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Confessions inachevées de Ye Lingfeng

Traduction du chinois et parties liminaires par Marie Laureillard

Paris : Ed. Serge Safran, 2020. 233 p. couv. ill.

Après la prestigieuse exposition qui a eu lieu en 2014 au musée des Monuments français sur l’art déco international, manifestation qui a permis  alors de voir des architectures et des pièces décoratives de lieux de l’époque, dont Shanghai et Tianjin,  il était temps !

Temps que l’Occident puisse avoir la possibilité de comprendre comment ces années sont vécues, menées, senties en Chine. Une Chine qui, en raison de sa spécificité, reste encore admirée et honnie.

Marie Laureillard, maître de conférences en études chinoises à l’université Lumière Lyon 2 et membre de l’Institut d’Asie orientale, est aussi l’autrice de textes relatifs à cette période, d’Illustrer Shanghai en 1930 : les revues Shanghai Sketch et Modern Sketch (à paraître). Elle a traduit du chinois romans, nouvelles et poésies, dont Récit de lune de Guo Songfen (Zulma, 2007), Le goût de la pluie de Shi Zhecun (Gallimard, 2011) et Le veilleur de nuit de Yu Kwang-chung (Circé, 2020). Chercheuse opiniâtre, elle ne cesse au fil de ses recherches entre texte et image de montrer et de préciser des correspondances entre ces disciplines bien souvent trop séparées. Ses recherches sur Feng Zikai (1898, Tongxiang – 1975, Shanghai) montrent avec brio une esthétique caractéristique de ce courant qui trouve des correspondances fortes en Occident.

Ye Lingfeng et Shanghai des années 30

Une toute récente traduction de ce  roman de Ye Lingfeng tombe à pic. L’éditeur – également auteur, Heures tendres, Paul Léautaud,…  –  Serge Safran (Bordeaux, 1950) est, lui aussi, curieux de textes parfois marginaux, ou, à tout le moins désireux de révéler les tréfonds de l’âme humaine semble en phase avec un contenu quelque peu sulfureux mais sur un mode confucéen.

Ye Lingfeng parmi un groupe d’hommes de lettres (nos 11, Zheng Zhenduo, 17, Ye Lingfeng, 23, Mao Dun, 29, Xu Zhimo, 32, Ba Jin et 33, Lu Xun). Illustration of literary tea talk 文壇茶話圖 (Liuyi; Fed. 15, 1936).

Quant à l’auteur, Ye Lingfeng (1905-1975), né à Nankin, cet écrivain représentant de la littérature moderniste est une figure littéraire importante des années 1920-1930. D’abord peintre, surnommé le « Beardsley chinois », il adhère à la société littéraire Création aux côtés de Yu Dafu, son mentor. Il édite plusieurs revues littéraires et publie de nombreux romans dont,  en  1936, Confessions inachevées [《未完成的忏悔录》Wei wancheng de chanhuilu ]. Deux ans plus tard, il se fixe définitivement à Hong Kong où il poursuit ses activités éditoriales.

De soixante-cinq confessions, entre style direct et journal intime

Le roman renvoie aux années 1920-1930 à Shanghai, à l’apogée de la vague de néo-sensationnisme inspiré du Japon et de modernisme cosmopolite. Ecrit durant l’hiver 1934, le roman est publié en feuilleton dans le supplément Qingguang (《青光》) du journal The China Times (《时事新报》), puis édité en 1936. Ce roman de Ye Lingfeng, auteur peu connu en Chine aujourd’hui, a fait l’objet d’une réédition en 2008. Le volume regroupe une sélection de neuf autres nouvelles et romans ainsi que vingt essais.

Le lecteur entre dans  l’histoire d’un amour malheureux, ou plutôt inabouti, conté par un narrateur – monsieur Ye (叶先生) – à partir du journal intime tenu par le principal protagoniste, Han Feijun (韩斐君).

C’est à la sortie d’une librairie que le célèbre écrivain Ye rencontre une de ses anciennes connaissances, Han Feijun. Ce jeune homme, jadis riche et dandy, ne ressemble plus à celui qu’il avait connu. L’échange se transforme vite en confession, d’abord par la proposition que Han lui fait de lire les carnets intimes qu’il a écrits pendant une période de dépression, puis en conversations à l’hôpital où il est soigné. Là, M. Ye fait la connaissance de sa petite fille, puis, ensuite, de celle qui a bouleversé la vie du jeune homme, Chen Yanzhu. Son histoire ressemble à s’y méprendre à celle de La Dame aux camélias. Si on ne peut dire que la jeune femme est une courtisane, sa notoriété en tant que vedette de la chanson et de la danse en fait l’égérie d’un monde que rejette le père du jeune homme dont le train de vie dépend. Il s’agit donc bien d’une histoire d’amour impossible rongé par la jalousie, sur fond d’incompréhension de la relation entre homme et femme dans les années trente à Shanghai.

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