Juan Manuel Cardenas-Castro et la revue « Variedades » 1917-1920 (4)

par Alain Cardenas-Castro

Carlos Raygada, Portrait de Juan Manuel Cardenas-Castro (1918)

Au cours d’une mission d’étude effectuée au Pérou en mars 2018 j’ai pu, d’une part, tenter de déterminer précisément la date de naissance de Juan manuel Cardenas-Castro mais sans localiser la maison familiale des Cárdenas à Urubamba. D’autre part, il a été possible d’effectuer des recherches afin de trouver, d’étoffer et d’approfondir les sources documentaires : documents administratifs, lettres, iconographies, etc. sur les frères Juan Manuel et José Felix Cardenas-Castro.

Durant les trois semaines consacrées à ces investigations, j’ai effectué de nombreuses visites de lieux et d’institutions, d’abord à Urubamba (maisons anciennes, Mairie, Paroisse), puis à Cusco (Instituto americano de arte del Cusco, Universidad nacional Diego Quispe Tito, Universidad nacional San Antonio Abad del Cusco), et enfin à Lima (Escuela Nacional Superior Autónoma de Bellas Artes del Perú, Centro Cultural de Bellas Artes, Biblioteca y archivo del Museo de arte de Lima, Biblioteca y archivo histórico municipal de lima, Biblioteca Nacional del Perú).

Qu’il me soit permis de lister les lieux qui ont fait l’objet de visites privilégiées et liées au contexte de ce travail.

• A Urubamba j’ai pu vérifier qu’il n’existe aucune trace de Juan Manuel Cardenas-Castro dans les registres d’état civil de la municipalité. Je me suis alors tourné vers la paroisse d’Urubamba qui détient les registres d’actes de baptême sur lesquels sont précisé les années de naissance. L’acte de baptême recherché se situe sur la période allant de l’année 1891 à 1899. En effet, Juan Manuel Cardenas-Castro a souvent oralement mentionné son année de naissance en 1891 — la date de naissance qui a été gravée sur sa tombe au cimetière parisien de Montparnasse — alors que sur les documents d’état civil français elle est inscrite en 1899. Je n’ai pu accéder à tous les registres baptismaux, de plus certains sont manquants ou endommagés. Etait à disposition un registre de 1891 (ill. 1). Le nom de Juan Manuel Cardenas-Castro n’y figure nullement, par contre le nom de son père Manuel Cárdenas apparaît quatre fois en tant que padrino ou parrain (ill.2). Le parrain était important pour une famille de milieu modeste. Les familles choisissaient pour leurs enfants des parrains qui étaient des personnes appartenant à un milieu social élevé pouvant être étrangère à la famille. Cela confirme les dires de Juan Manuel Cardenas-Castro corroborés par la photo de la famille Cárdenas posant dans la maison familiale typique des maisons anciennes de la région.[1]

(ill. 1) Registre baptismal de la paroisse d’Urubamba pour l’année 1891, cl. A.C.C.

(ill. 2) Une des pages du registre baptismal de la paroisse d’Urubamba de l’année 1891. Elle mentionne le père de Juan Manuel Cardenas-Castro, Manuel Cárdenas comme padrino (parrain), cl. A.C.C.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La maison familiale des Cárdenas n’a put être encore localisée malgré la photo de famille qui a permis d’écarter quatre maisons anciennes, architecturalement conçues sur le même modèle, autour d’une cour intérieure comprenant des arcades délimitant une coursive (voir ill. 3 et 4). Pour chaque maison visitée les différences se sont déclinées, d’abord, à partir de la forme des piliers des arcades, ensuite par le nombre de piliers formant le patio, et puis par les matériaux constituants les piliers de ses arcades.

(ill. 3) Une des maisons visitées construite sur le modèle type des maisons anciennes d’Urubamba. cl. A.C.C.

(ill. 4) Une autre maison visitée construite sur le modèle type des maisons anciennes d’Urubamba. Elle ne correspond pas à la photo témoin de la maison familiale des Cárdenas. cl. A.C.C.

 

 

 

 

 

 

 

Les urubambinos se sont intéressés à cette quête identitaire. Ils y ont participé en me communiquant les coordonnées de personnes appartenant à d’anciennes générations susceptibles d’identifier la maison familiale des Cárdenas. Parmi ces anciens, Guido Ochoa Alvarez, un notaire encore en activité à l’âge de 82 ans (voir l’ill. 5). Il a pu identifier deux des membres de la famille Ochoa posant sur la photo la plus ancienne parmi le corpus iconographique en ma possession[2].

