David Onri Anderson… Et livres d’artistes et zines

par Alain Cardenas-Castro et Christophe Comentale

Les éditions Nieves[1] ne cessent d’étoffer un catalogue riche de plusieurs centaines de titres dus à des créateurs de tous pays, de tous continents. C’est sur le site de cet éditeur, amateur de DIY, comme nous le sommes également lorsque nous collaborons avec des créateurs tel Olivier Allemane, que nous avons découvert le travail de David Onri Anderson. Créateur polyvalent, sa peinture, ses participations à un groupe et ses zines en font un plasticien étonnant et d’intérêt singulier (ill. 1).

(ill. 1) David Onri Anderson (2017), cliché Sam Angel

Du bon usage d’éléments biographiques

Né à Nashville dans la province du Tennesse, 23e ville des Etats-Unis, en 1993, David Onri Anderson revendique des ancêtres français et algériens.

«  Ma mère, Patricia, est née à Paris, en France. Son père, Henri, était un réfugié d’Algérie, où tout le reste de la famille de son côté vivait ou bien s’était transférée. Le père d’Henri était un rabbin du nom de Moïse qui avait vécu, travaillé et était mort en Algérie. Il avait été enterré avec les honneurs à Jérusalem. Durant les années 80, ma mère s’est installée en Amérique et est allée dans une école d’art en Floride. Elle y a rencontré Joël, mon père. Mon père est un Américain qui a vécu dans toute l’Amérique du Nord aussi bien que dans d’autres parties de l’Amérique centrale ou du Sud car il passait d’une base militaire à une autre pour servir les forces aériennes américaines. C’est là plus ou moins l’histoire de ma famille[2] ».

Après des études qui n’excluent aucune approche de l’imaginaire, David Anderson obtient son diplôme en 2016 au Watkins college of art, design & film, et, d’emblée rend visible la pluralité de ses aspirations très ouvertes, texte, image, son, installations, œuvres auxquelles il faut ajouter son approche de musicien. Toutes se mêlent intimement.

(ill. 2) David Onri Anderson, Earthbound installation view, Elephant Gallery (2018)

Il résume ainsi les sources qui jalonnent les œuvres produites durant sa jeune carrière : « ma pratique met en œuvre l’écoute de la vie intérieure du quotidien, tout en gardant une ouverture aux visions, au rêve des gens et aux endroits qui changent constamment. Les peintures que je réalise permettent qu’une connexion soit établie avec les yeux, l’esprit et le cœur, un endroit familier qui transforme l’ego ». Ajoutons que ce plasticien et musicien avide de musiques improvisées jouées au sein d’un groupe, recherche à travers les différents aspects du son ce qui peut influencer son état d’esprit et son corps. Il partage la vie d’Eve Maret, elle aussi compositrice qui exerce une influence notable sur sa création visuelle ou musicale.

(ill. 10) David Onri Anderson & Carlson Hatton, Plastic Fantastic Lover (2018), galerie Patrick Painter, Los Angeles, CA

Pour un art de sensations totales

L’œuvre qui est ainsi créé depuis plusieurs années résume déjà un besoin d’expérimentations diverses. Dans un texte récent, David Anderson rappelle sa façon d’aborder les matériaux qui vont former une symbiose nécessaire avec le support, sa toile (ill. 4 et 5).

“J’ai peint à l’huile pendant plusieurs années, puis, graduellement, je me suis davantage intéressé à avoir une pratique plus propre et moins chimique. J’incorpore souvent dans des approches expérimentales d’autres éléments plus traditionnels, ainsi, j’utilise par exemple sur des surfaces ou des formes étranges où je peins, des éléments de rebut, des collages, des colorants d’herbes ou de fleurs. Ma pratique courante de la peinture repose sur une approche qui utilise l’acrylique, le crayon et la toile brute. Je dessine d’abord sur cette toile, puis passe un enduit à base de plâtre entre chaque trait de crayon, laissant ainsi apparente la toile brute sur laquelle je passe un mélange d’herbes, de fleurs ou de cendres pour obtenir un effet décalé ou atténué. J’ai développé cette technique afin de rendre la peinture plus légère, claire et directe tout comme pour laisser la lumière passer à travers la trame de la toile afin qu’elle donne un effet plus lumineux[3] ».

