Livres chinois

Sélection de livres chinois tirés des collections de la bibliothèque de Fels.

Institut catholique de Paris, Bibliothèque de Fels, Exposition du 16 septembre au 16 octobre 2019.

Commissariat, Guillaume Boyer et Christophe Comentale.

Propos introductifs

Les fonds riches et divers de la bibliothèque de Fels contiennent des livres chinois d’époques et de formats différents. Ces ouvrages en chinois édités en Chine par des Chinois mais aussi par des Français lors du positionnement des hommes d’Église ou des savants occidentaux en Chine, montrent la diversité de l’histoire de l’imprimerie en Chine et aussi l’évolution des images traitées au fil des exemples choisis. Les étudiants en histoire de l’art de la filière Asie complèteront leurs cours par des exemples vus en situation, tout comme les étudiants de l’Institut catholique de Paris, conscients du poids de ce pays dans le monde actuel, feront preuve de curiosité en passant dans ce lieu convivial qu’est la bibliothèque.

Grands utilisateurs des technologies de ce siècle, les Chinois restent des collectionneurs de pièces patrimoniales dont les livres constituent le maillon essentiel du lettré, de l’homme cultivé et battant de la Chine contemporaine.

Outre les fonds anciens, les dons et acquisitions ne cessent d’enrichir le patrimoine de l’établissement. Plusieurs dizaines de livres sont récemment entrés dans les collections de la bibliothèque de Fels, il s’agit des fonds de livres donnés grâce à la générosité de Françoise Dautresme. Ces documents ont été acquis par son cousin François Dautresme, marchand, collectionneur et fondateur de la Compagnie française de l’Orient et de la Chine. Grâce à une immense curiosité, à un goût sûr, il a pu montrer que les Chinois aiment les beaux objets.

Comme l’a écrit Françoise Dautresme, « il ne viendrait pas à l’idée d’un Chinois de fabriquer quelque chose de laid. Pour lui un objet beau étant un objet bien fabriqué, et l’objet bien fabriqué étant un objet utile, seul l’utile est beau et le beau est forcément utile. L’économie dicte le geste. L’artisan prend ses ordres auprès du matériau. Le matériau donne une seule réponse. Le génie va de pair avec la récupération. Et comme en Chine tout se tient et que les contraires font bon ménage, on admet qu’une maison et sa cour, correctement orientées, représentent le monde, que trois perspectives opposées puissent coexister sur une peinture de paysan, que tous les matériaux aient le droit d’exister, que la langue écrite soit un artisanat qui rend service à la réalité des choses et que le mot soit fabriqué comme un objet ». Françoise Dautresme, Le voyage en Chine, Paris : FD, 1976.

Quelques rappels relatifs au manuscrit et au livre chinois, en particulier sur les formes de reliures qui ont été utilisées au fil des dynasties.

Le livre manuscrit a laissé des pièces remarquables tant par leur contenu que par la façon dont ce contenu était protégé. Les rapports entre le livre et la reliure ont eu des développements bien différents suivant les époques.

● Les os propitiatoires

Les écrits sont d’abord fixés sur des os de bovidés, le plus souvent, – l’omoplate surtout – , gravés, et des plastrons et carapaces de tortues. Ces documents propagent un savoir depuis la dynastie des Shang (16e – 11e s. avant J.-C.). Ils sont, parallèlement, utilisés à des fins divinatoires. Ces pratiques ont une grande importance : des sillons sont pratiqués sur la face interne, ils sont brûlés, puis la marque laissée est interprétée. Les caractères incisés portent l’objet des prières relatives aux guerres, à l’agriculture, aux astres, à l’interprétation des rêves…

Os oraculaire gravé de caractères  (Chine, 14e-5e s. av. n. ère : dyn. Shang – période des Royaumes combattants). © Jean-Christophe Domenech – MNHN.

Au début du siècle, un lettré, philologue, archéologue, calligraphe et graveur de sceaux, Dong Zuobin, 董作宾 (1895-1963), s’est intéressé à ces documents et a remarqué que deux ou plusieurs plastrons de tortues peuvent recueillir la continuité d’un écrit, et qu’ils étaient réunis afin d’avoir l’ensemble du contenu.

Cependant, en raison de leur peu de commodité, ces matériaux ont, peu à peu, été abandonnés pour d’autres supports tels le bois ou le bambou. Si leur origine est attestée pour une période qui remonte jusqu’à la dynastie des Shang.