 


(ill. 5) Dr Guido Ochoa Alvarez dans son étude notariale à Urubamba. cl. A.C.C. Il a identifié 2 membres de la famille Ochoa sur la photo regroupant plusieurs familles dont les Cárdenas, voir ill. 7 de l’article De Juan Manuel et José Félix Cardenas-Castro : deux artistes péruviens au sein de la diaspora latino-américaine à Paris. (3) in blog : Sciences & art contemporain IN – MH – OUT – OFF février 2018.


 

 

•• A Cuzco, j’ai été reçu par le Directeur général de l’Universidad nacional Diego Quispe Tito qui n’a pu me renseigner sur l’éventualité des présences des frères Cardenas dans l’université d’art de Cusco, comme élèves ou enseignants. En effet, cette Ecole supérieure autonome des beaux-arts qui a depuis le 26 juin 2017 le statut d’université a été créé en 1946. A cette date Juan Manuel Cardenas-Castro était en France et son frère José Félix était revenu au Pérou pour rejoindre le corps des enseignants de l’Escuela Nacional Superior Autónoma de Bellas Artes del Perú à Lima (voir ill. 6). Deux autres institutions visitées, l’Instituto americano de arte del Cusco et l’Universidad nacional San Antonio Abad del Cusco m’ont permis de collecter des contacts et des informations afin de poursuivre mes investigations dans les milieux culturels et universitaires.

(ill. 6) Le corps des enseignants

••• Lima et ses lieux.

A Lima j’ai pu me rendre au Museo de arte de Lima (MALI). Le curador de Arte Colonial m’a informé que la bibliothèque du musée conservait des ressources documentaires, concernant Juan Manuel et José Félix Cardenas-Castro. Par contre, elle ne détenait aucune iconographie sur leurs œuvres picturales et dessinées. Nous avons pu procéder à l’échange de ces différentes ressources. J’ai pu ainsi accéder à plusieurs exemplaires de revues reproduisant des œuvres de Juan Manuel et José Félix Cardenas-Castro et documentant leurs parcours et j’ai déposé les fichiers numériques des peintures et dessins que j’ai pu répertorier jusqu’à présent en Europe et qui sont réparties dans les collections des membres de la famille Cárdenas.

ill. 7

Après ces recherches à la Biblioteca y archivo del Museo de arte de Lima, j’ai rencontré le Directeur des programmes d’arts plastiques et visuels de l’Escuela Nacional Superior Autónoma de Bellas Artes del Perú. Il m’a indiqué qu’il n’y avait aucune information dans les archives de l’école sur les frères Cardenas en tant qu’anciens élèves. L’article d’Emilio Delboy (voir ill. 7, 8, 9, 10, 11) publié dans la revue Stylo en 1920 ­– une des ressources trouvées à la bibliothèque du Musée d’art de Lima – est venu confirmé cela (voir en bibliographie). Cet article retranscrit les dires de Juan Manuel Cardenas-Castro, il retrace son apprentissage artistique d’autodidacte et décrit son arrivée à Lima, où, dès 1915, il s’affirme en proposant ses premiers dessins pour la presse dans la revue péruvienne Lulu, destinée à un lectorat féminin.

ill. 8

ill. 9

 

 

 

 

 

 

 

 

ill. 10

ill. 11

 

 

 

 

 

 

 

 

 


(ill. 7 à 11) article d’Emilio Delboy « El dibujante cuzqueño Cárdenas Castro » paru dans la revue Stylo en 1920 (voir en bibliographie)


D’autres institutions ont fait l’objet de visites dans la capitale, le Centro cultural de Bellas Artes, la Biblioteca y archivo histórico municipal de Lima, la Biblioteca nacional del Perú.

