A propos du…

… tondo récent de Jacqueline Ricard gravé au carborundum

par Christophe Comentale

Peintre, éditrice-fondatrice des Editions la Cour pavée en 1997, amatrice et créatrice de gaufrages uniques, les livres d’artiste de Jacqueline Ricard, une cinquantaine à ce jour, illustrent des dialogues avec des gens de lettres de tous horizons (Juliet, White,…). Un tondo récent rappelle un intérêt profond et récurrent entre esthétique et archéologie.

Sans titre (2020), gravure au carborundum, dim. 15,5 cm. Une des neuf variantes imprimées pour cette gravure en tondo.

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Les Editions du Fenouil. Naissance d’une nouvelle collection, « Réceptions », des monographies entre Est et Ouest

par Christophe Comentale

 

Lieu de diversité textuelle et iconographique, creuset de sujets entre textes et image, les éditions du Fenouil ont fait leur apparition en 1985. Depuis plusieurs années, elles ont acquis une visibilité saisonnière ou plus vivace qui contribue de donner vie à des livres de types différents.

 

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Portraits d’hier et de demain (5) « Au-delà de l’indigénisme. Manuel Gibaja, un passeur de culture »

par Alain Cardenas-Castro

Afin de poursuivre la galerie de portraits choisis dans le panorama de la création plastique contemporaine péruvienne, j’ai décidé de faire écho à l’exposition intitulée Global(e) Resistance, programmée au centre Pompidou. Mon choix s’est porté sur le plasticien péruvien, Manuel Gibaja, grand oublié parmi cette sélection d’artistes effectuée par les commissaires d’exposition, Alicia Knock, Yung Ma et Christine Macel[1] suivant la thématique proposée.

(ill. 1) Cusqueñita, aquarelle de Manuel Gibaja

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David Onri Anderson… Et livres d’artistes et zines

par Alain Cardenas-Castro et Christophe Comentale

Les éditions Nieves[1] ne cessent d’étoffer un catalogue riche de plusieurs centaines de titres dus à des créateurs de tous pays, de tous continents. C’est sur le site de cet éditeur, amateur de DIY, comme nous le sommes également lorsque nous collaborons avec des créateurs tel Olivier Allemane, que nous avons découvert le travail de David Onri Anderson. Créateur polyvalent, sa peinture, ses participations à un groupe et ses zines en font un plasticien étonnant et d’intérêt singulier (ill. 1).

(ill. 1) David Onri Anderson (2017), cliché Sam Angel

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Un paysage de Juan Manuel Cardenas-Castro : le portrait d’un rocher (11)

par Alain Cardenas-Castro

L’un des plus anciens témoignages connus de la représentation d’un paysage est celui d’une roche gravée qui remonte à la période néolithique (ill. 1). Réalisée comme certaines peintures d’aborigènes d’Australie, en « vue de dessus », ce dessin gravé décrit un territoire, à l’identique des planisphères qui révèlent une partie du monde autrement impossible à voir[1].

En observateur curieux de son environnement, l’Être humain s’est continuellement appliqué à détailler le pays dont il est originaire tout autant que d’autres lieux découverts au fil du temps. La cartographie en témoigne ainsi que les réalisations artistiques qui, de la représentation de morceaux de pays, ont fini par définir un genre pictural : le paysage. C’est, d’ailleurs, en observant ces paysages de villégiature ou des sites reproduits en peinture qu’il est possible, en opérant ces transferts virtuels ou physiques d’un lieu à un autre, de ressentir une même sensation. Le dépaysement peut ainsi produire des émotions surprenantes de bouleversement, de malaises et, à contrario, des états allant du ravissement jusqu’à l’enchantement ou l’émerveillement.

De mémoire, le premier paysage fascinant que j’ai pu observer a été celui d’un tableau qui par sa singularité et son exotisme m’intriguait. Ce paysage virtuel — une reproduction d’un territoire qui m’était alors inconnu — était accroché dans l’atelier de mon père[2] au milieu de nombreuses peintures exposées qui figuraient le plus souvent des personnages. Quelques-unes de ces peintures comportaient un arrière-plan paysager, mais le plus souvent, les personnages étaient les principaux éléments des compositions. Il m’arrivait de regarder longuement cette peinture de paysage étrange, elle me paraissait extraordinaire car elle représentait un bloc rocheux gigantesque qui devenait à lui seul, et malgré la présence de plusieurs personnages, le protagoniste de la composition. Mon père avait ainsi réalisé le portrait d’un rocher (ill. 2).

