De la diffusion des connaissances : sur la mise en place d’un projet bilatéral France Pérou relatif aux œuvres de Juan Manuel Cardenas-Castro (5)

par Alain Cardenas-Castro

Récemment, au fil de mes investigations dans l’important corpus documentaire relatif au peintre et muséographe Juan Manuel Cardenas-Castro, j’ai pu repérer un exemple exceptionnel parmi les éléments de cet ensemble d’œuvres peintes ou dessinées, conservées dans des collections privées en Europe et au Pérou. Il s’agit d’une peinture intitulée IMPRECION, qui a été acquise par l’état français à l’occasion du Salon du Franc[1] en 1926. Elle appartient au FNAC (Fonds National d’Art Contemporain). J’ai découvert également quelques rares documents audiovisuels, trois films courts composés de séquences dans lesquelles on peut voir Juan Manuel Cardenas-Castro.

IMPRECION, une peinture exceptionnelle de Juan Manuel Cardenas-Castro

Comme le montre la capture d’écran datée du mois de juin 2018 (ill. 1) prise sur le site du Ministère de la Culture, la peinture à l’huile référencée dans la base de données du FNAC sous le numéro d’inventaire 9473 a été répertoriée sous le nom d’Alain Cardenas-Castro lors du dernier récolement de 1998. C’est un ancien catalogue d’exposition retrouvé dans la bibliothèque de l’atelier de Juan Manuel Cardenas-Castro qui m’a permis de constater l’erreur dans l’attribution de cette peinture réalisée par mon père avant 1926.

J’ai averti le Chef de la mission de récolement, responsable de la collection historique et moderne du Pôle collection au CNAP (Centre national des arts plastiques) qui a corrigé l’erreur depuis.

En effet, en comparant les notices de l’œuvre intitulée IMPRECION dans la base de données du FNAC (1998-2018) sous le numéro d’inventaire 9473 et dans le catalogue du Salon du Franc édité en 1921, les similitudes des titres, des supports et des dimensions sont flagrantes. C’est donc bien la peinture de Juan Manuel Cardenas-Castro qui a été exposée au Salon du Franc en 1921 et a été achetée par l’État à cette occasion qui est répertoriée dans la base de données du FNAC. J’ai pu remarqué aussi que la technique utilisée pour cette peinture à l’huile n’est pas mentionnée dans la notice de 1921. Elle a été ajoutée dans la notice du FNAC.

Pour mémoire, la structure de la notice du catalogue du Salon du Franc :

[27. – Cardenas Castro (Jean-Manuel), péruvien, 37, boulevard Montparnasse, Paris. « Imprecion ». Toile, haut. 0,60, larg. 0,65.] (ill. 2)

La notice du catalogue du FNAC indiquait :

[Peinture Inprecion, N° Inv., Référence 9473, Auteur / Origine Alain CARDENAS CASTRO Techniques/matières Huile sur toile, 60 x 65 cm, Date arrêté / affectation 1939/07/05, déposé par Fonds national d’art contemporain, auprès de Paris, Ministère de la culture et de la communication, en 1939/07/05, Date récolement 1998/09/16, Oeuvre localisée NON, Localisation Ile-de-France ; Paris (75) ; Paris ; Ministère de la culture et de la communication, Contact CRDOA, N° informatique FNAC-I0036751, © Fonds national d’art contemporain]

Après la comparaison de ces deux notices, j’ai constaté que le titre, le support et les dimensions sont identiques — mises à part les mauvaises orthographes des intitulés, dans les catalogues du FNAC, Inprecion, du Salon du Franc, Imprécion, qui ne traduisent pas le mot français Impression. (ill. 2)

  


Ci dessus, de gauche à droite, (ill. 1), notice du catalogue du FNAC détaillant l’œuvre, Inprecion attribuée à Alain Cardenas-Castro, sous le n° inv. 9473 (capture d’écran du 25/06/2018) ; (ill. 2), pages du catalogue du Salon du Franc (1926) comportant la notice de l’œuvre Imprécion, attribuée à Juan Manuel Cardenas-Castro.


De plus, à l’occasion de cette recherche, à partir de l’adresse indiquée sur la notice du catalogue de 1926, j’ai pu identifier un des domiciles parisiens occupé par Juan Manuel Cardenas-Castro durant les premières années après son arrivée en France. Par contre, il est dommage que la base de donnée du FNAC ne comporte pas de reproductions de l’œuvre et qu’elle n’informe pas sur sa localisation.

De la documentation relatives au peintre et muséographe Juan Manuel Cardenas-Castro : les rares exemplaires de types audiovisuels

Durant ce dernier été 2018, j’ai pu identifier certaines des collections privées qui conservent des documents relatifs à Juan Manuel Cardenas-Castro et accéder à leur fonds dans lesquels j’ai découvert trois documents audiovisuels, trois films. Des documents rares puisqu’il n’en existe pas d’autres de ce type à ma connaissance. Il existe aussi un enregistrement sonore sur Compact Cassette (Cassette audio ou K7) enregistrée en 1988 lors de la fête familiale organisée à Lima pour célébrer l’anniversaire et la venue de Juan Manuel Cardenas-Castro au Pérou ­— son premier et unique retour dans son pays d’origine depuis son départ en 1920.