La collecte des données

A l’issue de ces visites, la collecte de nombreuses informations sur la collaboration de Juan Manuel Cardenas-Castro en tant que dessinateur et illustrateur à la revue péruvienne Variedades a été fructueuse. J’insiste sur le rôle unique de la revue Variedades (Variétés), magazine illustré péruvien du début du XXe siècle. Ce périodique est venu remplacer le magazine Prisma, une publication de luxe. Variedades s’est positionné comme une revue plus divertissante et populaire. Elle a été publiée à Lima de 1908 à 1931 ou elle était vendue en kiosque et librairie chaque jeudi. Le fondateur et rédacteur en chef des revues Prisma et Variedades, Manuel Moral y Vega, un photographe portugais, a changé le concept du magazine au Pérou en y apportant des techniques photographiques novatrices. Il introduit en 1905 la technique trichromique, avec une reproduction d’un vase avec des roses, dans le magazine Prisma.

Les Variedades, comme leur nom l’indique, offraient un ensemble de sujets qui visaient à répondre à la demande de nouveaux lecteurs. Certaines rubriques étaient dédiées à la caricature : « Chirigota » (Blague), « Gente de casa » et « La caricatura en el extranjero ». D’autres prenant un ton cosmopolite traitent des différents domaines : littéraire, économique et politique avec les rubriques : « Théâtre et spectacles », « Mode », « Anecdotes et coupures de presse », « Commerce et industrie », « Information européenne », « Personnalités et événements mondiaux « . D’autres rubriques encore, telles que « Des provinces » et « Recettes traditionnelles » ont ajouté un style populaire au magazine.

   


De gauche à droite (ill. 12, 13, 14). Couverture, page de garde et double page (personnalités et événements mondiaux) de la revue Variedades, 1918.


Variedades a été une revue importante dans le développement du journalisme autant par son graphisme novateur et sa mise en page particulière, que par ses comptes rendu dynamiques des activités politiques, sociales, culturelles et sportives menées au cours de cinq décennies au Pérou (voir ill. 12, 13, 14). Des personnalités importantes de la sphère culturelle péruvienne ont contribué à la renommée de la revue tels que Manuel Beingolea, Enrique Bustamante et Ballivian, José María Eguren, José Gálvez Barrenechea, Fausto Gastañeta, Jose Carlos Mariategui, Angelica et Clemente Palma, Ricardo Palma, Maria Wiesse, Luis Alberto Sanchez, Horacio H. Urteaga, Abraham Valdelomar, Luis Valle Goicochea et César Vallejo. D’autre part une place importante était faite à la diffusion d’œuvres littéraires étrangères. Des auteurs comme Gaston Leroux, Artur Conan Doyle, H. G. Wells, ont contribués à Variedades.

Juan Manuel Cardenas-Castro a été le dessinateur attitré de la revue pendant la période allant de l’année 1915 à l’année 1920. J’ai répertorié les dessins et peintures qu’il a réalisés au cours des années 1917 à 1920.

(Ill. 15) Une caricature de la rubrique « chirigota » (blague) par Juan Manuel Cardenas-Castro, Variedades n° 487, 30 juin 1917

Même si une publication exhaustive de ces images est envisagée, dans un premier temps j’ai préféré les sélectionner par chacune des rubriques de la revue, à savoir selon le moyen de classement comme pour le domaine culturel « théâtre et spectacles » les grandes pièces présentées ou des personnalités du monde culturel national ou international. Il faut noter que l’importance et l’impact de la caricature sont l’une des lignes de force de la revue (ill. 15). En fonction des dimensions des œuvres, celles-ci sont listées et précisées d’une notice catalographique.

Ce florilège de 20 séries d’illustrations n’est qu’une partie infime face à la masse du travail effectué par Juan Manuel Cardenas-Castro à Lima à la rédaction de la revue de 1915 à 1920.

Ces travaux reproduits au fil des six années de collaboration de Juan Manuel Cardenas-Castro à la revue Variedades, correspondent à autant d’œuvres originales. Elles sont peut-être encore conservées dans des collections péruviennes. Ma prochaine mission sera consacrée à la recherche des originaux qui permettront de nouvelles sources, notamment en couleurs, des techniques et des formats non visibles par la reproduction illustrée en noir et blanc (ill. 15). Cette partie méconnue de la création de Juan Manuel Cardenas-Castro en tant que dessinateur de presse est un pan important de son œuvre, elle augure son activité artistique et viens confirmer la force et l’expressivité de son dessin que l’on retrouvera par la suite dans ses peintures.