(ill. 2) Juan Manuel Cardenas-Castro. Sans titre (s. d.), huile sur toile, 94 x 81 cm (coll. privée)

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« A wake-up call for our non-stop world » : paysages dystopiques de la Chine en 2015

par Sarah Wilson

L’admiration anglaise pour la Chine et la « fusion » de nos paysages est bien connue, elle se situe autour de la figure de William Chambers qui a conçu les jardins de Kew, avec sa célèbre pagode érigée en 1762. Il est également l’architecte de la Somerset House, l’ancien siège de notre Royal Academy et actuellement le Courtauld Institute (Université de Londres), qui abrite ma vie professionnelle depuis toujours. [1]

Pourtant la vision de la révolution industrielle britannique et de ses paysages sont au cœur de mon intervention : sujet-précurseur de la situation de la Chine en 2015. Le film de Zhaou Liang, Béhémoth, et la vidéo du duo allemand UBERMORGEN, Chinese Coin, Red Blood, (Monnaie chinoise, sang rouge) nous offrent des paysages chinois où le feu et le sang remplacent le « paradis » d’un jardin ou les nuages entassés d’une peinture sur soie.

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« PAYSAGE »

par Irène Faivre

Immobile, devant un paysage, l’invitation au voyage commence. Je me retrouve enveloppée et la quiétude s’empare de moi. Je m’abandonne à des pensées vagues et rêveuses. Dans ce calme, le silence m’enlace et devient un formidable miroir. Cette vision sous mes yeux, comme un réflecteur m’amène au plus profond de moi-même. Il m’entraîne et me livre les cicatrices de mon enfance. Au cœur de ce cahot intérieur se cachait le Joyau, ma Qualité, ma Lumière. Quoique ces cicatrices restent indélébiles, faisant toujours partie de ma personne (sans pour autant me dominer !), elles ne régissent plus ma vie et au fil du temps, elles sont même devenues une force.

Une force de création, une force pour traduire l’invisible.

Tout ceci a pris naissance au détour d’une rencontre déterminante, où j’ai pu accéder à la création, en l’occurrence ma rencontre avec une personne remarquable, Véra Székély qui fut pour moi comme un don du ciel et un immense bonheur.


Enracinement (2018), acrylique, 28,4 x 38,71 cm « Ce sous bois  avec ses parties ombragées est baigné de lumière. En le peignant, j’ai pu y vivre des passages sombres de ma vie et les voir se transformer en Lumière. »


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A propos d’une œuvre de Daniel Dezeuze « Du châssis primordial il ne reste que quatre baguettes. »

par Boris Millot[1]

Art Paris 2020 a été un cru favorable à la redécouverte d’artistes rares, déjà consacrés au fil d’un œuvre singulier. Tel fut le cas de cette composition de Daniel Dezeuze.

Daniel Dezeuze, Triangulation, 1975, 132 x 121 cm, Galerie D. Templon

Du châssis primordial il ne reste que quatre baguettes, trop fines pour en assurer la rigidité mais suffisamment solides pour en maintenir l’ossature. Une traverse décentrée, qui aurait perdu sa fonction initiale, vient en partager inégalement le champ et en souligner la transparente vacuité. De la toile attendue, il ne reste que deux étroites bandes tissées, chacune fixée de biais sur l’un des montants verticaux et posée sur la barre transversale. Ainsi l’artiste semble avoir tracé, dans ce qui se rapproche d’un carré, les fragments décalés de deux diagonales. L’absence de toile ne se fait, cependant, pas sentir, le mur, support absolu, étale sa surface et vient par sa blancheur s’y substituer, créant, par contrastes chromatiques, une composition faite d’obliques et d’orthogonalités. Les jeux de déconstruction, menés par le groupe des douze[2], à ses débuts, semblent avoir, ici, perdu un peu de leur virulence au profit d’une nouvelle esthétique. Certes les plans se superposent et se confondent, (dé)mêlant toujours supports et surfaces, mais les lignes structurelles émergent et s’imposent par leur évidence. De la même façon, la matérialité s’exprime et refuse toute abstraction radicale. Le bois et le tissu s’affirment par leur teinte et leur texture et, par leur nature, rendent incertain le dessin. Ces subtiles déformations donnent au motif une grande vivacité, à la façon d’une figure angulaire tracée à la pointe du pinceau et non plus à la règle…

