A propos de la diversité des cartes de vœux d’artistes : Flammes, Tigre, Galion et Lotus rouges

par Christophe Comentale

Il est de tradition d’envoyer et de recevoir des cartes de vœux, des vœux des plus divers, du Nouvel an aux naissances, aux anniversaires, aux mariages en passant par les grandes occasions, les grandes dates, les rituels importants de la vie. Quelques œuvres d’Est en Ouest.

Au fil des millénaires, des siècles, des décennies, les pratiques sociales se sont modifiées – ont été manipulées – en parallèle à des changements plus ou moins radicaux qui rythment la vie de populations. A période de religiosité intense, cartes scandant les grandes fêtes comme la naissance d’un prophète, d’un ecclésiastique hors du commun, leur résurrection. A laïcité – voire totalitarisme pur et dur -, il faut séparer, remodeler les fêtes, la liesse à d’autres rituels : fêtes du Travail, de l’Armée, des amoureux, des mères, des grands-pères, … Parfois, il faut, dans le cas d’ethnies nombreuses et auxquelles l’Etat souhaite restituer une visibilité politique, fabriquer de toutes pièces des jours fériés, ce que rappelle le professeur Wei Ronghui, styliste, graphiste en renom en Chine, directrice honoraire du musée national des minorités de Chine : « durant les années 80, nous avons réfléchi au moyen de redonner des racines à des ethnies du Yunnan. Nous devions accompagner la réapparition de jours fériés de nouveaux environnements festifs graphiques ». Que l’on ajoute la mondialisation numérique, et ce sera la fin du réel tangible pour des applications où le virtuel va créer des joies nouvelles menant à une nouvelle approche du réel quelque peu appauvri mais plus nanti de stéréotypes sociaux…

Il n’empêche qu’à cette nouvelle forme de jansénisme sociétal, les tenants des images que sont les créateurs, même, souvent, ceux qui créent des applications numériques, le besoin de l’œuvre sur support papier se fait encore sentir en cette occasion que demeure le Nouvel an.

J’ai, pour ce court développement sur un sujet qui tiendrait des volumes, choisi quelques cartes de vœux reçues cette année pour le Nouvel an occidental.

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Dong Baichuan, artiste et chercheur, un parcours entre peinture et ethnographie

A propos de la soutenance de thèse du 17 décembre 2021 qui confère à ce créateur le titre de docteur du Muséum national d’Histoire naturelle, spécialité anthropologie culturelle.

董百川,艺术家和研究员,绘画与民族学之间的旅程。 关于2021年12月17日的论文答辩,授予这位创作者国家自然历史博物馆博士,专业文化人类学。

par Christophe Comentale

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[Colloque] Bande dessinée en Asie orientale / Comics in East Asia

Notre consoeur, Marie Laureillard participe au colloque international qui aura lieu au musée du quai Branly – Jacques Chirac, Paris, le 14 octobre prochain, Bande  dessinée  en Asie  orientale   / Comics in East Asia.  Elle en est l’un des quatre membres organisateurs.

Elle présente un auteur taiwanais sous l’intitulé suivant :

L’esthétique du wuxia en bande dessinée : l’exemple de Chen Uen [Zhèng Wèn en phonétique pinyin, 鄭問 (1958-2017)].

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A propos des publications des années 1970 en Chine

par Christophe Comentale

Il est, depuis une bonne vingtaine d’années, fréquent de souligner l’excellence de l’édition chinoise, un créneau chronologique en phase avec l’entrée de la Chine à l’Organisation mondiale du Commerce, en 2001. Moins citée, moins connue à l’étranger, une édition populaire florissante a existé dès que la République a remplacé l’Empire, durant les premières décennies du 20e siècle. Propos sur une esthétique de la reprise.

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MONSTERAS & DÉCOUPES

par Christophe Comentale

 Une fleur solitaire sur une tige haute. Quant à la couleur, d’un blanc-crème, elle vire à un jaune parcheminé et rend un liquide blanchâtre. Floraison puis épanouissement donc. et des feuilles, somptueuses, monstrueuses.