[1] Voir l’article CARDENAS-CASTRO Alain (2018), De Juan Manuel et José Félix Cardenas-Castro : deux artistes péruviens au sein de la diaspora latino-américaine à Paris. (3) in blog : Sciences & art contemporain IN – MH – OUT – OFF février 2018

[2] Le n° 27 : Mateo Ochoa  et le n° 24 : José martin Ochoa ont pu être identifiés par Guido Ochoa Alvarez. Voir le diagramme (ill. 8) de l’article : CARDENAS-CASTRO Alain (2018), De Juan Manuel et José Félix Cardenas-Castro : deux artistes péruviens au sein de la diaspora latino-américaine à Paris. (3) in blog : Sciences & art contemporain IN – MH – OUT – OFF février 2018.


Éléments de bibliographie

  • Arte, organo de la sociedad Daniel Hernandez, Escuela nacional de bellas artes de Lima (Perú), Enero de 1946
  • Variedades, revista semanal illustrada, casa editoral M. Moral, Lima, numéros des années 1917 à 1920
  • Stylo, lustracion mensual ano I – num. 4, International publicity c. Lima Perú, septembre 1920
  • Contrastes, arte y cultura, Revista de la Universidad nacional Diego Quispe Tito – Cusco, août 2017
  • Renonciat Annie, « Les couleurs de l’édition au XIXe siècle : « Spectaculum horribile visu »? », Romantisme, 2012/3 (n°157), p. 33-52. DOI : 10.3917/rom.157.0033. URL : https://www.cairn.info/revue-romantisme-2012-3-page-33.htm
  • Lauer Mirko. Introduccion a la pintura peruana del siglo XX, Universidad Ricardo Palma editorial universitaria Lima/ Perú 2007

Sites


Annexe iconographique : les illustrations réalisées par Juan Manuel Cardenas-Castro pour la revue hebdomadaire Variedades.

Ces différentes œuvres que sont les illustrations sont, je le rappelle, toutes dues à Juan Manuel Cardenas-Castro. J’ai pour des raisons de facilité de lecture, unifié les données de la façon suivante :

Juan Manuel Cardenas-Castro, titre de l’œuvre, (année ou sans date), technique (si communiquée), dimensions (si communiquées), mention de signature complète ou abrégée et positions sur l’œuvre : bas, droit, haut, gauche, titre de la rubrique, texte illustré et auteur (s’il y a lieu).

En l’état actuel des recherches menées, je livre à l’attention de tous des documents de travail dont la qualité sera améliorée dans les publications ultérieures.

La revue Variedades : rappel historique

La revue Variedades paraît de 1908 à 1931. Juan Manuel Cardenas-Castro collabore de 1915 à 1920. Il réalise pour chaque livraison un nombre très variable de pièces : au moins un dessin, quatre à cinq au plus sont publiés.  Il est raisonnable de penser à un corpus de quelque trois mille pièces en raison de la variété des événements pris en compte au fil de ces rubriques.

J’ai commencé le dépouillement de ces images dans le cadre d’outils liés à la préparation d’une part de mon doctorat et de l’autre, d’expositions permettant de diffuser les connaissances relatives à cet artiste. Ce travail porte sur les ressources dernièrement trouvées pour le période couvrant les années 1917 à 1920.

Remerciements

Mesdames, Genara Benavente Gutiérrez, Meliza Aroni Cárdenas, Maria Elena Ramos Cárdenas, Luiza Cárdenas de Ochoa, Maria Cardenas-Bänninger, Angela Yannis Castro, María del Carmen Castro Gutiérrez , María Antonieta Castro Gutiérrez, Margot Delgado de la Flor Castro, Lizet Diaz Machuca, Carmen Luz Diaz Vera, Térésa de Jesus Diaz Vera, Margot Gutiérrez de Castro, Sharon Lerner, Maria Paola Matos Angulo, Gioconda Mercado Guerra, Anita Moreau, Cécilia Pardo.

Messieurs, Carlos Hugo Aguilar Carrasco, Wilfredo Ccala Bustamente, Alvaro Castro Gutiérrez, Willi Cárdenas Linares, Jorge Luis Chirinos Vasquez, Pablo Cruz, Julio Duran, Carlos Fuentes Guillén, Edwin Victor Huamani Fernández, Ricardo Kusunoki, Enrique León Maristany, Jorge Molina, Guido Ochoa Alvarez, Jesús Varillas, Illich Venero Aucca, Wellington Villavicencia Zans.

 

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