Daniel Dezeuze suit, une fois encore, ses premiers principes, lorsqu’il se présentait comme le partisan du châssis. Ce sont toujours ces mêmes cadres de bois, réduits à leur expression minimale, pour ne pas oublier que derrière le tableau se cache toujours une autre réalité… En souhaitant inverser les rôles, le choix des baguettes offrait l’occasion de malmener ce châssis immuable et de lui donner une souplesse habituellement réservée au tissu ainsi les lignes flottantes se tordent et les surfaces dépourvues s’animent… Les genres peu à peu s’entremêlent dans une grande confusion. Les volumes du tableau se désarticulent et le bois devient dessin quand la sculpture devient toile… C’est dans ce désordre apparent que l’imaginaire trouve sa place et ouvre toutes les voies du possible… défiant les grands discours pour plus de ravissements.

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A propos du colloque et de l’exposition « De la Terre au Ciel », Musée chinois du quotidien, Lodève

Entre deux événements, entre deux années

par Alain Cardenas-Castro et Christophe Comentale

Conformément aux grands axes que se sont fixés les acteurs du bâtiment polyévénementiel des Marches du Palais lorsque l’idée a germé de fonder un Musée chinois du quotidien, des expositions, des séminaires et d’autres actions concertées permettent une mise en valeur des collections et également des rencontres croisées sur des pôles complémentaires à ceux initialement constitués qui sont enrichis progressivement de dons de pièces spécifiques acceptées avec la plus grande prudence.

Pour l’année 2020, en raison de la complexité des procédures, le nombre des événements a été considérablement limité. La présente manifestation, De la Terre au Ciel, permet de faire le point sur l’activité de créateurs très différents, mais, tous,  attirés par la diversité de la Nature, vaste sujet qui draine des techniques et des théories différenciées.

Les contributeurs présents à ce colloque viennent d’horizons différents, leurs interventions restent des approches complétées par des bibliographies succinctes.

Pour l’été – automne 2021, une exposition sur les caractères et l’imprimerie Est-Ouest est prévue. Elle présentera d’une part un florilège d’œuvres du musée et sera complétée par des pièces provenant de collections privées. Des ateliers animés en concertation avec les établissements scolaires de la ville seront un prolongement destiné à apporter des dimensions pédagogique et culturelle fortes.

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Une symphonie de couleurs : l’exposition Yang Ermin au musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq de L’Isle-Adam

par Marie Laureillard

Le musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq de L’Isle-Adam propose une exposition intitulée Yang Ermin : la réapparition de la couleur du 19 septembre 2020 au 14 février 2021, accompagnée d’un catalogue publié aux éditions Faton (« coup de cœur » de la Librairie le Phénix). Présenté pour la quatrième fois en France, cet artiste chinois est l’un des tenants de la peinture « néo-lettrée » ou peinture au lavis, à laquelle il confère délibérément une riche polychromie. Il se situe ainsi dans la lignée de Lin Fengmian (1900-1991), Liu Haisu (1896-1994) et Wu Guanzhong (1919-2010), peintres qui tous étudièrent en France dans le courant du XXe siècle et opérèrent en leur temps une harmonieuse synthèse entre traditions picturales chinoise et européenne : la volonté de Yang Ermin d’exposer en France, symbole suprême d’art et de culture à ses yeux, pays de Monet, Bonnard ou Matisse, ne relève donc pas du hasard et l’inscrit directement dans cet héritage.

(ill. 1) L’Aube sur les monts Taihang (2012), lavis à l’encre sur papier Xuan, 113 x 80,5 cm, collection particulière.

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