D’un thème récurrent, fascinant et honni, le faune

A propos de La détresse du faune, œuvre de Nicolas Lebel alias Lebelen

par Christophe Comentale

Pour sa réouverture en juillet 2018, le musée des arts et des sciences de Lodève, ancien Muséum devenu musée de Lodève, a tablé sur un thème a priori fédérateur, celui du faune dans l’art occidental classique et moderne.

Des faunes ?

Il y en a dans toutes les collections de France, de Navarre et d’outre-monts. L’équipe scientifique du musée a pu, outre un faune gigantesque dû au sculpteur Paul Dardé qui a, par ailleurs, les honneurs d’une partie du rez de chaussée, à l’aide de prêts des musées de France, obtenir des prêts de pièces antiques, médiévales, renaissantes et contemporaines. Belles pièces de l’école italienne, des Nabis, beaucoup de faunes dus à Picasso aussi.

Choix étincelant mais pour le moins incomplet. La visibilité était excellente…

Pendant ce temps, au même moment aux Marches du Palais, le musée chinois du quotidien ouvrait également. Le complément naturel du musée des arts et des sciences de Lodève…

La détresse du faune (2018), huile sur toile, 150 x 200 cm

Un jeune artiste, Lebelen, impressionné par cette exposition a beaucoup réfléchi à ce thème prestigieux. Dessinateur, maquettiste en arts graphiques, diplômé du lycée de la Mode à Paris, ce Parisien qui travaille en parallèle à sa passion pour l’art en cabinet d’architecture depuis 15 ans, a développé un deuxième sens qui lui fait structurer avec une infinie précision les œuvres qu’il exécute depuis deux décennies.

Les étapes de la réalisation du travail pictural de La détresse du faune (détail)

Classique, Lebelen l’est par son amour du personnage, du drapé, ce que sa formation de dessinateur et une sensualité à fleur de peau rendent de façon imparable au fil des 40 œuvres qu’il réalise depuis deux années pour l’exposition que lui consacre depuis novembre 2018 le lieu pluriel des Marches du Palais. Ajoutons à ce palmarès le Prix du jury à Saint Guilhelm du Désert en 2017.

La rencontre avec Lebelen est intéressante à plus d’un titre, car cet homme apparemment réservé devient un véritable carnassier qui va au thème du faune de La détresse du faune (2018) à la suite, précisément, de l’exposition du musée des arts et des sciences de Lodève. « Contrairement au Déjeuner sur l’herbe, œuvre où les deux couples présentent tous les signes d’un bien-être qui fait suite aux plaisirs menant au septième ciel, le faune au centre de mon œuvre n’a pas consommé. Les nymphes sont motrices de l’action dans ce rapport entre mythologie et privautés tout à fait urbaines » explique Lebelen lors d’un récent entretien.

Les faunes, les couples

Marionnettes (2017), huile sur toile, 130 x 140 cm

Lebelen n’hésite pas à se camper au sommet d’un escabeau pour observer, photographier les personnages qui posent sur le sol, ensuite à la verticale. C’est un peu aussi cela dans Marionnettes (2018) où les personnages verticaux sont comme sur un fond, ce qui entérine une rupture par rapport à une période de jeunesse.

En décembre dernier, six personnages ont été amenés à poser à l’extérieur, dans un jardin, pour faire avancer l’élaboration de cette œuvre.

Prise de vue pour l’élaboration de La détresse du faune

A partir d’une esquisse de dimensions très modestes, Lebelen travaille photographies et études diverses. Il peint, en parallèle, de façon progressive, face à son tableau. Cette étape importante a donné à Lebelen le désir très vif de passer d’un classicisme mythologique à des étapes autres de ces Déjeuners sur l’herbe différents…

Demoiselles de la Roseraie (2018), huile sur toile, 120 x 80 cm

Il appartient à ce courant de figuratifs qui introduisent, greffent des imaginaires différents sur des thèmes qui leur tiennent à cœur. En tout cas, le thème du faune, quasi intemporel et si présent au XXe s., du Ker Roussel à Jean Delpech, Jim Dine ou, plus loin de nous, Gustave Moreau, William Bouguereau, s’avère ici une source de contentement à tout le moins hédoniste.

Quand les pulsions rejoignent la vie et l’esthétique, le Paradis est conquis.

 

 

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