Charles Ferdinand de Lambilly, dessinateur et archéologue des lieux de voyages

par Christophe Comentale et Alain Cardenas-Castro

« J’ai toujours travaillé dans la solitude et d’après mes seules impressions » déclare Monet pour qui la création artistique est essentiellement celle de l’artiste au sein de son sujet.

Ces propos s’appliquent également à Charles Ferdinand de Lambilly, de quinze ans l’aîné de ce dessinateur et peintre amoureux des lieux incongrus et magiques.

De Lambilly naît le 26 mai 1825 à Neuilly au sein d’une famille française de souche noble, cinquième enfant d’une famille de treize, de Laurent de Lambilly, marquis, et de Mary Fifield, anglaise.

L’engagement militaire

De famille conservatrice, de Lambilly embrasse assez tôt la carrière militaire pour entrer dès le 1er janvier 1852 au service du Saint Siège, en qualité de sous-lieutenant au Deuxième étranger, lieutenant en 1854, il passe capitaine deux ans plus tard.

Pendant cette période, il séjourne constamment dans les Etats de l’Eglise où font rage les guerres d’indépendance. Au cours de la deuxième, en 1859, Cavour, alors ministre de Victor-Emmanuel II s’assure l’aide de la France lors de l’entrevue de Plombières en 1858. Après ces hostilités de courte durée, la victoire de Magenta est remportée par les troupes franco-piémontaises. Cependant, Napoléon III, craignant un conflit avec le pape, conclut avec l’empereur d’Autriche l’armistice de Villafranca en juillet 1859.

De Lambilly prend part à ces hostilités, il est fait prisonnier lors du combat de Pérouse, durant l’invasion des Marches et de l’Ombrie. Il passe au régiment des zouaves pontificaux après la bataille de Castelfidardo.

Le 22 décembre 1865, il est nommé chef de bataillon, il commande l’avant-garde de la colonne pontificale à la bataille de Mentana ; le 3 septembre 1867, il participe aux opérations contre les troupes de Garibaldi. Enfin, lors du siège de Rome, il participe aux opérations contre les troupes de Garibaldi. Enfin, lors du siège de Rome, il défend la brèche de la porta Pia, à la tête du premier bataillon. En 1870, à la faveur du conflit franco-prussien, l’armée italienne peut occuper Rome qui est proclamée l’année suivante capitale de l’Italie.

De Lambilly s’en revient alors en France,  c’est à Vannes qu’il épouse le 1er mars 1859 Rosalienée Jobbée de Gaudinais, dont il aura quatre enfants. Le premier, Raphaël-Marie, naît à Pesaro le 12 janvier 1860 ; à la fin de la même année, le 27 novembre, naît à Lyon Charlotte-Marie, puis, à Vannes, Marthe-Philomène le 21 avril 1864 et Pietrina le 21 novembre 1873. Les prénoms donnés aux enfants sont significatifs de l’importance de la culture italienne sur cette famille.

L’artiste

Foncièrement indépendant, de Lambilly n’appartient à aucune des grandes tendances esthétiques de son époque. La conception d’artistes des XVIIe et XVIIIe siècles comme Poussin, Le Lorrain pour qui le paysage n’est accepté que s’il se rattache à l’histoire et est ensuite incorporé à un ensemble retravaillé, cette conception n’est plus en vigueur. De Lambilly se rapproche cependant d’hommes comme Corot pour qui le paysage est regardé comme distinct de soi et dont il est le témoin étonné. Le monde ainsi conçu peut être seulement dense et immobile. Ses paysages appartiennent complètement à l’optique qu’en ont les artistes de Barbizon dont les paysages exécutés principalement entre 1830 et 1870 sont le reflet.

La tradition italianisante est encore très vivante. L’artiste se doit de faire un séjour, le voyage, en Italie. Paysage et architecture forment un tout harmonieux idéalement.

Les paysages de cette période font abstraction des ambitions académiques au profit d’une illustration pus directe des réalités de la nature. Pour bien des étrangers, l’Italie offre dans ses paysages une certaine impression de recul et d’émerveillement. Ceux-ci sont en effet chargés d’un passé prestigieux, sans, toutefois, se conformer étroitement aux exigences du paysage historique te qu’il était perçu jusqu’alors.

