« L’art est un jeu »

Exposition rétrospective des œuvres de YUAN Chin-taa, Musée Louis Vouland, Avignon, du 21 février au 9 juin 2019.

par Christophe Comentale (*) et Didier Scuderoni (**), coordination éditoriale, Alain Cardenas-Castro.

La 2e itinérance des œuvres de Yuan Chin-taa en France commence en cette année 2019 par le musée Vouland (Avignon) avant de se poursuivre au musée des arts asiatiques de Nice, puis au centre culturel de Saint Pierre de Montmartre où elle s’achèvera en juillet prochain.

La chambre chinoise du musée et une oeuvre de Yuan Chin-taa

Yuan Chin-taa (né en 1949 à Taiwan) n’est pas un inconnu du public français, en effet une première présentation de ses œuvres a eu lieu en 2017 en France au musée chinois du quotidien (Lodève), au musée Marcel Sahut (Volvic), cet artiste taiwanais avait aussi été l’invité d’honneur du Salon Pages à Paris.

(*) commissaire scientifique, (**) scénographe, directeur des expositions au musée chinois du quotidien, Lodève.

Sur un ensemble de 76 œuvres allant des années 80 du XXe s. à 2018, on note des thèmes chers à l’artiste : la pharmacopée chinoise, le thé, les insectes, la Nature… Le tout exprimé par des œuvres au lavis, de vastes installations en papier (voir en bibliographie les articles publiés sur le blog), des céramiques aussi. La scénographie de la manifestation est assurée par Didier Scuderoni, pour l’occasion, également prêteur d’un florilège d’une centaine de petites pièces qui complètent l’approche quasi quotidienne des œuvres de l’artiste taiwanais.

Durant l’installation de l’exposition, le scénographe

Durant l’installation de l’exposition, l’ingénieur lumières

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Yuan Chin-taa, comme de nombreux artistes contemporains asiatiques, en l’occurrence chinois et taiwanais, est coutumier de certains ateliers de poterie où il réalise ses œuvres depuis plus de deux décennies. Cet œuvre céramique comprend d’une part la série des Magistrats corrompus, de l’autre de livres de tous formats et contenus, en reliure à ficelle, carnets-accordéon et également en céramique, et, tout récemment, une série limitée de théières. Deux formats, l’un carré, l’autre rond.

Sur un fond clair, le plasticien a ponctué le tour de ces pièces quasi uniques de coccinelles, mais pas de coccinelles communes !

Du bon usage du thé

L’intérêt de Yuan Chin-taa pour la Nature est lié à son enfance de campagnard, une campagne taiwanaise exubérante qui sait outrer la force de ses couleurs ou a contrario laisser un lieu sans vraiment de relief après une moisson ou une chaleur endémique.

Affaires de thé, installation

La présence d’un arbuste comme le camelia sinensis – le thé – élément civilisateur de l’Asie sinisée, n’est plus à dire. Sa série sur le Classique du thé, ses Commentaires nouvellement mis en forme sur les choses du thé l’ont montré lors des précédentes expositions. C’est dans ce prolongement similaire que se situe sa série de la Pharmacopée. Par ailleurs, sa toute récente série de céramiques propitiatoires montre une continuité dans la création renouvelée de ce plasticien.

Il va dans des lieux propices, les environs du musée national de la céramique de Yingge – à une petite heure de route de Taipei – où des potiers ont pris leurs quartiers sur les collines environnantes, propices à l’exploitation des terres qui produisent des grès de haute qualité. Théières et bols, coupes sont nés de cette récente incursion.

Insectes et coccinelles

Formes simples mais fondamentales : le cercle, le carré pour les théières, chacune accompagnée de 2 à 4 bols. Une première cuisson est effectuée qui donne un fond chromatique particulier. Yuan Chin-taa passe ensuite les émaux qui constituent le fond de sa nouvelle formulation graphique sur laquelle il va déterminer un sujet tout à fait propitiatoire. En l’occurrence, les coccinelles — piaochong en chinois 瓢虫 — apparaissent depuis les années 80 avec Grignotage (1988), une peinture au lavis, avec des céramiques comme cette série de lampes créées en 2005 et jusque sur des œuvres plus récentes. Certes, Yuan Chin-tta, de par ses origines rurales est, dès l’enfance, en symbiose avec la Nature, les insectes qu’il va, comme ses grands aînés, tel Qi Baishi, représenter au fil des années, sont autant les cafards que les fourmis ou les termites.

