东西方图像艺术中的经匣纸和文本框

柯孟德(Christophe Comentale

近来为了写一本书,我翻出了旧藏的不少文献实物资料,于是有这么一些带有经匣纸或者文本框的作品铺现在了眼前,引人思索。

这些具备对话形式的元素,有时候在作品中占据相当大的分量。所谓的“经匣纸”,在大多数情况下,书写了一些宗教性质的语句,被放置在某一背景中,成为一种叙事手法,或者提示着某一历史事实。这在西方并不常见,因为西方艺术史上,创作的要旨,重在对图像的视觉观看,甚于对图像的阅读。美学因此让位于感化,让位于对人们图像内容的记忆。

(图 1) 约尔格·盖斯纳(Jörg Gessner),《字母·风景( Lettre-paysage》,2019

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D’une énigme en papier japonais

La position de l’art.

Depuis que j’ai commencé à créer des œuvres, le but était au fond identique : éveiller le spectateur. Faire en sorte de modifier sa perception pour ouvrir des espaces habituellement fermés par la chape de la vie quotidienne dans notre civilisation contemporaine. Permettre au spectateur de sentir qu’il y a une autre possible réalité. Faire, en somme, qu’il se pose des questions (I).

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NOTULE. À propos de Géographie [ vs Globe ], un dessin d’Alain Cardenas-Castro sur papier chinois.

par Christophe Comentale

Dans le sillage d’expositions à venir dont une à la bibliothèque de Fels, établissement patrimonial sis à l’institut catholique de Paris en mai-juin prochains, Alain Cardenas-Castro a commencé une réflexion sur ce que peut être un document de type livre ou bien un manifeste à lecture encyclopédique en quelque sorte.

Une utilisation appropriée de papier chinois, le papier Xuan, au grammage extrêmement faible, moins de 10 grammes par mètre carré, permet de faire le point sur une odyssée que ce créateur poursuit depuis plusieurs décennies. Cette feuille provient d’un choix rare de papiers chinois, majoritairement en provenance de la province du Anhui. Malgré son demi-siècle d’existence, le matériau a conservé son élasticité : le plasticien a jugé opportun de laisser, sans les doubler, les six pliages qui se partagent cette surface digne des anciennes cartes où le manque de connaissance du monde devient une suite de contrées quasi magiques.

(ill.1) Alain Cardenas-Castro, Géographie (2020), papier chinois, feutre, crayon graphite, linogravure, acrylique, 78 x 70 cm © Jean-Christophe Domenech.

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Phylactères, cartouches et bulles Est-Ouest

par Christophe Comentale

En faisant du tri dans différents fonds et en cherchant des matériaux pour la conception d’un livre, j’ai eu sous les yeux des phylactères qui m’ont interloqué.

En effet, ces éléments de dialogue, introduits de façon magistrale dans une œuvre, la plupart du temps religieuse, mettent en présence le signe écrit dans un contexte alors devenu le moyen d’une narration, d’un rappel de fait historique, ce qui n’est pas si fréquent en Occident où la création suppose un regard qui contemple plus qu’il sera enclin à lire. L’esthétique le cède alors à l’édification, à un appel à la mémoire de ce qui est conté.

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Parution

Notre consœur, Sarah Wilson, professeur d’art moderne et contemporain au Courtauld Institute of art de Londres a eu la gentillesse de confier à notre attention cet article Mao, militancy and media: Daniel Dezeuze and China from scroll to (TV) screen, paru en ligne en novembre 2019 dans le recueil Art, Global Maoism and the Chinese Cultural Revolution.

Nos remerciements les plus vifs pour ce travail d’une sinophile expérimentée sur la Chine. Cette contribution nous renvoie à des analyses pertinentes sur le travail d’une avant-garde qui sait aller bien au-delà du réel comme au XVIIe siècle le jésuite Daniello Bartoli, dans le Della Cina (De la Chine) puis la vaste production d’écrits qui a suivi l’ouverture [toujours relative] du pays, notamment un Dalla Cina [Depuis la Chine] de la politicienne italienne Maria-Antonietta Macciocchi, visiteuse occasionnelle des communes populaires et autres lieux idoines pour que de nouveaux amis du pays puissent faire des rapports circonstanciés.

