Mémoire. À propos d’une œuvre remarquable de Yuan Chin-taa, « Installation à quatre éléments » (2017)

par Christophe Comentale et Emmanuel Lincot

Yuan Chin-taa, artiste taiwanais né en 1949 est fréquemment invité à de prestigieuses expositions en Chine et en Europe. En 2017, une rétrospective de son œuvre peint et de ses prestigieuses installations de papier ont été montrées au Salon Pages de Paris où il était invité d’honneur, puis au musée Marcel Sahut de Volvic et enfin au musée chinois du quotidien de Lodève.

Différents articles publiés récemment font le point sur la création de ce créateur singulier. Ils sont listés dans l’orientation bibliographique sommaire qui suit ce mémoire.

Des installations

Yuan Chin-taa n’a aucune peur ni censure à l’égard des dimensions des œuvres qui sortent de son atelier. Bon nombre d’installations de pepier, souvent relatives à des points importants de la culture et de la civilisation chinoises montrent par exemple l’impact du thé, celui des animaux aux formes étranges, tout comme aussi, il aime grâce à la malléabilité de la pâte à papier reconstituer des formes les plus insensées qui produisent des ensembles hors normes.

Cette anormalité de Yuan Chin-taa lui confère une place singulière dans la production des artistes contemporains. Il sait allier le savoir, la culture acquise au fil des humanités, des études, à une inspiration sans cesse renouvelée, qui sait autant puiser à la publicité, à la politique, aux mouvements sociaux ainsi qu’à une sensualité et à un humour qui renforcent cette présence au temps social et humain.

A l’origine de cette œuvre, Installation à quatre éléments, une autre installation, Protection, 守护, 2017, (ill.1 et 2) plus monumentale, constituée de quelque 350 formes de cactées réalisées en papier mâché et partiellement couvertes de caractères imprimés à l’encre, comme plantées dans cinq travées constituées d’un compost de grains de riz ou des tiges de céréales, de blé – vue à l’exposition de 2017 au musée Sahut de Volvic. L’ensemble s’étend sur une superficie de 650 sur 400 cm.

La symbolique est forte : à Taiwan, ce type de cactée est censé – comme beaucoup de plantes du règne végétal – ingérer le gaz carbonique, produisant ainsi une purification de l’environnement. Outre la présence des cactées, formes en papier mâché imprimées de caractères pris à des textes classiques, chacune ayant sa place dans cet ensemble monumental. Un soleil apparu dans un fond orange rappelle la force violente de la chaleur et la sensation de brumes qui se manifestent au regard.

(ill. 1) Protection (2017) Installation

(ill.2) Protection (2017) Installation (détail)

Genèse d’ Installation à quatre éléments

Depuis lors, Yuan Chin-taa a continué de créer des cactus, toujours les mêmes dimensions, soit, 4, 5 voire 7 centimètres de diamètre et de hauteur pour toutes ces plantes (ill. 3 et 4) receleuses d’une sève qui éloigne la violence extrême de la chaleur. Outre leur caractère végétal, comme fossilisé, ce qui est dû à ces formes massives, ramassées, compactes, qui sont comme hors de la vitesse que le temps assène comme une punition sur les formes vivantes. Elles sont alors fossilisées sous les actions antithétiques de la Nature : le gel s’empare des volumes aqueux, les transforme en forme déliquescente avant de les vider progressivement de cette substance liquide afin de leur conférer un aspect plus essentiel, plus basique avec ce qui est resté pour rappeler une forme précédente, un souvenir.

Les opérations de mise en forme sont une étape importante, certes, celle de l’encrage des faces des cactus permettent à l’artiste de savoir comment choisir les textes qui vont porter des idées complémentaires venues d’œuvres de dynasties passées. Sur la plus grande des quatre plantes, cotelage blanc avec des caractères en calligraphie quasi standard, en fait celle utilisée pour les livres pratiques, pédagogiques, il s’agit de bribes du Compendium des plantes médicinales (本草纲目), dû à un scientifique, Li Shizhen qui a vécu sous la dynastie des Ming. Les autres textes, plutôt des calligraphies cursives, reprennent d’autres volumes dispensateurs de conseils pour le bien vivre.

Yuan Chin-taa a fait trois séries composées d’éléments en nombre légèrement voisins, jusqu’à sept pour la plus importante, de cette installation qui devient une sculpture dont, en dépit de la fragilité intrinsèque du matériau, le papier, la pérennité peut être assurée si les conditions de conservation sont réalisées en milieu stable. L’élément naturel, des cactées, montre un intérêt constant de ce créateur qui, depuis plusieurs décennies, ne cesse de renouveler son art tout en lui conférant un intérêt fort pour le monde qui l’entoure.

(Ill. 3) Yuan Chin-taa, Installation à quatre éléments (2017), Papier mâché, encre, plexiglas

(Ill. 4) Yuan Chin-taa, Installation à quatre éléments (2017) Papier mâché, encre, plexiglas (vue aérienne)

Orientation bibliographique

  • Christophe Comentale (dir.), Lavis, livres d’artiste et installations de papier, Yuan Chin-taa, rétrospective française 2017. Paris : les éditions du fenouil, 2017. 250 p. : ill.
  • Les peintures, livres d’artiste,  installations de papier de Yuan Chin-taa au musée Marcel Sahut de Volvic.

Publié le 2017-09-30

Les peintures, livres d’artiste,  installations de papier de Yuan Chin-taa

 

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