Les plus anciens documents excavés datent du 3e s. avant J.-C. Ces livres étaient une suite de fiches (ou lamelles) longues et étroites, couvertes d’une, parfois deux, colonnes de caractères.

Le bois est utilisé surtout dans la partie septentrionale et semble avoir servi à la retranscription des documents officiels, tandis que le bambou qui pousse dans le sud était plutôt réservé aux documents littéraires. Le bois peut, après avoir été scié, puis séché, être utilisé. Pin, cyprès et saule sont des espèces fréquemment utilisée.

●● Lattes de bambou et fiches de bois

Le bambou a un traitement plus complexe: coupé d’abord en sections, puis longitudinalement, les lamelles (ill.) obtenues sont débarrassées de la couche verte qui les recouvre, par passage au feu, leur longueur varie de 13 à une trentaine de cm sur 0,5 à 1,5 cm de large. Une sorte de spécialisation s’est opérée. Sur les fiches courtes ou de longueur moyenne sont plutôt retranscrits les textes classiques comme les Entretiens de Confucius, le Classique des Mutations

Ces lattes sont rassemblées entre elles par des liens de soie, de cuir ou de chanvre.

Fiches de bambou

Deux liens étaient généralement attachés â l’extrémité du  » livre « , chaque moitié de lien passant alternativement au-dessus et au-dessous de chacune des lattes qui étaient parfois numérotées. L’ensemble était ensuite roulé. Sur les lamelles de la dynastie Han (3e s. avant – 3e s. après J.-C.). excavées à Dunhuang, un oeilleton était percé afin que chacune soit reliée aux autres. Parmi les très nombreuses pièces apparues lors des fouilles, on peut citer un ensemble de 77 fiches qui décrivent un inventaire d’armes. Il est daté de 93-95 avant J.-C. Chaque fiche est longue de 23 cm sur 1,3 cm de large. D’autres, datant de la fin de la dynastie des Han, sont longues de 27,3 à 27,6 cm.

Elles retranscrivent L’Art de la guerre de Sunzi (auteur qui a vécu au 5e siècle avant notre ère).

La soie, déjà connue sous la dynastie des Shang, sert également comme support de l’écrit. Attestés dès le 6e siècle avant J.-C., les manuscrits les plus anciens possédés aujourd’hui datent du 3e s. avant J.-C. Ce matériau léger mais coûteux était employé pour des documents importants ou précieux. Il se présentait sous la forme de rouleau en une seule pièce, ou en raccords. Certains textes classiques retranscrits ont nécessité une longueur de plus de 7 mètres de ce matériau. Le texte, calligraphié, sur le rouleau, était doublé, et entouré d’une bordure de différentes couleurs. Ainsi, le souverain Taizong (626-649), de la dynastie des Tang, utilisait la couleur violette.

●●● Le papier

La découverte du papier, au Ier s. avant J.-C., conduit à une utilisation de plus en plus importante, pour, au 3e s. de notre ère, voir l’abandon des autres supports. Le livre de papier se présente sous forme de rouleau. Sa texture comprend des fibres de chanvre. ou de ramie, de mûrier…

Le rouleau (ill.) est constitué d’une suite de feuillets rectangulaires collés les uns aux autres. Au début du rouleau, un feuillet de papier, plus épais ou doublé, est replié sur une tige, ce qui lui assure plus de rigidité ; un ruban de soie est attaché au milieu de cette tige. Les caractères sont rédigés en colonnes, à l’intérieur d’un cadre parfois idéal ou tracé au plomb, ou au pinceau; il est la limite dans laquelle l’écrit doit trouver sa place.

A la fin de l’ouvrage, un colophon contient les mentions de date et de lieu de publication de l’ouvrage.

Les rouleaux qui permettent la retranscription d’un ouvrage sont rassemblés par dix dans une enveloppe de soie, de brocart ou de bambou, voire de chanvre ou de papier.

●●●● L’imprimé

Avec la naissance de l’imprimerie, avant le 9e s., sous la dynastie des Tang (618-907), la propagation des connaissances s’effectue différemment. Les Chinois gravent leurs livres, textes et illustrations, en xylographie.

