De la linogravure appliquée à mes estampes, à mes livres et aux peintures

par Alain Cardenas-Castro

L’histoire de cette technique et de ce matériau renvoie à des périodes et à des lieux autres. J’ai privilégié mon parcours et les rencontres avec des œuvres de divers créateurs comme Pablo Picasso ou Manuel Fiorini comme autant Leopoldo Méndez ou Charles-Hossein Zenderoudi.

J’ai adapté ce matériau et les tirages d’œuvres qui sont réalisées à partir de matrice que je grave à différents types de mes œuvres, autant les multiples que les œuvres dites uniques.

I. Des origines du matériau. De mes premières influences. De quelques exemples venus d’ailleurs.

Ÿ•     Le linoléum qui apparaît en Angleterre en 1863 est destiné initialement à recouvrir les sols. Ce matériau sera détourné par les artistes au tout début du XXe siècle pour une utilisation sur les mêmes principes techniques que la xylographie, en taille d’épargne, mais sur une matière plus tendre et imperméable que le bois.

ŸŸŸ•Ÿ•   La rencontre avec la technique de la linogravure s’est passée en Espagne, à Barcelone, en 1989. « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous« , selon Paul Eluard. Cette année là, au musée Picasso, la visite de l’exposition, Pablo Picasso linogravador, m’a permis de m’interroger sur cette technique que l’artiste espagnol a commencé à employer en 1954. Le résultat obtenu dans ses estampes exposées me laissait entrevoir de multiples possibilités d’applications techniques et formelles à mes travaux (voir Pablo Picasso linogravador en bibliographie). Par ailleurs, à travers l’œuvre laissé par Marcel Fiorini[1], la gravure en taille douce adaptée à une application en linogravure le conduit à envisager un format mural. Ces exemples imposant et magistraux m’indiquaient des possibilités supplémentaires et plus personnelles.

   

 

 

 

 

 


Ci-dessus, de gauche à droite, le peintre et graveur Marcel Fiorini (1922-2008) et l’une de ses linogravures Composition. Signée, annotée E.A. dédicacée à Jeanne Coppel, 34,5 x 48 cm


De retour en atelier, j’ai d’emblée appréhendé la linogravure en me confrontant à la souplesse d’un matériau qui se prêtait aisément à la taille d’épargne. Je maniais des outils que je n’avais pas l’habitude d’utiliser, privilégiant les plus solides, achetés quelques jours plus tôt dans une quincaillerie de Barcelone.

Différentes gouges que j’utilise pour la gravure sur linoléum

Aujourd’hui encore, j’utilise la technique de la linogravure avec une grande liberté et en l’abordant avec beaucoup de plaisir et d’intérêt car elle s’adapte facilement sous différentes formes et à de nombreux supports. Elle convient donc parfaitement à restituer mon travail, surtout dans son versant graphique. C’est ainsi que, depuis une trentaine d’années, j’ai eu recours souvent à ce procédé, soit pour réaliser une estampe, simplement, soit pour l’intégrer dans le processus d’élaboration d’une œuvre. De la peinture de chevalet jusqu’à la peinture murale en passant par les assemblages de linogravures, les compositions de livres d’artiste, les cartes de vœux et j’ai, pour toutes ces techniques joint une approche typographique. Une iconographie idoine illustrera mes propos.

II. Adaptation et développement d’une technique

Grâce à sa facilité d’usage, j’ai pu entretenir pendant longtemps une pratique de la linogravure par des expérimentations et des utilisations sur de nombreux supports tout en m’appropriant le procédé, relativement simple, pour en révéler de multiples applications et expressions particulières, entre peinture et images graphiques.

Mes premières estampes m’ont permis de mettre en œuvre quelques usages peu habituels de la linogravure. J’ai aussi oublié momentanément une exécution « dans les règles de l’art », entrainé par l’urgence d’expérimenter une nouvelle technique plutôt que par l’absence de moyens à disposition.