Ces trois documents filmiques, sous les formats Super 8 et Video 8, apportent des informations, d’une part, pour le premier, sur l’atelier de la rue Vineuse ; l’espace de travail et lieu de vie parisien dans lequel Juan Manuel Cardenas-Castro à vécu depuis le début des années 1940 jusqu’à sa mort en 1988, et, d’autre part, pour les deux autres, sur les déplacements qu’il a effectué dans le cadre de visites familiales, en banlieue parisienne et en province.

Il est regrettable de ne pas le voir peindre ni de le voir davantage sur ces trois films tournés à quelques années d’intervalles au cours des années 1968 et 1972 pour les films 2 et 3 et en 1988, quelques mois avant sa mort, pour le film 1.

Ces films sans titres spécifiques, compléteront la documentation qui accompagnera les différents projets de valorisation de l’œuvre du peintre, au Pérou et en France, lors des expositions et conférences qui seront programmées dans ce cadre.

 Film 1

Le premier document audiovisuel est un film vidéo de format Video 8, extrait d’une cassette de 90 mn.

Sur ce premier film documentaire réalisé dans l’atelier du 18 de la rue Vineuse, on peut d’abord, voir comment les nombreuses peintures étaient réparties sur les murs et se rendre compte des nombreuses plantes, les Philodendron, Monstera, etc. qui baignaient dans cet espace et se reflétaient en teintant l’ambiance lumineuse de couleurs froides comme il est décrit dans le premier article de cette série[2]. (voir l’annexe iconographique) Sur la plus grande surface murale, orientée au Sud-Ouest, on peut ensuite, découvrir l’accrochage de plusieurs des tableaux de dimensions variées qui accompagnaient la circulation du tuyau de poêle. Pour enfin, se rendre compte, en suivant la descente depuis la sortie du conduit de cheminée que ce parcours tubulaire s’arrêtait alors à mi-hauteur du mur. Le système de chauffage et les tuyaux à proximité avaient certainement été remisés en raison de la douceur saisonnière (ill. 1 et 2).

 


Ci-dessus, de gauche à droite, (ill. 1 et 2) plans descriptifs d’une partie de l’accrochage des 2 premiers plans du film 1. © Alain Cardenas-Castro


Avant de décrire plus précisément cette séquence visuelle, on pourra constater qu’elle est de qualité médiocre, et considérer l’environnement sonore pollué par le grincement de la mécanique entrainant la bande magnétique, d’une part, et par le bruit du glissement de l’objectif qui alterne les longueurs focales, d’autre part. On percevra une interjection en espagnol prononcé par Juan Manuel Cardenas-Castro et des sons provenant certainement d’ustensiles de la cuisine à proximité non dissocié dans cet espace de vie et de travail réduit.

Cette courte séquence filmée est décomposée en trois plans d’images en mouvement qui sont décrits ci-après.

  1. Le premier plan est un travelling de la droite vers la gauche qui commence sur le profil du visage de Juan Manuel Cardenas-Castro en se poursuivant sur le plus grand mur de tableaux. Il se termine sur la mezzanine en sous-pente qui servait de plateforme de stockage pour les œuvres non exposées sur les murs de l’atelier.
  2. Le deuxième plan est également un travelling de la droite vers la gauche. C’est une reprise du premier plan, sans que Juan Manuel Cardenas-Castro ne soit filmé. Il se poursuit comme le premier plan, sur l’accrochage mural, pour venir ensuite décrire plus précisément la mezzanine, et terminer sur le mur en vis à vis en passant devant le vestibule qui dessert la porte d’entrée de l’atelier. Ce deuxième plan permet de voir sur le mur opposé et de plus petite dimension, la série Les douze Incas que Juan Manuel avait commencé à peindre à la fin des années 1960. Cependant, on ne peut apercevoir sa table de travail qui était situés au pied de ce mur de figures régaliennes.
  3. Le troisième plan est fixe. Il s’arrête sur le profil droit de Juan Manuel, une figure que j’ai régulièrement reproduit plastiquement de différentes manières, par le dessin, en couleurs, en trois dimensions[3].

Ci-dessus, de gauche à droite et de haut en bas, 9 visuels résumant chronologiquement la séquence composée des 2 travellings et du plan fixe du film 1. © Alain Cardenas-Castro


 Film 2

Le deuxième document audiovisuel, d’une durée de 2 mn, 01 s. est un film Super 8 tourné à l’occasion d’une visite de Juan Manuel à ses beaux-parents qui résidaient alors en Normandie, à Mondeville dans la banlieue caennaise.