Dès la dynastie des Song du Sud (11271279) apparaissent des zones importantes pour l’impression du livre: le Fujian, région côtière du Sud, puis les villes de Hangzhou et Suzhou, ainsi que le Sichuan. Les imprimeries-librairies sont aux mains de différentes familles, à Hangzhou, rue Nanda, l’établissement de la famille Yin.

Le rouleau est d’un usage constant jusqu’au 8e s., époque à laquelle apparaissent de nouveaux types de livres.

Le rouleau est très utilisé dans les documents manuscrits, et encore après l’apparition de l’imprimerie, jusque sous les Song, soit aux 10-11e s. Puis, la « reliure à plis » ou « reliure accordéon » est une transition entre le rouleau – car, comme pour ce dernier, les feuilles collées bout à bout ont une longueur importante, parfois de plusieurs mètres – et le livre. Les différents plis superposés permettent l’obtention d’un document de format rectangulaire. Cette évolution se fait jour sous l’influence des classiques en sanskrit : en Inde, les sutras étaient rédigés sur des pothis. Les Chinois apportent quelques modifications à l’aspect des documents : le sanskrit s’écrit horizontalement, alors que le chinois est rédigé en colonnes ; le format se doit d’être plus en hauteur afin de répondre davantage aux spécificités de la langue. Les plats avant et arrière de l’ouvrage sont réalisés par adjonction d’un papier fort, qui peut être de couleur, ou également en utilisant des ais de bois. Ce type de reliure n’est pas d’un maniement aisé, il se déplie trop facilement et se déchire après une utilisation moindre.

La reliure papillon apparaît sous la dynastie Yuan (1280-1368) et est utilisée jusqu’au milieu de celle des Ming (1368-1644) : les plis de gauche et de droite sont collés, ce qui empêche toute ouverture imprévue ; lorsque le volume est consulté, les pages ont l’aspect des ailes d’un papillon en vol, ce qui a donné lieu à une telle appellation.

Sous la dynastie des Ming, l’on rencontre également la « reliure à ficelle ». Ce type de reliure se compose de pages imprimées sur une seule face et pliées en deux feuillets. La face vierge n’est pas visible ; un cartouche contient des informations telles que titre de l’oeuvre, mention d’auteur, pagination, qui sont à la pliure (donc à l’extérieur du volume).

La couverture du livre est généralement en papier pour les éditions les plus courantes (romans, manuels, …) ou en tissus de toutes couleurs (soies unies ou à motifs géométriques de dragons, phénix, motifs de longévité,…) ou également en matériaux précieux.

Un certain nombre de piqures sont faites à quelques centimètres du bout des feuillets, elles traversent couverture et pages, et permettent le passage d’un fil (soie, coton,…). Ces piqures sont doubles, triples, le rendu est une suite de lignes parallèles, qui deviennent une ornementation à caractère géométrique, dont le but initial est d’assurer une plus grande solidité à l’ouvrage. Pour certains, rares ou précieux, un emboîtage est confectionné, souvent en bois.

●●●●● Des formes de reliures spécifiques

* La reliure à plis ou reliure-accordéon (jingzhezhuang) [经摺装], fanxiazhuang [梵夹装].

Une forme de reliure apparaît, c’est une sorte de transition entre le rouleau – comme lui, elle enserre un document très long – et le livre, dont le format rectangulaire devient l’équivalent des plis superposés.

Cette évolution se fait sous l’influence des classiques bouddhiques indiens rédigés en sanscrit sur des feuilles de pattras. Les plats avant et arrière des ouvrages sont réalisés par adjonction d’un papier fort qui peut être en couleur, ou également en utilisant des ais de bois.

Ainsi, le corps de l’ouvrage est divisé en unités déterminées par le pliage des feuilles de papier. Si la longueur totale peut être aussi importante que celle du rouleau, il n’y a, par contre, ni enroulement, ni déroulement, mais déplacement des feuilles, ce qui rend toute manipulation plus aisée.

Un inconvénient majeur de ce système est qu’un tel livre peut se déplier à tout moment, et, parfois, se déchirer. Pour remédier à cela, une première partie a été collée au dos de la partie droite ; il en va de même à gauche pour la partie gauche.

Cette forme de reliure a été appelée reliure tourbillon (xuanfeng ye) [旋风页], c’est une variante de la forme jingzhezhuang.