Pour commencer, j’ai, d’abord, récupéré un revêtement de sol en plastique à la place de linoléum, en choisissant une matière plus souple encore dans le but d’épouser au plus près les formes, parfois irrégulières, à imprimer. Ensuite, après avoir gravé sans difficulté cette plaque d’un premier motif, j’ai utilisé de la peinture acrylique à la place de l’encre d’imprimerie généralement employée pour enduire la matrice.

Pour l’impression, j’ai très souvent utilisé la pression mécanique des mains ou celle des pieds, selon les dimensions de la matrice et du support. Une pression à la main pour les petits formats imprimés sur table et la pression des pieds pour les grandes matrices à appliquer sur les papiers Kraft de plus grands formats posés au sol de l’atelier. Pour les formats intermédiaires et selon les types de matrices et de supports, j’ai recouru parfois à la bouteille comme outil de pression et très rarement à une antique presse à relier à vis — retrouvée dans l’atelier de mon père —, privilégiant plutôt, comme pour les petits formats, un travail de pression à la main.

(ill. 3), épreuve marouflée sur une peinture acrylique, elle-même marouflée sur papier, Mandorle, America (2006), 150 x 150 cm.

Après de premiers essais réussis sur papier brouillon de petit format, j’ai continué — avec l’objectif de poursuivre mes recherches en cours consistant à obtenir un aspect pictural chargé de matière — sur le papier Kraft que j’utilisais habituellement comme support à peindre. L’effet final satisfaisant m’a permis de poursuivre ces impressions sur papiers, parfois de couleurs, en positif (ill. 1) ou en négatif (ill. 2), considérant le plus souvent ces tirages comme des monotypes que je pouvais aussi, en changeant leur destination, maroufler sur des peintures (ill. 3).

(ill. 1), épreuve en positif, Empreinte (2000), 20 x 30 cm

(ill. 2), épreuve en négatif, Chevaux (1993), 45 x 22 cm

Par la suite, la présentation murale de mes linogravures m’a servi à accompagner l’inscription de mon travail dans l’espace architectural. Ainsi, la composition intitulée Genèse m’a permis, en 1990, de présenter mes sujets symboliques et signes graphiques sous la forme d’un assemblage d’œuvres sur papier comprenant des linogravures (voir ill. 4) — défini et classé en tant que peinture[2]. Cette réflexion sur la peinture en lien avec l’architecture a débuté en 1986 avec une première composition modulaire et emblématique retraçant le parcours et la vie de Juan Manuel Cardenas-Castro, mon père peintre, dans son atelier (voir ill. 5).


Ci-contre, de haut en bas, deux exemples de l’approche entre peinture et architecture (ill. 4), Genèse (2000) et (ill. 5), Assemblage (1986), coll. privée.


Enfin, j’ai souvent, en fait, eu recours à la linogravure pour des productions périphériques à la peinture dite de chevalet tels que les cartes de vœux, le livre d’artiste ou la peinture murale.

En premier exemple, je vais évoquer la réalisation des cartes de vœux. Elles sont produites en général à un nombre qui varie de 10 à 50 exemplaires, suivant les séries imprimées sur de petits ou moyens formats de papier ou de carton, des matériaux très souvent recyclés. Le petit format d’une carte de vœux permet une liberté ouvrant les champs de l’expérimentation aux multiples technicités des procédés et des matières. Les motifs peuvent être imprimés directement sur la carte formatée (ill. 6) ou bien sur une planche (ill. 7) de format supérieur découpée ensuite en autant de cartes de vœux que cela a été prévu à priori.

(ill. 6), carte de vœux 2006, 10 x 15 cm

(ill.7), planche des cartes de vœux (2009) à découper au format approprié.

 

(ill. 8), Instruments (2015), linogravure en positif sur peinture acrylique

En deuxième exemple, le support du livre témoigne du prolongement de mes expérimentations porté par la linogravure toujours en obtenant des résultats d’impressions en positif ou en négatif. L’impression des pièces se poursuit sur des fonds passés à l’acrylique (ill. 8) ou par des effets de transparence (ill. 9) effectués à l’aide de tampon gravé ou non (ill. 10) ou de tampons typographiques (ill. 11), ou encore par des réalisations imprimées sur des papiers enduitsd’encre de Chine

(ill.10), Halos (2015) impression à l’aide de tampons vierges, utilisés ainsi, comme un tampon dépourvu de caractères ou de motifs.

