieux à qui ne sait s’y acclimater… Ces propos sont tout à fait conformes à ce que l’on ressent en fin d’année, voire au début de la nouvelle, si l’on suit le calendrier grégorien, face à un climat peu agréable.


Ci-dessus, de gauche à droite, 1 – Marion Tournebise préparant un sujet, mission du Hunan, déc. 2019 ; 2 – Marion Tournebise, sinisation parmi des motifs propitiatoires, Changsha, déc. 2019 ; 3 – Marion Tournebise au Hunan, avec et sans les collègues des Beaux-arts.


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Le livre d’artiste, un livre qui n’est pas un livre

Institut catholique de Paris, Bibliothèque de Fels,

Le livre d’artiste, un livre qui n’est pas un livre. Du 5 au 28 février 2020, du lundi au vendredi, de 9h à 19h.

Commissariat de Guillaume Boyer, Alain Cardenas-Castro et Christophe Comentale

Quelques mots avant de tourner autour des vitrines

Comme le rappelle l’un des commissaires, Christophe Comentale, « Depuis que j’ai le plaisir d’expliquer le raffinement, la diversité des sources et des images dans l’Asie sinisée aux étudiants du département d’histoire de l’art de l’institut catholique de Paris ou bien lors de conférences et manifestations diverses, ici ou là [plutôt en Chine], je m’aperçois, dès que je veux comparer ce qui peut l’être, que les regards sont un peu perdus. En ces temps de surinformation disparate, regarder les sites, les bases et les banques d’images, cela est, certes, bien, mais encore faut-il se rappeler ce que l’on a vu, comprendre ces images parfois presque surréelles tellement les outils informatiques les ont trafiquées, amenées à un statut complètement impossible. Lorsque les étudiants pénètrent dans des créneaux chronologiques plus anciens, ils semblent perdre pied et, s’ils ont devant les yeux simultanément une gravure sur bois occidentale du XVe siècle ou une divinité tutélaire chinoise, alors les choses se compliquent. Il en va de même quand on leur présente une œuvre de jeunesse de Zao Wuki [Zhao Wuji] et un estampage de la dynastie des Han ! Ils sont très sérieux, trop sérieux, parfois ! L’historien de l’art, tel un détective, doit autant aimer les images que les gens, savoir vivre avec, même si ces œuvres sont parfois discrètes, reléguées, hors du temps, oubliées »…

C’est pourquoi cet ensemble d’oeuvres qui constituent notre choix de livres de création – à notre avis improprement appelés d’artistes, tout comme art book est insuffisant en anglais ou tout autant chuangzuo shu 创作书 [livre de création] voire shougongshu 手工书 [livre artisanal] en chinois – doit leur permettre de regarder avec une simplicité toute franciscaine des livres a priori disparates, en tout cas hors des normes du livre instituées par le milieu de l’édition. Il s’agit de livres nés des envies, des désirs d’auteurs divers et variés, des auteurs qui aiment jouer avec les mots, avec les matériaux et autant avec les formes…

       

Bref, cette quinzaine de livres risque d’en désorienter certains, mais, comme beaucoup veulent se colleter à l’art moderne et contemporain international, ce petit parcours pourra être, pour certains, un bon début.


Ci-dessus, (ill. 8), livre n°1 – Marc Brunier-Mestas, Sales bêtes ; (ill. 2 et 3), livre n°6 – Béatrice Coron, The impatient patient ; (ill. 4), livre n°7 – Dominique Digeon, Dites, qu’avez-vous vu ?


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A la croisée de collections d’art entre Asie et Occident (du XIXe siècle à nos jours)

Ouvrage collectif dirigé par Marie Laureillard et Cléa Patin, éditions Hémisphères, 2019 (417 pages de texte + 72 pages d’illustrations couleur).

par Marie Laureillard

Pierre à encre de la collection Yang Ermin, Li Bai ivre [époque républicaine (1912-1949)], calcaire, 33,5 x 23 x 4,5 cm. © Collection Yang Ermin.

Depuis trois siècles au moins, l’Occident est fasciné par l’art d’Extrême-Orient. Les Asiatiques, quant à eux, collectionnent leur propre production artistique à diverses fins ou se passionnent pour l’acquisition d’œuvres étrangères. L’objet de l’ouvrage A la croisée de collections d’art entre Asie et Occident (du xixe siècle à nos jours) est d’identifier divers types de collectionneurs et de collections d’art asiatique en Occident ou en Asie, à l’époque moderne et contemporaine, à travers une approche interdisciplinaire mêlant histoire de l’art, esthétique, anthropologie, sociologie, économie ou politique. Les collections étudiées relèvent tantôt de l’art, tantôt de l’artisanat, tantôt d’artefacts d’usage quotidien, populaire ou rituel. L’ouvrage aborde ces questions selon plusieurs points de vue, celui des collectionneurs, celui des collections institutionnelles et collectives, celui du marché de l’art et des enjeux identitaires, avant d’examiner les diverses formes que peuvent revêtir ces rencontres transculturelles.

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