* La reliure papillon (hudiezhuang) [蝴蝶装]

Cette forme de reliure est utilisée de la dynastie des Yuan jusqu’à la fin de celle des Ming (1368-1644).

Le système de reliure à base de feuillets pliés et dépliés présentait des inconvénients, notamment celui de se déchirer facilement à l’endroit de la pliure. Aussi, sous les Cinq dynasties, une solution est trouvée : les plis de droite et de gauche sont collés, ce qui empêche toute ouverture inopportune. Lorsque le volume est consulté, les pages ont l’aspect des ailes du papillon en vol, d’où cette appellation.

* La reliure baobeizhuang [包背装].

Les pages reliées par ce système ont leur cartouche et différentes mentions à l’intérieur du livre. Pour consulter une page, il faut, lors d’une recherche, en tourner deux ; seule, une face est imprimée.

* La reliure à ficelle (xiandingzhuang) [线订装]. (ill.)

Cette sorte de reliure est utilisée du milieu de la dynastie des Ming à la fin de celle des Qing et encore sous la République. Elle est mentionnée par des textes antérieurs, notamment le Mozhuang manlu [墨庄馒录] de Zhang Bangji [张帮基]. Cependant, les reliures actuellement connues datent du milieu de la dynastie des Qing.

Ce procédé provient du système de reliure baobei, avec lequel il a des points de similitude : en effet, les pages, reliées, se font face. Avec cette forme de reliure, les mentions de titre, de tomaison, de pagination sont vers l’extérieur du livre, près de ta tranche.

La couverture est généralement en papier ou tissu, de toutes couleurs ; un certain nombre de piqures, 4, 6, et plus – jusqu’à une dizaine – sont faites, dans lesquelles est passé un fil. Les variantes sont peu nombreuses : piqures simples, doubles, triples, à but esthétique mais également de solidité.

Reliure à 8 points

Reliure à 4 points

 

 

 

 

 

 

 

 

La face vierge n’est pas visible, le cartouche contient des informations telles que titre de l’oeuvre, mention d’auteur, pagination qui sont à la pliure.

La couverture du livre est généralement en papier pour les éditions les plus courantes (romans, manuels. . .) ou en tissus de toutes couleurs (soies unies ou à motifs géométriques. de dragons, de phénix…). Les grandes encyclopédies éditées sous la dynastie des Qing : Recueil impérial de livres nouveaux et antiques (Yushi gujin tushu jicheng), Encyclopédie en quatre magasins (Siku nquanshu) ont des couvertures en couleurs particulières, rouge, verte, jaune, l’Encyclopédie en quatre magasins, est organisée en quatre catégories: livres philosophiques et classiques, littéraires, historiques… (ill.)

Un certain nombre de piqûres sont faites à quelques centimètres du bout des feuillets, tant de couverture que des pages, à travers lesquelles l’on passe un fil. Ces piqûres peuvent être doubles, triples, le rendu est une suite de lignes parallèles, qui deviennent une ornementation en figures géométriques, dont le but premier est une plus grande solidité de l’ouvrage.

Pour certains, précieux, un emboîtage en bois est confectionné ; il est également en tissu, très souvent bleu foncé, avec pièce de titre blanche, rectangulaire, sur la face supérieure.

Avec la fin de la dynastie des Qing (dernières années du 19e s. et première décennie du 20e), sous la pression de la pénétration étrangère, le livre change peu à peu: l’on peut citer des reliures traditionnelles accompagnées de planches hors-texte (gravures sur cuivre) ; cependant, ces éditions, rares, ne supplantent que très exceptionnellement les reliures à ficelle.

Manuscrit à figures, éd. populaire (fonds F.D.).

Il faut attendre le 20e siècle pour voir la Chine s’équiper conformément aux nouvelles technologies qui proviennent de l’Occident : l’occupation japonaise, la coopération sino-soviétique, l’aide américaine… ont laissé au pays la possibilité de voir des volumes in-quarto, in-octavo, brochés, cousus, collés… Les formats du papier sont donc inspirés de ces pays.

Actuellement, les bibliophiles chinois recherchent avec autant de passion que leurs homologues d’autres pays les reliures anciennes, remarquables, certes, par leur présentation : soieries utilisées, calligraphies des pièces de titre… Cependant le contenu prime sur l’aspect extérieur.

