D’une série de trois gravures de Nouvel an de Marion Tournebise

par Christophe Comentale

Dans ses écrits, notamment avec la vaste somme que constitue l’Introduction du christianisme en Chine, le père jésuite Matteo Ricci (1552 – 1610), premier sinologue et géopoliticien occidental, note durant ses années au service du monarque chinois Wanli (1563 – 1620), que le pays reste à la fois horrible et merveilleux, sachant rester mystérieux à qui ne sait s’y acclimater… Ces propos sont tout à fait conformes à ce que l’on ressent en fin d’année, voire au début de la nouvelle, si l’on suit le calendrier grégorien, face à un climat peu agréable.


Ci-dessus, de gauche à droite, 1 – Marion Tournebise préparant un sujet, mission du Hunan, déc. 2019 ; 2 – Marion Tournebise, sinisation parmi des motifs propitiatoires, Changsha, déc. 2019 ; 3 – Marion Tournebise au Hunan, avec et sans les collègues des Beaux-arts.


Du Nouvel an

Le Nouvel an chinois reste une fête mobile lunaire qui utilise un système de comptage des jours autre que celui des jours ordinaires, qui assurent aussi le bonheur des peuples ou aident, en tout cas, à s’y retrouver quand l’on traite d’activités internationales.

Chez les catholiques, la date de Pâques est fixée au premier dimanche après la première pleine lune qui suit le 21 mars, donc au plus tôt le 22 mars, et, si la pleine lune tombe le soir du 21 et au plus tard le 25 avril. Le calcul est modifié par la réforme grégorienne du calendrier et une correction concomitante est apportée pour le cycle lunaire… Le calendrier chinois étant un calendrier luni-solaire, la date du Nouvel An dans le calendrier grégorien varie d’une année sur l’autre, mais tombe toujours entre le 21 janvier et le 19 février, lors de la deuxième nouvelle lune depuis le solstice d’hiver quand le soleil se trouve dans le signe du Verseau. C’est, comme tous les commencements de mois lunaires chinois, le premier jour d’une nouvelle lune. Par convention, l’alignement astronomique qui signale la nouvelle lune est déterminé à l’observatoire de la Montagne Pourpre à Nankin.

Durant celle période, la grisaille, le froid, la neige, la pluie, sont là, et, plus on va au Nord du Fleuve Jaune, plus il fait froid et plus la température est basse, proche de moins 50 degrés dans les provinces de l’extrême Nord-Est, – l’ancienne Mandchourie – du Liaoning, du Jilin ou du Heilongjiang.

Dans un environnement aussi hostile, il convient de trouver des jours de joie qui permettent de s’éloigner de la monotonie drainée par le climat et aussi face à un environnement urbain qui ne génère pas vraiment la joie.

De l’estampe de Nouvel an

J’ai, au fil de différentes publications (voir en fin d’article la partie Eléments bibliographiques), montré l’importance de ce type de création populaire mais aussi ses variantes semi-savantes lorsqu’il s’agit des dynasties anciennes ou bien quand un plasticien contemporain utilise des éléments d’essence populaire pour mettre en avant sa création.

Ce chapitre sera donc bref puisqu’en quelques mots, il s’agit à l’aide de symboles divers et variés de souhaiter tous les bonheurs possibles à ceux qui nous entourent, famille, amis, collègues : le monde confucéen a cela de bon !

Cette présentation d’œuvres toutes récentes d’une artiste, géographe, humaniste, sinophile,… va permettre de voir comment la symbolique chinoise est adaptée à une sorte de dialogue personnel qui correspond avec un voyage en Chine de l’intéressée.

Marion Tournebise [de son nom d’artiste aka Violacorp] vit et travaille à Riom où elle partage l’atelier de Marc Brunier-Mestas.

Trois gravures de Nouvel an circonstanciées

Revenons à ces trois compositions exécutées à l’eau-forte par Marion Tournebise en Chine durant son exposition de décembre 2019 aux Beaux-arts de Changsha dans la province du Hunan.

