L’espace de l’atelier et au-delà : à propos d’une esquisse représentant Juan Manuel Cardenas-Castro (1)

Par Alain Cardenas-Castro

Ce texte est le premier  d’une série d’articles relatifs au peintre Juan Manuel Cardenas-Castro. Ces articles seront publiés au fil de la progression de mes recherches sur ce peintre qui a influencé mon propre processus de création. D’abord, en étant mon précepteur artistique, ensuite, en devenant un modèle vivant que j’ai dessiné et peint et parfois modelé. Enfin, ce modèle traduit plastiquement s’est révélé comme un élément graphique récurrent dans mon œuvre. A partir de là, il a contribué aussi au développement de certains de mes thèmes graphiques et de leur évolution, tant technique que symbolique ou signifiante.

Alain Cardenas-Castro   L’espace de l’atelier (1981) Huile sur bois 53 x 30 x 2 cm. Coll. A. Cardenas-C. © Alain Cardenas-Castro

En ce jour de fête des morts je ne me déplacerai pas au cimetière du Montparnasse pour rendre hommage à mes ancêtres, j’exhumerai plutôt, de mon fonds de peintures, cette œuvre que j’ai réalisée en 1981 représentant mon père, assis dans son atelier, afin de relater les détails et anecdotes s’y rapportant.

Ce tableau, de moyenne dimension pour un portrait, a été exécuté sur un morceau de bois récupéré dans le grenier de l’atelier de mon père artiste-peintre. Cette pièce de bois aggloméré a servi en d’autres temps à renforcer la construction d’une mezzanine sur laquelle étaient entreposées ses productions artistiques.

J’ai saisi l’opportunité de ce furtif moment de pose pris par ce modèle vivant, assoupi pendant quelques instant, à l’aide de ce panneau de bois que j’ai utilisé comme support improvisé. Il m’a permis d’élaborer cette esquisse peinte.

Alain Cardenas-Castro Dans l’atelier de dos (1983) Huile sur bois 16 x 15,5 cm. Coll. A. Cardenas-C. © Alain Cardenas-Castro

Dans l’urgence, j’ai pu saisir cette pose — que j’ai maintes fois reproduite, d’abord, sous la forme de croquis dessinés, de peintures et parfois de sculpture, ensuite, à partir de points de vue différents, enfin, à différentes tailles et échelles suivant les supports (Voir photos). —, une pose providentielle dans sa configuration car singulière aux vues de ses composantes inhabituelles.

Alain Cardenas-Castro Pater (Genèse) (2010) Encre et acrylique sur papier 160 x 160 cm. Coll. A. Cardenas-C. © Alain Cardenas-Castro

Alain Cardenas-Castro Sans titre (1984) Encre sur bois enduit, comprenant l’élément graphique représentant le père (4e personnage en partant de la gauche), 16 x 11 x 2 cm. Coll. A. Cardenas C. © Alain Cardenas-Castro

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai choisi trois œuvres qui se composent d’éléments complémentaires relatifs à l’artiste Juan Manuel Cardenas-Castro.

La première œuvre, « Assemblage (1986), pigments et liant vinylique sur panneaux de bois 20 x 30 cm. (Coll. Privée) », comprend soixante cinq panneaux de format rectangulaire et de trois types différents suivant les couleurs utilisées. Le premier type, monochrome (blanc), le deuxième, bichrome (blanc et ocre rouge) et le troisième, polychrome.

Alain Cardenas-Castro Assemblage (1986), Pigments et liant vinylique sur panneaux de bois, 20 x 30 cm. Coll. privée  © Alain Cardenas-Castro

 

Panneaux de l’œuvre Assemblage (1986) comprenant l’élément graphique du père. (Détail 1) Pigments et liant vinylique sur panneaux de bois 20 x 30 cm. Coll. privée © A. Cardenas-C.

Détail 2 © A. C.-C.

Détail 3 © A. C.-C.

Détail 4 © A. C.-C.

Détail 5 © A. C.-C.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La deuxième œuvre, Sans titre (1982), se regarde verticalement. Elle est structurée par huit frises superposées, de peintures sur papier et liant vinylique comme je restitue toutes ces donnés sous la notice catalographique complète « Sans titre (1982) Peinture sur papier, pigments et liant vinylique, 195 x 110 cm. (Col. A. Cardenas-C.) ».

4 détails de la peinture d’Alain Cardenas-Castro Sans titre (1982), comprenant l’élément graphique du père. (détail 1) Peinture sur papier, pigments et liant vinylique. Coll. A. Cardenas-C. © Alain Cardenas-Castro

Détail 2 © Alain Cardenas-Castro

Alain Cardenas-Castro Sans titre (1982) Peinture sur papier, pigments et liant vinylique, 195 x 110 cm. Coll. A. Cardenas-C. © Alain Cardenas-Castro

 

 

 

 

 

Détail 3 © Alain Cardenas-Castro

Détail 4 © Alain Cardenas-Castro

 

 

4 détails de la peinture d’Alain Cardenas-Castro Sans titre (1984) comprenant l’élément graphique représentant le père. (détail 1) Peinture à fresque sur panneaux d’héraclite. Coll. privée. © Alain Cardenas-Castro

Détail 2 © A. C.-C.

 

Alain Cardenas-Castro Sans titre (1984) Peinture à fresque sur 12 panneaux d’héraclite de 200 x 50 cm. Coll. privée. © Alain Cardenas-Castro

Détail 3 © A. C.-C.

Détail 4 © A. C.-C.

 

 

 

 

 

 

 

 

La troisième œuvre Sans titre (1984) est peinte à fresque. Elle se décompose en douze panneaux d’héraclite de 200 x 50 cm. (Coll. Privée).