Ainsi, les éditions Song sont les plus appréciées en raison de la beauté des caractères xylographiques ou mobiles imprimés, de la provenance de l’ouvrage…

Au contact des phases d’une modernisation intensive qui ont accompagné l’ouverture du pays, les éditions actuelles peuvent être de grande qualité, au niveau typographique, dans le choix des illustrations, sans que la reliure occidentale n’ait pu déboucher sur une créativité intéressante. La reliure traditionnelle chinoise est, et reste, totalement différente, non seulement au niveau de son aspect, mais également par la façon dont le collectionneur l’appréhende, la conserve. Peut-être cette période de transition donnera-t-elle un renouveau à cet art.

Catalogue des livres exposés Sélection de livres chinois tirés des collections de la bibliothèque de Fels.

1- Encyclopédie de vulgarisation 

Encyclopédie de vulgarisation sur des sujets sociaux, historiques et de culture générale. 8 tomes en reliure à ficelle à 4 points. Edition lithographique. [Pékin] : 1907 [33e année de l’ère Guangxu]. [cote FD…]

  • 1 tome d’introduction non numéroté,
  • Tome 2 (en 2 livres),
  • Tome 3 (en 2 livres),
  • Tome 4 (en 2 livres),

Emboitage de toile bleue en mauvais état. Edition impériale, ère Guangxu光緒帝, 33e année (1908). Ce monarque est au pouvoir de 1875-1908, année de sa mort. [cote FD ….]

2 – Sélection de peintures anciennes et modernes chinoises 

Sélection de peintures anciennes et modernes chinoises. Pékin : Zhongguo shuju, s.d. Ed. en reliure à ficelle à six points, 4 vol. Parmi les planches xylographiques, ici l’une représentant une œuvre du peintre Bada shanren (八大山人, «  l’homme des huit grandes montagnes »), (Zhū Dā朱耷), (16251705), artiste peintre et calligraphe chinois du XVIIe siècle

Pour l’exposition, reprendre le vol. ouvert à la page du peintre Bada shanren (Zhū Dā朱耷), (1625 – 1705). Surnommé Badashan ren (八大山人, «  l’homme des huit grandes montagnes »), cet artiste peintre et calligraphe chinois du XVIIe siècle est l’un des plus connus parmi le courant des artistes dits excentriques ayant vécu sous la dynastie Qing. [cote FD ….]

3 – Livre de compte

Livre de compte, registre manuscrit, reliure à ficelle, format dit à l’italienne. s.d. [1re moitié du XXe s.]. Les colonnes tracées en rouge permettent de répertorier les sommes dues. [cote FD ….]

La collection Dautresme comprend un nombre impressionnant de livres de comptes allant de la dynastie Qing (1644-1911) à la République. Lors de la vente de 2017, un très grand nombre a été dispersé. [cote FD ….]

4 – Mao Zedong, trente-sept compositions poétiques

Mao Zedong, trente-sept compositions poétiques, introd. de Guo Moruo. Changsha : s.l. [1964 ca. ]Reliure à ficelle. Les textes sont imprimés sur des fonds noirs semblables à des estampages. Deux éditions sont présentées, l’une à colonnes réglées, l’autre sur fond noir. [cote FD ….]

5 – Le traité du Jardin du Grain de moutarde 芥子园畫传

Le traité du Jardin du Grain de moutarde 芥子园畫传 (1679 – 1701 ; 1818). Différentes éditions xylographiques et lithographiques, XXe s. Composé à l’intention de ceux qui désiraient s’initier à la peinture à travers la copie des modèles classiques anciens, ce manuel de peinture propose en fait un cours de dessin complet et méthodique, partant du trait pour aboutir à des sujets concrets et achevés : arbres, roches, fleurs, personnages,…

Plusieurs exemples d’illustrations choisies dans les différents recueils :

  • Le dessin d’un oiseau par éléments successifs,
  • Les arbres,
  • Les compositions en forme d’éventail,
  • Un emboîtage en papier de lettré.

[cote FD ….]

Le recueil du Jardin du Grain de Moutarde. Le Jardin du grain de moutarde (1679 – 1701 ; 1818). Jieziyuan huazhuan [芥子园画传], constitue pour la critique chinoise une suite au Manuel de peinture du studio des dix bambous de la fin des Ming. Dû à Li Yu, qui habite à Nankin au Jardin du grain de moutarde.