Si les figurations de ces images remontent, pour les plus anciennes, à des représentations de gardiens de Portes contemporaines de la dynastie des Han (voir l’abondante bibliographie de Wang Shucun sur ces images), la plus grande partie des collections existantes ont rassemblé des pièces Song, Ming, Qing, du XXe siècle aussi. Pour le XXIe siècle, l’estampe numérique a souvent remplacé cette image éphémère. D’autres formats lui sont préférés, comme par exemple l’enveloppe de Nouvel an (voir l’ouvrage de SUN Chengan, Les enveloppes rouges sur le sujet).

Parallèlement, des Occidentaux se sont intéressés à cette iconographie du bonheur, propitiatoire, donc, dont la variété et le lexique riches ne cessent de permettre des cheminements entre tradition et modernisme.

Ainsi en va-t-il de ces trois gravures en taille douce de Marion Tournebise. Chaque plaque mesure 14,8 x 10 cm, pour la feuille, 19,7 x 14,5 cm, il s’agit d’une gravure à l’eau-forte accompagnant la fin de l’année du Rat et que Marion Tournebise entreprend fin 2019 lors d’une mission exploratoire qui s’accompagne d’une exposition de gravures.

Ill. 4

Le Rat (ill.4)

Un des douze animaux du zodiaque chinois

Ici, une portée de quatre entourée de leur mère – allusion aux cinq bonheurs nécessaires à une bonne année, et la présence des quatre caractères gravés traduisant une expression relative à l’enrichissement (laoshu shangdeng老鼠上灯) « Que les rats parviennent au sommet de la lampe à huile ! ». Objet et liquide importants en milieu agricole…

Ill. 5

Les enfants (ill. 5)

Un des thèmes privilégiés de ces images, deux enfants aux vêtements traditionnels – de la fin de la dynastie Qing – ornés de motifs floraux et ornés des caractères « printemps » et « bonne chance ».

Ill. 6

Les papillons (ill.6)

Quant à la troisième image, cinq papillons volètent, symboles de bonheur, l’un a été attrapé par un bambin potelé, l’année commence donc bien !

Eléments bibliographiques

Les références listées ci-dessous proviennent de l’article publié sur le blog Science et art contemporain. Chaque référence contient aussi des renvois bibliographiques utiles.

A propos de donation et d’accrochages de sérigraphies de Nouvel an (année 2018) et aussi des lithographies de Nouvel an taïwanaises, principalement des sérigraphies et aussi des lithographies, gravures sur bois (année 2017) conservées à la bibliothèque Yvonne Oddon Publié le 2018-01-14

Par ailleurs, depuis deux ans, le Musée chinois du quotidien, sis à Lodève, s’est enrichi de différentes gravures de Nouvel an, en partie exposées. Des articles relatifs aux différents fonds sont aussi en ligne sur le blog précédemment cité.

