A propos d’un jade tubulaire de l’ancienne collection François Dautresme

par Christophe Comentale, coordination éditoriale, Alain Cardenas-Castro.

Le musée chinois du quotidien (Lodève) a, parmi les fonds de l’ancienne collection François Dautresme, notamment un ensemble intéressant d’une trentaine de pièces de jades de toutes époques, pu retrouver une de ces pièces tubulaires. La pierre est d’un vert clair, ponctué de nombreuses taches blanches ou ocre-jaune.

La curiosité de François Dautresme a permis à ce voyageur, collectionneur, de réunir un ensemble de pièces de jade dont la typologie fera l’objet d’une étude particulière.

Cette pièce est l’occasion de faire un point sur cette curieuse forme.

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Pièce dite en sabot de cheval. Jade, L. max. 5,1 cm, diam. intr, de 4,1 à 4,3 cm, diam. extr de 5,1 à 5,5 cm (anc. coll. FD, MCDQ, Lodève)


Différents sites de peuplement du continent chinois ont développé dès l’époque néolithique, soit du 6e millénaire au 2e avant notre ère, différentes formes utilitaires et surtout rituelles, dont celle-ci est l’une des plus originales.

La forme, traditionnellement dite en sabot de cheval, de section ovale et de forme tubulaire évidée, s’évase légèrement vers un bord supérieur oblique. La pierre, de couleur verte et beige est mouchetée d’inclusions blanches, brunes et noires, les côtés, fins, sont polis avec un soin et une finition remarquables. Cette forme ainsi appelée reste poétique mais sans aucune signification particulière, ni pratique ni rituelle.

Elle fait l’objet d’un travail extrêmement précis de perforation, de dévidage et de polissage. La question du travail de ce matériau dur ne cesse de captiver les chercheurs de tous horizons. Selon une étude de l’équipe de recherche du musée national du Vieux Palais de Taiwan, le percement du bloc de jade s’effectue de haut en bas, mouvement qui permet des reprises de plus en plus fines avant un lissage complet des parois intérieures comme extérieures, ce qui montre un soin particulier apporté à la finition de la pièce, un soin quelque peu éloigné du nom donné à ce type de pièce, même si le cheval reste, dans la Chine traditionnelle, la monture des messagers divins à des époques autres. La période néolithique n’ayant nullement attesté précisément cette donnée.


▪Jade circulaire dit en sabot de cheval (culture de Hongshan, époque tardive), H. 13,4 cm 玉箍形器

▪▪ Vue intérieure de la même pièce, coll. Musée national du Vieux Palais, Taipei.

▪▪▪Le processus de fabrication d’une pièce circulaire


Un nombre important de ce type d’artefact a été trouvé en Mongolie intérieure, la culture de Hongshan红山文化 est en particulier associée à ce type de forme. On en découvre aussi à Liangzhu, site proche du Fleuve Bleu dont les pièces répondent à une typologie autre, elles sont rassemblées sous l’appellation culture de Liangzhu良渚文化.

Les utilisations de cette pièce varient également selon les avis des chercheurs, ornement de tête pour les uns, il aurait servi de parure de pénis pour les autres, — proche de l’étui  pénien porté par certains hommes autochtones dans certains groupes ethniques des hautes terres de Nouvelle-Guinée, tout comme les calebasses péniennes sont connues en Afrique tropicale et dans le nord de l’Amérique du Sud — ce qui semble plausible selon les avis de différents collègues ethnologues quant à cette utilisation intime, en dépit de la réserve toute confucéenne sur le sujet qui n’a nullement empêché des pratiques sexuelles autant que rituelles draconiennes au fil des siècles de domination d’une monarchie dure et forte.


▪Notes de Max Loehr prises au fil de découvertes. La pièce est un jade tubulaire assez similaire à celui du MCDQ.

▪▪Jade tubulaire (époque néolithique, ca 3500 av. n. ère). H. max. 5,6 cm, diam. 4,7 cm

新石器时代玉马蹄形器(或玉箍形器)


Honnie pendant bien longtemps par le régime, l’Antiquité chinoise vue comme féodale et esclavagiste, ne cesse depuis trois décennies, de séduire une Chine désireuse de connaître la somptuosité de périodes impériales passées et aussi de s’approprier ces pièces au sein de nombreuses collections qui se sont constituées peu à peu. Il n’empêche que, parallèlement, le recours à la copie reste aussi une façon d’admirer le passé…

Renvois bibliographiques

  • Art in quest of Heaven and Truth : Chinese jades through the Ages. Taipei : National Palace Museum, 2011. 172 p. : ill. Bibliog. Pp. 165-172.
  • C. B. Heiser, The penis gourd of New Guinea, in : Annals of the Association of American Geographers, 1973 (63), pp. 312–318.
  • Jades archaïques de Chine comprenant l’ancienne collection Max Loehr. Vente Sotheby’s Paris, 15 déc. 2016. Art
  • Laufer, Berthold, Jade, a study in Chinese archeology and religion. Chicago : Field Museum of natural history, 1912. XIV-370 p. : ill. Bibliog. pp. 355-359. Index, pp. 360-370.
  • Matignon, Jean-Jacques (1866-1928) [马丁荣], Superstition, crime et misère en Chine : souvenirs de biologie sociale / par le Dr J.-J. Matignon,… ; préf. de Marcel Monnier. Lyon : A. Storck et Cie ; Paris : Masson et Cie, 1899. XXIX-379 p.- 6 p. de pl.: ill., couv. ill. en coul. (Bibliothèque de criminologie ; XXI).
  • Matignon, Jean-Jacques, Les eunuques du Palais Impérial à Pékin in : Bulletins et Mémoires de la Société d’Anthropologie de Paris, 1896, pp. 325-336

Remerciements

Françoise Dautresme, Musée national du Vieux Palais, Taipei, Didier Scuderoni.

 

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