Ce travail nous fait remonter le temps. Notre consœur propose en effet en 2015, la candidature de Daniel Dezeuze, à la Triennale qui avait lieu au Musée provincial d’art de Guangdong à Canton. Rappelons que Daniel Dezeuze a été un des piliers du groupe Supports/Surfaces, actif durant les années 70 en France, il a permis à une bourgeoisie nantie et éclairée de soutenir le régime chinois alors reconnu par la France.

Bonne lecture à tous.

Un rappel : Sarah Wilson et Daniel Dezeuze sont invités au colloque sur le paysage qui se tiendra le 15 mai prochain au Musée chinois du quotidien de Lodève.

Alain Cardenas-Castro et Christophe Comentale

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Portraits d’hier et de demain (2) Juan Diego Vergara Ormeño, le plasticien péruvien

À propos de l’exposition Juan Diego Vergara « Le peintre voyageur et autres histoires ».

par Alain Cardenas-Castro et Christophe Comentale

L’art contemporain reste le creuset des expérimentations les plus surprenantes, parfois de celles qui n’iront pas au bout de processus esthétiques ou d’étoffement d’une idée, d’un thème. Le statut d’artiste continue d’être insaisissable, irrationnel presque, à l’aune des manifestations dont le format, le contraste ne sauraient se substituer à des regards extérieurs. C’est là où l’observation de l’historien de l’art rejoint la quête patiente de celui qui va être en recherche de soi, des autres… Portrait d’un artiste émergent et polymorphe.

Le carton d’invitation (ill.1et 2) de son exposition, de celle qui a eu lieu du 20 février au 1er mars dans les ateliers d’artistes de Belleville, est un autoportrait à mi-corps en veste tyrolienne et pochette. Tourné vers le public auquel est destinée cette information, il reste quelque peu mystérieux, tenant de la main gauche une carte d’identité quelque peu simplifiée où il est indiqué qu’il fait 1,85 m et est né le 7 septembre 1972. Ce jeune quinquagénaire, filiforme, accueille ainsi le visiteur en quelques formules qui résument son être, vie et œuvre, tandis qu’un sourire charmeur lui dévore le visage. Le tout sous un regard intense.

Un court texte, du peintre  voyageur (ill. 5) au peintre collectionneur (ill. 6) résume assez bien l’atmosphère de la galerie et le contexte de l’accrochage.

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1001 façons de voir le monde à travers le dragon du Musée de l’Homme.

par Alain Cardenas-Castro

(ill. 1) Le Musée de L’Homme et le parvis des droits de l’Homme, Paris (2020) © Jean-Christophe Domenech – MNHN

Inauguré en 1938, le Musée de l’Homme a fermé ses portes en 2009 pour une rénovation qui a durée six ans. C’est aujourd’hui une institution muséale incontournable à Paris (ill. 1). Revendiquant les héritages successifs des deux musées qui l’ont précédé, le musée d’Ethnographie du Trocadéro et le Musée de l’Homme, ce nouveau musée permet de comprendre les caractéristiques et les spécificités de l’Être humain, sur un parcours permanent d’exposition, la Galerie de l’Homme.

C’est une Galerie qui répond, selon trois parties successives, aux trois questions : Que sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? L’Être humain est ainsi défini dans une première partie décrivant, tour à tour, son corps, sa pensée, les liens qu’il crée en intégrant un groupe et son langage. Une deuxième partie est consacrée aux origines de l’Humanité depuis la Préhistoire. Elle se termine par une troisième et dernière partie qui vient clore le parcours d’exposition en évoquant la globalisation de notre monde contemporain.

Un des premiers agencements muséographiques à découvrir en entrant dans la Galerie de l’Homme est une vitrine murale qui vient reposer sur le mur orienté au nord de l’aile Passy du Palais de Chaillot. Cette vitrine de grandes dimensions, intitulée « 1001 façons de penser le monde » (ill. 3) est le dispositif qui définit l’Homme de manière la plus sensible, dans ce musée de sciences et de société qui lui est dédié. Par ailleurs, pour élaborer la disposition de son contenu composé d’une cinquantaine d’objets, la scénographe s’est inspiré des cabinets de curiosités[1] qui apparaissent en Europe dès la Renaissance. De cette vitrine emblématique de la Galerie de l’Homme, un des objets les plus curieux et remarquable est certainement le dragon sculpté par l’artiste taiwanais Liu Po-Chun (Liu Bocun) (ill. 2).