(ill. 9), Travel (1993), linogravure sur peinture acrylique avec des effets de transparence

 

 

 

 

 

 

 

(ill. 11), Courroies (2015), linogravure à l’aide de tampons gravés ou de tampons typographiques. visuel Jean- Christophe Domenech

Le livre a été aussi le support occasionnel pour pratiquer la technique de linogravure en réduction, un procédé qui consiste à supprimer de la matière sur la matrice, consécutive à chaque étape d’impressions de couleurs et de formes. Je n’ai pas poursuivi ce procédé, lui préférant les encrages de la matrice, partiels et alternés, mieux adapté à mon travail.

Par ailleurs, dans le processus de réalisation du livre Fossiles humains, j’ai mis en avant le procédé technique utilisé en collant une matrice de linogravure usagée sur sa couverture à l’aide d’une colle à papier de type ordinaire (ill. 12 et 13).

   


Ci-dessus, de gauche à droite (ill. 12), matrice de linoléum et (ill. 13) la couverture du livre d’artiste Fossiles humains (2003).


Le troisième exemple d’une production linogravée sur un support autre est une intervention sur une peinture murale réalisée en 2013. Une réalisation que j’ai opérée avec difficulté à cause de l’irrégularité de la surface granuleuse à imprimer. Une pratique d’impression restée à l’état d’essai : je n’ai pas eu l’occasion de l’approfondir techniquement (ill. 13 à 17).


Ci-dessous (ill. 13), le mur peint, Musée de l’Homme, Art in situ (2013) et ci-contre (ill. 14 à 17) les détails des parties linogravées à l’aide de tampons. visuels Jean- Christophe Domenech


 

La suite de cette description sera consacrée à des exemples prenant en compte les outils et matériaux dans leurs contextes d’utilisation.

III. Des pratiques de la linogravure

  1. Les différentes plaques de linoléum utilisées

 Les matrices destinées à l’impression de linogravure sont façonnées à partir de plaques de linoléum découpées et formées selon convenance. Elles peuvent rester vierges (ill. 18), être gravées simplement ou en réduction (ill. 19). Il m’a été possible de trouver sur des marchés des plaques usagées s’accordant avec mes recherches plastiques en cours ou bien m’amenant à de nouvelles idées (ill. 20).


Ci-contre, à gauche (ill. 18), matrice de linogravure réalisée pour le livre Routes (2018) à partir d’une plaque de linoléum vierge pour une impression simple avec un encrage d’une couleur.


 


Ci-contre, à gauche (ill. 20), matrice de linogravure achetée sur un marché d’occasion. Cette plaque gravée a certainement servi pour imprimer des grilles de mots croisés. Je l’ai employé pour une impression simple avec un encrage monochrome. Elle a été utilisée pour le livre d’artiste Instruments ( ill. 8).



Ci-contre, à gauche (ill. 19), matrice de linogravure réalisée à partir d’une plaque de linoléum gravée pour une impression simple avec un encrage d’une ou plusieurs couleurs. Elle pourra être éventuellement gravée en réduction pour des passages en différentes couleurs. Elle a été utilisée pour le livre Routes (2018), textes Christophe Comentale.


La technique de la linogravure, décrite ci-avant, consiste à encrer la matrice sur les parties de matière non retirées, en relief. Mais certaines parties peuvent être laissées telles quelles afin d’être imprimées par la suite. On évite alors la gravure en réduction ce qui laisse la possibilité de reprendre les impressions précédentes pour opérer des changements plus ou moins importants ou des variantes plus ponctuelles. Deux types d’impressions deviennent ainsi possibles.

  1. Des impressions variées à partir de la même matrice encrée différement.

La plaque est gravée avec le contour de la forme de type stupa gardée intacte. Cette matrice laisse possible deux types d’impressions suivant l’encrage des parties déterminées de part et d’autre de la gravure. Ce qui évitera la gravure en réduction (ill. 21 et 22).

