A propos du…

… tondo récent de Jacqueline Ricard gravé au carborundum

par Christophe Comentale

Peintre, éditrice-fondatrice des Editions la Cour pavée en 1997, amatrice et créatrice de gaufrages uniques, les livres d’artiste de Jacqueline Ricard, une cinquantaine à ce jour, illustrent des dialogues avec des gens de lettres de tous horizons (Juliet, White,…). Un tondo récent rappelle un intérêt profond et récurrent entre esthétique et archéologie.

Sans titre (2020), gravure au carborundum, dim. 15,5 cm. Une des neuf variantes imprimées pour cette gravure en tondo.

Des rappels biographiques et techniques

Diplômée de l’Ecole nationale des Beaux-Arts de Paris, Jacqueline Ricard s’illustre par ses recherches en taille-douce, notamment avec l’eau-forte, suivant les conseils et préceptes d’un de ses maîtres, Piza (1928, Sao Paulo), pour infliger ou prodiguer au métal des morsures extrêmes et fascinantes. C’est avec Pierre Duclou, qu’elle approfondit vers 1992 la technique du carborundum. Une technique qui permet des empreintes et des reliefs plus importants que la taille-douce mais avec des effets parfois semblables. Mise au point par Henri Goetz (1909, New York – 1989, Nice) dans les années 1950, cette technique au carborundum consiste à déposer sur une plaque de métal ou de plastique de la matière qui peut ensuite être gravée. Cette matière : colle, vernis ou résine, est mélangée à de la poudre de carborundum (carbure de silicium) qui durcit au séchage et permet alors d’être travaillée – gravée – et encrée puis imprimée comme une gravure en taille-douce. Cette technique peut se combiner avec d’autres techniques de gravure. L’impression se fait sur une presse taille-douce. Les œuvres naissent alors au fil du temps et rejoignent des collections d’ici et d’ailleurs.


Sans titre (2020), gravure au carborundum, dim. 15,5 cm. Les neuf variantes imprimées pour cette gravure en tondo. Cet ensemble de neuf pièces sont nées d’une commande spécifique. Un ensemble de 50 exemplaires (num. en EA de 1 à 50) a été réservé à l’artiste.


La naissance d’un tondo

Une curiosité d’esprit sous-jacente aux odyssées que permettent les visites aux sites archéologiques, dont certains ont fait date dans les grandes présences humaines, Jacqueline Ricard propose une communion entre signe et trace, une perpétuelle hésitation entre deux statuts, celui du chercheur, devenu le réceptacle d’une mémoire enfouie, oubliée, disparue à laquelle il redonne force et présence, et celui du plasticien dont les désirs obsessionnels et intuitifs raisonnent à l’aune du cœur pour la conception d’une œuvre de sublimation.

Ces analyses de sinuosités cachées entre pétroglyphes et traces immémoriales ont très naturellement amené cette voyageuse à enchaîner à l’international des expositions qui font admirer son travail depuis différents points du monde de l’art. Elle se met face à des points forts où les peuplements urbains ont laissé une présence imposante et unique, née de la Préhistoire ou de présences plus récentes. Différentes œuvres, Sur les bords de l’Altaï, Variations sur le Mont Bego, dont elle a sublimé ce Sorcier dans une œuvre en diptyque de 26 sur 56 cm imprimé en 2015, Paracas, œuvres-mémoire du site péruvien, Sasaima, autre mise en gravure de ce site colombien.

Le Sorcier (2015), gravure au carborundum, 26 x 56 cm

 

Renvois bibliographiques

▪ Christophe Comentale, Les uniques. Regard sur quatre œuvres rares de Jacqueline Ricard, publié le 2020-06-26

▪▪ SALON PAGES, Bibliophilie contemporaine www.pages-paris.com

▪▪▪ Christophe Comentale, Jacqueline Ricard, les livres des monts et des mers, In : Art et Métiers du Livre, déc. 2017 (323), pp. 20-27 : ill.

 

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