Tombeau de Cecilia Metella sur la via Appia , crayon sur papier teinté, 23,5 x 30 cm

Durant ses décennies de service en Italie, de Lambilly profite de ses moments de trêve pour aller à la recherche du quotidien. Sa vision de l’Italie n’est plus seulement celle de l’Histoire, mais c’est l’observation directe, vraie, du présent qui l’entoure. Ses dessins montrent un goût profond pour l’Antiquité avec l’impressionnante Pyramide de Cestius Caïus à Rome, près du cimetière des Anglais ou encore avec Le tombeau de Cecilia Metella sur la Via Appia.

Pyramide de Cestius Caïus, vue du cimetière anglais, crayon sur papier teinté, 24 x 38 cm

Sa connaissance de l’environnement lui permet de traduire très fidèlement tous les paysages des Etats de l’Eglise : de Castelgandolfo où est la résidence d’été du souverain pontife, à Albano, ainsi que de sites voisins. Ces scènes sont un témoignage aussi captivant que l’ensemble des œuvres romaines de Corot. Les descriptions de Marino et de ses collines ou des versants de Castelgandolfo ont toutes la même quiétude, la même douceur.

La fontaine de Porto d’Anzio, crayon et rehauts, 19 x 23 cm

Ce qui intéresse de Lambilly, c’est de rappeler un détail qui l’a frappé, qui a captivé son attention au sein d’un paysage, telle cette Fontaine baroque de Porto d’Anzio, Les lavoirs sur une place postrenaissante de Castelgandolfo, ou, toujours dans la même région, cette Palazzina, en fait une résidence estivale de nobles.

Le couvent des Capucins près de Castelgandolfo, crayon et rehauts, 21 x 29 cm

Autant d’endroits qui sont des souvenirs vrais et minutieux laissés à la postérité. Le goût pour l’Italie des Français ne doit aucunement faire oublier que les impressionnistes de l’époque, les macchiaoli, – ainsi appelés en raison de leur rendu de taches paysagistes – viennent entre 1850 et 1870 à Barbizon pour en étudier l’atmosphère et le paysage.

A propos de la famille de Lambilly (source Wikipedia)

La famille de Lambilly est une ancienne famille française dont des sources antérieures à la Révolution française rappellent son extraction chevaleresque et montrent ses origines bretonnes. Elle tire son nom d’une terre située dans le Morbihan. Sa filiation prouvée remonte à 1361 et elle fut maintenue noble en 1668. Un de ses membres, Guillaume de Lambilly, fut président de la Noblesse aux États de Bretagne en 1687. Elle a été admise à l’ANF en 1945.

La famille de Lambilly tire son nom de la seigneurie de Lambilly, à Taupont, près de Ploërmel (Morbihan). Lambilly (Lann-Bily) signifie en breton terre de Bily. Cette terre avait droit de moyenne et basse justice. Elle relevait directement des ducs de Bretagne, puis des rois de France après la réunion de la Bretagne à la Couronne.

La famille de Lambilly remonte sa filiation suivie jusqu’en 1361. Elle a paru aux réformations de 1427, 1448, 1454, 1513 et 1536 dans l’évêché de Saint-Malo. Elle a été maintenue noble le 17 novembre 1668 à Rennes. Elle fut admise aux Honneurs de la Cour en 1780 et 1786, et aux pages de la Grande Ecurie en 1695, 1720 et 1721.

Elle compte parmi ses membres un grand chambellan et premier gentilhomme de la maison du duc Jean V de Bretagne en 1415 et un président de l’ordre de la noblesse aux États de Bretagne en 1687.