(ill. 21), la surface de la plaque peut être encrée entièrement avec une ou plusieurs couleurs. La matrice imprime la totalité de sa surface. Routes (2018), livre d’artiste, Alain Cardenas-Castro, textes Christophe Comentale.

(ill. 22), la surface de la plaque peut être encrée partiellement sur la forme de type stupa. La matrice imprime seulement la partie « stupa » de la plaque. Routes (2018), livre d’artiste, Alain Cardenas-Castro, textes Christophe Comentale.

  1. L’utilisation de la linogravure pour réaliser une épreuve unique et autonome.

J’ai, le plus souvent, eu l’occasion d’imprimer des épreuves uniques soit en positif, soit en négatif, sur papier de type Kraft ou sur des papiers de couleurs (ill. 23 à 26).

 

 

 

 

 

 

 

 




Ci-dessus, de haut en bas et de gauche à droite (ill. 23 à 26), exemples d’épreuves uniques en positif, négatif, sur papier de type Kraft ou papier coloré.


  1. L’utilisation de la linogravure pour réaliser une épreuve composante d’un assemblage d’éléments modulaires.

L’utilisation de la linogravure a été l’occasion pour moi de réaliser des épreuves entrant dans la composition d’un assemblage modulable afin de réaliser des peintures murales, des livres d’artistes ou des cartes de vœux (ill. 27 à 30).

a) La peinture murale


Ci-contre, à gauche (ill. 27), Genèse (1990) est un assemblage modulaire composé d’œuvres sur papier marouflé sur panneaux de bois. Certains des papiers ont été élaborés avec un fond linogravé.


 

b) Le livre d’artiste

 


Ci-contre, à gauche, de haut en bas (ill. 28), Mandorles (2015) et (ill. 29), Machineries (1994) sont des livres d’artiste dont certaines des illustrations sont élaborées en linogravure, au tampon, en négatif ou positif, ou bien en transparence sur fond acrylique ou d’encre.


 

c) Les cartes de vœux

 


Ci-contre, à gauche (ill. 30), Planche (2009), acrylique sur papier, linogravure, 50 x 50 cm. Elaborée avec le procédé de linogravure, cette œuvre est destinée à être découpée aux formats des différentes cartes qui vont être contenues sur cette grande surface.


 

  1. L’utilisation de la linogravure avec une autre technique

Très souvent, j’ai employé la linogravure avec d’autres techniques, comme la peinture (ill. 3 et 31), l’encre (ill. 33 et 34), le collage (ill. 35, 12 et 13), la typographie (ill. 36 et 37), le feutre (ill. 38) et la peinture murale (ill. 39 et 40). Les difficultés m’ont permis de trouver de nouveaux procédés m’amenant à d’autres rencontres et expérimentations techniques assez régulièrement.

a. la peinture

Des rapports entre linogravure et peinture à l’acrylique marouflée ou non sur toile

La linogravure est réalisée directement sur la peinture acrylique sur papier. Elle ajoute à la composition un élément d’iconographie graphique supplémentaire (ill. 31).

(ill. 31) Mandorle (2006), acrylique sur papier marouflé sur toile, linogravure, 150 x 150 cm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La linogravure une fois imprimée et collée sur la peinture acrylique, elle même peinte sur papier. Elle ajoute ainsi à la composition un élément d’origine graphique supplémentaire avec ce rajout d’une technique autre (ill. 32).

(ill. 32), Cérébral (2005), acrylique sur papier, linogravure, 54 x 73 cm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

b. l’encre

La linogravure est imprimée sur l’encre ou la peinture acrylique créant un effet de transparence sur le fond, par exemple sur la couverture d’un livre (il. 33). Un passage monochrome simple est le plus souvent utilisé, il recouvre alors le dessin ou l’écriture. La linogravure peut être aussi réalisée en accompagnement d’un texte manuscrit à l’encre de Chine (ill. 34).

(ill. 33) Travel (1994), livre dartiste

(ill. 34) Machinerie (1994), livre d’artiste

 

 

 

 

 

c. le collage

La plaque de linoléum gravée, collée sur Fossiles humains n’a pas servi de matrice pour ce livre d’artiste. Détournée de sa destination première cette matrice rapportée en relief vient créer un élément d’appel visuel sur la première de couverture de l’ouvrage (ill. 35).

