Signes de papier, de toile et de pierre

Musée municipal Marcel Sahut, Volvic

Exposition du 17 mai au 15 sept 2017

Trois artistes invités et un pierreux, Nicolas Clayette.

Le commissaire de l’exposition Christophe Comentale a fait le point avec la responsable du musée sur l’accrochage des six salles du 2e étage consacré avec le rez-de-chaussée aux expositions temporaires.

La salle consacrée à José San Martin. © Alain Cardenas-Castro

Cet espace réunissait quelque 150 œuvres sur papier, toile, des gravures et livres d’artistes de José San Martin et Itsvan Peto.

Perspective des trois salles d’exposition. Temps de rêve (A gauche sur la photo). © Alain Cardenas-Castro

Mon œuvre, répartie sur trois salles, a permis de faire le point sur une quinzaine d’années de création plastique d’une manière non exhaustive. J’ai souhaité rassembler de très grands formats, un ensemble de dessins comprenant deux séries, chacune mesurant 48 x 30 cm et 30 x 24 cm, des livres d’artistes, des peintures portables et un Assemblage, ensemble de 45 pièces qui sont techniquement des acryliques sur papier marouflé sur bois, chaque œuvre mesurant 25 x 20 cm. J’ai même souhaité ajouter une sculpture Temps de rêve (une représentation anthropomorphe prenant la forme d’un « totem » contemporain).

 

Genèse, Assemblage (A gauche sur la photo). © Alain Cardenas-Castro

Je reprends mon parcours au fil des salles. Je vais d’abord m’arrêter sur Genèse, cet Assemblage qui fait partie d’un procédé décliné sur plusieurs séries, comprend 45 pièces. La série, réalisée en 2000, fait le point sur une réflexion importante de ma création. Il y a évocation de la peinture qui va vers le livre sortant de son cadre initial.

Petits et moyens formats, Série Bifaces. © Alain Cardenas-Castro

 

J’ai voulu au niveau de la mise en espace concilier les grands formats avec un ensemble de petites pièces. Un dialogue s’est instauré : à la monumentalité des thèmes (Circonvolutions, Mandorle, Genèse) répondent la diversité et les variantes des familles de thèmes développés sur chacune comme un segment d’un ensemble complexe. Il est évident que j’ai permis un équilibre entre le plein et le vide dans cette salle haute de plafond qui ouvre sur la superbe et infinie perspective de la pleine de la Limagne.
Comprenant un ensemble de 20 dessins encadrés dans des moulures en chêne clair sur 22 par 38 ou 38 par 22 cm, la pièce suivante d’une superficie de 8 m2 est percée d’une vaste fenêtre orientée Est et plafonnée d’une hauteur de 320 cm. Il s’agit d’une pièce traversable qui conduit à la 3e salle dont je parlerai ensuite. J’ai d’abord pensé à une scénographie prenant en compte la symétrie, une symétrie (classique). Je me suis référé implicitement à mon expérience de scénographe et à de multiples cabinets de dessins visités ici et là. Comme il s’agit d’un florilège extrêmement limité de mes dessins et que les parties porteuses de la pièce sont en pierre sombre de Volvic et qu’elles structurent très durement cet espace, un décalage était nécessaire et fondamental. Ce décalage est de plusieurs ordres :

D’une part, il est relatif à la présence même des œuvres, ces dessins datent des années 1990 aux années 2010, ils reprennent plusieurs histoires, narrations, fictions. Cela a été la première et importante difficulté à résoudre. Tenir compte des dimensions de la pièce pour remettre dans une suite logique chaque séquence d’œuvres.

De l’autre, la présentation même de ces pièces sur un mur central couvert par leur quasi-totalité de quelques pièces isolées distribuées symétriquement de part et d’autre aurait restreint la portée de cet ensemble. Cette disposition n’était pas possible. Je l’ai limitée aux deux pans de murs de part et d’autre de la fenêtre. Chacun a reçu un pendant d’œuvres. Enfin je voulais que la disposition adoptée reflète la totalité de mon propos.