Différentes personnalités se sont illustrées au fil des temps

  • Guillaume de Lambilly, tué le 25 octobre 1415 à la bataille d’Azincourt.
  • Jean de Lambilly, grand chambellan, grand écuyer et 1er gentilhomme de la chambre du duc de Bretagne en 1415.
  • Guillaume de Lambilly, seigneur de Lambilly, Crémenan, La Ville-Dénaché, Kergrois, en Remungol, baptisé à Taupont le 12 avril 1621, maintenu noble d’ancienne extraction à Rennes le 17 novembre 1668, président de l’Ordre de la Noblesse aux États de Bretagne tenus à Morlaix en 1687, mort à Kergrois en 1693.
  • Pierre Joseph de Lambilly, seigneur de Kergrois, du Broutay, en La Croix-Helléan, de Baud-Kerveno, en Baud et Pluméliau, de Crémenan, La Rivière-Bréaut, La Ville-Dénaché, La Ville-Morin, Le Ruffé, Rohallaire et Quistinic, né à Kergrois le 15 octobre 1679, page de la Grande Écurie du roi Louis XIV le 20 mars 1695, conseiller au Parlement de Bretagne en 1707, l’un des chefs de la conspiration de Cellamare en 1718, réfugié en Espagne en 1719, condamné à mort par contumace en 1720, nommé gentilhomme de la Chambre du roi d’Espagne Philippe V en 1720, mort en avril 1731.
  • Pierre Laurent de Lambilly, né à Saint-Malo le 3 avril 1702, réfugié en Espagne de 1720 à 1731, page du roi d’Espagne Philippe V, mort à Kergrois le 1er mai 1742.
  • Pierre Gabriel François de Lambilly, né à Rennes le 5 janvier 1759, lieutenant aux Gardes Françaises en 1782, admis aux Honneurs de la Cour en 1780 et 1786, émigré en Belgique, puis en Prusse et au Danemark ; chef de bataillon de l’Armée catholique et royale de Bretagne de 1795 à 1797, chevalier de Saint-Louis, mort à Lyon le 2 avril 1817.
  • Thomas Hippolyte de Lambilly, né à Altona (Danemark) le 23 octobre 1796, volontaire royal dans la Légion de Ploërmel en 1815, sous-lieutenant au 5e régiment d’infanterie de la Garde du Roi Louis XVIII en 1816, mort à Kergrois le 28 septembre 1876.
  • Charles Ferdinand de Lambilly, né à Neuilly-sur-Seine le 26 mai 1825, chef de bataillon aux Zouaves Pontificaux de 1866 à 1870, mort à Vannes le 29 octobre 1901.
  • Humbert Henri de Lambilly, né à Rennes le 17 décembre 1832, lieutenant-colonel, officier de la Légion d’Honneur, blessé mortellement au combat de Ponthieu (Sarthe) le 11 janvier 1871.
  • Jean-Gabriel de Lambilly, né à Rennes le 31 janvier 1834, officier de chasseurs à pied, commandant des Mobiles de Ploërmel en 1870, président du comité royaliste et du conseil général du Morbihan, chevalier de la Légion d’Honneur, commandeur de l’Ordre de Pie IX, mort à Lambilly le 21 mars 1896.
  • Jean Eugène de Lambilly, né à Paris le 2 juin 1901, général de division (origine infanterie), Commandeur de la Légion d’honneur, Croix de guerre 1939-1945, Croix de guerre des Théâtres d’Opérations Extérieures, décédé à Paris le 1er novembre 1985.
  • Aymar Geoffroy de Lambilly, maire de Fougeré, en Vendée, de 1951 à 1986, décédé le 12 avril 2011.
  • Jean-Pierre de Lambilly, maire de Sainte-Hermine, en Vendée, de 1986 à 1989, et conseiller général de la Vendée de 1979 à 2004.

Table des dessins

La série de dessins dont il est question dans cet article (certains sont reproduits) sont tous exécutés à la mine de plomb sur papier teinté, de couleur gris-bleu ou ivoire. Ils sont rehaussés de blanc, parfois de quelques touches d’aquarelle.

Renvois bibliographiques

  • Comentale, Christophe, Le dessin d’amateur au XIXe siècle, de Lambilly :A French nineteenth century sketcher, de Lambilly : 十九世纪杰出素描家兰比尼生平简介 in : Cinabre (1986, 1), pp. 60-69 : [12] ill.
  • Fournier de Bellevue, Généalogie de la famille de Lambilly Nantes : Impr. E. Grimaud et fils, 1901. 63 p. : armoirie.
  • Description du fonds de l’ANF. https://www.siv.archives-nationales.culture.gouv.fr/siv/rechercheconsultation/consultation/pog/consultation

[L’ANF (Association d’entraide de la noblesse française) est une association française créée en 1932, régie par la loi de 1901, dont l’objet principal est l’entraide matérielle ou morale des familles issues de la noblesse française selon ses critères et qui en sont membres].

 

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