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À propos de quatre dessins inédits : Juan Manuel Cardenas-Castro, illustrateur (10)

par Alain Cardenas-Castro

En parallèle à l’établissement d’un catalogue raisonné qui approchera si possible de l’exhaustivité, je présente ci-après le résultat de recherches relatives à différents dessins, des pièces mineures, exécutées par Juan Manuel Cardenas-Castro durant la fin des années 1960. Cet aspect de l’œuvre de Juan Manuel Cardenas-Castro nécessite encore des recherches multiples menées dans le cadre de missions et diplômes divers tel que je le vois parfois avec les cours donnés ici et là ou durant des conférences.

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Portraits d’hier et de demain (1) d’une exposition parisienne de Gabriel Sierra Henao : ES-CULTURAS

« ES-CULTURAS », Exposition du 11 février au 5 mars 2020, Jonesy Agency, 170 rue de Charonne 75011 Paris.

par Alain Cardenas-Castro

 

Dans le cadre des recherches menées sur l’art indigéniste péruvien et ses prolongements iconographiques au sein de la diaspora, je propose ce jour une série d‘enquêtes qui vont être structurées selon des développements aussi divers qu’elles permettent les formes rédactionnelles suivantes : comptes rendus d’expositions, portraits, bio-iconographiques de créateurs.

Pour ce dernier point, je compte entreprendre une série appelée Portraits d’hier et de demain. Une première livraison est publiée ci-après, elle est relative au travail de Gabriel Sierra Henao — livraison d’exception puisque ce plasticien est colombien. Un portrait bio-iconographique est à paraître.

En effet ce mouvement indigéniste à, rappelons-le, ces racines profondes au début du XVIe siècle, après la découverte de l’Amérique. Au fil du temps les choses évoluent et au début du XXe, un courant identitaire se prolonge avec une révolution estudiantine, révolution qui fait naître chez les écrivains, peintres, photographes, intellectuels, des nouvelles formes de création.

En cette deuxième décennie du XXIe siècle avec la réalisation de différentes expositions sur l’art indigéniste, j’ai multiplié les rencontres en France et au Pérou et l’urgence s’est faite sentir d’interroger les pratiques des jeunes artistes péruviens face à cette nécessité de se positionner sur le monde qui les entoure. La question de la pertinence d’un art indigéniste au XXe siècle va être perçue de différentes façons à travers l’œuvre de créateurs rencontrés.

Gabriel Sierra Henao, peintre, sculpteur, également chercheur en anthropologie. Juan Diego Vergara, peintre et écrivain. Edwin Quispe, peintre muraliste ; Jorge Chirinos, peintre muraliste et commissaire d’exposition ; Manuel Cibaja Peintre, historien de l’art et journaliste ; Julio Guttierez, peintre, céramiste et historien de l’art ; Adolfo Sardon, peintre ; Tadeo Escalante, peintre muraliste.

 

 

Jonesy Agency est un lieu parisien dédié à la musique, un studio d’enregistrement, mais aussi un centre de formation aux métiers de l’audiovisuel. Ce lieu héberge également l’association Jonesy Event, créé en 2016. Cet outil promotionnel de la scène musicale indépendante française à son propre lieu dédié à la culture, le Jonesy Café, un café associatif qui se veut un lieu de partage et de promotion culturel. Le Jonesy Café a pour projet de réunir les passionnés d’art et de musique autour d’expositions et d’interventions artistiques : peintres, dessinateurs, photographes, réalisateurs, workshops, etc. C’est en plein cœur de Paris dans le 11ème arrondissement, non loin du cimetière du Père Lachaise que cette agence, dédiée principalement à la musique, accueille en ce moment les œuvres du plasticien Gabriel Sierra Henao. Il est réconfortant de constater, encore aujourd’hui, ces initiatives salvatrices suscitant le mélange des genres. Elles génèrent continuellement des passerelles entre différents domaines et horizons autres.


(ill. 1) Xué (2019), bronze sur bois sculpté et doré à la feuille, 60 x 60 cm, éd. 1/8.


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