  • Chavannes, Edouard, De l’expression des voeux dans l’art populaire chinois. Paris : Bossard, 1922. 43 p. : 18-XIV ill en noir. [texte paru d’abord in : Le journal asiatique, 1901 (sept-oct.]
  • Comentale, Christophe, L’imagerie du nouvel an chinois et sa symbolique in : bulletin du vieux papier, juil. 1988, pp. 385-395 : ill.
  • Comentale, Christophe, L’image en Chine : signe, illustration et livre. in : Art et métiers du livre, 1989 (159), pp. 3-53 : ill. en noir et en coul.
  • Comentale, Christophe, Les images porte-bonheur populaires chinoises. Paris : éd. You-feng, 2004. 226 p. ill. en noir et en coul.
  • Comentale, Christophe, De la Chine du Néolithique à l’image multiple. Mémoire d’habilitation à diriger des recherches. Université Paris-Sorbonne (Paris-4), 18 novembre 2011, 240 p. et cinq tomes d’annexes.
  • Comentale, Christophe, La bibliothèque Yvonne Oddon et les estampes chinoises / Nathalie Charrier-Arrighi et Christophe Comentale. in : Art et Métiers du Livre, 2016 (318), pp. 50-57, : ill.
  • Dieux et démons de l’Himalaya : art du bouddhisme lamaïque, exposition, Grand Palais, du 25 mars au 27 juin 1977. Paris : RMN, 1977. 315 p. : ill. en noir et en coul.
  • Hou Ching-Lang, Monnaies d’offrande et la notion de trésorerie dans la religion chinoise. Paris : IHEC, 1975. 238 p. : 31 ill. en noir et en cour. Bibliog. pp. 171-178. Index pp. 224-238. [21 planches sont des originaux, parfois pliés en raison de leurs dimensions]
  • Lü Shengzhong, Zhongguo minjian muke banhua [l’estampe xylographique populaire chinoise] Changsha : hunan meishu chubanshe, 1992. 227 p. : ill.
  • Nachbaur, Albert et Wang Ngen joung, Les images populaires chinoises. Pékin : A. Nachbaur (16 kan yu hutong), 1926. N. p. : ill en cour. [l’ouvrage contient une quarantaine de pièces originales, parfois pliées en raison de leurs grandes dimensions. Il a été tiré à 200 ex. (1-200) et 20 ex. (A-T). Relativement rare aujourd’hui, il est notamment à la bibliothèque nationale, département des estampes, sous la cote Oe 199 fol.]
  • Qi Xing, Les fêtes traditionnelles chinoises. Pékin : éd. en langues étrangères, 1987.144 p. : ill. en noir. Trad. de : Zhongguo chuantong jieri.
  • Ren Cheng, Zhongguo minjian jinji (les tabous populaires chinois) Pékin : zuojia chubanshe, 1990. 631 p.
  • Rudova, Maria, Chine, coutumes et traditions dans l’imagerie populaireLéningrad : ars mundi, 1988. 178 p. : 178 ill. en coul.
  • Wang Shucun, Zhongguo minjian nianhuashi tulu (Histoire illustrée de l’estampe de Nouvel an et populaire chinoise). Shanghai : Shanghai renmin meishu chubanshe, 1991. 2 vol., 841 p. : 872 ill.
  • Wang Shucun, Le papier fétiche : le culte des dieux à travers les estampes folkloriques. Pékin : éditions du nouveau monde, 1992. 191 p. : [6] ill. en noir et 300 en cour. Trad. de : Zhongguo gudai minsu banhua [L’estampe populaire de la Chine antique]
  • Wang Shucun, Zhongguo minjian nianhua baitu (Cent illustrations d’estampes populaires de Nouvel an chinoises). Pékin : renmin meishu chubanshe, 1988. N. p. : 100 ill. en noir
  • Wang Shucun et Ye Youxin, Minjian nianhua (Estampes de Nouvel an populaires). Pékin : renmin meishu chubanshe, 1985. 30-219-73 p. : 221 ill. (Zhongguo meishu quanji ; 21
  • Wang Shucun, Ancient chinese woodblock new year prints Beijing : Foreign languages press, 1985. 184 p. : 140 ill. en coul. [après une présentation en pleine page, chaque illustration est décrite séparément] Trad. de l’ouvrage : Zhongguo gudai muban nianhua xuan : sélection d’estampes de nouvel an xylographiques anciennes chinoises
  • Yuan Ke, Zhongguo shenhua chuanshuo cidian (Dictionnaire des termes mythologiques et traditionnels chinois). Shanghai : shanghai cishu chubanshe, 1985. 540 p. : ill. en noir et en coul.
  • Zhang Zichen, Zhongguo minsu yu minsuxue (Les coutumes populaires chinoises et l’étude du folklore) Hangzhou : Zhejiang renmin chubanshe, 1985. 354 p. : ill. en noir et en coul.
  • Zhongguo minli (Le calendrier chinois populaire [lunaire]). Taipei : guoji daluguan, 1995 64 p. : ill.
  • Zhou Wu, Zhongguo gudai banhua baitu (Cent illustrations d’estampes anciennes chinoises). Pékin : renmin meishu chubanshe, 1982. N. p. : 100 ill. en noir

 

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