4 recueils à partie esthétique,

  • Manuel des arbres,
  • Manuel des roches et montagnes
  • Manuel des personnages, éléments d’architecture, prunus, pin et orchidée
  • Manuel des compositions

Le jardin du grain de moutarde (Jieziyuan huazhuan [芥子园画传]), constitue pour la critique chinoise une suite au Manuel de peinture du studio des dix bambous de la fin des Ming. Le nom de cet atelier fait référence à un passage du Zhuangzi, texte taoïste de l’époque des Royaumes Combattants (481-255). En parlant de la relativité de toutes choses, le Zhuangzi compare l’immensité du monde à la grandeur d’un grain de moutarde. Reprenant à leur compte cette image, les éditeurs de l’Album de peinture du Jardin grand comme un grain de Moutarde s’efforcent de démontrer que l’immensité du monde peut être captée par quelques minuscules traits de pinceau. Composé à l’intention de ceux qui désiraient s’initier à la peinture à travers l’imitation des modèles classiques anciens, l’Album de peinture propose en fait un cours de dessin complet et méthodique, partant du trait pour aboutir à des sujets concrets et achevés. La publication de cette collection d’estampes célèbres a été entreprise dès l’année 1679. Les dernières pièces ne suivront que quarante ans plus tard. L’Album de peinture du Jardin grand comme un grain de Moutarde a été introduit en Occident par Raphaël Petrucci, en 1918, à travers son Encyclopédie de la peinture chinoise, qui donne une traduction, des commentaires et un choix important de reproductions d’estampes.

6 – Recueil de personnages célèbres

Recueil de personnages célèbres. Ed. impériale, ère Guangxu, 2e année de règne (1877). Reliure à ficelle. Couv. en caractères or imprimés sur papier orange. Le contenu est relatif à des données populaires durant l’année lunaire, ces données traitent des biographies de personnages célèbres pour leur exemplarité.

Les planches xylographiques sont à la partie supérieure de l’ouvrage, les textes à la partie inférieure. [cote 25 975]

A propos des recueils de personnages célèbres. Les recueils de personnages célèbres sont une des formes de moralisation de la société : des héros de différents sites, provinces aux recueils de femmes vertueuses, l’exemplarité est une des constantes de cette civilisation. Même dans une époque plus récente, la Chine maoïste vante l’exemplarité de Lei Feng, jeune pionnier entièrement dévoué à la cause commune.

7 – Le bodhisatva Guanyin

Le bodhisatva Guanyin . slnd. [ca XIXe s.], reliure à ficelle, édition populaire, couverture en papier jaune, en mauvais état. Guanyin (觀音) est le bodhisattva associé avec le concept de la compassion dans le bouddhisme d’Asie de l’Est. [cote 25 977]

A propos de Guanyin. Guanyin (觀音) est le bodhisattva associé avec le concept de la compassion dans le bouddhisme d’Asie de l’Est. Le nom de Guanyin est une forme abrégée de Guanshiyin, qui signifie l’Essence de sapience qui considère les bruits du monde. On parle également parfois de Guanyin Pusa ( : 观音菩萨 ; chinois traditionnel : 觀音菩薩 ; pinyin : Guānyīn Púsà ; littéralement : « Bodhisattva Guanyin ») et au Japon de shōkannon (聖観音). À la différence de l’Inde, sa représentation en Chine est de sexe féminin, une rareté dans le bouddhisme. Sa forme japonaise est aussi souvent féminine, avec quelquefois des traits masculins.

La version généralement acceptée en Asie de l’Est est que Guanyin tient son origine d’Avalokiteśvara (ou Âryâvalokiteśvara en sanskrit). Communément considérée en Occident comme déesse de la Miséricorde, Guanyin est aussi révérée par les taoïstes en tant qu’Immortelle. Avalokiteśvara indien et Guanyin chinoise se distinguent cependant par la ferveur religieuse qu’elles suscitent : si le premier est considéré comme un des bodhisattva parmi les plus importants du bouddhisme indien, l’autre est élevé au rang de divinité.