(ill. 35), Fossiles humains (2003), livre d’artiste (voir ill. 12 et 13)

d. la typographie

Le fond des œuvres est — la plupart du temps — réalisé à l’acrylique. L’usure du fond est du au passage répété d’une spatule raclant la surface de l’œuvre qui acquiert progressivement cette irrégularité chromatique et de la matière. A l’aide de tampons linogravés chacun portant une lettre, je réalise ces compositions de peinture portable ou carrés magiques.

 

 

 

 

 

 

 

 


Ci-dessus (ill.36 et 37), Peinture portable (2013-), acrylique sur papier, linogravure, 30 x 30 cm et Carré magique (2013-), acrylique sur papier, linogravure, 20 x 20 cm


e. Le feutre

Le stylo feutre utilisé généralement pour le dessin et l’écriture manuscrite dans mes livres, côtoie quelquefois la linogravure pour former des mises en page improvisées aux compositions atypiques.

 


Ci-contre, à gauche (ill.38), . de vous (2016), livre d’artiste, crayon graphite, feutre, linogravure sur papier indien, 13 x 16 cm


 

 

f. la peinture murale

La peinture murale est effectivement une technique picturale pour laquelle la linogravure est rarement utilisée. Ne se rapportant pas au monumental elle pourra venir finaliser, en rehaut ou signature d’une œuvre murale (ill. 39) ou comme élément participant à sa constitution (ill. 40).

 


Ci-contre, à gauche (ill.39), détail de la peinture murale Musée de l’Homme, Art in situ (2013), acrylique sur enduit, linogravure. Voir en bibliographie. visuel Jean- Christophe Domenech


 


Ci-dessus (ill.40), Genèse (1990), Assemblage mural de 75 papiers marouflés sur panneaux de bois mesurant 20 x 30 cm (105 x 465 cm). Les papiers marouflés sont de trois types, blanc, Kraft, coloré. Ils sont parfois vierges, sans motifs afin d’équilibrer la composition entre les vides et les pleins. Sur le papier blanc, les motifs sont dessinés à l’encre de Chine et sur les papiers Kraft et de couleurs, ils sont peints ou linogravés sur des fonds d’acrylique, d’encre de Chine, en positif ou en négatif ou bien en utilisant les deux manières d’imprimer à la fois.


IV. Des pratiques de la linogravure ailleurs

Ÿ•Ÿ••Ÿ   Au Mexique, Leopoldo Méndez (1902-1969) poursuit une tradition de la gravure mexicaine, héritée de José Guadalupe Posada et de Manuel Manilla. Il fonde en 1937 avec Pablo O’Higgins et Luis Arenal Bastar le Taller de Gráfica Popular. L’atelier établi à Mexico s’est spécialisé dans la gravure sur linoléum et dans la gravure sur bois. Il imprime des affiches, des brochures, réalise des drapeaux et des éditions de portfolio en soutenant des causes telles que l’antimilitarisme, le syndicalisme ouvrier et l’opposition au fascisme. Leopoldo Méndez produira de nombreuses linogravures sur l’histoire du Mexique après la révolution, sur les luttes sociales des ouvriers et la condition d’infortune des paysans, par des scènes urbaines et des paysages.


Leopoldo Méndez. Deportacion a la Muerte (Tren de la Muerte) (1942), linogravure en noir sur papier vélin beige, 35,2 x 51,3 cm (image) 41,9 x 58,7 (feuille) et El embajador Lane Wilson « arregla el conflicto » (1947), 40 x 27 cm, linogravure, collection INBA/MACG, Mexico.


En Inde, deux jeunes artistes, Poorva Shingre et Samidha Gunjal, adoptent la technique de la linogravure pour imprimer des tissus en reprenant des techniques ancestrales comme l’impression en bloc qui sont traditionnellement utilisés dans la confection des saris et autres accessoires indiens (ill. ci-dessous).

