L’homme qui parle aux métaux

Propos comptés et ouverts à partir d’une sculpture de Liu Po-chun acquise par le Muséum et exposée dans les collections permanentes du Musée de l’Homme

par  Christophe Comentale.

Originaire de Taiwan où il est né en 1963, LIU Po-chun manifeste tôt un intérêt pour la Nature et la complexité de ses formes, toutes enclavées dans des réseaux immatériels de signes. Il fait ses études dans son pays natal, puis ressent la nécessité de voir d’autres approches artistiques. Il prépare et obtient son diplôme en arts plastiques à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-arts de Paris en 1991.

Liu Po-chun à Taipei, devant le temple de la méditation favorable 圆通禅寺. Construit en 1927, il est situé sur le Mont Kezilun柯子仑山 et proche de son atelier. cl. ChC (mars 2018).

Depuis lors, ce sculpteur intrépide mène, en parallèle à sa carrière d’artiste plasticien, une activité professionnelle d’enseignant à l’université nationale des arts où il est d’abord enseignant avant de devenir de directeur du Département de sculpture.

Son atelier, un vaste pavillon à deux niveaux, est situé sur les collines de Taipei, au sein d’une flore subtropicale. Ce vaste lieu est à la fois un chantier en constante effervescence où les assistants polissent le métal, l’oxydent, le tordent, lui infligent toutes les torsions et métamorphoses possibles.

A l’étage, une présentation de pièces qui ont, d’ores et déjà compté pour ce créateur en constante recherche, de même qu’une bibliothèque fournie montre les aspects technique de cette discipline et les créateurs asiatiques ou occidentaux – comme d’autres continents – qui lui sont chers.

         

L’homme est au centre de cette création : seul, en meutes infinies, majestueux ou, au contraire, comme en pleine croissance, mais une croissance envahissante et impossible à canaliser, Liu Po-chun joue autant des pleins que des vides, dynamiques extrêmes qui donnent cette intensité fourmillante à certaines, comme d’autres sont empreintes de hiératisme et d’un attentisme quasi intemporel.

Liu P’o-chun, Paysage fantastique (2017). Bronze, installation (détails)

Liu P’o-chun, Paysage fantastique (2017). Bronze, installation (détails)

 

 

 

 

 

 

Liu P’o-chun, Paysage fantastique (2017). Bronze, installation.

Il a déjà à son actif un nombre impressionnant d’expositions personnelles et collectives dans bon nombre de musées.

Renvoi bibliographique

Parmi l’impressionnante masse documentaire qui traite de l’activité de ce créateur, nous mentionnerons une récente monographie, Metamorphosis of ironman : Liu Po-chun sculptures, 1997-2015. 金刚变 刘柏村的雕塑 1997-2015. Taipei : Galerie intle Chini, 2016.371 p. : ill. Bibliog. Pp. 358-359. Index des oeuvres


LIEOU P’o-tsun (LIU Bocun) Dragon (2015), bronze, H. 42 x L. 64 x larg. 21 cm (coll. Musée de l’Homme – Paris).

Cette pièce est le résultat d’une demande particulière : représenter chaque continent à l’aide d’un animal, réel ou fabuleux : la pintade, la chauve-souris, le coq,… et pour l’Asie, un animal imaginaire, le dragon chinois, bienveillant, né de l’inventivité du sculpteur taiwanais, Lieou P’o-tsun.

Le dragon, ailé ou aptère, est mentionné au fil des corpus anciens chinois, comme le Classique des monts et des mers (7e – 14e s.), traité géographqiue mêlant des éléments mythiques au réel. La puissance de l’animal et la complexité de son corps renvoient à celles des pièces de bronze propitiatoires apparues dès le 16e s. avant notre ère. Si l’on regarde la pièce à hauteur d’œil, la quinzaine de strates de bronze rivétées qui constituent ces dragons présentés en épaisseur se fondent en une seule et acquièrent la légèreté d’un papier découpé porte-bonheur.

Liu P’o-chun est coutumier des oeuvres qui présentent  et rassemblent des hommes en nombre limité ou au contraire en infinités aléatoires. Il n’empêche que cet anthropologue reste un surprenant inventeur de formes et d’associations surprenantes qui ne cessent de redimensionner un réel où la subjectivité se substitue à toute logique.

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