Notule sur « Javelots », une œuvre sur panneau de Francis Coffinet

« Mon cheminement de plasticien vient faire écho au poème. Une poursuite du poème par le signe et par la forme ». Francis Coffinet, Propos épars, 2019. 

par Christophe Comentale et Frédéric Harranger

Francis Coffinet (1956, Bar-sur-Seine), est poète, plasticien et acteur français. « Le travail plastique est toujours pour [lui], en quelque sorte, une poursuite du poème par le signe et par la forme » …

Du modèle à la forme

Pour une fois, trop étreindre semble possible, surtout quand l’on sait l’omniprésence du corps entre vie et mort, corps toujours sublimé au fil d’une sensualité à dessein occultée, accidentelle. Ce créateur pluriel semble éternellement en recherche sur le regard d’autrui, sur la multiplicité des sources auxquelles il puise ses images. Art brut, pratiques rituelles et personnelles, matériaux divers autant que matières ponctuellement reprises, travaillées, magnifiées afin de devenir des icônes de l’intimité dont la lecture se fait psalmodie, monologue de pulsions d’une sensualité réfrénée, gommée parfois au fil de certaines poésies ou en focale sur d’autres.

« Je fais appel à des modèles vivants afin de porter l’empreinte sur le bois. Il y a une sorte de magie vibratoire qui vient ainsi habiter les travaux et ne plus les quitter »

explique Francis Coffinet. C’est bien ce qui se dégage de ce face à face avec une présence devenue silhouette anonyme, proche d’un tag, d’un graffiti et rehaussée de cinq javelots devenus des aiguilles d’or. Les cinq armes ont acquis l’impact des aiguilles dont ici la thérapie magique remue de fond en comble un être en retrait sur le réel, un talisman votif mais dont la marque reflète la force de dialogues où signes et symboles savent être protéiformes.


Francis Coffinet, Javelots (2009 ca)

Bois, acrylique, empreinte, 58 x 29 cm
(coll. privée)


De la technique

Inclassable, cet humaniste des formes ne cesse d‘aller d’œuvre en œuvre avec une liberté qui sait cacher des obsessions, des remous de sensualité. Un certain nombre de pièces sur papier, ou sur panneau de bois, montrent un besoin d’agir sur l’œuvre à la façon d’un démiurge. Ses propos sur un usage raisonnable de la technique confirment l’expérience sur la maîtrise des matériaux, mais en laissant à la matière son pouvoir premier. « Le travail, lorsqu’il est sur bois, se développe toujours sur des panneaux ou des fragments trouvés, des planches qui ont vécu, m’ont été apportées…

Dans le cas présent, je suis intervenu ensuite avec feu, burin et acrylique. Je travaille aussi sur carton, papier, toile – il y a des bois, des formats, qui peuvent rester un moment sous terre ou recouverts d’eau, d’alcool, un travail d’imprégnation physique qui se fait alors. Matières brûlées aussi, par braise ou projection d’alcool – Parfois adjonction de poudres, de cires, d’encres, de vernis… ».

Au poète les mots de la fin :

« Un astre fait sa révolution en toi

fige tes silences et tes peurs

 

et du peu de lumière

qui traverse ta peau

j’apprends le vocable ».

Francis Coffinet, L’argile des voyous suivi de J’incise le défi. Evian-les-Bains : Alidades, 2008., p.13.

Renvois bibliographiques

Le site de Francis Coffinet fait le point sur l’activité multiforme de ce créateur poète, plasticien et acteur.


 

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