Mon propos il s’agit en effet d’une histoire d’enfance aux symboles graphiques évolutifs. Cette histoire est réapparue avec des dessins automatiques et rapides tracés a l’encre et menant a des apparitions plus facilement qu’au crayon. Ainsi une table peut devenir mandorle – un de mes livres écrit en est relatif a ce sujet – de même la mandorle peut devenir sexe féminin. A ce propos plusieurs de mes livres d’artistes exposés ont traité de ces transformations (Courroies, Instruments, mandorles & … tnemeriotagilbO).

Comme je le disais précédemment la mise en espace du noyau le plus important de cette exposition m’a permis sur le mur central de mettre 8 dessins selon 2 niveaux identiques. Je ne parlerai pas des contraintes techniques, mais surtout encore une fois la façon de faire dialoguer les deux murs latéraux avec ce centre.

J’ai donc présenté d’une façon décalée ces 4 dessins également sur 2 niveaux. Lorsque l’on passe d’une porte à l’autre c’est à dire pour aller de la 1ère salle à la 3ème ou lorsque l’on veut aller de la 3ème à la 1ère, si l’on veut un espace dynamique il faut éviter une disposition symétrique sur les murs latéraux par rapport au centre. Sur l’un des 2 murs latéraux la série de 4 est très proche de la porte, A 32 cm exactement de celle-ci, soit la largeur d’un cadre horizontal. Sur le 2e mur latéral l’espace correspond à 3 longueurs de cadres à partir de la porte, et passé le regard sur les 2 dessins, l’espace restant est lui aussi de 32 cm. La magie du regard peut donc se réaliser au mieux. Et donner au spectateur ou au visiteur qui souhaite passer ou s‘arrêter plus au moins longtemps dans la pièce devenue un cabinet de dessins le sentiment d’une motricité du regard face aux œuvres. J’avais été beaucoup influencé en cela par différentes études dans le cadre de mes visites de différents établissements patrimoniaux lors de mes projets professionnels de muséologue ou de plasticien ou de mes projets personnels de plasticien. (ACC).


Collections asiatiques, Musée Marcel Sahut. © DR

Le musée Marcel Sahut de Volvic reprend une politique d’expositions d’ampleur après plusieurs décennies de calme. Il appartient – comme un grand nombre de musées municipaux français – à cette catégorie d’établissements qui vont permettre de redonner une certaine vie / vigueur à la commune.

Salles d’expositions, Musée Marcel Sahut. © DR

J’ai, en 1991, été commissaire de l’exposition de linogravures de Rémi Champseit (catalogue de la Triennale de 1991, article dans la revue Nouvelles de l’estampe,…). La manifestation s’inscrivait dans le cadre d’un événement structurant, la Triennale d’estampes mondiales de Chamalières qui mobilise tous les trois ans une quinzaine de villes du centre de la France dont les musées, centres et espaces culturels présentent un artiste, un courant artistique… Les choses se sont beaucoup calmées jusqu’à cette année 2017. En l’occurrence, cette première exposition a rassemblé des créateurs de tendances bien différentes : un tailleur de pierre qui attire un public plutôt local et trois peintres, graveurs, au style différent mais à la production assez similaire : peintures, dessins, gravures et livres d’artiste. Plus de toiles pour Istvan Peto, beaucoup de dessins chez Alain Cardenas Castro et une notoriété au niveau de ses livres d’artiste chez José San Martin. Cette diversité de production a permis de compartimenter en trois espaces spécifiques l’étage rassemblant les trois artistes, chacun ayant ainsi une exposition personnelle très autonome malgré la présence des collègues.

Chloë Raymond et Christophe Comentale. © Alain Cardenas-Castro

Les jeux avec les volumes de cet espace rénové depuis peu ont permis de mettre ensuite des séries qui montrent des pans de l’activité des artistes : vaste section dessins et gravures pour Istvan Peto, cabinet de dessins pour Alain Cardenas Castro et collection d’œuvres rehaussées chez José San Martin. La responsable du musée, Chloë Raymond, va prolonger cette présence culturelle avec des visites thématiques et aussi en conseillant des choix de livres spécifiques.

Cette renaissance d’un musée a permis de mettre l’accent sur le dessin, forme artistique qui depuis une dizaine d’années, a retrouvé la valeur d’un public large.

A suivre…

(ChC).

 

 

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