 

(ill. 9) David Onri Anderson, Rice, Beans, and Incense (2017), Atlanta Contemporary Center


Ci-dessus. (ill. 4) David Onri Anderson,  Sans titre (2017), acrylique, huile, colle, colorant alimentaire,  collage sur tissu, 8″x10″ ; (ill. 5) David Onri Anderson, Sun Worms (2017), huile, graphite, estampage sur tissu, 8″x10″


Ses approches oniriques aux processus et aux matériaux sont expérimentales, subjectives et intuitives. Ainsi, dans un texte (ill. 9) de 2017, exposé lors d’une manifestation, le côté narratif de l’approche est rendu frontal et le sens, la présence de l’image transparaissent dans une description qui sait mêler le réel d’une polychromie omniprésente à un dialogue avec les astres parcourus de sensations humaines (ill. 3). On y décèle des influences provenant de l’art tantrique et de la philosophie cosmique (ill. 6 et 7). Les rythmes ainsi induits par ces approches s’avèrent la source de répétitions, de mouvements qui deviennent plus imposants, liés à des répétitions, des changements d’échelle. Différents éléments organiques s’avèrent les fondamentaux les plus favorables à ces glissements d’états (ill. 10). C’est que l’on distingue avec ses feuilles, fleurs et fruits, aussi parmi ses éléments d’usines répétés et comme portés par une mythologie née d’une Nature sublimante.

(ill. 6) David Onri Anderson, Creature Creature(2020), colorant au pollen, acrylique, graphite sur toile brute, 40″x30″

En parallèle à ses créations, David Onri Anderson entame vite une activité qui lui permet de présenter ses œuvres, notamment lors d’expositions chez ZieherSmith à New York, au centre d’art contemporain d’Atlanta et à la Zeitgeist Gallery de Nashville. Il déploie également une activité de co-director et de commissaire à Mild Climate, s’implique dans l’espace artistique de Bijan Ferdowsi à Nashville.

(ill. 7) David Onri Anderson, Cosmic queen of the unseen (2020), cendre de bois de frêne, acrylique, graphite sur toile brute, 28″x22″

Peintures comme conversations calmes dans des espaces infinis.

Ce créateur sait jouer avec les techniques mixtes, celles qui permettent de donner naissance à des installations.

Laura Hutson Hunter rapporte que « dans le n° de 2017 de Best, une des meilleures publications de Nashville, nous avons décerné à David Onri Anderson le titre de meilleur artiste-peintre émergeant avec les galeries qu’il co-dirige comme commissaire, Mild Climate et Best Gallery. Le travail d’Anderson est à la fois authentique, enjoué et sensuel, il suscite l’imaginaire. Pour Earthbound, sa première exposition à la galerie Elephant Gallery, lieu de plus en plus influent au nord de Nashville, il a empli l’espace de peintures et d’une importante installation essayant ainsi de doter la galerie de ce qu’elle appelle « une échappée paisible des réalités de la société ». Selon les déclarations de l’artiste, «  j’ai pensé mes œuvres comme des personnages ou des lieux aux histoires qui font allusion à une mythologie non révélée, mais évoquée à travers couleur, matériau et répétition des formes. Enfin, cet ensemble tend vers une Terre qui est notre Mère et notre source d’inspiration majeure pour créer de nouvelles façons de vivre en harmonie l’un avec l’autre sur notre imposante planète ».

(ill. 8) David Onri Anderson, Strawberry mare (2020), acrylique, graphite sur toile brute, 32″x38″

Comme le précise David Anderson, « J’explore des thèmes de la Nature, de façons très différentes. J’ai eu en 2018 une exposition personnelle, Earthbound, (ill. 2) à Elephant gallery. J’ai empli la galerie de terre et d’herbe véritable, vivante, fait des monticules, peint les murs et mis en place mes peintures ainsi que de petites sculptures. Dans mon imaginaire, j’aime explorer les possibilités des choses que nous pensons connaître, comme des fruits, des fleurs, des animaux, des gens. Je combine parfois des idées comme une fraise et un cheval, ce qui donne une peinture comme celle appelée Jument fraise (ill. 8). Parfois, ces idées génèrent des séries de nouvelles idées, parfois cela s’arrête avec une peinture. Seul le temps saura dire ». Cette curiosité envers une Nature à la fois Eden mais aussi source et contenant de tous les éléments de la création avait beaucoup intéressé Wang Youshen [王友身] (1964, Beijing), plasticien chinois qui, depuis les années 90 n’a pas, lui non plus, hésité à recréer un microcosme où évoluaient des personnages parfois proches, campés dans des situations extrêmes…

(ill. 3) David Onri Anderson, See In The Dark (2019), encre de noix fabriquée par l’artiste, acrylique et graphite sur toile écrue, 30″x40″.