 

 

 

 

 

En Iran, l’exemple de Charles-Hossein Zenderoudi est emblématique. Cet artiste né en 1937 quitte son pays en 1960. Il est décrit (Restany, 2001) comme « L’homme de la Vraie et Juste 
Mesure dans la Communication ». Son œuvre témoigne d’un « universalisme optimiste », elle aura une grande influence sur les jeunes générations d’artistes du Moyen-Orient. En 1958, Zenderoudi produit une linogravure remarquable intitulée Qui est cet Hossein dont le monde est fou ?. Elle représente des scènes du martyre de l’Imam Husayn, le petit-fils du prophète Mahomet, à la bataille de Karbala en 680. L’œuvre est imprimée sur lin, elle a été réalisée dans le style traditionnel iranien des peintures de café sur toile, appelées pardeh[3], ou peintures de rideaux.

A une nouvelle génération qui en ignorait l’existence, j’ai encore récemment recommandé cette technique modeste à laquelle je me suis initié en privilégiant une approche directe voire autodidacte en quête de résultats personnels. Cette technique peut passer inaperçue, mais étonnamment, aujourd’hui encore, la linogravure s’utilise partout dans le monde et ses usages reflètent diverses revendications transmises par un procédé jugé « vulgaire » autant que des volontés de réactiver la tradition, témoignant d’une modernité sans cesse renouvelée.

[1] Marcel Fiorini (1922-2008) est un peintre et graveur français de la nouvelle École de Paris. Il est reconnu pour son œuvre gravée et les nouveaux procédés de gravure en taille douce sur bois, plâtre et linoléum qu’il met au point au début des années 1950. Il développera son travail de gravure en grand format dans les séries qu’il présentera à la galerie Jeanne Bucher, Gravures pour les heures en 1965 et Gravures pour le mur en 1970.

[2] L’œuvre intitulée Genèse est un ensemble polyptique que je considère comme une peinture murale unique, de technique mixte. L’ensemble est composé d’œuvres sur papier marouflées sur panneaux de bois et réalisés avec des techniques différentes : acrylique, encre, linogravure.

[3] Le pardeh est une peinture mobile sur toile cirée qui est déroulée dans la rue ou dans les cafés iraniens par un conteur ambulant, le pardeh khân, lors du spectacle traditionnel appelé pardeh-khâni. Les sujets des peintures sont historiques ou religieux et sont commentées de manière didactique dans la tradition du naqqali, la plus ancienne représentation théâtrale iranienne.

 

Eléments bibliographiques

Monographies et articles

  • Adhémar Jean. La gravure originale au XXe siècle, Somogy 1967, 252 p., ill. coul.
  • Melot Michel. L’estampe, Skira 1981, 285 p., ill. en n. et en coul.
  • Giraudy Danièle, Baer Brigitte. Picasso linogravador, Catalogue de l’exposition, Musée Picasso Antibes / Ajuntament de Barcelona. Museu Picasso 1988. 155 p. ill. coul.
  • Picasso Pablo, Boeck Wilhelm. Pablo Picasso Linogravures, Paris : Éd du Cercle D’Art, 1962, 106 p.
  • Galerie Louise Leiris. Picasso : 45 gravures sur linoléum 1958-1969, catalogue de l’exposition, 15 juin-13 juillet 1960, Paris
  • Comentale Christophe. Dossier estampe, Art & Métiers du Livre n°236 – Juin/Juillet 2003, pp. 30-59.
  • Berger Richard, La gravure sur linoléum, manuel pratique, Henri Laurens éditeur, Paris 1970
  • Caplow Deborah. Leopoldo Méndez: Revolutionary Art and the Mexican Print, University of Texas Press 2007, 305 p.
  • Charles-Hossein Zenderoudi : pioneers of iranian modern painting : exhibition, Tehran, museum of contemporary art. Catalogue de l’exposition au MOCA, préface de Pierre Restany, Tehran – Tehran Museum of Contemporary Art – 2001, 144 p.
  • Zia Djamileh. Gordâfarid, « une femme naqqâl », La Revue de Téhéran, n°42, mai 2009.

Sites

 

 

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