8 – Mencius孟子

Mencius孟子slnd [XIXe s. ca]. Impression sur un papier occidental, adaptation du modèle de reliure dit en tourbillon. A noter, les noms interdits – par exemple celui de l’empereur – dépassent du cadre régulier constitué par le filet typographique qui délimité le texte imprimé. Mengzi est la forme latinisée de Mencius (380-289 av. n ère). Penseur chinois confucéen ayant vécu durant la période dite des Royaumes combattants. [cote 25 980]

A propos de Mencius. De son nom personnel Meng Ke, ou Mengzi (380-289 av. n ère), ce penseur chinois confucéen vit durant la période dite des Royaumes combattants. Mencius aurait étudié auprès d’un disciple de Zi Si, petit-fils de Confucius. Se posant en défenseur des stricts enseignements du maître, il a combattu sans relâche les « hérésies extrémistes » des disciples de Mo Zi et de Yang Zhu. Sillonnant la Chine chaotique des Royaumes combattants à la recherche d’un sage-roi capable de restaurer la paix, il a rencontré un grand nombre de princes de cette époque et leurs entretiens sont consignés dans le livre qui porte son nom, le Mencius, l’un des Quatre Livres formant, avec les Cinq Classiques, le corpus néo-confucianiste tel que défini par Zhu Xi, le grand réformateur des Song. Il est appelé ‘Maeng-ja’ en Corée, et ‘Môshi’ au Japon.

9 – Han tseu thso-yao : exercices progressifs sur les clefs et les phonétiques de la langue chinoise, suivis de phrases familières et de dialogues. Texte autographié, à l’usage des élèves de l’École des Langues Orientales. Paris : Duprat, 1845. Sur les plats, tampon humide : « Léon Bureau Nantes ». Léon Bureau (1837-1900), armateurs nantais, capitaine au long cours, reconnu pour son grand intérêt et son travail pour les langues et dialectes. [cote 25 978]

10 – Alphabet mandchou Paris : Galland, 1807. Mention manuscrite sur la page de faux-titre : « E. Littré 9bre 1834 ». Émile Littré (1801-1881), célèbre lexicographe dont la bibliothèque a été donnée à l’Institut catholique de Paris. [cote 25 942]

 11 – Laurent Li, Le livre des épitres Shanghaï : orphelinat de Tou si wei, 10 oct. 1887 [cote 25 912]

Père jésuite Laurent Li (1840-1911) né Li Wenyu, connu comme le plus prolifique auteur chinois d’origine chrétienne de la fin de la période Qing et le premier éditeur chinois d’un journal en langue chinoise dans la capitale émergente de l’édition en Chine, Shanghai.

A propos de l’orphelinat de Tou si wei. C’est près d’un ruisseau comblé par de la terre – tushanwan en chinois – (d’où son nom) que les jésuites français font construire un orphelinat pour garçons sur la colline en 1864, non loin de leur église.

Le lieu a été doté d’un musée, le musée de Tushanwan 土山湾博物馆 (en shanghaïen: Tousèwè, autrefois romanisé en T’ou-Sè-Wè). L’établissement a ouvert le 12 juin 2010 à Shanghai dans les bâtiments de l’ancien orphelinat et école professionnelle ouvert par des jésuites de Shanghai au XIXe s. (1864). Située dans le quartier de Xujiahui (connu autrefois sous le nom de Zi-ka-wei) du district de Xuhui, l’école était renommée pour avoir formé un grand nombre d’artistes.

Les pères ont aussi une imprimerie, la fameuse imprimerie de l’orphelinat de T’ou-Sè-Wè de la Mission catholique de Chang-Haï qui édite en français et en chinois de nombreuses publications d’histoire, de géographie, de théologie, de dévotion, de sciences naturelles et d’astronomie (les pères ont un observatoire), ainsi que les variétés sinologiques connues de tous les sinologues.

Parmi les personnalités qui ont fréquenté le lieu, le fameux Tchang (Zhang Chongren) qui inspira Hergé, le créateur de Tintin, était issu des ateliers de T’ou-Sè-Wè. Il terminera sa carrière comme directeur de l’Académie des Beaux-arts de Shanghai. Le lieu ferme en 1960, mais les jésuites sont chassés en 1949, date à laquelle le nouveau régime prend le pouvoir du pays. http://tsw.xuhui.gov.cn

12 – [Archives François Dautresme] FOIRE Canton [ 04.05.1986 ].

Double page de pots et jardinières en grès. Conformément à son habitude, François Dautresme tenait un état précis des pièces vues chez des artisans chinois, il en dessinait les différentes variantes, indiquait prix, adresses, ajoutait cartes de visites et éléments jugés intéressants. Ce qui donne à ce type de document d’archive toute sa valeur.