Pour cette importante rétrospective française, la justesse descriptive le cède à la force des couleurs. Ainsi les jeux de couleurs – les traditionnels points noirs sur la carapace rouge vont voir des modifications chromatiques : blanc, jaune vont s’ajouter à ces deux couleurs traditionnelles qui vont devenir des éléments d’une commutativité originale.

Que Yuan Chin-taa exécute au lavis des composition sur papier où l’on voit le délicat exercice de transparence qui naît avec la disparition progressive de la feuille à laquelle ne survit qu’une structure en réseau de nervures diverses et irradiantes sur les différentes parties de cette surface devenue presque virtuelle ou qu’il introduise cet insecte devenu tache colorée sur un des cubes colorés de ses installations, la présence reste là, forte et dense. On retrouve ce même insecte sur les vastes installations en papier fabriqué par cet homme qui n’hésite pas à incorporer à sa pâte des bribes de thé dont des inclusions originales vont enrichir le ton ivoire ou blanc cru parmi les hauts reliefs qui se succèdent ici et là.

Yuan Chin-tta, Cactus a, (2017)

Boite en laque a couvercle, fin dyn. Ming, coll. musée Vouland

Confrontations ancien – contemporain

Odile Guichard, conservatrice et directrice du musée, également commissaire générale de l’exposition, a scindé en deux parties complémentaires ce florilège d’oeuvres dues à Yuan Chin-taa. D’une part, elle a décidé de confronter des pièces tirées des collections du musée avec d’autres de Yuan Chin-taa. Ainsi, dans l’un des boudoirs proches des zones de réception, la présence des animaux imaginaires du Classique des monts et des mers fait face à celle de griffons, des blancs de Chine provenant de la province du Fujian et à une gourde, coloquinte en céramique bleue qu’entoure un dragon céleste à cinq griffes. De l’autre, elle a, avec le scénographe, créé au premier niveau, un parcours qui permet un enchaînement des peintures au lavis, des installations, des céramiques.

vitrine contenant des pièces du Musée chinois du quotidien parmi les oeuvres de Yuan Chin-taa

La Pharmacopée chinoise, installation

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ces espaces sont aussi ludiques que l’est le sérieux avec lequel Yuan Chin-taa obtient ce résultat qui a captivé les centaines d’invités présents à cette inauguration entre appartements et jardin.

Afin de rendre plus intelligible ce monde entre réel et fiction, deux vitrines contenant une centaine de pièces prêtées pour l’occasion par le musée chinois du quotidien de Lodève complètent ce parcours riche d’une diversité autre autant qu’elles disent la richesse d’inspiration de ce créateur.

Orientation bibliographique

Remerciements 

L’équipe du Musée Vouland, les amis du Musée Vouland, l’Association culturelle Europe-Asie, le musée Changliu, sites de Taipei et Taoyuan (Taiwan).

Mesdames Marie Akar, Vanessa Blanc, Sabine Bouyala Pouzoulet, Françoise Dautresme, Ma Li Dautresme, Eliane de Schlichting, Stéphanie Durand-Gallet, Sylvie Durbec, Carla Dussaux, Cécile Huang Yizhi, Astrid Jeanson, Marie Laureillard, Lien Li-li, Violaine Magny, Marie-France Page, Juliette Pascal, Florence Rozenblit, Annie Trévoux, Marie-Christine Vaillant.

Messieurs Gabriel Bonin, Dany Brémond, Jean-François Cesarini, Sébastien Giorgis, Gérard Guerre, Emmanuel Lincot, Frédéric Malchirand, François Ridard.

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