A propos d’une composition florale de Rica Araï présentée à l’exposition « Epiphytes »    

par Christophe Comentale

Le 6 septembre 2018, afin de préparer sa saison de ventes pour l’automne, la société Artcurial a eu l’heureuse idée de faire une présentation d’œuvres de provenances très diverses : occidentales, asiatiques, africaines aussi, en la couplant avec la mise en espace de compositions florales surprenantes.

Huit fleuristes reconnus sur les scènes française et internationale ont été invités pour la circonstance à créer des installations épiphytes : notamment Catalina Lainé, Claire Boreau, Jefferson Fouquet, Pierre Blanchereau, Jean-Louis Castor, Rica Araï,… Ces œuvres sont en symbiose avec des œuvres de créateurs modernes (Alberto et Diego Giacometti, Lucio Fontana, Ettore Sottsass,…) destinées à des ventes à venir.

Cette initiative permet de réfléchir au traditionnel art de l’ikebana représenté en l’occurrence par une composition de Rica Araï.

La composition murale de cette créatrice japonaise qui vit et travaille à Paris comprend des branches de clématites dont le feuillage a été simplifié, épuré afin de mettre en valeur l’aspect broussailleux, voire étoilé, des fleurs dont les loges polylobées montrent un processus de fructification latent. Afin de faire un écho à cette grisaille, des branches d’une autre espèce, la glycine, en pleine floraison et dont la vivacité des couleurs, de même que la forme très classique de chaque fleur en corolle dotée de cinq à six pétales, donne un relief singulier et une profondeur exceptionnelle à l’ensemble retombant de cette composition.

           

Comme le souligne la créatrice de la composition, « j’ai eu le plaisir et la contrainte de m’adapter au lieu, et surtout, à la proximité d’une autre œuvre, celle de René Lalique dont le portrait de la comédienne Sarah Bernhardt, quasi hiératique, très symétrique, devait être davantage animé par un ensemble de végétaux devenus le prolongement de cet art français 1900 toujours très désireux de jouer des lignes souples et déportées, des sinusoïdales et excès qui donnent à chaque pièce toute sa dynamique ». Rica Araï est enseignante en arrangement floral à l’Atelier d’Hana sis à Paris. Elle est membre de la branche française Ikebana Sogetsu, association dirigée par des passionnés d’art floral et constituée par des adhérents de France ou d’Europe, étudiants et/ou professeurs qui suivent l’enseignement de l’école Sogetsu de Tokyo.

         

Rica Araï souhaite ainsi promouvoir l’art floral japonais – ikebana-, encourager les relations entre les membres de l’association avec l’école de Tokyo et les branches des autres pays par des expositions, des démonstrations ou des séminaires. L’association adhérente à l’ambassade du Japon à Paris et à la Société Nationale d’Horticulture de France.

Parmi l’important travail de cette créatrice, quatre réalisations relativement récentes montrent comment le foisonnement peut aller de pair au minimalisme qui atteint les végétaux et fleurs choisis au fil de  ces émotions parfois contenues comme aussi ces œuvres sont là pour laisser filer, glisser un regard…


Ci-dessus, de gauche à droite et de haut en bas : Lune froide (2015)  «寒月 – Kanzuki» ;  Danse de fleur (2010) «華の舞 – Hana no Mai» ; Force (2017) «力 – Chikara» ; Glace fine (2015) «薄氷 – Usuraï» (© Kojima).


La composition florale est une installation fugace, éphémère dont l’extrémité des tiges est plongée dans des vases tubulaires nécessite une remise en espace de branches similaires le temps de cette semaine de présentation. Ici, justement la pâte de verre de Lalique (signée sur la base du côté doit de l’œuvre) est un aspect également apprécié de l’art 1900, à savoir, le calme qui rappelle l’importance de la contemplation, un état qui prépara au voyage dans l’au-delà.

L’ensemble de la sélection a été coordonné par Sixtine Dubly, auteur de La tentation des fleurs (Paris : Assouline, 2016), et co-fondatrice en 2017 de l’association le collectif de la fleur française.

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