   


Ci-dessus, de gauche à droite. (ill. 1), Henri Matisse, Jazz (pages intérieures), Gouaches découpées et calligraphie, Paris : Tériade, 1947 ; (ill. 2) Composition, 1949, lithographie en coul., 21,5 x 26 cm. Couverture lithographique du catalogue d’exposition d’œuvres récentes de Matisse exécutées de 1947 à 1948. Paris :  musée national d’Art moderne de Paris, juin-sept. 1949


DÉPARTS

J’ai aimé le face à face avec les coloris des sérigraphies que Matisse a imprimées pour Jazz, pas les formes humaines, un peu trop simplifiées et assez dépersonnalisées car trop proches de découpes primordiales (ill.1 & 2) sans vraiment de cachet particulier – justement – pour les personnages, a contrario des formes végétales. Ce qui était, dans les faits, une façon plus habile de mettre en avant le sens et la force de ses couleurs.

Comme l’a noté ce magicien,

« le papier découpé me permet de dessiner dans la couleur. Il s’agit pour moi d’une simplification. Au lieu de dessiner le contour et d’y installer la couleur – l’un modifiant l’autre -, je dessine directement dans la couleur, qui est d’autant plus mesurée qu’elle n’est pas composée. Cette simplification garantit une précision dans la réunion des deux moyens, qui ne font plus qu’un. » Henri Matisse, Ecrits et propos sur l’art.

 

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Graveurs sur bois français de la 1re moitié du XXe siècle

par Christophe Comentale

Le marché mixte de la place d’Aligre, un marché dont les étals sont aussi chargés de nourriture que d’accessoires, d’objets, de documents papier, est situé entre l’hôpital Saint Antoine et à dix minutes de la Bastille. L’abondance y est quotidienne. Les brocanteurs ne sont pas nombreux, au plus une petite dizaine, mais leur marchandise est souvent surprenante.

En particulier, les étals de livres sont impressionnants : sur des lits de camp militaires, des centaines de volumes sont souvent disposés dans le désordre le plus anarchique autant que les volumes peuvent être classés selon une méthode qui a l’intérêt d’en faciliter la consultation, par exemple en mettant sur la tranche les volumes classés par format les uns à côté des autres afin que, seuls, les dos apparaissent.

Je me suis retrouvé par hasard face à un mètre linéaire de volumes assez semblables les uns aux autres : une édition des œuvres complètes d’Anatole France (1844-1924) publiée de 1925 à 1935 chez l’éditeur Calmann Lévy. Cet ensemble de 25 volumes au format in-quarto  imprimé sur Vélin du Marais laisse apparaître par transparence un filigrane reprenant la signature de l’écrivain. Cet ensemble est paru lors de la disparition de l’homme de lettres fécond qu’a été Anatole France. Chacun des volumes, dorés sur tranche, était paré d’une reliure à coins bleu sombre, le dos orné de petits fers à caisson. Il existe une édition brochée, mais aussi de nombreux collectionneurs se sont attachés à rehausser tous les volumes de reliures diverses.

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Harold Halfon, approches créatives pour un nouveau lieu

par Christophe Comentale

Bâtie sur un des gisements de gypse de la butte de Beauregard, La Maison, lieu culturel Est-Ouest ouvre ses portes le 10 avril 2021 pour accueillir l’exposition d’un florilège d’œuvres de Pierre-Yves Coustère (1938-2017).

La reprise d’un lieu unique

Dans ce contexte de préfiguration, la directrice du lieu, Ma Li Dautresme redonne un dynamisme autre à cette demeure de l’Est parisien sise dans le quartier de la Mouzaïa. Un des éléments de cet ensemble composé essentiellement de maisons de ville construites en briques le long de voies de 3 mètres de large. Leur unité architecturale résulte de l’application de traités de 1889 entre la Ville de Paris et les lotisseurs privés. Les façades, à l’origine en briques apparentes, ont, pour la plupart, été recouvertes d’un enduit. La Maison se distingue par ses ferronneries géométriques et un imposant bosquet de Pseudosasa Japonica, une espèce de bambou très dense, résistant au froid comme au soleil, ses chaumes droits attirent les quelques mésanges qui peuplent les buttes voisines.

« J’ai grandi dans ce lieu de mémoire où les meubles chinois étaient très présents, souvenirs de l’activité de ma mère et de mon oncle » rappelle Ma Li Dautresme, architecte d’intérieur et directrice artistique aux éditions du Fenouil dont elle dirige deux collections, Réceptions et Images. « J’ai toujours été à mi-chemin entre deux cultures, celles de la Chine et aussi bien de la France. C’est ce qui a orienté mon choix pour des manifestations entre Est et Ouest. J’ai aussi voulu laisser de jeunes créateurs insuffler des touches autres dans cet environnement fortement structuré. C’est Harold Halfon qui va présenter lustres et sièges ».

Harold Halfon et Ma Li Dautresme dans la Maison, lieu culturel Est-Ouest

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