Livres & zines

Born Again and Again (2020), Zürich : Nieves, 2020. 100 ex.

«La collection d’oeuvres rassemblées dans Born Again & Again provient des noix que j’ai récoltées du noyer qui est dans ma cour. Je les ai fait bouillir pour obtenir une encre, et j’ai dessiné, nuit après nuit sur le papier que je pouvais trouver. Ces images font resurgir des mythologies personnelles qui traitent d’une vue imposante de la réalité » explique David Anderson dans une courte présentation de ce zine. En l’occurrence, les matières traitées comme un lavis plus ou moins dilué correspondent tout à fait à cette édition qui, d’une certaine façon, rejoint d’une part la simplicité de moyens que recherchent les tenants de cette approche, de l’autre, elle s’inscrit parfaitement dans l’esthétique implicite de Benjamin Sommerhalder.


Ci-dessus. Deux doubles pages du livre de David Anderson Born Again and Again (2020), Zürich : Nieves, 2020. 100 ex.


Un autre livre Smoke, sand, stars in your eyes montre les centres d’intérêts éclatés qui rassemblent l’énergie créatrice de cet imaginatif. Formes, matières et associations d’idées et de mythologies personnelles trouvent là un écho dans ce catalogue de créateur. Les éditions Wallsdivide sont une petite maison d’édition de la ville de Memphis spécialisée dans des livres d’artistes et ebooks de création et souvent expérimentaux.

Notes

[1] La Maison d’édition Nieves, sise à Zurich, en Suisse allemande, se démarque complètement dans le paysage de l’édition d’art contemporain. Son fondateur, Benjamin Sommerhalder, a réussi depuis 2001à conserver son indépendance en suivant son esthétique DIY et une liberté éditoriale très personnelle qui fait coexister peinture, photographie autant que dessin. Comme Benjamin Sommerhalder le revendique sur son site, « que ce soient des livres ou des zines, les ouvrages, réalisés en collaboration avec les artistes publiés, sont des objets d’art à part entière » ; c’est, malgré un côté qui paraîtra parfois limite, fruste, décalé, presque trash, ce qui en fait le charme et la diversité constamment renouvelés. En parallèle à l’édition de monographies d’art, Nieves publie également depuis 2004, une vingtaine de zines (des photocopies noir et blanc au format A5) par an, édités chacun à 100 ou 150 exemplaires. A la fin de l’année, tous les zines sont rassemblés en paquets, enveloppés dans une grande affiche sur laquelle sont imprimées toutes les couvertures.

[2] Les notes traduites ici proviennent d’échanges épistolaires avec l’artiste en janvier 2021ou de ses propos dans des revues citées en bibliographie.

[3] Notes consignées par l’artiste au fil d’échanges épistolaires, janvier 2021.

Expositions

  • solo exhibition at David Lusk Nashville, TN October 1-26, 2019
  • solo exhibition, Fragile As Fruit, at David Lusk Gallery, Nashville, TN October 1-26, 2019
, Opening reception October 5th, 2019, 5-8pm,
 Artist talk with artist, writer, and curator Emily Weiner at DLG October 26th, 2019.
  • Solo Exhibition at Patrick Painter Gallery 03/30/2019 and more!
  • TBT Solo Exhibition at Patrick Painter Gallery, Los Angeles, CA, 03/30/2019

Current shows up:

  • ‘Smoke, Sand, Stars In Your Eyes’ w/ Lauren Taylor @ Versa Gallery, Chattanooga, TN up until 10/19/2018
  • ‘Vivid Memories of a Blurred Past’ group show @ Atlanta Contemporary, Atlanta, GA, up until 12/15/2018
  • ‘Extension’ group show curated by Corkey Sinks @ Dixon Gallery and Gardens, Memphis, TN, 10/13/2018 – 01/13/2019

Bibliographie

Livres d’artiste de David Onri Anderson

  • Smoke, sand, stars in your eyes. Wallsdivide : Memphis, [ 2018]. N. p. Livre d’artiste composé d’une suite de photos en noir et blanc.
  • Born again and again. Zurich : Nieves, 2020. N. p. Ed. à 100 ex.

Compositions musicales

Recensions sur David Onri Anderson

 

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