István Pető, traces dessinées, gravées et peintures uniques

par Christophe Comentale et Alain Cardenas-Castro

Exposition d’huiles, de dessins et de gravures, du 30 mars au 5 mai 2018. Galerie municipale d’art contemporain, Chamalières.

Né en 1955 à Mezőkövesd, une petite ville de la Hongrie du Nord, István Pető entreprend durant les années 80 un cursus à l’Ecole des Arts décoratifs de Budapest, puis fait un voyage à Paris. Depuis lors, il partage son temps entre la création et l’enseignement de la gravure dans la région parisienne où il vit et travaille.

Une polychromie entre calligraphies impossibles et couleurs usées

Les œuvres de ce démiurge déversent, insufflent des masses, des points, des taches, des résidus indistincts et chromatiques qui disent l’omniprésence des dialogues sensibles. L’ossature des noirs, denses puis plus légers, se trouve opposée à des blancs structurants. Elle fait ainsi entrer des éléments chromatiques de couleurs majoritaires. Elles frôlent le monochrome sans jamais l’atteindre. Ces témoignages de traces et de langages disparus sont autant d’excavations laissées par une archéologie de l’imaginaire : un collage intégré, un monotype retravaillé. Ces présences d’ossatures fortes valent autant pour la gravure, le dessin, la peinture au pigment sans enlever quoi que ce soit à la spécificité de chaque technique. La complexité disparaît et magnifie la couleur pour un voyage au fil du sensible.

Sans titre, 2010, huile sur toile, 140 x 145 cm

Des couleurs usées. Evoquer la polychromie n’est pas forcément se noyer dans l’excès d’une couleur qui capte toute l’énergie par sa force, sa vigueur. Au contraire, parmi les compositions choisies, une sélection d’œuvres à fond rose, parfois seul, le plus souvent rehaussé par un ton plus brun mêlé de rouge. Les formats, quelques-uns très grands, plus de dimensions moyennes ou modestes. Il en va de même des œuvres où le vert, restreint à des cases, équilibre un jaune délavé. Ces zones sombres ou claires font ressortir des éléments d’une spatialité énigmatique. Le jaune, couleur la plus chaude et la plus lumineuse, va vers des tons desséchés, refoulés, lavés, qui lui laissent des relents de verts sous-jacents et formant liaison avec des résidus de noir, toujours complémentaires. Chaque zone assure sa suprématie dans l’espace qui lui est alloué. Au fil des œuvres, le voyage parmi un espace calligraphique s’est effectué comme à la rencontre d’une succession de moments distincts mais complémentaires.

Sans titre, 2014, pigment colle sur papier marouflé, 60 x 60 cm

Traces de monotype et de gravure

István Pető montre aussi une belle sélection de lithographies et de gravures en taille douce : la pointe sèche ou la manière noire venant sur la plaque de cuivre comme en point d’orgue. Il grave aussi le plexiglas et a recours à la gravure dite non toxique…

Sans titre, 2012, photogravu re et pointe sèche, 20 x 15 cm

Sans titre, 2011, eau-forte au trait et aquatinte, 17 x 20 cm

Dès 1987-8, il s’essaie au monotype : « L’intérêt du monotype est,- dit-il – son caractère ambigu, une trace plutôt qu’une gravure, et à la limite, existant sans que l’on ait besoin de presse ». Ainsi est reprise la raison d’être initiale de cette œuvre quasi unique utilisée depuis plusieurs siècles : les gestes prennent leur essence sur une matière peinte à partir de papiers qui sont de texture fine mais lisse et assez imperméable aussi. Le sillon du dessin tracé dans la plaque a disparu, István Pető peut laisser libre cours à ses besoins d’œuvres autres, faites dans la légèreté tout en ayant la structure de base des gravures. « Avec les monotypes, le travail d’intégration dans des œuvres uniques semble se faire sans problème » dit-il, ce qui se vérifie avec ses peintures sur lesquelles sont marouflés des monotypes retravaillés et aussi collés sur des dessins réalisés sur papier.

Pour ses eaux-fortes, István Pető choisit ses papiers avec soin : « J’ai commencé avec des papiers hongrois dont la rigidité obligeait à davantage de pression lors du passage de la presse. En gravure, j’aime le Hanemulhe, fragile, mais mat, et qui donne une certaine chaleur au noirs et blancs. Le contraste est différent avec le papier Rives ou le BFK où la rupture avec le trait noir est moins crue ».

En peinture comme en gravure, la spontanéité règne à travers les œuvre : « Quand on est peintre, on est seul ! En gravure, il y a partage des savoir-faire, des secrets, des astuces. Mais quelle que soit l’approche, l’obsession est à la base de tout, constructive, positive… ».

Renvoi bibliographique

Istvan Peto. Chamalières : Galerie municipale, 2018. [6] p. : [11] ill.

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