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette peinture a été une occasion de fixer de manière réaliste un instant de vie particulier. La vision prestigieuse de « l’artiste » illustrée dans les nombreuses descriptions stéréotypées qui l’accompagnent est ici malmenée. C’est un clin d’œil que j’ai voulu adresser à ce père dessinateur et peintre qui avait pour habitude de caricaturer les gens de son entourage. Autour de lui, sa famille et ses amis, et par ailleurs, des personnalités. (Cf photos).

 

Juan Manuel Cardenas-Castro Antonia Merce La argentina (1920) Gouache reproduite dans la revue Hogar n° 18 – Lima 14 mai 1920 © Alain Cardenas-Castro

Juan-Manuel Cardenas-Castro Les 2 Jeanots (1975) Esquisse au crayon sur papier calque 16 x 14 cm. JMCC regardant son petit neveu jean-Marc. Coll. A. Cardenas-C. © Alain Cardenas-Castro

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette caricature que j’ai effectuée à mon tour est remarquable d’abord, par la composition structurée par les absence ou présence de ses éléments. En effet, d’une part, l’unique personnage est assis sur une chaise qui n’est pas visible, l’atelier dans lequel se situe la scène non plus. De plus, ce personnage est figé et endormi, et autour de son cou est resté nouée une serviette qui lui a servi à ne pas tacher ses habits au cours du repas dominical qui vient de se terminer. D’autre part, comme élément dissonant, s’y ajoute ce casque d’écoute sonore raccordé au poste de télévision lui permettant le suivi discret d’une éventuelle rencontre sportive.

J’en profite malicieusement pour saisir ce moment incongru, mêlant d’une part, des vêtements d’apparat,et d’autre part, des accessoires qui ne font pas partie des éléments attendus que l’ont peut attribuer habituellement aux artistes.

La figure tutélaire ainsi n’est pas identifiable. Ce personnage trône, imposant et massif, en demi sommeil dans une position de méditation. Ni son statut professionnel, et encore moins son origine, peuvent transparaître au travers de ce portrait énigmatique.

Ensuite, remarquable par la technique de la peinture à l’huile appliquée sur du bois utilisée pour l’exécution de ce portrait. Ce panneau épais avait été préalablement enduit, c’est une des deux raisons pour lesquelles je l’ai retenu. La seconde parce que son format portrait était adapté.

Enfin, par les couleurs apposées aux endroits définis qui relèvent de plusieurs caractéristiques. La première, est celle en lien avec le repas, fraichement consommé, enrichi de boissons alcoolisés. Cette première caractéristique permet au rouge vermillon de délimiter les pommettes sur les joues du visage, la deuxième, est une caractéristique révélant, par l’utilisation de jaune de Naples, nuancé de terre de Sienne naturelle, les ingrédients de ce repas « cartographié » sur une serviette à l’origine immaculée, la troisième et dernière caractéristique est celle délimitant l’espace de l’atelier, par un bleu indigo mélangé aux Jaune de Naples et Vert Véronèse, ayant pour but de préciser l’atmosphère propice aux rêve et à l’imagination. Cette ambiance colorée particulière de l’atelier d’artiste dans lequel j’ai vécu, est expliquée par le fait que cet espace était baigné d’une lumière naturelle zénithale — provenant d’une verrière caractéristique des ateliers de ce type qui sont souvent localisés au dernier étage d’immeubles bourgeois parisiens — nuancée de reflets, générés par les nombreuses plantes — Philodendron ; Persea americana ; Epipremnum aureum ; Chlorophytum, etc. — en résidence dans cet espace de création.

Après cet hommage rendu à mon ancêtre défunt, je ne déposerai donc pas d’Argyranthemum ni de Chrysanthemum ou de Glebionis sur la pierre tombale de Juan Manuel Cardenas-Castro (1891-1988). Je préfère changer l’accrochage sur les murs de mon atelier de manière éphémère. Aujourd’hui cette peinture est accrochée à côté des miennes, soulignant cet atavisme familial d’un père artiste-peintre dessinateur et ethno traducteur au Musée d’ethnographie du Trocadéro puis au Musée de l’Homme (Voir en bibliographie).

Alain Cardenas-Castro Atelier III (2010), Stylo feutre et encre sur papier quadrillé, carnet 26 x 21 cm. Coll. A. Cardenas-C. © Alain Cardenas-Castro

Alain Cardenas-Castro Les écouteurs (1981), dessin sur papier, 14,5 x 10,5 cm. Coll. A. Cardenas-C. © Alain Cardenas-Castro

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Références bibliographiques

Éléments de bibliographie

  • Beyern Bertrand. Guide des tombes d’hommes célèbres. Paris, Cherche Midi 2011, 385 p.
  • Catalogue de l’exposition Bohèmes, RMN – Grand Palais 2012, 392 p. ill. en coul.
  • Bulletin du Musée d’ethnographie du Trocadéro : bulletin semestriel.Janvier 1931-juillet 1934/décembre 1935 (n° 1-8). Paris : Musée d’ethnographie du Trocadéro, 1931-1935, N° 2 juillet 1931.
  • Rivière Georges-Henri. Lettre du 20 juillet 1933. Archives du Musée d’Ethnographie du Trocadéro et du Musée de l’Homme, Correspondance, Cardenas-Castro (Juan Manuel), employé au Musée d’Ethnographie du Trocadéro et au Musée de l’Homme. Paris : Bibliothèque centrale du Muséum national d’Histoire naturelle.
  • Antonia Merce La argentina, Gouache de Juan Manuel Cardenas-Castro reproduite dans la revue Hogar, Ilustracion semanal peruana, n° 18 – Lima 14 mai 1920.

Sites

Aimez & partagez :