13 – Papier à lettre du Studio des dix bambous (Shizhuzhai ershisijie) imprimé en gravure sur bois en couleurs à l’eau sur les 24 périodes de l’année. Hangzhou : Palais des arts du Studio des dix bambous, 2015. Carnet-accordéon à plats toilés, pièce de titre xylographique. Carnet accordéon à 24 plis. 十竹斋二十四节水印籤纸 Page de motifs propitiatoires : narcisses et fleurs de prunus indiquent la fin de l’hiver et la venue du printemps.

14 – Le Sūtra du diamant ( Jīngāng Bōrěbōluómìduō jīng — 金剛般若波羅蜜多經 ou 金剛經 / Jīngāng jīng ). Hangzhou : Palais des arts du Studio des dix bambous, 2015. Rouleau monté sur soie, coffret. Ce sutra (ou classique) est l’un des grands textes du bouddhisme mahayana (ou du Grand Véhicule). C’est l’un des plus courts parmi les sutras Prajnaparamita, c’est-à-dire des textes qui traitent de la perfection de la sagesse transcendante. Il joue un rôle particulièrement important dans les courants méditatifs comme le chan 禅 [ zen au Japon ]. Il est l’objet de rééditions nombreuses, comme c’est le cas de cette édition moderne.

 Bibliographie succincte

Blog Sciences & art contemporain, Alain Cardenas Castro et Christophe Comentale. Depuis mai 2017, une sélection d’articles relatifs à la Chine est mise en ligne régulièrement. Ces articles complètent parfois les cours dispensés à l’institut, ils sont toujours accompagnés d’une bibliographie de renvoi.

  • Alain Cardenas-Castro et Christophe Comentale, Du livre d’archéologie au livre d’artiste d’Est en Ouest. Publié le 2018-07-23 http://alaincardenas.com/blog/oeuvre/du-livre-darcheologie-au-livre-dartiste-dest-en-ouest-2/
  • Comentale, Christophe, Le fonds François Dautresme, collectionneur, photographe et marchand du quotidien chinois. Publié le 2018-05-06 http://alaincardenas.com/blog/evenement/le-musee-chinois-du-quotidien/ 
  • Comentale, Christophe, Du papier chinois, qualités et applications in : Support – trace, 2016 (16), pp. 6-23, ill. Bibliog. pp. 21-22.
  • Comentale, Christophe, La gravure en Chine : des origines aux Qing in : Nouvelles de l’estampe, 1989 (103-104), pp. 4-18 : ill.
  • Comentale, Christophe, La reliure en Chine : particularités et évolution in : Art & métiers du livre, 1987 (144), pp.43-48 : ill. in : Art & métiers du livre, 2001 (226).
  • [Exposition. Monaco, Grimaldi forum. 2004]. Chine, trésors du quotidien : sur les traces de François Dautresme : [exposition, 9 avril-16 mai 2004, Grimaldi Forum] / [catalogue sous la dir. de Jean-Paul Desroches]. Milan : Skira, 2004. 195 p. : ill. Bibliogr. pp.194-195.
  • Joseph de la Servière, L’orphelinat de T’ou-Sè-Wè, 1864-1914 : son histoire, son état présent, T’ou-Sè-Wè : Imprimerie de l’Orphelinat, 1914. 47 p. : ill.
  • Marie Laureillard, Le Musée chinois du quotidien ou la beauté de l’art utilitaire. Publié le 2018-07-03 : http://alaincardenas.com/blog/evenement/le-musee-chinois-du-quotidien-ou-la-beaute-de-lart-utilitaire/
  • Joachim Kurtz, « The Works of Li Wenyu (1840-1911) : Bibliography of a Chinese-Jesuit Publicist », Wakumon, 11, 2006, pp. 149-158.
  • Joachim Kurtz, « Messenger of the Sacred Heart : Li Wenyu (1840-1911) and the Jesuit Periodical Press in Late Qing Shanghai » in : Cynthia Brokaw, Christopher A. Reed (éd.), From Woodblocks to the Internet : Chinese Publishing and Print Culture in Transition, circa 1800 to 2008, Leiden ; Boston : Brill, 2010, pp. 81-109.

 

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