On l’aperçoit à plusieurs reprises mais très peu de temps.

  1. En franchissant le portail de la grille d’entrée après être sorti de la voiture de son fils ainé, Mario qui l’avait conduit de Paris jusque là.
  2. En attendant sur le pas de la porte d’entrée de la maison.
  3. De trois quarts arrière, assis dans le salon.
  4. Quatrièmement, en bataillant symboliquement des mains avec le caméraman.
  5. En montant les marches d’un escalier extérieur avec le groupe familial constitué de sa femme, Thérèse ; sa belle sœur, Denise et son beau-frère Noë ; son fils Alain.
  6. Idem, en descendant les marches…
  7. Attablé dans la salle à manger
  8. En portant dans les bras son dernier fils Alain.

Ce film Super 8 qui n’est pas sonore, n’empêche pas de lire sur les lèvres de Juan Manuel les deux mots « ça va ? », une formule de salutation qu’il prononce en franchisant la grille d’entrée, à l’attention de son fils ainé Mario qui tient la caméra.


Ci-dessus, de gauche à droite et de haut en bas, 8 visuels résumant chronologiquement les 8 séquences du film 2. © Alain Cardenas-Castro


Film 3

Le troisième document audiovisuel, d’une durée de 3 mn., est un second film de type Super 8 tourné à l’occasion d’une visite dominicale dans la maison de son fils ainé, à Rosny-sous-bois, en Seine-Saint-Denis.

Dans le jardin de la maison, on peut voir Juan Manuel Cardenas-Castro à huit reprises.

  1. De son profil droit, assis dans une chaise longue, il est habillé d’une chemise bleue.
  2. Toujours de son profil droit, assis dans la même chaise longue, il fume une cigarette certainement occasionnellement car il n’était pas fumeur.
  3. On l’aperçoit, toujours debout, de profil en jouant au jeu du Solitaire sur une table d’appoint, il a revêtu la veste de son costume gris.
  4. Il s’est assis pour continuer à jouer.
  5. De face, il joue toujours attablé en partageant le cadre avec ses deux fils, Manuel et Alain.
  6. De dos, encore attablé, il continue à jouer avec son fils Alain qui l’accompagne.
  7. De profil, il dialogue avec son fils Alain qui utilise un appareil photo.
  8. Dans la continuité du plan précédent, un gros plan détaille le profil de Juan Manuel Cardenas-Castro et son attitude générale devant la table de jeu après un zoom de l’objectif.

Ci-dessus, de gauche à droite et de haut en bas, 8 visuels résumant chronologiquement les 8 séquences du film 3. © Alain Cardenas-Castro


Cette courte séquence filmique détaille un moment en famille, certainement après un déjeuner dominical, pendant lequel Juan Manuel Cardenas-Castro évolue dans la maison de son fils ainé et de sa belle fille Josette avec leur fille Lydia. Par ailleurs, il est venu en compagnie de sa femme, Thérèse, de son fils cadet Manuel et sa femme Anne-Marie, de son plus jeune fils Alain.

Il est intéressant, pour appréhender le travail d’un artiste, de l’accompagner dans son quotidien et son intimité familiale. Les séquences filmées proposées ne sont pas indispensables mais elles permettent de comprendre plus finement un œuvre. Ces trois films en sont l’illustration. La suite de mes recherches devrait permette d’approfondir le corpus des documents audiovisuels, en particulier les films relatifs à cet artiste.

[1] Le Salon du Franc organisé par le quotidien « Paris-Midi » s’est déroulé au Musée Galliera du 22 au 31 octobre 1926. Comme d’autres artistes représentants de 36 pays, tels Juan Gris ; Tsugouharu Foujita ; Chana Orloff ; Pascin ; Manuel Ortiz de Zarate ; Ossip Zadkine ; Marc Chagall ; Giorgio de Chirico ; van Dongen, Juan Manuel Cardenas-Castro y participe. Une vente des œuvres est organisée le 29 octobre. Catalogue d’exposition, préfacé par Maurice de Waleffe, Impr. Bellenand et fils, Fontenay-aux-Roses, 1926

[2] Voir en bibliographie, CARDENAS-CASTRO Alain (2017), L’espace de l’atelier et au-delà : à propos d’une esquisse représentant Juan Manuel Cardenas-Castro (1).

[3] Idem


L’annexe iconographique ci-après détaille les peintures de Juan Manuel Cardenas-Castro accrochées sur les murs de son atelier dans le film 1. Pour quelques-unes de ces notices les titres et dimensions sont à renseigner et seront complétés au fil de mes recherches.

Par ailleurs, dans le prolongement des restitutions illustrées du film 1, (ill. 1 et 2) une maquette en trois dimensions de l’architecture intérieure de l’atelier viendra prochainement compléter cette documentation et fera l’objet d’un prochain article.

 

Eléments bibliographiques

 

 

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