Harold Halfon, approches créatives pour un nouveau lieu

par Christophe Comentale

Bâtie sur un des gisements de gypse de la butte de Beauregard, La Maison, lieu culturel Est-Ouest ouvre ses portes le 10 avril 2021 pour accueillir l’exposition d’un florilège d’œuvres de Pierre-Yves Coustère (1938-2017).

La reprise d’un lieu unique

Dans ce contexte de préfiguration, la directrice du lieu, Ma Li Dautresme redonne un dynamisme autre à cette demeure de l’Est parisien sise dans le quartier de la Mouzaïa. Un des éléments de cet ensemble composé essentiellement de maisons de ville construites en briques le long de voies de 3 mètres de large. Leur unité architecturale résulte de l’application de traités de 1889 entre la Ville de Paris et les lotisseurs privés. Les façades, à l’origine en briques apparentes, ont, pour la plupart, été recouvertes d’un enduit. La Maison se distingue par ses ferronneries géométriques et un imposant bosquet de Pseudosasa Japonica, une espèce de bambou très dense, résistant au froid comme au soleil, ses chaumes droits attirent les quelques mésanges qui peuplent les buttes voisines.

« J’ai grandi dans ce lieu de mémoire où les meubles chinois étaient très présents, souvenirs de l’activité de ma mère et de mon oncle » rappelle Ma Li Dautresme, architecte d’intérieur et directrice artistique aux éditions du Fenouil dont elle dirige deux collections, Réceptions et Images. « J’ai toujours été à mi-chemin entre deux cultures, celles de la Chine et aussi bien de la France. C’est ce qui a orienté mon choix pour des manifestations entre Est et Ouest. J’ai aussi voulu laisser de jeunes créateurs insuffler des touches autres dans cet environnement fortement structuré. C’est Harold Halfon qui va présenter lustres et sièges ».

Harold Halfon et Ma Li Dautresme dans la Maison, lieu culturel Est-Ouest

Un design de culture posthumaniste

Diplômé de l’école Camondo en 2018, Harold Halfon se revendique  très naturellement comme architecte et designer. Très jeune, il s’intéresse au dessin autant qu’à la peinture. Les multiples travaux personnels consignés au fil de ses carnets en sont un écho tangible.

A l’international, cette institution jouit d’une réputation sulfureuse, liée partiellement à l’éparpillement de ses sites, choisis en des lieux peu ou trop propices à la concentration ! Des sites parisien ou toulonais sortent des architectes d’intérieur  orientés design mais un design tempéré et nourri par des approches plastiques, sociologiques, anthropologiques, sémiologiques qui densifient leur propos.

Ce créateur et chercheur opiniâtre explique son rapport au dessin «  par le besoin de s’expliquer, car s’en tenir au seul et simple concept n’explique rien » Tout comme, ajoute-t-il « on a parfois envie de dessiner afin de sublimer une idée, et aussi, le fait de poser ses dessins dans un carnet (ill. 1) permet de se laver des angoisses face au temps ».

(ill. 1) Page d’un carnet de dessin d’Harold Halfon

Les premières réalisations d’Harold Halfon sont des scénographies qui lui sont confiées par Mathilde Bretillot, designer pour une exposition réalisée à Milan en 2019. Dans l’espace d’un palais italien, Harold Halfon a la charge de faire  intégrer, exister un mobilier léger et présent. Le tout produit par une équipe d’une douzaine de personnes.

(ill. 2) Craco, concept Urbex (2020), collage numérique, 4188  x 3748 px

L’année suivante, en 2020, les projets pour des particuliers le confrontent face à des demandes, face au réel du lieu aussi. Le mobilier et les accessoires deviennent les éléments d’une narration  qui doit captiver le public dans son lieu de vie.

Autre incursion en Italie à Craco, près de la ville de Moderna, où il faut dans un lieu de ruine (ill. 2 et 3), et sans le transformer conforter l’envie des touristes de passer et de s’approprier celui-ci.

(ill. 3) Craco, abris d’urgence (2020), ensemble de technique numérique (3D-collage), 2480  x  1754 px

2021. Créations pour la Maison

« Ce lieu est partagé en petits volumes, en pièces discrètes, le mobilier pensé doit détendre l’atmosphère générale qui va accueillir des œuvres ».

(ill. 4) Tabouret Sei & Trei (2021), technique numérique

Un élément de table basse (ill. 5) d’un bleu à la Yves Klein, repris de la scénographie milanaise vient asseoir la puissance d’un trapèze sorti d’une forge imaginaire, tandis que vient d’être produit le prototype d’un tout premier tabouret (ill. 4). Premier élément d’un ensemble de six, ce siège est vu comme une création à part entière. Sa couleur sombre est comme une synthèse chromatique qui met en situation une façon de travailler le bois, en l’occurrence brûlé.

(ill. 5) Photo de l’installation d’Harold Halfon, teatro del giorno pour l’école Camondo en 2019

Dernier élément, les lustres « il s’agira explique Harold Halfon, d’une approche esthétique qui part d’une sculpture travaillée à la main à partir d’un modèle en plâtre. Du plâtre au stuc, on se retrouve dans une approche où l’accessoire est œuvre de création à part entière ».

Déjà déterminé par ses choix qui oscillent entre un minimalisme élégant et une rationalité environnementale, Harold Halfon n’oublie pas pour autant que « face à la mondialisation, chaque créateur doit affirmer sa personnalité ».

Eléments bibliographiques

  • Harold Halfon, Audrey Marie, My life is potato. Paris : chez l’auteur, 2016. N. p. : ill. en coul.

Harold Halfon, life is potato ART 30 (2016), dessin à la pointe fine, 31 x 26 cm

 

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